TOUT OU BIEN
Gigantesque, montant aux nuages,
Le château s'élevait sur la montagne.
Il était à moi ! Quf lie joie de ces hauteur
D'apercevoir l'espace iUimité !
Moi-même je l'avais bâti selon mes rêves,
J'en étais fière comme une reine !
C'était un palais de liberté.
Un effort de jeunesse et d'audace,
Mais le ciel s'est obscurci ;
Un éclair a jailli du nuage.
C'en est fait! Le château triomphal
Est renversé à jamais!
Je cherche en vain à m'arracher de ces lieux?
Est-ce que je rêve !
Une telle destruction!
Ruines de mon rêve, vous êtes belles encore!
J'avais osé bâtir plus haut que les autres,
J'ai goûté des joies inconnues,
Et quoiqu'il n'en reste que des ruines,
Tout repentir est loin de moi.
Les feuilles commencent de tomber.
Le soleil d'automne est pâle,
Et des voix, dans le vent du nord, chantent
Que la danse d'été est finie.
Elles chantent à peu près ceci :
a Toi, si tu voulais tu pourrais.
Te servir de ces beaux débris
Pour bâtir une maisonnette.
Prépare-toi un refuge
Et oublie tes songes impossibles.
Tu ne peux pas toute seule Résister à la tempête.
Laisse les verdures couvrir la ruine.
II te faut un abri et la paix. »
Ce conseil n'éveille que mon mépris.
Ces inquiétudes m'humilient.
Que l'hiver soit froid el long!
Je resterai ici toute frissonnante.
Les pierres qui ont servi à former des arcades
Ne sont point faites pour une chaumière.
Je les aime mieux ainsi, brisées, déchues,
Car je vois en elles les restes d'une grandeur
Qui était à moi seule.
Parfois, dans cet effort de la volonté vers l'inaccessible, le corps faiblit, la chair demande grâce; la femme du Nord fait un retour sur soi-même, elle songe avec envie à celles qui, en d'autres pays, n'ont point tenté de s'élever au-dessus de la nature.