LE CANADA SOUS LA DOMINATION FRANÇAISE
De l’autre côté de l'Atlantique, à plus de mille lieues des rives de France, il y a de cela plus de trois siècles, Jacques Cartier remontait le fleuve Saint-Laurent et prenait possession, au nom du roi de France, de vastes contrées, encore inexplorées, auxquelles il donnait le nom de Nouvelle- France.
En dépit des vicissitudes de tout genre qu'ils ont eu à subir, les quelques rares pionniers qui vinrent, à l'ombre du drapeau planté par le navigateur malouin, fonder la nouvelle colonie, ont
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grandi et prospéré. Aujuurd'hui, plus de onze cent mille représentants de la race française conservent précieusement au Canada, au milieu des éléments étrangers qui les entourent, la langue, les mœurs et.les traditions de l’ancienne mèrepatrie.
Comprenant qu'à l'instar des autres grandes nations de l’Europe, la France devait réclamer sa part du nouveau monde découvert par Christophe Colomb, François Ier qui règnait alors, suivant en cela l'avis de Philippe de Chabot, amiral de ses armées de mer, confia à Jacques Cartier navigateur de Saint-Malo connu pour son énergie et son esprit d'entreprise, le soin d'aller explorer la partie nord du nouvel hémisphère.
Le 20 avril 1534, Jacques Cartier partait donc de Saint-Malo avec deux vaisseaux de soixante tonneaux environ chacun, montés par soixanteet-un hommes d'équipage, jetait l'ancre le 16 juillet de la même année dans le bassin de Gaspé et plantait sur cette partie du territoire d'Amérique dont il prenait possession au nom du roi son maître, une croix sur laquelle étaient écrits ces mots : Vive le roi de France! Puis, il revint rendre compte de sa mission à François Iæ, Le 19 mai 1535 le capitaine malouin mettait de nouveau à la voile avec trois vaisseaux dans le but de pousser plus loin ses explorations de l’année pré. cédente. Après avoir remonté le Saint-Laurent jusqu'à Hochelaga il revenait mouiller à l'embou-
chure de la rivière Saint-Charles pour y passer l'hiver. Mais pendant l’hivernage, son équipage ayant été décimé par le scorbut, il se vit obligé de retourner en France, de bonne heure, le printemps suivant.
Les premières tentatives qui furent faites pour coloniser le Canada ou la Nouvelle-France, comme on appelait alors indistinctement l'immense territoire dont Jacques Cartier venait de doter la France, échouèrent complètement et celles qui suivirent ne réussirent jamais qu'à demi. Aussi, pendant près de deux siècles le développement de la population y fut-il à peu près nul. Dès 1541, François Ier avait pensé à fonder une colonie dans le Nouveau-Monde. M. de Roberval nommé lieutenant-général du roi, pour les nouvelles possessions, avait été chargé d’en jeter les premiers fondements. Jacques Cartier, choisi pour diriger cette expédition, partit en avant, le 23 mai 1541, avec cinq vaisseaux de quatre cents tonneaux chacun munis de provisions pour deux ans, avec l'intention d'hiverner au Canada. Mais, malgré les précautions qu’il avait pu prendre, ses équipages ayant autant souffert que pendant l'hiver de 1535-36, il résolut de retourner en France dès le printemps venu, sans attendre l’arrivée de M. de Roberval. Chemin faisant, dans les parages de Terreneuve, il rencontra ce dernier qui, parti de la Rochelle le 16 avril, .venait le rejoindre avec trois vaisseaux, portant 200 émigrants et accompagné
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d’un certain nombre de gentilshommes. N'ayant pu réussir a persuader à Cartier de revenir avec lui, M. de Roberval continua sa route et vint attérir à Charlesbourg. L'hiver fut fatal au nouvel établissement qui, dans l’espace de quelques mois, perdit près du tiers de ses membres.
Sur ces entrefaites, la guerre s'étant rallumée entre François Ier et Charles-Quint, au lieu des renforts qu'il attendait, M. de Roberval reçut l'ordre de revenir en France et d'y ramener ses compagnons.
Après la conclusion de la paix, M. de Roberval reprit, avec l’assentiment de Henri II qui venait de succéder à son père, ses projets de colonisation du Canada, Accampagné de son frère, il se remit, en 1549, à la tête d’une nouvelle expédition qui dut périr en mer, Car On n'en eut jamais de nouvelles. Le Canada resta oublié pendant le demisiècle qui suivit cette catastrophe,
Le marquis de la Roche nommé, le 3 janvier 1578, lieutenant-général et vice-roi de la Nouvelle- France, tâcha de reprendre l’œuvre de M. de Roberval. Il partit avec un assez grand nombre d'émigrants qu’il débarqua sur une île inculte située à lembouchure du golfe Saint.Laurent, sous prétexte d'aller explorer les rivages de l’Acadie pour y trouver un lieu propice à leur établissement. Poussé, dit-on, par une violente tempête qui le rejeta sur les côtes de France, où il débarqua, il prit part à la guerre civile qui alors rava-
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geait sa patrie et fut jeté en prison où il resta pendant huit ans. Ce ne fut qu'après sa mise en liberté, en 1596, que l’on songea aux pauvres malheureux abandonnés sans ressources sur une île déserte que l’on retrouva décimés par les privations de toutes sortes.
M de Chates ayant obtenu un privilége exclusif pour la traite des pelleteries et formé une société, à Rouen, pour l'exploitation de tout le territoire compris entre le cap Race et le 50e degré de latitude nord, à la condition de coloniser les contrées dont lui et ses associés devenaient ainsi les concessionnaires, mit MM. de Pontgravé et Samuel de Champlain, habile homme de mer du temps, à la tête d’une nouvelle expédition qui fut dirigée vers le Canada, dans le cours de l’année 1603.
M. de Monts, qui avait remplacé comme lieutenant-général, le 8 novembre 1603, M. de Chates mort dans l'intervalle, s’'embarquait, à son tour, au commencement d'avril 1604, au Hâvre, et un mois après son départ débarquait avec quelques centaines de colons sur les côtes de l’Acadie (Nouvelle-Ecosse). Il passa l'hiver sur la petite île Sainte- Croix * où il eut beaucoup à souffrir du manque presque complet d’eau douce. Au printemps il jetait les fondements de la ville de Port-Royal, aujourd’hui Annapolis.
De son côté, Samuel de Champlain, après avoir
* L'île Ste. Croix est située dans la baie de Passamaquoddy.
exploré les rives du Saint-Laurent, fondait le 3 juillet 1608 la ville de Québec, qui devint et resta jusqu’en 1867, La capitale du Canada, sur les ruines mêmes du village Stadaconé, où Jacques Cartier aborda quand il planta, pour la première ‘fois, la croix de la civilisation sur les plages du Nouveau-Monde.
A daier de la fondation de Québec, le Canada qui avait toujours été laissé sous la direction exclusive des compagnies possédant le privilége de faire la traite des pelleteries dans tout le pays, fut soumis à une organisation plus régulière.
Jusque-là, les quelques rares colons établis sur les bords du Saint-Laurent avaient eu beaucoup à souffrir du voisinage des aborigènes, avec qui ils avaient de fréquents démiés.
Champlain tenta d'établir des relations amicales avec les tribus sauvages, dont il était environné. A cet effet, il conclut un traité d'alliance avec les Algonquins et les Hurons, ses voisins, leur promettant son concours pour combattre leurs ennemis héréditaires, les Jroquois, peuplade nombreuse et redoutable établie au sud du lac Ontario.
Quoique peu nombreux, les Français rendirent immé‘iatement de grands services à leurs nouveaux alliés. Les effets foudroyants des armes à féu jetèrent bientôt l’'épouvante et le désarroi dans les rangs ennemis.
Le prince de Condé nommé en 1612 vice-roi de
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la Nouvelle-France fut empêché, par les troubles politiques dans lesquels il se trouva mêlé en France de prendre une part effective à la direction de la colonie.
A la sollicitation de Champlain, quatre frères Récollets, les premiers missionnaires qui aient évangélisé la partie nord du Nouveau-Monde, débarquaient, en 1615, sur les rives du Saint-Laurent. Dans la même année une expédition que les Algonquins et les Hurons entreprirent contre leurs ennemis, les Iroquois, et à laquelle Champlain prit part, échoua complètement. Emporté assez grièvement blessé du champ de bataille, le capitaine français dut passer l'hiver au pays des Hurons, où il utilisa les nombreux loisirs que lui laissait sa convalescence, en étudiant les mœurs et les usages de ses hôtes.
Dans les derniers jours de juin 1617, s'établit sous les murs de Québec la première famille française qui vint se fixer au Canada avec l’intention de cultiver la terre. Cette famille, nommée Hébert, qui a fait souche et laissé de nombreux, descendants, se composait de cinq membres : le père, la mère, deux filles et un garçon. Quelques années plus tard, en 1620, Champlain qui avait passé en France pour mettre la compagnie formée par M. de Monts en demeure d'exécuter ses obligations, revenait à Québec avec le titre de lieutenant-général de la Nouvelle-France que lui avait conféré le duc de Montmorency qui venait
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