I.A FEMMK KT l'aMOUR
qui est la. Cette jeune fiUe est simple comme sa robe de deiiil. Elle me parait la meilleure eleve de la classe. Elle vient au secours des gar^ons en detresse. 11 n"y a dans son intervention ni empressement, ni fausse honte : elle salt, elle dit.
A Bergen, un professeur m'a conte cette historiette, U commentait dans une classe mixte un texte de Holberg. Ce « Moliere danois » a le mot cru, et la langue, sans souplesse, aggrave, plus qu'elle ne I'attenue, la rusticite des plaisanteries. Dans le passage qu'on lisait k haute voix, quelqu'un demandait a une fiancee si elle avait des nouvelles de son promis. Et I'autre repondait naivement :
— Le cheril toute la nuit, en reve, je I'ai tenu dans mes bras !
J'adoucis dans ma traduction la hardiesse de cette amoureuse.
— Je me demandais, me dit G. G..., ce qui allait advenir. Ni sourires du c6te des gardens, ni rongeur du c6te des fiUes. Personne ne broncha.
Pour juger ces dispositions a leur prix, il est bon d'en connaitre les sources.
Une des plus certaines est le serieux naturel des ames. II n'est point ici une vertu, mais une habitude psychologique. On le louche dans tout : dans I'ineapacite ou est ce peuple de saisir nos fugitives ironies ; dans des fails Ires menus comme celui-ci :
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''88 NOTES sun LA NORVEGE.
L'autre jour, a table d'hute, uue dc mes voisines, une Anglaise, a renverse sur sa cravate de dentelle blanche tout un bol de sauce. C'etait une de ces sauces noires du nord qui semblent une decoction de terre de bruyere. La colle brune decoulait lamentablement de la collerette. La bonne dame avail I'air deconfit. A l'autre bout de la table, il y avait toute une nichee de jeunes filles norv6giennes. J'ai jete un sourire do. leur cote. J'ai bien peur de les avoir scandalisees. Une excelJenfe dame qui gache une belie robe avcc de la bonne sauce, cela n'a rien de plaisant. Les mines de toute cetfe jeunesse compatissaient avec d6cence. J'ai done fait un retour sur moi-meme, j'ai eu honte de ma race legere que les mesaventures du prochain dSrident. Puis il y a eu reaction. N'est-ce point une bonne sagesse, apres tout, de sourire des petites mis^res? Cela empeche de desesperer dans les grandes.
L'ame absolue dcs Norvegiens ignore ces nuances de gaiete, comme leurs sens tour a tour brutaux ou glaces, echappent aux aiguilJons du perpetuel desir. J'ai deja decrit le jcu des s/d, ces longs patins de bois sur lesqucls monte toute la jeunesse. Le jeu des ski a ete une occasion de prouver au reste du monde quelles liberies la purete norvegienne permet a ceux de sa race. La society pour le developpement des exercices physiques a fait construire