‹ Notes sur la NorvègeChapitre 8 sur 32 · Oylfa Ginning · texte numérisé non relu

Oylfa Ginning

70 NOTKS SUR LA NOUVÈdE.

pour élever la muraille. L'ouvrage avançait si vile, que les Ases prirent peur. Odiii les rassura. Il appela devant son trône le dieu du mal, Loki, et lui ordonna :

— Prends la forme d'une jument et attire à toi le cheval S vadil-Fari.

Loki obéit au Père Universel, et, comme Tlole descendait au torrent avec son cheval, Loki commença de hennir. L'étalon accourut vers lui. Ils passèrent toute la nuit en poursuites, et l'Iote, privé de son compagnon, ne put achever la muraille assez à temps pour obtenir sa récompense. Bien plus, sous prétexte qu'il était un géant, et par conséquent un ennemi des Ases, OJin lui enleva son cheval, puis le fit assommer à coups de marteau par son fils Thor.

C'est pourtant par cette brèche de curiosité, par cette enquête mythologique sur les aventures des dieux que l'idée morale entrera dans le monde Scandinave. Le rire est ici tout proche, le rire du bon sens populaire qui, après s'être diverti des dupés, s'exercera aux dépens des dupeurs. Cette ironie éclate irrésistiblemenl dans un poème écrit, sur la lin de la période païenne, dans les Imprécations de Loki ( Loknscnnn) . L'auteur de cet Edda a recouru à la vieille fiction du mauvais génie exclu d'un festin du fête, et qui apparaît, inattendu, pour

se venger par de sanglantes paroles. Cet artifice autorisait toutes les irrévérences contre des dieux que la satire populaire n'avait pas encore osé attaquer ouvertement. Le masque de Loki était commode pour cette raillerie, qui ne ménage aucune des puissances odiniques.

« Tais-loi, Odin, car jamais tu n'as décidé entre les guerriers avec justice. — Tu as donné la victoire contre le droit — au moins courageux. — Tais-toi, Thor , et jamais ne parle — de tes expéditions d'Orient devant les héros. — On t'a vu, toi, le batailleur, blotti dans le gant du géant, — et tu ne te souvenais plus que tu es Thor. »

Les déesses no sont pas plus épargnées que les dieux, en tète, Freyia la compagne d'Odin :

« Tais-toi, Freyia, je te connais trop bien ; — et sur toi est la souillure; les Ases et lesAlfes, tous qui m'écoutent, — ont été tes amants. — Comment t'a éblouie — ce brillant jeune homme qui t'a fait présent d'un collier — et que tu as pris sur tes genoux? »

Et il y en a comme cela trois cents vers d'injures

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dans lesquels Loki ne ménage même pas les maris qu'il a trompés :

« Tais- loi, Tyr ! car la femme — a eu un enfant de moi, — cl lu n'as pas reçu un chiffon de dédommagement, — pas un denier, pauvre homme • 1 »

On peut dire que de ce poème, écrit dans les dernières années du x" siècle, date pour le monde Scandinave l'éveil de la conscience morale. Déjà l'essor vers un idéal où la raison s'élevait plus haut que le respect pour la ruse et pour les victoires de l'intelligence sur la force, jusqu'à la notion de justice, s'était manifesté dans un poème prophétique, la Vôluspâ ou Vision de Valâ. Celle fois, c'est une prophétesse qui est en scène et le délire de l'inspiration lui est une excuse à traiter sans ménagement des dieux encore puissants. On peut juger de la résistance officielle du paganisme sur ce fait que, en 999, le prêtre Runolf fit condamner et exiler comme eacrilègo {umgodfKjâ) le poêle lliallli, qui avait chanté publiquement dans un village d'Islande un poème contre les dieux Scandinaves: « J'aboie contre Freyia la chienne... »

Avec plus de ménagement dans la forme, la

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