‹ Notes sur la NorvègeChapitre 7 sur 32 · Vafthrûdnismâl, v · texte numérisé non relu

Vafthrûdnismâl, v

dieux, des hommes, sur la fin du monde. Il pose une dernière question dont il est seul à connaître la réponse et qui lui assure un triomphe facile.

La date de ce poème a été fixée par Bergmann entre le xin- et le xiv" siôcle.

Dans un Edda encore plus ancien, la Fascination de Gulfi (Gylfa Ginning), dont l'auteur Snorri, fils de Sturla, naquit en Islande en 1178, la même fiction d'un examen cosraogonique et philosophique est mise en scène avec beaucoup d'art. Cette fois c'est un roi, Gulfi, « avisé et versé en magie », qui vient interroger le sphinx.

« Gulfi s'étonnait que la bande des Ases (les dieux odi niques) fût tellement versée dans les secrets que toutes choses leur allaient à souhait. Il se demanda si cela tenait à leur nature ou si les divinités auxquelles eux-mêmes sacrifiaient en étaient cause. Donc il entreprit un voyage à l'Enclos des Ases et partit en secret, ayant revêtu l'extérieur d'un homme vieux '. »

Gulfi se trouve en présence d'Odin lui-même et il se fait conter par lui tous les mythes Scandinaves depuis les jours antérieurs à la création jusqu'au

1, Gylfa Ginning; Strasbourg, 1861,

nS NOTKS SUR J.A NORVÈGE.

crépuscule des dieux. Et cette causerie du dieu et du roi magicien sert de cadre à Snorri, pour exposer une dernière fois les dogmes de l'odinisme défaillant.

11 est intéressant de noter que l'intelligence ne se manifeste ici que sous sa forme la plus voisine de la brutalité physique : la ruse. Les Wikings, gens de coup de main, ont éprouvé que la force est désarmée devant la force. En ce cas, le poids qui emporte la balance, c'est l'astuce. Les pirates la vénèrent comme une qualité divine. C'est le premier mérite dont ils revêtent le « Père Universel », le maître des Ases, Odin.

Voyons-le à l'œuvre, ce grand patron de l'adresse et de la ruse normandes. Il semble qu'il y ait de la bravoure dans la visite qu'il fait au géant Vaflhrûdnir. Il a feint, au moment de partir, d'éprouver quelque inquiétude sur l'issue de son entretien « avec cet lote qui sait tout ». Pourtant, on sent que l'auteur du poème est rassuré sur le sort de celui que, dès le seuil du géant, il appelle le « circonspect ».

Et, de fait, la lutte n'est pas loyale : Odin vient pour tendre un piège au géant. Il sait d'avance quelle question il lui posera pour clore la joule :

i.\ r.ACE. 69

~ Qu'a dit Odin à l'oreille de son fils avant de le monter sur le bûcher * ? »

Évidemment, Vafthrùdnir a beau connaître tous les secrets du ciel et de la terre, il ignore quel mot d'adieu le Père Universel a pu murmurer contre le visage de son fils Baldur, au moment où il retendait sur le lit dos funérailles. C'est par la ruse toute seule que le géant est vaincu.

Celte mauvaise foi d'Odin ne s'exerce pas seulement aux dépens de ses adversaires : elle est fatale h ses créanciers. La Fascination de Gulfi fait allusion à une autre aventure où Odin apparaît dans la même posture de fourberie ^.

Les Ases décidèrent de faire élever autour de leur demeure cette enceinte que l'on appelle 1' « l'enclos -Mitoyen ». Ils s'adressèrent à un lote qui était architecte. Le géant s'engageait à achever la construction en un semestre d'hiver, et Odin, persuadé qu'il ne pourrait terminer son travail en si peu de temps, lui promit volontiers en payement le soleil, la lune et l'abondance. Mais ii ne tarda pas à s'effrayer, car le géant, aidé de son cheval Svadil-Fari, apporta, en une seule nuit, plus de glaçons (ju'il n'en fallait

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