LE CANADA SOUS LA DOMINATION FRANÇAISE
De l'autre côté de l'Atlantique, à plus de quatre mille kilomètres des rives de France, il y a de cela plus de trois siècles, Jacques Cartier remontait le fleuve Saint-Laurent et prenait possession, au nom du roi de France, de vastes contrées, encore inexplorées, auxquelles il donnait le nom de Nouvelle- France.
En dépit des vicissitudes de tout genre qu'ils ont eu à subir, les quelques rares pionniers qui vinrent, à l'ombre du drapeau planté par le navigateur malouin, fonder la nouvelle colonie, ont grandi et prospéré. Aujourd'hui,
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plus de onze cent mille représentants de la race française coiiservont précieusement au Canada, au milieu des éliéments étrangers qui les entourent, la langue, les mœurs et les traditions de rancicnne mère-patrie.
Les premières tentatives de colonisation de la Nouvelle-France, découverte en 1535, échouèrent presque complètement, et celles qui suivirent ne réussirent jamais qu'à demi. Aussi, pendant près de deux siècles, le développement de la population y fut-il à peu prés nul.
C'est en 1541 que le roi François l" pensa, pour la première fois, à coloniser les \astes possessions américaines dont JacquesCartier venait de doter la couronne de France. M. do Roberval fut chargé de jeter les fondements de la nouvelle colonie. A la tète de deux cents émigrants et accompagné d'un certain nombre de gentilshommes, il partit au commencement du printemps de 15-12 et vint aborder sur la rive nord du Saint-Laurent, près du lieu où fut bâtie plus tard la ville de Québec. Le premier hiver fut fatal au nouvel établissement français qui, dans l'espace de quelques mois, perdit près du tiers de ses membres.
Sur ces entrefaites, la guerre s'étant rallumée entre François T' et Charles-Quint, au
RESUME HISTORIQUE
lieu des renforts qu'il attendait, M. de Roberval reçut l'ordre de revenir en France et d'y ramener ses compagnons.
Après la conclusion de la paix, M. de Roberval reprit, avec l'assentiment de Henri II, qui venait de succéder à son père, ses projets de colonisation du Canada. Accompagné de son frère, il se remit, en 1549, à la tète d'une nouvelle expédition qui dut périr en mer, car on n'en eut jamais de nouvelles. Le Canada resta oublié pendant le demi-siècle qui suivit cette terrible catastrophe.
L'an IGOO, le marquis de la Roche tâcha do reprendre l'œuvre de M. de Roberval. Il partit avec un assez grand nombre d'émigrants qu'il débarqua sur une ile inculte située à l'embouchure du golfe Saint-Laurent, sous prétexte d'aller explorer les rivages de l'Acadie pour y trouver un lieu propice à leur établissement. Poussé, dit-on, par une violente tempête qui le rejota sur les cotes de France, où il débarqua, il paraît avoir oublié les malheureux abandonnés sans ressources sur une île déserte. On ne songea que cinq ans plus tard à ces pauvres gens, que l'on retrouva décimés par les privations de toutes sortes.
MM. de Chaste et de Pontgravé ayant ob-
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tenu un privilège exclusif pour la traite des pelleteries sur tout le territoire compris entre le cap Race et le 50^ degré de latitude nord, à la condition de coloniser les contrôles dont ils devenaient ainsi les concessionnaires, mirent le marquis de Champlain, habile homme de mer du temps, à la tète d'une nouvelle expédition qui fut dirigée vers le Canada, dans le cours de 'l'année 1603.
En 1004, M. de Monts, qui venait de remplacer M. de Chaste, mort dans l'intervalle, s'embarquait, à son tour, avec quelques centaines de colons et allait atterrir sur les cotes de l'Acadie (Nouvelle-Ecosse), où il jetait, peu de temps après son arrivée, le fondement de la ville de Port-Royal, aujourd'hui Annapolis.
De son côté, Samuel de Champlain, après avoir exploré les rives du Saint-Laurent, fondait le 3 juillet 1008 la ville de Québec, qui devint et resta, jusqu'en 1807, la capitale du Canada, sur les ruines mêmes du village sauvage Stadaconé, où Jacques Cartier aborda quand il planta, pour la première fois, la croix de la civilisation sur les plages du nouveau monde.
A dater de la fondation de Québec, le Canada qui avait toujours été laissé sous la direction exclusive des Compagnies possédant le
RKSL'ME IIISTORI(,)UE
privilège de faire la traite des pelleteries dans tout le pays, fut soumis à une organisation plus régulière.
Jusque-là, les quelques rares colons établis sur les bords du Saint-Laurent avaient eu beaucoup à souffrir du voisinage des aborigènes, avec qui ils avaient de fréquents démêlés.
Çliamplain tenta d'établir des relations amicales avec les tribus sauvages, dont il était environné. A cet effet, il conclut un traité d'alliance avec les Algonquins et les Ilurons, ses voisins, leur promettant son concours pour combattre leurs ennemis héréditaires, les Iroquois, peuplade nombreuse et redoutable établie au sud du lac Ontario.
Quoique peu nombreux, les Français rendirent immédiatement de grands services à leurs nouveaux alliés. Les effets foudroyants des armes à feu jetèrent bientôt l'épouvante et le désarroi dans les rangs ennemis.
En ICI 2, le prince de Condé fut nommé viceroi de la Nouvelle-France; mais les troubles politiques dans lesquels il se trouva bientôt mêlé, en France, Fempêchèrent de prendre une part effective à la direction de la colonie.
A la sollicitation de Çliamplain, quatre frères récollets, les premiers missionnaires qui aient évangélisé la partie nord du nouveau
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NOTES suit LE CANADA
monde, débarquaient, en IGlo, sur les rives du Saint-Laurent. Dans la même annéo (1615) une expédition que les Algonquins et les Hurons entreprirent contre leurs ennemis, les Iroquois, et à laquelle Champlain prit part, échoua complètement. Emporté assez grièvement blessé du champ de bataille, le capitaine français dut passer l'hiver au pays des Ilurons où il utilisa les nombreux loisirs que lui laissait sa convalescence, en étudiant les mœurs et les usages de ses hôtes.
En 1G17, s'établit sous les murs de Québec la première famille française qui vint se fixer au Canada, avec Tintcntion de cultiver la terre. Cette famille nommée Hébert qui a fait souche et laissé de nombreux descendants, se composait de cinq membres : le père, la mère, deux filles et un garçon. Quelques années plus tard, en 1G20, Champlain faisait venir, lui-même, plusieurs de ses parents.
C'est en 1G25 que les premiers jésuites se fixèrent à la Nouvelle-France, à la demande des récollets qui les reçurent à leur arrivée et leur offrirent l'hospitalité, en attendant qu'ils eussent le temps de se préparer un établissement convenable.
Richelieu, alors ministre tout-puissant du roi Louis XIII, afin de couper court à des dis-
RKSUME HISTORIQUE
r les rives nnéo (1615) 3 et les Hunnemis, les 1 prit part, sez grièvelo capitaine des Hurons ue lui lais- }s mœurs et
de Québec iiit se fixer v^er la terre, a fait sou- 3ndants, se e, la mère, les années isait venir,
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ensions qui s'étaient déclarées entre les diiléentes sociétés qui se partageaient les possesions françaises de l'Amérique du Nord, pour 'exploitation des fourrures, annula les chartes ui leur avaient été octroyées et concéda, à ne seule Compagnie qui se forma, en 1628, ous le nom de « Compagnie des cent associés » des privilèges exclusifs pour le trafic des peloteries sur toute l'étendue des territoires delà souvelle-France et de la Floride. En retour, ottc compagnie s'engageait à ^' ansporter au anada quatre mille colons français et catholiques, de cette époque à l'année 1618.
Cette nouvelle tentative de colonisation ne jréussit guère mieux que les précédentes, jcar la guerre ayant éclaté, sur ces entrefaites, entre la France et TAngleterrc, l'envahissement du Canada qui en fut la conséquence, la erte des vaisseaux venant ravitailler la coonie capturés par la flotte anglaise, la prise de Québec réduite à la famine, par l'amiral anglais Kerth, qui s'ensuivit, furent autant de causes qui entravèrent les progrès de la colonie naissante.
La ville de Québec ayant été rendue à la France par le traité de Saint-Germain-en-Laye, en 1632, Çhamplain, qui venait d'être nommé gouverneur général de la Nouvelle-France,
NOTKS SUR LE CANADA
tenta de nouvelles démarches dans le but de coloniser le pays. A son appel, un certain nombre de familles françaises étaient déjà venues 1 se fixer sur les bords du Saint-Laurent ; un mouvement d'émigration vers le Canada assez! accentué, commençait à se manifester en France ; M. de la Violette jetait, en 1634, les fondements de la ville des Trois-Rivières; enfin, une ère de prospérité générale semblait vouloir s'ouvrir pour la colonie naissante, quand le fondateur de la nationalité française on Amérique mourait le 25 décembre 1G35, avant d'avoir eu le temps de consolider son œuvre.
En 1C42, M. de Maisonneuve, gentilhomme champenois, fondait la ville de Montréal. A cette époque, comme le prouvent les statistiques du temps, la population d'origine européenne, au Canada, ne dépassait pas deux cents âmes.
Un grand nombre de maisons d'éducation et d'institutions charitables furent aussi fondées vers la même époque. En 1635, le père de Brohant, fils du marquis de Gamache, établissait le premier collège de jésuites au Canada. Mme la duchesse d'Aiguillon dotait en 1639 l'hôpital de l'Hôtel-Dieu do Québec, dirigé par des religieuses hospitalières qu'elle envoya de Dieppe ; la même année, une maison d'éduca-
RKSUME lIISTORKaiE
tion pour les jeunes filles, le couvent des Ursulines (le Québec, ouvrait ses portes, grâce aux dons généreux de Mme de laPeltrie, sa fondatrice ; à Montréal, Mlle élance et Mme de Bullion bâtissaient en 1G42, lo premier hôpital qui est peut-être aujourd'hui l'institution charitable la plus considérable de TAmérique du Nord ; enfin la sœur Bourgeois, religieuse inconnue et d'une naissance obscure, trouvait dans les seules ressources que lui fournissait son incomparable charité, les moyens suffisants pour fonder sous le nom de «. Couvent de la Congrégation de Notre-Dame » une maison d'éducation pour les jeunes filles du peuple.
Toutes ces institutions existent encore aujourd'hui et plusieurs d'entre elles possèdent même do nombreuses et prospères succursales.
Les gouverneurs qui succédèrent au marquis de Champlain ne crurent pas à la nécessité d'intervenir dans les guerres que continuaient là se faire entre elles les différentes tribus sauvages. Les Hurons, privés des secours sur lesquels ils avaient droit de compter de la part des Français, réduits à leurs propres forces, devaient bientôt subir les conséquences de cette abstention maladroite. Une bataille décisive qu'ils perdirent, en 1649, les mit complètement à la merci de leurs redoutables ennemis.
NOTES Sril LK CANAI>A
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La colonie française n(3 (lovait pas tardera ressentir le contre-coup do la défaite do ses alliés, car les Iroquois qui n'avaient i>as oublié les défaites que Cliamplain leur avait fait essuyer, se répandirent alors sur le territoire de la Nouvelle-France, ravageant les nouveaux établissements , massacrant sans merci, à l'abri même des murs de (Québec, des familles entières do colons, sans défense. Mais, en 1GG2, grâce aux mesures énergiques qui furent prises par M. Voyer d'Argonson, alors gouverneur du Canada, cette tribu guerrière se vit obligée de rentrer dans ses limites, après avoir signé un traité de paix.
En IGGo, la Compagnie des cent associés fut dissoute. Los administrations civiles et militaires concentrées, jusque-là, complètement entre les mains des gouverneurs, en dépit de certaines modifications qui avaient été faites en 1G47, dans le modo du gouvernement, dont ils n'avaient jamais tenu compte , subirent alors des changements assez notables.
Une nouvelle constitution due à l'initiative de Colbert, ministre de Louis XIV, établissait un conseil souverain composé du gouverneur, du titulaire ecclésiastique le plus élevé du pays, de cinq conseillers etd'un procureur du roi. Ce conseil revêtu des mêmes pouvoirs que la cour sou-
RESUMK IlISTôUnjCK
voraino en Franco, à cette époque, avait, en sa qualité administrative, le droit de disposer des deniers publics et de faire tous les règlements relatifs au commerce intérieur et, en sa qualité judiciaire, les pouvoirs lesplus étendus qui pouvaient être conférés à un tribunal colonial. Les Coutumes de Paris firent loi devant tous les tribunaux civils du pays. A un baut fonctionnaire, auquel on donna le titre d'intendant, fut dévolue la liante surveillance sur toutes les questions se rattachant à la justice, à la police, aux finances et aux travaux publics.
De son côté, l'administration ecclésiastique subissait de très-notables chanirements. Miir de Laval qui remplissait, depuis 1058, la charge de vicaire apostolique^ fut nommé, en 1074, évèquc du Canada et établit à Québec son siégo épiscopal. Los membres du clergé qui, étant considérés jusque alors comme missionnaires, n'étaient soumis à aucun règlement particulier, furent astreints alors à des règles plus uniformes. Enfin des paroisses furent établies et des curés furent nommés pour les desservir.
Dès 16C3, Mgr de Laval fondait le séminaire de Québec auquel il adjoignit, cinq ans après, un petit séminaire. Cette maison a donné naissance, près de deux siècles plus tard,
à rUniversité Laval , considérée , îi juste titre, comme l'institution d'instruction supérieure laplus importante du continent américain. La môme année, les sulpiciens établis à Montréal, depuis déjà six ans, devinrent, en vertu d'une charte qui leur fut conférée par le roi de France, les administrateurs et les suzerains de nie de Montréal.
Les dissensions qui éclatèrent bientôt parmi les membres du conseil souverain, nécessitèrent de nouvelles modifications dans le mode de gouvernement.
En 1005, on remplaça le conseil souverain, tel que constitué, par un autre se composant d'un gouverneur général de toutes les possessions françaises en Amérique, portant le titre de vice -roi, d'un gouverneur pour chaque province et d'un intendant général. Ce nouveau système administratif fut inauguré avec M. de Tracy, comme vice-roi, M. de Ce urcelles comme gouverneur de la Nouvelle-Fraiico, 3t M. Talon, comme intendant général.
Il fut alors décidé que la guerre contre les Iroquois, qui continuaient leurs ravages et leurs déprédations sur le territoire français, serait poussée avec vigueur. A cet effet, vingtquatre compagnies du régiment de Carignan qui revenait de Hongrie, où il s'était fort dis-
UKSUME HISTORIQUE
tingué contre les Turcs, rerurent ordre de s'embarquer })Our le Canada où el los arrivèrent dans le courant do l'été 10G5. Ce régiment emmenait avec lui les premiers chevaux qu'on eut encore vus dans la partie nord du continent américain.
Quand M. de Tracy se fut rendu un compte exact de la situation, il fit construire un certain nombre de petits fortins qui devaient mettre un obstacle aux incursions des sauvages et servir de refuge, à l'occasion, aux habitants du pays. Puis, à la tête do forces relativement imposantes, il marcha à la rencontre des Iroquois qui, après avoir vainement tenté de lui résister, se virent bientôt dans la nécessité de signer un nouveau traité, le seul qui eut quelque durée, puisqu'il donna seize années de paix à la colonie.
La petite vérole, qui fit plus pour la destruction des races aborigènes de l'Amérique du Nord que ne l'auraient pu faire toutes les armées du roi de France réunies, sévit d'une manière particulièrement rigoureuse vers cette époque. Dans l'espace de quelques années, en 1670 spécialement, des tribus entières disparurent frappées par le fléau terrible qui dépeupla, presque entièrement, la partie nord du Canada.
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Sous l'administration de M. de la Barre , marin habile mais administrateur médiocre, nommé, en 1682, gouverneur de la Nouvelle- France, les Iroquois menacèrent de nouveau l'existence de la colonie. Poussés en sous main par les émissaires de l'Angleterre, ils devinrent plus audacieux qu'ils ne l'avaient jamais été et le plus souvent cependant, leurs déprédations restaient impunies. Il n'y avait qu'une voix, dans la colonie, pour blâmer la mollesse de ce gouverneur qui dut bientôt se retirer devant le mécontentement général.
Malheureusement , son successeur, M. de Denonvillo, ne se montra guère plus énergique et ne sut pas profiter des avantages assez considérables qu'il avait remportés, quelque temps après son arrivée au pouvoir, sur ses sauvages ennemis. 11 s'endormit dans une fausse sécurité, trompé par la tranquillité apparente que lui avaient gagnée les succès de son expédition.
Ce fut sous l'administration do ce gouverneur qu'eut lieu un des épisodes les plus sanglants de ces époques do guerres sans merci. Dans la nuit du 5 août 1080, nuit terrible qui a fait donner à l'année 1G89 le nom Cl année du massacre, quatorze cents guerriers Iroquois traversent le fleuve Saint-Laurent pen-
RESUME HISTORIQUE
dant un orage effroyable qui favorise leurs projets, débarquent en silence sur Tile de Montréal, cernent les maisons des colons sans défiance, et à un signal donné commencent leur œuvre do carnage. Rien ne fut épargné, hommes, femmes et enfants furent impitoyablement égorgés à la lueur de leurs maisons en flammes. Puis, ces hordes sauvages se répandirent au milieu des populations des campagnes terrifiées, tuant, saccageant, brûlant tout sur leur passage, pour ne se retirer, impunis, que vers le milieu du mois d'octobre.
Cette violation manifeste du droit des gens et de la loi des traités, fut le prélude d'une guerre qui éclata la même année entre les colonies française et anglaise do l'Aniérioue du Nord ; guerre inégale, s'il en fut, puisqu'à cette époque, la Nouvelle-Angleterre possédait déjà une population de 200,000 âmes au moins, tandis que la Nouvelle-France comptait 15,000 habitants à peine. Do plus, pendant que les Anglais devaient attendre des secours effectifs des Iroquois, les ennemis naturels des Français, ceux-ci ne pouvaient espérer aucune aide de leurs anciens alliés, les Hurons, décimés parles dernières guerres qu'ils avaient eu à soutenir.
Néanmoins, grâce à la fermeté dont fit
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preuve le comte de Frontenac, successeur de M. de Denonville, les chances de cette campagne, guerre de représailles et d'extermination de part et d'autre, dans laquelle les Iroquois faisaient leur partie, furent souvent partagées.
Après avoir pris Port-Royal et conquis l'Acadie, l'amiral anglais Phipps, avec une flotte de sept vaisseaux, vint mettre le siège devant Québec, le IG octobre 1G90. Ayant bombardé la ville pendant plusieurs jours sans succès, désespérant de s'en rendre maître par la force, il essaya d'employer la ruse. Pendant qu'il faisait faire ostensiblement tous les préparatifs de la levée du siège, il opérait clandestinement une descente à quelques milles de la ville, dans le but de surprendre les assiégés du côté de la terre. Mais, surpris lui-même et attaqué à l'improviste par un bataillon canadien, l'amiral Pliipps dut rejoindre précipitamment ses vaisseaux, abandonnant toute son artillerie de campagne sur le rivage et laissant plus de six cents morts sous les murs de Québec. De plus, en regagnant la pleine mer, la flotte anglaise fut assaillie, dans le golfe Saint- Laurent, par une tempête furieuse au milieu de laquelle la plupart des vaisseaux se perdirent corps et biens. Ceux qui restèrent, à moi-
RESUME HISTORIQUE
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Profitant du désarroi dans lequel la réussite inespérée de cette campagne avait jeté l'ennemi, M. de Frontenac, désireux de poursuivre le cours de ses succès, décida de prendre l'offensive à son tour. Il donna le commandement des armées franco-canadiennes à M. d'Iberville, gentilhomme canadien, que sa bravoure et ses succès dans différentes expéditions contre les Anglais et les sauvages ont fait surnommer le Cid (la Canada.
Ce général, après plusieurs combats toujours heureux, sur terre et sur mer, débarqua sur l'île de Terre-Neuve, dans l'été de 1696, et se fit ouvrir les portes de Saint-Jean, capitale de l'île, après avoir pris d'assaut les forts qui protégeaient la ville.
Puis, dans le mois de mai de l'année suivante , il s'emparait des forts de la baie d'Hudson qui redevenait ainsi possession française.
Le traité do Ryswick, signé le 20 septembre 1677 entre la France et l'Angleterre, mit fin aux hostilités.
Ce traité assurait aux deux nations, respectivement, les possessions qu'elles avaient
NOTES SUR LK CANADA
avant la guerre, à l'exception de la Baie cniudson qui restait à la France.
Grâce à l'intervontion d'un chef huron nommé Kondarionk, ou le Rat, qui, par la supériorité de son intelligence, avait acquis une influence considérable sur toutes les tribus indiennes du Canada, un projet de paix fut arrêté le 18 septembre 1700 entre le gouvernement colonial français et les aborigènes. Malgré tous les efforts des émissaires de l'Angleterre pour faire cesser la bonne harmonie qui existait depuis lors entre les Français et les indigènes, le traité fut définitivement ratifié le 4 août de l'année suivante par les délégués de toutes les tribus. La hache de combat qui avait, pendant de longues années, laissé de si sanglantes traces de la baie d'IIudson au golfe du Mexique, fut enfouie dans le sein de la terre, selon la coutume indienne, avec tout le cérémonial usité en pareille circonstance.
Le Canada jouissait, depuis quatre ans à peine, des douceurs de la paix que devait lui assurer le traité de Rjswick, quand la guerre de la succession d'Espagne, dans laquelle l'Angleterre se trouvait encore une fois engagée contre la France, éclata en Europe. Naturellement, le contre-coup s'en fit ressentir sur le continent américain et les hostilités recom-
RESUMK HISTORIQUE
mencèrent de nouveau entre les colonies anglaises et la Nouvelle-France. Quoique moins désastreuse pour le Canada que ne l'avait été la guerre de 1087, quoique les avantages fussent souvçnt du coté des Français, cette nouvelle reprise d'armes eut pour cfTet d'affaiblir davantage encore la colonie française qui, peu soutenue parla mère-patrie, était épuisée déjà par les luttes incessantes qu'elle avait eu à soutenir. Après une série de succès et de revers presque également partagés de part et d'autre, cette guerre se termina, en 1713, par le traité d'Utreclit par lequel la France abandonnait à l'Angleterre le territoire de la Baie d'Hudson et l'Acadie.
Le gouvernement français crut pouvoir se dédommager de l'abandon qu'il venait de faire de l'Acadie, en attirant l'émigration sur l'ile du Cap-Breton qui ne lui avait pas été enlevée par le traité d'Utrecht. Il espérait que les colons établis sur les provinces cédées à l'Angleterre, s'empresseraient d'abandonner leurs propriétés pour venir se fixer sur cette terre restée française. Mais, à peu d'exceptions près, ces prévisions ne se réalisèrent pas et la France, de ce côté, ne put compenser les pertes qu'elle avait faites.
En 1722, quoique la population du Canada
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eut sensiblement augmenté puisqu'on l'évaluait alors à environ 25,000 âmes, l'agriculture était encore peu prospère, l'instruction du peuple avait été complètement négligée et les finances se trouvaient dans un état déplorable.
M. de Vaudr^uil, alors gouverneur, pensa qu'il était nécessaire de faire subir quelques changements à l'organisation intérieure de la colonie. En conséquence, il ordonna Là révision d^^ !'■ civiles et criminelles, établit des maîtres d'école dans les endroits les plus peuplés et 'U' ■ 1 L [idja en quatre-vingt-deux paroisses dont quarante-huit sur la rive gauche du Saint-Laurent et trente-quatre sur la rive droite. Malheureusement ce gouverneur, qui unissait à la plus grande fermeté des qualités inappréciables comme administrateur, mourait en 1725, laissant son œuvre inachevée.
Quand commença, en 1756, la guerre de sept ans qui devait se terminer par la cession définitive du Canada à l'Angleterre, il était aisé de prédire le résultat de la lutte. Tandis que la population des colonies anglaises de l'Amérique du Nord s'élevait déjà à un million deux cent mille habitants, celle de la colonie française n'était que de soixante-cinq mille âmes à peine.
Aux quinze mille hommes de troupes régu-
UKSr.MH HISTORIQUE
lières que l'Anglcterro entretenait sur le continent américain, la Nouvelle-France n'avait à opposer que deux raille huit cents soldats et quatre mille deux cents volontaires, n'ayant ù espérer aucun secours de la mère-patrie. Néanmoins, la lutte fut héroïque et désespérée et malgré l'infériorité du nombre, cette uuerre sans issue fut une de celles où la valeur française eut le mieux l'occasion de s'aftîrmer.
Après avoir vainement demandé des secours .î la France, le marquis de Montcalm, lieutenant général des armées du roi, au Canada, voulut tenter un dernier effort. Par ses ordres, tous les hommes valides de seize à soixante ans furent appelés sous les armes. Malgré tout, l'effectif de l'armée canadienne ne dépassait pas douze mille hommes, dont trois mille cinq cents seulement de troupes régulières. Le reste se composait de nouvelles recrues faites parmi les Canadiens français et les Indiens alliés. Les forces anglaises n'étaient pas moindres de trente mille soldats aguerris, commandés par le général Wolfe, un des officiers les plus distingués des forces britanniques.
Le 13 septembre 1759, après une série de luttes liéroïques oii souvent, en dépit du nombre, la fortune avait penché en sa faveur.
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le brave Montcalm, à la tête de 4,500 hommes, vint offrir le combat au général anglais qui l'attendait à la tête d'une armée de 8,000 soldats, sur les plaines d'Abraham, au pied des murs de la citadelle de Québec. Malgré la disproportion du nombre, la victoire fut longtemps indécise dans cette journée où on vit les commandants en chef des deux armées tomber, mortellement blessés, sur le même champ de bataille. Mais il fallut céder enfin sous le poids du nombre, et cette défaite des plaines d'Abraham qui amena la reddition do Québec, donna le coup de grâce à la domination française sur le continent américain.
M. de Lévis, qui devenait par la mort du marquis de Montcalm, général en chef des armées françaises au Canada, rassembla néanmoins les débris épars de ses troupes et, dès le printemps dej'année suivante, le 20 avril 1760, prenait sur ces mêmes plaines d'Abraham une revanche éclatante do la défaite de l'année précédente.
Après un combat homérique de quelques heures, pendant lequel les Français durent suppléer au nombre par le courage, l'armée anglaise dut lâcher pied et se réfugier derrière les murs de Québec.
Alors, comptant sur les secours qu'il avait
RLSL'ME IIISTOUIQUE
fait demander en France, et espérant les recevoir d'un jour à l'autre, M. de Lévis mitle siège devant la ville. Mais, au lieu des renforts qu'il attendait, il vit, le 15 mai, les voiles d'une flotte anglaise considérable remontant le fleuve Saint- Laurent. La résistance devenait plus que jamais impossible et le général canadien vit qu'il lui fallait céder devant la coupable indifférence de la cour de Versailles pl'is encore que devant les forces supérieures de l'ennemi.
Les débris de l'armée française au Canada durent donc déposer les armes et la capitulation fut signée le S septembre 17G0.
L'heure était sonnée où les vaillants pionniers qui avaient fondé une nouvelle France sur le continent américain, allaient être condamnés à vivre désormais à l'ombre d'un dra- ' peau étranger et jusqu'alors ennemi,.
C'en était fait ; le drapeau anglais, flottant sur la fière citadelle de Québec à la place de celui que Champlain y avait fixé plus d'un siècle et demi auparavant, disait assez que l'ère de la domination française dans le nouveau monde était à jamais finie.
Par le traité de Paris, signé le 10 février 17G3, Louis XV cédait définitivement à l'Angleterre les quelques arpenls de neige qui avaient déjà bu tant du sang le plus pur de la France.
NoTKS ^IR I,K CANADA