‹ Notes sur le Laos pendant la campagne de 1945 au CammonChapitre 2 sur 21 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

L'histoire du Laos ne se dégage de la légende qu'à une époque récente. Mais, vérité certaine ou mythe, elle présente des éléments toujours semblables. La situation du royaume des Millions d’Eléphants en fait un refuge et un champ clos et, si plusieurs légendes attribuent une origine commune au Kha et au Thaï, montrant le roi du ciel ou ses envoyés partageant le sol entre eux, chaque race s’est installée en réalité sur les territoires qu’elle rencontrait, lorsqu'ils étaient libres, ou, en cas contraire, au hasard des batailles, repoussant vers d’autres régions ou asservissant les occupants précédents.

L’on considère aujourd’hui que la race autochtone, ici comme sur tout le territoire indochinois, existait à une période très reculée, alors que la péninsule avait une configuration géographique différente de l'actuelle, Les représentants de cette race se rapprochent des indonésiens et portent les noms de Kha au Laos, Moi en Annam, Pnong au Cambodge. Ils sont de type dolichocéphale ou hypsocéphale. Au cours des siècles, Malais, Kmers, Chams, Kmers indouisés, hindous, thaïs, chinois et annamites vinrent se mêler, se superposer à eux ou les refouler. Il en résulte actuellement une mosaïque de races et de dialectes et, au cours des âges, la naissance de nombreuses principautés dont les luttes font au Laos une histoire compliquée et avaient fini par créer à notre arrivée une situation fort confuse et dangereuse.

Ce résumé est borné aux faits nécessaires à l’entendement de l’ethnographie du pays mais il m’apparaît d’une nécessité impérieuse de saluer ici la mémoire ét l’œuvre d'Auguste Pavie qui nous introduisit au Laos. Après une longue succession de dominations étrangères qui laissèrent presque toutes leur marque, le Laos connut au début du siècle dernier l'occupation siamoise et, la curieuse conception qu'avait Bangkok d’un empire thaï amena la ruine à peu près complète du pays. En 1885, le roi de Siam essaya d'étendre sa suzeraineté au royaume de Luang-Prabang jusqu'alors protégé par l’Annam ; à la même époque, des bandes chinoises ravageaient le nord du royaume. La France intervint pour définir et protéger les droits de la cour de Hué, chargeant de cette mission Auguste Pavie qui parvint à la remplir, sans armes, par son influence personnelle. Il n’est hommage plus sûr

à lui rendre que de rappeler qu’il a pu écrire : « Je connus la joie d’être aimé des peuples chez qui je passais ». Le Laos se relevait — lentement — sous notre protection

Page 1