‹ Notes sur le Laos pendant la campagne de 1945 au CammonChapitre 12 sur 21 · LE-PALUDISME · texte numérisé non relu

LE-PALUDISME

Maladie endémique la plus fréquente au Laos, le paludisme y est souvent bénin mais se présente parfois sous des formes graves (accès pernicieux, fièvre typho-malarienne, cachexie). Il frappe surtout les nouveaux arrivants et, au temps où il fallait faire un long et fatigant voyage pour atteindre le royaume, bien peu y échappaient. Toutefois, les indigènes y restent sensibles. J’ai vu dans les villages des enfants mourir de cachexie palustre. Avant la guerre, il tenait une place de choïx dans les statistiques de l’Assistance Médicale et, pendant la campagne de 1945, malgré moustiquaires, quinine et quinacrine préventive, nous avions toujours un notable pourcentage de nos effectifs immobilisé par lui.

Le paludisme présente une recrudescence d’avril à juillet lors de la première période de pluie et une autre en octobre à la fin de la saison humide. Ces deux accidents exceptés, la courbe de morbidité suit celle des pluies.

Les mesures prophylactiques sur le terrain sont impossibles à prendre. Dès les premières grandes pluies, l’eau est presque partout à fleur de terre. chaque pas laisse un trou dans la boue et les abords des villages et le sol même entre les cases sont un bourbier labouré par les animaux où l’on enfonce jusqu’au genou, qu’il est impossible de draîner ni de stériliser.

D'un sac abandonné dans une pièce et ouvert trois jours plus tard, s'élève une nuée de moustiques. L’exorcisme anglo-saxon « Take care mosquitos bites give malaria » n’avait nulle autre

part plus de raison qu'ici, mais l’on peut donner tout ce qu’il est imaginable à des hommes marchant des heures dans la forêt, dormant souvent en plein air, l’on ne fera que diminuer le nombre des cas sans supprimer l’infestation. La fumée du foyer dans les cases, la pulvérisation de « D. D. T. » en solution dans du Freon paraissent une meilleure protection que la moustiquaire et l'importance du repos, du confort et de l’alimentation plus grande que les médicaments.

LA BILIEUSE - HEMOGLOBINURIQUE

Elle frappe surtout les Annamites, quelques Européens aussi alors que les Laotiens paraissent y être réfractaires.

En 1934 fut fait au Laos l’essai d’une liane dite liane quinique trouvée dans la région de Saravane : (Khua Kao Hoq. Réduite en poudre au mortier, elle était administrée à la dose journalière de 1 gr. à 1 gr. 50 avec uüne quantité égale d’antipyrine, Le rapport annuel de l’Assistance Médicale qui la signale note 70 % des cas améliorés ou guéris par cette médication. Le docteur Spire notait cette plante en 1907 sous les noms laotiens Khua Kha Ho ; siamois : Bora Phet ; et, l'identifiant avec Cocculus Vermicosus Wallich, il indiquait sa renommée comme antifébrifuge employé par les riverains du Mékong et de la Menam, sans pouvoir en préciser ni les doses ni la préparation.

Je n'ai trouvé aucune précision sur les variétés de plasmodium rencontrées au Laos. Il semble, d’après l’allure clinique, que le vivax domine et après lui le falcifarum.

Les recherches entomologiques ont montré l'existence des anophèles suivants :

Groupe Anopheles S. S.

Barbirostris Barbumbrisus Hyrcanus var Siwensis Wiedmann Hyrcanus var Nigerius Gibes Gigas Var Baibeleyi (uniquement dans les zones les plus hautes).

Poe

Groupe Pseudomyzonia A. Vagus Dônitz (partout)

Groupe Neomyzomia A. Kochi Dônitz A. Leucosphyrus (plaines) A. Punctulatus Tesselatus

Groupe Neocellia A. Fuliginnus A. Fuliginnus Philippinensis

A. Maculatus Theboald A. Maculipalpis var indienis

Groupe Myzomia A. Aconitus.

A. Culicifacies A. Japponensis A. Minimus var Vanura (présence probable) A. Aïtkenii (signalé mais non retrouvé)

Le paludisme est responsable de 20 à 25 % des hospitalisations et de O0 à 30 % des décès suivant les régions, atteignant le maximum dans la région de Thakhek. Parallèlement à ces chiffres, l’indice splénique varie de 10 à 100. Avant la guerre l’Assistance vendait et distribuait gratuitement de la quinine. Pendant la dernière campagne, les soldats prenaient de la quinacrine sui- —. la méthode anglaise : un comprimé par jour, six jours sur sept. |

LA DYSENTERIE AMIBIENNE

Très répandue également au Laos, mais loin de présenter l'importance du paludisme, la dysenterie amibienne apparaît à la même époque que le paludisme. Les Laotiens distinguent : les douleurs intestinales : Hon Tong Long Tiep ; la Dysenterie : Thay Mouk ; les abcès du foie : Pa Dong ; les diarrhées simples : Tiep Long Long ; muqueuses : Long Mouk ; sanguines : Long Deng ; noires : Ok Dam ; cholériforme : Tong Khi Hak et la rectite : Long Doi. Pour ces affections encore, les remèdes sont innombrables, La contamination en est beaucoup plus facile à éviter que celle du paludisme ; le mode d’alimentation des indigènes les expose davantage que les Européens à cette affection. Par contre, la diarrhée chronique est également répandue chez toutes les races. Elle semble ici toucher indifféremment anciens dysentériques et individus sains, contrairement à la sprue, et résulter de plusieurs facteurs : parasitisme intestinal, avitaminose, manque d’aliments frais, accordant en ceci une participation hépatique certaine. Elle est une gêne beaucoup plus qu’un danger. Les recherches de Houdemer donnent un indice d’infestation de :

Amibes dysentériques : 0,67 % Balantidium Coli : 0,06 % Giardia "10,270

CANÉEPRE

En 1906, l’on avait recensé 500 lépreux isolés dans tout le Laos. En 1930, sur les douze mille cas connus en Indochine, huit cent cinquante étaient du Laos, En 1941, quatre vingt lépreux nouvellement reconnus furent isolés. En 1942, trente neuf. Le chiffre

REY er

total des malades n’est indiqué dans aucun rapport depuis 1930.

Les Lao distinguent la lèpre au début : Ki-Hueum, la lèpre avec ulcérations : Tout-Hao, stade où autrefois le malade était isolé et la lèpre avec nodosités : Kitout. Dans la vallée du Mékong, les ladres devaient vivre sur des maisons flottantes et il leur était interdit de descendre à terre ; le plus souvent dans les autres régions, ils habitaient en dehors des villages où ils se rendaient du reste souvent pour protester de l'oubli où les laissaient les mandarins chargés de les entretenir.

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