‹ Notes sur le Laos pendant la campagne de 1945 au CammonChapitre 16 sur 21 · EN MER · texte numérisé non relu

EN MER

Après la banlieue de Marseille sous la neige, c'était un plaisir de se promener en short sur un bateau en Méditerranée avec encore un peu de l'excitation normale du départ, accrue de la fin d'un stagnation qui, pour beaucoup, avait duré des mois. Pourtant cela entraîna aussi quelques troubles pour certains, sans ‘parler d’improbäbles mariages que quelques officiers bâclèrent au départ.

Pendant quelques jours, le bateau — navire anglais — fut réellement sec « a dry ship » sauf, évidemment, pour les légionnaires qui savent toujours prévoir. Lorsque le vin réapparut à l'ordinaire, trois hommes présentèrent des crises d’épilepsie et d’autres furent légèrement mis à mal au cours de quelques bagarres. La réadaptation se fit rapidement. Plus tard, en mer Rouge, un homme se suicida, déséquilibre dû au départ, ou désespoir de ne pouvoir guérir d’une blennoragie résistant aux sulfamides comme à la pénicilline. Pour beaucoup cette affection fut un dernier et parfois durable souvenir de Marseille. Il y eut entre autres, un brave marsouin qui reçut par erreur deux injections intra-veineuses de « T. A. B. » à une heure d'intervalle. Cela se passait en Mer Rouge et, malgré des bains froids, tous les ventilateurs possibles dirigés vers lui, de la glace sur la tête, le cœur et l'abdomen, sa température resta deux jours au-dessus de 41°. Il s’en sortit, ses gonocoques aussi.

Les Anglais surveillaient cela avec méfiance ; leur médecin se déchargea sur nous de tout le service à bord. Il ne quitta le canapé de sa cabine où il nous recevait en de rares conférences que pour surveiller la visite systématique des hommes. Il ne devait s’agir là que de trouver un pou, car, celui-ci découvert, le navire fut inondé de poudre D. D.T,

Au cours des visites à l’infirmerie du bord, les anciens nous donnaient une légère — et qui fut l'unique — initiation à la médecine coloniale.

Du 17 janvier au 6 février, voyage sans histoire et sans escale. L’infirmerie n’était alimentée que par le mal de mer, les cas banaux de médecine de troupe et, très tôt, par les insolations. En arrivant au Cap Saint-Jacques, nous n'avions que trois malades couchés dont une affection pulmonaire bâtarde à l’occasion de laquelle les Anglais s'étaient étonnés d’une application de ventouses qu'ils considéraient comme un traitement barbare et anachronique. Accompagner ces malades me valut de gagner Saigon en avion-amphibie, au lieu de remonter lentement la ‘rivière en chaloupe.

Après quelques jours d’inaction à Saïgon, semblables à ceux de Marseilles, trois d’entre nous furent affectés aux Troupes du Laos où nous devions rejoindre une Antenne Chirurgicale Avan-

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