LONDRES
Impression d'arrivée à Douvres, rébarbative. Rentrée des Anglais qui se rendent al /tome.. Rochers, casernes, campagne japonaise, vues de l'imagerie anglaise et décors des Kate Greenaway avec des barrières en bois, petits cottages c joujoux peints, vernissés, tous [ chevaux au vert, moutons et bœufs au pâturage, course affolée d'un cheval effaré par le train.
Londres- Victoria, quartier ' aristocratique, uniformité, alignement des maisons, avec des portiques de pierre noire
nS NOTES SUR LA VIE.
OU rouge. Fenêtres hermétiques. C'est une des impressions les plus saisissantes de l'arrivée, ce visage muet et clos de la maison, cette fermeture de hublots, sinistre par ce clair soleil, l'admirable printemps que nous apportons avec nous ; on se figure la détresse d'un étranger et d'un pauvre sous un ciel de brouillard.
Promenade au matin par cette splendide lumière dans Hyde Park, une réduction du Bois, mais au milieu de la ville et non en dehors. Foule de landaus, voitures de maître, amazones, fillettes aux grands cheveux fauves retombants, petits chapeaux canotiers, galopant sur des poneys, et juste à côté, séparés de tout ce luxe voisin par une simple barrière de bois, ou un grillage au ras de terre, des loqueteux, des vagabonds, sans linge, sans chaussures, couchés dans l'herbe haute, à plat ventre, visions de bctcs accroupies, dos
de bisons, d'hippopotames qui semblent attendre le coup de fusil de Stanley, Cette antithèse assoupie est bien ce qu'il y a de plus effarant pour des yeux français.
Pasun regard ne descend des équipages vers les fauves, pas un fauve non plus ne s'interrompt de son sommeil ou de son sinistre et sobre et furtif repas pour jeter un œil d'envie sur tout ce luxe. Et comme j'admire l'étrange sécurité de tout cela, un Anglais me dit tout à coup : « Ne vous y fiez pas... en 1807 ou 1868, le peuple de Londres, puni par sa reine de je ne sais quelle désobéissance, fut condamné à ne plus entrer dans Hyde Park. En une nuit, toutes les grilles du parc furent arrachées : pas un mètre de fer ne resta debout... tout de suite la permission fut rendue ; ce sont les concessions mutuelles entre le gouvernement anglais et le peuple, et le policeman détourne les yeux quand il le faiit.
Beaux aspects de la Tamise, le pont géant. Passage d'un navire, le pont s'ouvre, se lève, armatures à pic, la chaussée portant la trace des chevaux, décor qui s'abaisse, truc de théâtre.
Plusieurs fois cette sensation dans Londres de monuments en carton-pâte, d'un vaste pandémonium moy^n-âgeux :
toujours des créneaux, des clochetons, obélisques, statues aux socles gigantesques; sentiment de la force, mais par moments, et surtout dans le Moderne, un sentiment exagéré de cette force.
A l'arrivée, saisi par les couleurs criardes des omnibus chargés d'annonces, le papillotement des affiches, enseignes ambulantes et roulantes. Innombrables fils de télégraphe se croisant à la cime des maisons.
Erreur de l'étranger qui demande à