‹ Notes sur le Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 5 sur 25 · K CANADA SOLS LA D(JMIXATIUN ANGLAISE · texte numérisé non relu

K CANADA SOLS LA D(JMIXATIUN ANGLAISE

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()ii a trop souvent tlétri les débordements scandaleux du roi qui régnait alors sur la France, pour qu'il soit nécessaire de renchérir encore sur les actes d'une politique qui a amené tant de funestes et irrémédiables résultats. Ce n'est pas le peuple français que l'on doit tenir responsable du honteux abandon de la plus fidèle de ses colonies, c'est à des ministres captés par des courtisanes vendues à l'Angleterre qu'il faut en demander compte.

Quoi qu'il en soit, malgré les stipulations <>xpresses contenues dans la treizième clause du traité de Paris, par laquelle la France cédait à la Grande-Bretagne tous ses droits sur ses colonies de l'Amérique du Nord, stipulations qui garantissaient l'exercice de leur religion et de leurs lois aux 70,000 colons d'origine française disséminés sur le vaste territoire abandonné, les représentants de l'Angleterre

UKbJ.MK HISTOUK^IE

traitèrent souvent leur nouvelle possession en pays conquis et ne tardèrent pas à profiter de tous les avantages que donne le droit de conquête.

Quoique le pays fût complètement pacifié et tranquille, le Canada fut immédiatement soumis aux rigueurs du régime militaire, sans gouvernement établi, sans lois régulières, sous le commandement des généraux Murray et Carleton, qui l'administrèrent de 1743 à 1774. Les lois françaises furent abolies et on y substitua celles alors en vigueur dans le royaume britannique.

Ce gouvernement, par trop arbitraire, fut quelque peu modifié et devint, de 1774 à 1791, (jouvcrnement civil absolu, sous l'administration des gouverneurs Carleton, Haldimand et encore Carleton ; ce dernier, élevé à la pairie sous le nom de lord Dorchester, revint prendre son ancienne charge, qu'il garda de 1784 à 1795.

Sous le nouveau régime, et plus particulièrement pendant la gestion du général Haldimand, les Canadiens réclamèrent inutilement l'exercice de la plupart des privilèges qui leur avaient été reconnus ; par contre, tous les moyens furent tentés par les représentants de la Grande-Bretagne pour substituer la reli-

NOTKS STR LK CANADA

giori, les lois ot los contumeg nnglai'ies aux traditions léguées par la France aux liabitants d 1 pays.

Mais les chefs du parti fi'anrais, au Canada, résis'tèi'ent toujours énergiquoment, soit aux prétentions tyranniques do jpurs nonToaux maîtres, soit aux fallaci^'iises pronio<sps qui leur étaient faites par les émissaires du gouvprnement métropolitain, comme prix de l'abandon delà cause patriotique qu'ils avaient entrepris de soutenir.

Au plus fort de cette lutte morale de li vitalité nationale française contre l'c^sprit absorbant do la race anglo-saxonne, les anciennes possessions britanniques de l'Amérique du Nord se préparaient à secouer un joug qui commençait à leur paraître troji lourd à supporter.

Le gouvernement anglais avait oublié que la Nouvelle-Angleterre était peuplée d'hommes qui avaient été chercher, dans les forêts' du nouveau monde, des libertés qui leur semblaient insuffisantes dans la mère-patrio ; il avait, en voulant rosti'oindre subitement certaines immunités commerciales dont ils avaient joui jusqu'alors, porté une grave atteinte à la prospérité naissante do la colonie.

Le 4 juillet 1776; La Nouvelle-Angleterre

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HKSrMK llISTORigUE

lovait ouvertement rôtoiuUird de la révolte, et AA'ashington, à la tète d'une armée improvisée, au premier ranir de laquelle vinrent bientôt se ranger Lafayotte et Uochambeau, proclamait l'indépendance de ses compatriotes ; il jetait dès lors les bases de la grande nation qui, en moins de cent ans, est devenue, à certains points de vue, l'égale des premières puissances européennes et la rivale commerciale de son ancienne métropole.

Le moment était tout à fait projjice ; cependant, en dépit de toutes les vexations m'ila avaient eu à subir, malgré les appeh^ réitérés que leur tirent leurs voisins révoltés pour les amènera prendre part au mouvement d'émancipation dont les chances de succès s'aiTermiasaient tous les jours davantage, les Canadiens français restèrent fidèles à la couronne britannique et à la foi du traité par lequel ils étaient devenus ses tributaires. On les vit non-seulement refuser la liberté qui leur était ofTorte, mais aider même les armées anglaises à repousser do leur territoire les troupes rcbcdles qui l'avaient envahi.

Voyons comment les représentants de l'Angleterre, au Canada, d'alors, récompensèrent tant de loyauté et d'abnégation.

La terre n'avait pas encore bu tout le sang des

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bravos tombés victimes de leur soumission à la Constitution anglaise, et déjà lord Dorchester, qui avait succédé, en 1774, au général Haldimand comme gouverneur du Canada, venait, par une administration maladroite, jeter le trouble et la désolation au milieu des campagnes ravagées naguères par les soldats de Washington.

Dès que le gouvernement britannique eut reconnu, par le traité du 3 septembre 1783, l'indépendance de ses anciennes colonies et fut débarrassé des difficultés sérieuses que lui avait suscitées la guerre qu'il venait de soutenir contre la nouvelle république, lord Dorchester songea à reprendre plus activement que jamais l'œuvre d'angiification qu'il avait entreprise. Il sut exploiter habilement les préjugés du parti composé des émigrants anplais, tout fraîchement reniorcé par l'arrivée d'un assez grand nombre d'anciens colons de*la Nouvelle-Angleterre, qui, ayant pris fait et cause pour le gouvernement métropolitain pendant la guerre d'émancipation, avaient préféré venir vivre au Canada à l'abri des institutions britanniques.

Un instant assoupie, l'animosité sourde qui régnait depuis longtemps déjà et subsistait à l'état latent entre les représentants des deux races, se réveilla tout à coup ; on ne tarda pas

RKSIME HISTORIQUE

ù constater dans la colonie les malheureux effets, résultats inévitables des rivalités nationiles.

Malgré son infime minorité, le parti anglais, se sentant fortement appuyé parle gouverneur, ne recula plus devant aucune prétention.

Mais ce projet d'annihilation de la race française, qui fut l'idée persistante de lord Dorchester et de plusieurs de ses successeurs, vint toujours échouer contre l'attitude ferme et patriotique de ceux qui, à différentes époques, s'en sont constitués les défenseurs et les gardiens.

Voyant qu'il n'y avait rien à espérer du système de rigueur mis en pratique par lord Dorchester, et comprenant qu'il serait dangereux désormais, en raison du voisinage des Etats- Unis, de pousser les Canadiens français aux dernières limites de l'exaspération, le gouvernement anglais espéra en arriver plus aisément à ses fins, en employant d'autres moyens.

Sous prétexte de mettre un terme à l'esprit de rivalité nationale qui existait entre les habitants des deux origines, le Parlement métropolitain, pendant la session de 1791, divisa la colonie en deux provinces : le Haut et le Bas- Canada ; il accorda aux Anglais une prépondé-

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rance réelle dans la première, et ne laissa qu'une suprématie factice aux Canadiens français dans la seconde. La nouvelle constitution accordait au Bas-Canada un Conseil législatif composé de quinze membres nommés par le gouvernement, et une Assemblée législative de cinquante députés élus par le peuple.

La Chambre haute, recrutée naturellement parmi les créatures du gouvernement, était investie du privilège de rejeter toute loi de la législature élective qui n'entrerait pas dans ses vues.

La population du Canada, qui n'était que de soixante-dix mille urnes lors d'c la cession du pays à l'Angleterre, avait presque doublé dans cet intervalle de vingt-huit ans; en 1791 elle n'en comptait pas moins de cent trente-cinq raille. Sur cette population déjcà considérable, il y avait tout au plus quinze raille représentants de la race anglo-saxonne.

Malgré l'énorme disproportion numérique qui existait ainsi entre les deux nationalités, le bureau colonial n'en nomma pas moins neuf conseillera législatifs anglais, contre six seulement d'origine française.

D'un autre côté, le parti anglais réussit à occuper seize sièges dans la nouvelle Asaemblée législative, à la suite des élections géné-

RESUME HISTORIQUE

raies qui eurent lieu dans le cours du mois de juin 1792. \ttribuant ce succès inespéré à la faiblesse ou à la crainte, les membres de la minorité poussèrent la prétention jusqu'à vouloir asseoir un des leurs dans le fauteuil présidentiel de la nouvelle Chambre. Mais la majorité des députés élus parle suffrage populaire était décidée à ne s'en laisser impose? par aucune considération et à se prévaloir do tous les avantages que lui astsurait le droit constitutionnel.

En dépit de toutes les influences qui furent mises en jeu pour faire échouer son élection, M. Panet, un des hommes les plu8 distingués du parti canadien français de cette époque, eut l'honneur d'être appelé à la présidence de l'Assemblée législative du premier Parlement du Bas-Canada.

Battue sur ce point, la minorité anglaise, forte de l'appui qu'elle attendait du bureau colonial, demanda que l'usage de la langue française fût aboli dans l'enceinte législative; mais, cotte fois, la majorité ne permit point que l'on portât atteinte à une de ses prérogatives les plus importantes, dont l'intégrité se trouvait garantie par le traité de 1763.

Malgré les échecs que leur attiraient sans cesse l'arbitraire et l'injustice de leurs préten-

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tions, les députés anglais ne se rebutaient pas 'et en émettaient tous les jours de nouvelles. Ainsi, en 1800, ils présentèrent une loi dont l'adoption eût soumis l'instruction publique au contrôle exclusif des protestants.

Un journal anglais de Québec déclarait, vers cette époque, que le Bas-Canada avait déjà trop tardé à devenir anglais, et que le temps était venu où tous les moyen-s devaient être employés pour obtenir Yanglifieafmi complète de cette province. Ce fut alors que les Canadiens, afin de pouvoir se défendre contre les attaques incessantes de cette feuille, décidèrent de fonder un organe qui représentât et soutînt les intérêts de la nationalité française. Le Canadien, portant en tête de ses colonnes la devise : — « Nos institutions, notre langue ET NOS LOIS, » — parut pour la première fois en novembre 1804, à Québec, où il se publie «encore actuellement.

Ce journal, rédigé par ceux-là mêmes qui combattaient énergiquement à l'Assemblée législative pour le maintien des institutions, de la tangue et des lois canadiennes françaises, devint entre leurs mains un instrument redoutable, toujours prêt pour la défense des libertés menacées de la nationalité française au Canada.

A la suite d'une session des plus orageuses,

KKSUMK HISTORIQUE,

le gouverneur Craig, qui avait pris en 1807 l'administration des affaires, cassa loParlement, saisit les presses du Canadien et fît emprisonner les chefs du parti français. Non content de ces actes rigoureux, il envoya à Londres son secrétaire, M. Ryland, porteur d'une note où il conseillait au gouvernement métropolitain do prendre des mesures promptes et énergiques pour anglificr et prolcstanliscr le pays ; il proposait aussi, pour faire face aux dépenses de l'administration, de confisquer les biens des sulpiciens de Montréal et des jésuites de Québec.

Heureusement, le cabinet'de Saint-James ne tint pas compte des objurgations de ce gouverneur, qui fut rappelé en 1811.

Sir George Provost, qui lui succéda, mit un terme à cette administration despotique et capricieuse qui avait fait donner au passage de sir James Craigau pouvoir la qualification ironique de Règne de la Terreur.

Sir George Provost, aussi doux, affable et conciliant que son prédécesseur était arrogant, brutal et cassant, s'occupa, dès son entrée au pouvoir, de régler les difficultés provoquées par l'absolutisme de l'administration précédente, et d'étouffer, au moyen d'une direction adroite et prudente, les mécontentements qui régnaient partout. Aussi, jamais gouverneur

ne fut-il plus sympathique à la nationalité française qu'il avait su s'attacher par les liens de la reconnaissance.

Ce fut sous son administration, en 1812, que la guerre éclata entre l'Angleterre et les Etats- Unis, dont les armées envahirent, encore une fois, le territoire canadien,

Comme en 1775, les volontaires canadiens français, enrégimentés à la hâte, firent bravement et loyalement leur devoir.

Dans le cours de cette guerre, le colonel de Salaberry, dontle nom est resté légendaire dans le pays, défit à ChAteaugay, avec un détachement de trois cents recrues, un corps de l'armée américaine composé de sept mille hommes environ.

Sous les gouverneurs Drummond, Sherbrooke, Richmond, Maitland et Dalliousie, qui administrèrent successivement le Canada (après la mort du regretté sir George Provosi;, de 1815 à 1828), les luttes de race et de religion recommencèrent avec plus d'acharnement que jamais.

Mais MM. Cuvillier, Quesnel, Viger, Nelson et le jeune Louis-Joseph Papineau, qui venait d'être élu, à l'âge de vingt-six ans seulement, présidentdel'Assemblée législative, soutenaient les droits de leurs compatriotes avec la même ardeur et le même patriotisme que leurs de^

REST:.ME HISTORTQrE

vanciers contre le parti anglais ; celui-ci, loin de céder ancan de ses avantages, cherchait, au contraire, à empiéter constamment surles rares privilèges, à peu près illusoires, que ses adversaires paraissaient pos-éder encore.

Cependant, l'agitation des Chambres, les sourds murmures de mécontentement qui se faisaient entendre parmi les populations des villes et des campagnes, laissaient voir que les Canadiens français commençaient à trouver trop lourd le joug sous lequel ik s'étaient courbés jusqu'alors.

Une crise sérieuse était imminente.

Lord Dalhousie avait été élevé en 1820 au poste de gouverneur général de toutes les colonies de l'Amérique du Nord ; voyant que les moyens suggérés par le bureau colonial aux représentants de l'Angleterre, pour réduire le parti canadien français, échoueraient toujours devant la fermée attitude des chefs appuyés sur la Constitution alors en vigueur, il conseilla au cabinet de Saint-James de modifier cette Constitution.

Accédant aux vues de son gouverneur général, le gouvernement métropolitain décida de présenter un bill spécial à la Chambre des Communes pendant la session de 1822; ce projet de loi devait avoir pour effet de casser

NOTES Sl'R I-E CANADA

la Constitution de 1701, qui séparait le Bas et le Haut- Canada, et de réunir encore une fois ces deux provinces sous une mômo administration.

Ce biU devait donner au Haut-Canada une représentation relativement beaucoup plus considérable que celle accordée au Bas-Canada. Il conférait aux membres d'un conseil législatif nommé par la couronne le droit de prendre part aux débats de l'Assemblée législative ; il abolissait l'usage légal de la langue française ; enfin, il restreignait considérablement les libertés religieuses et les privilèges concédés à l'Eglise catholique.

L'adoption de cetie loi eût réduit les Canadiens français à l'état d'asservissement auquel était soumise alors la population de la malheureuse Irlande.

La nouvelle de l'introduction de ce projet de Constitution, dans le Parlement britannique, produisit une sensation profonde au Canada. Des suppliques furent adressées de toutes les parties du pays pour protester contre l'iniquité de cette mesure, et MM. Papineau et Nelson furent délégués à Londres pour y porter les justes représentations de la population canadienne.

A la vue d'une manifestation aussi générale,

UKSTME IIISTORIQUK

plusieurs des membres les plus influents de la Chambre des^Communes, en Angleterre, frappés de la justice de ces réclamations, prirent en main la cause des malheureux opprimés ; il en résulta qu'à la suite d'une séance des plus orageuses, le gouvernement se vit dans l'obligation de retirer sa motion rejetée par- la majorité de l'Assemblée à la seconde lecture.

Malgré l'échec humiliant que le Parlement anglais venait de lui faire subir, lord Dalhousie ne se considéra cependant pas comme vaincu. Battu sur le terrain politique, il tenta d'en arriver à ses fins en luttant sur le terrain religieux.

Peu de temps après sa déconvenue, il soumettait au bureau colonial un nouA'eau mémoire dans lequel il invitait les ministres à revendiquer, pour la couronne, Texercice d'un patronage ecclésiastique qui lui permît de nommer les curés catholiques, selon son bon plaisir. Cette nouvelle tentative échoua complètement.

De retour d'Angleterre, où il avait été passer quelques mois dans l'intention d'influencer les membres de la Chambre des Communes hostiles à la ligne de conduite qu'il avait jusqu'alors suivie, lord Dalhousie convoquait les Chambres canadiennes dans le courant de janvier 1820.

NOTES SrR LE CANADA

Mais l'Assemblée législative ayant, encore une fois, refusé de voter les subsides au gré du gouvernement, le Parlement fut cassé le lendemain de son ouverture. Cet acte arbitraire nécessit^iit des élections générales dans lesquelles le parti français remporta une victoire éclatante.

Le jour de la réunion des nouvelles Chambres, M. Papineau ayant été élu président de l'Assemblée législative, le gouvernement refusa de ratifier sa nomination, et, le soir même, la législature fut de nouveau prorogée.

Des murmures menaçants s'élevèrent de tous les points de la province à la nouvelle de cet abus d'autorité. Chacun comprenait que le bureau colonial, contrecarré dans ses desseins par le vote de la Chambre des Communes, cherchait des prétextes pour en revenir à son projet d'union.

De nouvelles requêtes exposant les griefs de la population française et couvertes do plus de quatre-vingt mille signatures, furent adressées directement au roi d'Angleterre ; MM. Nelson, Viger et Cuvillicr se chargèrent d'aller les déposer aux pieds du trône.

Sur ces entrefaites et afin de faciliter probablement le rétablissement de la concorde, lord Dalhousie fut transféré au gouvernement

RESUMF-: HISTORIQUE

dos Indes et remplacé, commo goiivorneur du Canada, par sir Jamos Kempt ; celui-ci morne n'y resta que deux ans et eut pour succe^^seur lord Avlmer, en 1830.

Quoique les vues de ces deux derniers g'ouverneurs fu«5Sont relativement modérées et plus acceptables, les Canadiens surexcités par les injustices auxquelles ils avaient été en butte antérieurement, ne voulurent faire aucune concession, ni tenir compte de celles qu'on leur proposait, les regardant comme insuffisantes.

Au milieu de ces débats entre la colonie et les mandataires de la métropole, survint un événement regrettable dont l'effet fut de rendre nuls, désormais, les efforts de conciliation tentés par des hommes modérés des deux partis, qui prévoyaient les résultats funestes de ces luttes intestines. Dans le mois de mai 1831, pendant une élection très-chaudement contestée, à Montréal, entre deux candidats appartenant à chacun des partis alors en lutte^ les troupes, appelées sous prétexte de maintenir l'ordre, tirèrent sur le peuple, tuèrent deux hommes et en blessèrent grièvement plusieurs autres. Que ce fut par l'elTet du hasard ou de la préméditation, toutes les victimes de

NOTES Sril T K CANADA

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ce sanglant épisode se trouvèrent appartenir au parti canadien français.

Voyant que l'excitation du peuple atteignait aux dernières limites qui le séparaient de la révolte, leschefs du parti canadien, qui avaient toujours espéré vaincre le mauvais vouloir des membres du bureau colonial par dos moyens constitutionnels, résolurent de tenter un dernier effort dans ce sens. A cet effet, l'Assemblée législative, pendant la session de 1834, rédigea un manifeste dans lequel elle exposait, en quatre-vingt douze paragraphes, tous les griefs de la colonie contre la métropole.

Dans ce document connu, dans l'histoire du Canada, sous le nom des Qualre-vinyt-douze rcsolulions, les membres de la majorité se plaignaient amèrement, surtout, do la manière dont le gouverneur lord Aylmer interprétait la Constitution. A la suite de cet acte agressif de l'Assemblée contre son administration, le Gouverneur général prorogea immédiatement les Chambres ; il prétendait qu'en ayant appelé directement au gouvernement métropoli^'^M le pays n'avait plus qu'à se soumettre et ; itendro la décision émanant de l'autorité souveraine.

La réponse à la requête que l'Assemblée lé-

UKSLMK HISTORlQri-:

giskitive du IJas-Cauada avait soumise au cabinet britannique n'arrivait pas.

D'un autre cùté, les rumeurs qui, depuis quelque temps traversaient l'Atlantique, étaient (le plus en plus inquiétantes.

L'état de malaise (|ui se faisait sentir depuis longtemps, s'accentuait tous les jours davantage. Un assez grand nombre d'habitants d'origine britannique entraient dans le mouvement réformiste et grossissaient le groupe des mécontents. Pendant que dans le Parlement anglais la cause canadienne était habilement défendue par Hume et O'Connell, les populations des cantons de l'Esté parmi lesquelles on comptait un nombre assez considérable d'Anglais et d'Américains réfugiés des Ktats Unis, approuvaient la conduite de l'Assemljlée législative dans des meetings où la conduite du gouvernement colonial était violemment accusée. Bientôt, presque tous les comtés et les paroisses prirent part à ces démonstrations publiques, qui avaient pour effet d'encourager les députés dans la ligne de conduite qu'ils avaient adoptée. Enfin, des pétitions couvertes de milliers de signatures et appuyant les demandes formulées dans les qualre-vingl-douze résolu! ''tus, étaient expédiées à Londres de toutes les parties de la province.

NOTES SUR LE CAN.VDA

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Mais tout devait échouer, encore une fois, contre les mauvaises dispositions du bureau colonial, à qui le Parlerûent anglais avait déféré la charge d'examiner la nature des griefs et des plaintes exprimés par les requêtes de l'Assemblée et du peuple canadien.

Pendant les élections de 1835, on eut à regretter, dans l'un et l'autre camp, de nombreux actes de violence et de désordre ; les anciennes luttes reprirent avec plus d'acharnement que jamais, dès l'ouverture du Parlement convoqué quelques semaines après.

Malheureusement, M. Papineau et plusieurs des membres les plus influents du parti national parcouraient les villes et les campagnes canadiennes, pour protester devant le peuple contre des actes arbitraires qui devenaient do jour en jour plus fréquents, de la part du gouvernement. L'autorité religieu'îe crut devoir mettre un frein à l'effervescence qui se manifestait de toutes parts, et l'évèque de Montréal lança un mandement dans lequel il conseillait à ses diocésaii.s l'obéissance au pouvoir établi. Mais loin de profiter du temps d'arrêt qui se produisit à la suite de c'ette lettre pastorale, le gouvernement sembla prendre à tâche de créer de nouveaux ressentiments. Il destitua les magistrats et les officiers de mi-

RESUME HISTORIQUE

lice d'origine canadienne française ; il arma ostensiblement ceux qui étaient reconnus comme les partisans avoués de la Constitution britannique, et fit occuper les villes par des soldats anglais venus, dans ce but, du Nouveau- Bruns wick.

Ce fut alors que^ malgré l'opposition des chefs, éclata la révolte connue sous le nom do Rébellion de 1837. Plusieurs milliers de Canadiens français, exaspérés par les vexations continuelles qu'eux et leurs pères avaient eu à subir depuis plus de soixante-quinze ans, sans chefs, sans armes, sans munitions, sans organisation d'aucune sorte, luttèrent héroïquement contre dos troupes régulières dix fois supérieures en nombre.

Ces héros improvisés, qui n'avaient à opposer à l'artillerie des régiments anglais que des faux, des fourches, quelques vieux fusils de chasse et un canon de bois, vainqueurs une première fois dans les plaines de Saint-Denis ', furent bientôt battus à Saint-Charles" et complètement défaits quelques jours plus tard à Saint- Eustache"'.

Un commencement d'insurrection, qui se

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