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TROISIÈME SÉANCE

29 septembre.

La séance commence à deux heures, tous les commissaires réunis. On examine successivement tous les articles du projet de traité , depuis le quatrième jusqu'à l'article 10 inclusivement. Les plénipotentiaires japonais •ont fait porter exclusivement la discussion sur la partie purement matérielle du Traité , cherchant à tout bien préciser, à pousser la clarté jusqu'à l'évidence, et, pour

arriver à ce résultat, ils n'ont pas craint de tomber dans des pléonasmes continuels ; il semblait qu'une secrète pensée les agitait , et derrière chaque expression , dans chaque terme, ils paraissaient chercher si une embûche . ou un piège ne leur était pas tendu par les puissances européennes, pièges dont ils s'efforçaient de conjurer le péril.

Les plénipotentiaires du Taî-goun ont paru encore troublés par une autre préoccupation, celle de voir les Japonais, à la faveur du Traité, sortir de leur pays et visiter les royaumes étrangers. Ainsi dans l'article 8, où il est dit que les Français résidant au Japon pourront prendre à leur service des sujets japonais, ils ont demandé qu'à la place de l'expression prcrulre à leur service qu'ils trouvaient trop vague, on mît le terme louer, qui pour eux n'impliquerait pas la faculté donnée aux Français quittant le pays, d'emmener avec eux leurs serviteurs japonais. Quant aux pilotes, ils ont reconnu parfaitement aux navires étrangers le droit d'en prendre un pour guider en dehors du port ; mais ils ont demandé qu'il n'allât pas trop loin et qu'il s'arrêtât à la sortie des passes, dans la crainte que tel individu, se trouvant en dehors de l'action de la police japonaise, n'en profitât pour se soustraire à l'action directe du gouvernement de l'Empereur.

La clause concernant l'abolition, par le Gouvernement japonais, de l'odieuse coutume qui consistait à fouler aux pieds l'emblème du christianisme a été également pour eux le sujet de quelques observations. Us ont déclaré que cette pratique ayant cessé d'exister au Japon, il était parfaitement inutile d'en demander l'abolition ; mais ils ne se sont pas opposés à le constater dans le Traité et à. y insérer le paragraphe suivant à la fin de l'article 4 *• « Le Gouvernement japonais a déjà aboli dans l'empire

« l'usage des pratiques injurieuses au christianisme. » Cette clause , omise dans le Traité anglais, se trouvait déjà dans le Traité américain.

Les commissaires japonais, dans la discussion de ce même article 4, ont demandé que le cimetière des Français fut établi dans l'enceinte du cimetière japonais. Aucune décision n'a été prise à ce sujet. Quant aux églises et autres édifices du culte, ils n'ont point élevé de difficulté ; mais ils ont demandé qu'il fût bien spécifié que ce serait seulement dans l'emplacement fixé pour la résidence des étrangers que les édifices seraient construits.

A cinq heures la séance est levée : il est d'abord convenu que l'on se réunira le lendemain 3o septembre, à deux heures ; mais, au moment de quitter la séance, les commissaires japonais font demander au baron Gros, sans lui en faire connaître le motif, de vouloir bien remettre la séance au surlendemain, I er octobre. On a su dans la soirée, du 3o que le nouveau Taï-goun sortirait demain pour la première fois depuis la mort de son père et irait , accompagné de tous les dignitaires de Yeddo, offrir des sacrifices dans un temple situé à quelque distance de la ville (deux milles, dit-on).

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