‹ Notes sur le Laos pendant la campagne de 1945 au CammonChapitre 6 sur 21 · LES THAIS · texte numérisé non relu

LES THAIS

Les thaïs qui forment la part ia plus importante de la population laotienne furent chassés des montagnes yunnanaises à la suite de l’annexion de leur pays à l'empire mongol (1253). Gette race, peut-être l’une des premières civilisées du monde, s’infiltrait pacifiquement depuis fort longtemps. On les signale au Yunnam et dans la région des deux Kouang plus de deux mill: ans avant Jésus-Christ ; elle avait déjà organisé des royaumes alors que la barbarie était presque de règle chez les peuples occidentaux.

(1) Il est généralement admis qu’aux environs de notre ère la distribution des diverses populations qui habitaient l’Indochine était à peu près la suivante :

Les chams peuplaient l'Annam méridional — les kmers occupaient non seulement le territoire cambodgien d’aujourd’hui, mais vraisemblablement l’actuelle Cochinchine et la plus grande partie du Laos — les birmans, en liaison avec leurs congénères thibétains, étaient déjà sans doute établis dans le haut Iraouddy, et les pégouans (apparentés aux kmers) dans la basse vallée de ce fleuve.

Les thaïs venus de l’Asie centrale et divisés en six principautés indigènes ou « tchas » se partageaient le Yunnan. .

Enfin les annamites occupaient le Nord de l’Annam et le Tonkin, organisés en province chinoise (Paul Le Boulanger).

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En pays Kmers, les princes thaïs qui avaient constitué des états dans la haute vallée de la Ménam, profitèrent du trouble qu’apportaient les populations chassées par Koubilaï, petit-fils de Gengis Khan pour instaurer leur autorité. Mais, alors que dans la région de la Ménam, l'unité siamoise fut rapidement réalisée, les principautés du Mékong ne cessèrent pratiquement jamais de lutter entre elles.

Originaires du Thibet, on les classe en laotiens et en phou- Thaï la différence entre ces deux groupes étant des variantes de civilisation plus que des nuances ethnographiques. Les phouthaïs se divisent eux-mêmes en Thaïs Kao, Thaïs Dan, Thaïs Deng, Thaïs Neua ; enfin une autre branche de l'immense famille thaïe est constituée par les phous-Eunes.

Les « laotiens » forment l'aristocratie commerçante du royaume. Assez grands et bien bâtis, gais et doux, presque tous musiciens ou poètes, ils parviendraient difficilement à vivre sans aide des races voisines plus laborieuses. L'on à pu écrire que l’année comptait pour eux six mois de labeur, six mois de repos. Ce peuple est toujours en fête, tout est motif à réjouissance et sa gaieté est si grande qu’elle suffit souvent à justifier les fêtes.

Leurs villages sont presque toujours établis près d’un cours d’eau. Les cases, d’une importance variable, sont sensiblement construites sur le même modèle et même les plus misérables sont perchées sur des pilotis de 1 m. 60 environ. Ge mode de construction se retrouve dans tout le Laos, seuls les Chinois et les Annamites qui restent fidèles à leurs paillottes ont des demeures de plain-pied. La case du kha ou du laotien pauvre de la campagne n’est souvent qu'une hutte sale, peu engageante ; au contraire, celles des gros villages et des villes sont fort plaisantes. Entouré de cocotiers, d’aréquiers et de bananiers, le village rassemble ses habitations plantées sans grand ordre ; près de chacune, un bouquet de ces mêmes arbres, quelques plants de tabac ; entre les pilotis, des volailles, des cochons, des chiens, le service de voierie du Laos. L'office de ces animaux supplée à toute installation sanitaire et il est bon de se bien garder, lorsque l’on fait ses besoins, du cercle de cochons noirs, bavant de concupiscence, qui culbutent l'imprudent pour se régaler plus vite de ses traces.

Les toits de palme, en pente abrupte, relèvent leurs angles de la tête stylisée du serpent naja. Les murs sont de bambous tressés, aplatis au maillet, entourés d’une vérandah que l’on atteint par une échelle et où s'ouvre la porte de la salle commune, Seuls les mandarins ont droit de posséder un plancher ; pour le commun des mortels, il est remplacé par une claie faite de même sorte que les murs. Au milieu de la plus longue paroi de la pièce commune, le foyer reste toujours allumé, sur un carré de terre protégeant le bois. Au-dessus de lui, des bois de flèche, des filets,

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du poisson et de la viande sèchent sur une planchette suspendue au faîtage par des lianes. Des récipients de cuivre, de terre, de bambous, contiennent la réserve d’eau et le repas. Le coin des génies qui est aussi le lieu de repos des garçons de la famille et des hôtes est marqué par un autel rudimentaire dans un angle de la pièce. Des cloisons n'atteignant pas le toit isolent la chambre des filles et celle des parents. Par leur ouverture étroite, l’on aperçoit des nattes, des coussins carrés et des moustiquaires ornés de broderies. Dans cette pièce ou sur le plancher de la vérandah, suivant les villages, le métier à tisser est toujours chargé d’un travail en cours d’exécution.

Ce village ne dort jamais, sauf à l’époque du travail dans les rizières ou de la surveillance des moissons où presque tout le monde s'établit dans des abris provisoires construits rustiquement sur le modèle des cases. Le reste de l’année, le temps est rythmé par le choc des pilons à riz sur les mortiers, pilons maniés par les femmes à la main ou au pied à l’aide d'un levier, mais de la même façon pour le même village car se sont les génies qui indiquent comment décortiquer le riz et nul ne se permettrait de suivre d’autres indications que leur volonté.

La poitrine nue ou couverte d’une écharpe de broderie aux couleurs vives jetée en sautoir sur une épaule, gaînées d’une robe serrée au-dessous des seins, pieds nus, les femmes vont, souples, rieuses, rejetant en arrière le casque noir de leurs cheveux alourdi d’un chignon porté sur le côté de la tête. Leur sourire, l’arrondi parfait de leurs épaules, l'assurance de leur pas donnent une image de bonheur et de sûreté de soi qui disparaît à l’arrivée d’un étranger. Elles se tiennent alors avec grande réserve, voilent leur poitrine mais s’habituent vite et continuent calmement leurs occupations. Le soir, la famille se réunit autour du riz gluant cuit à la vapeur, relevé de sel, de piment, du poisson, de rares légumes et fruits. La viande n’apparaît guère que les jours de fête à des repas que l’on prend accroupi sur ses talons autour d’un socle de vannerie sur lequel sont posés plats et bols. Les baguettes sont peu répandues ici et l’on mange avec les doigts. .

L'intérieur laotien est plaisant à voir ; dans les montagnes du Cammon, nous avons passé de nombreuses veillées à fumer 1a pipe après l’étape de la journée, allongés sous la niche des génies, ne troublant en rien la vie de nos hôtes. La flamme haute du foyer agrandissait la pièce en laissant les cloisons éloignées et le faîtage dans un cercle d'ombre, se réfléchissaitien taches chaudes sur les peaux brunes, en lueurs vives sur le cuivre des pots que les chiqueuses de bétel ensanglantaient de crachats en long jet. Près d'elles, deux ou trois hommes préparaient leur pipe, parfumant délicatement l’air de la goulée de fumée qu'ils tiraient en faisant grésiller la boulette d’opium sur la petite lampe. Des enfants de

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quatre ans à peine fumaient d'énormes cigarettes roulées dans des feuilles de latanier ou de courtes pipes en racine de bambou et crachaient avec grande dignité sur les braises. Près d’un tas de coton qu’elle effilochait, une femme semblait battre en neige un rabelaisien bol d'œufs ; une autre filait et l’on s'étonnait que la jolie vierge laotienne au front ceint d’une tiare blanche semée de pierres colorées tirât de son rouet le même murmure que les vieilles de nos campagnes. Une autre encore tissait sur la vérandah, idole gracieuse entre deux torches fichées aux montants du métier. entourée d’une cour de jeunes gens rieurs. Sous la case, les bêtes remuaient en dormant. Le tambour de la Pagode indiquait aux bonzes les heures dé prières. Nous nous endormions avant que personne n’eût quitté son travail ou son plaisir qui se prolongeait fort avant dans la nuit et, nous réveillant au milieu de celle-ci, nous trouvions encore quelqu'un bourrant sa pipe et entendions le rouet et le métier des belles et leur marivaudage avec quelque amoureux qui espérait bien après le départ des autres, récompense à sa patience:

Pour arriver à ce village, il avait fallu suivre la piste sur le dédale des murettes de terre qui endiguent les rizières, puis enjamber l’enclos qui retient buffles et cochons. Là, à la saison des pluies, l’on enfonce jusqu’au genou. Parfois des planches tracent entre les cases un chemin d’où l’on risque de glisser ou de basculer de tout son long dans la boue pour n'avoir pas voulu se salir les jambes.

Au matin, le chef du village tendait un bol d’eau pour nos ablutions, puis retirait son écharpe pour que nous nous essuyons le visage et les mains, vidait le bol, l’essuyait de la même écharpe et y versait notre thé. Nous complétions notre toilette à la rivière, mais le thé était bu et un plus grand souci d'hygiène eut terni notre amitié.

Tel est l’aspect des villages laotiens sur les îles du Mékong, les berges des rivières, dans la plaine ou sur la pente des montagnes, l’aspect du Laos riche. Les habitants y sont de belle allure. Quelques-uns portent encore les cheveux ras coupés à la siamoise. Les vieilles femmes conservent aussi cette mode. La plupart des hommes ont les cuisses et la poitrine ornées de tatouages ; ceux de la rive droite du Mékong dans la partie Nord du fleuve en ont également le ventre orné. C’est là une marque de courage plus que de coquetterie. Cet usage n’est suivi par aucune laotienne.

La polygamie n’est limitée que par les ressources du chef de famille et il existe une hiérarchie inflexible entre les femmes, d’après l'ancienneté ie leur entrée dans la famille. Les divorces sont fréquents.

Les morts sont incinérés et oubliés dès leurs cendres ensevelies. Ces cérémonies sont l’occasion de grandes réjouissances. Les pauvres sont simplement enterrés, roulés dans une naîte et,

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autrefois, les personnes ayant succombé à ceriaines maladies, surtout épidémiques, étaient jetées à l’eau. Nous avons interdit cette coutume.

Dans le reste du pays, les autres thaïs ou phou-thaïs, arbitrairement différenciés des laotiens par cette dénomination, mènent une existence plus rude. Le bouddhisme est inconnu du plus grand nombre d’entre eux et le culte des génies, des « phi » qui l’abâtardissait déjà chez les laotiens est pratiqué par tous. Par suite, l’on ne trouve dans leurs villages ni pagodes, ni bonzes, des sorciers détiennent l'autorité religieuse, réglementant les actes les plus simples, indiquant par exemple le sens dans lequel l’on doit se coucher dans une case. Ils exercent également la médecine avec cette confusion des arts en le sacré et le magique, le principal caractère de la mentalité dite primitive. Si une épidémie touche les villageois ou le bétail, les exorcismes ayant échoué, le sorcier décide d'abandonner les lieux et fixe un nouvel emplacement où construire ou bien il prévoit ces calamités et les prévient de la même manière ; cela si fréquemment que les villages ne sont jamais où les cartes les indiquent,

On classe les phou-thaïs en quatre groupes : Les thaïs khao ou thaïs blancs (khao = riz) métis de chinois et de femme phouthaïs vivent au Nord, à la frontière du Tonkin. Les thaïs dam ou noirs et thaïs deng ou rouges portent des vêtements noirs, les premiers sans ornements, les autres garnis de broderies, galons et rayures rouges. Il n’est pas d’autres différences entre eux. Enfin, au Nord, les thaïs neuas, proches parents des précédents, habitent des zones plus élevées, pratiquant le culte des ancêtres et un bouddhisme auquel de rares pagodes et des bonzes peu nombreux ne gardent nulle pureté. Chez tous se retrouvent les gardiens des esprits ou sorciers. Agriculteurs et éleveurs, nullement commerçants, ils s'opposent ainsi aux autres branches lao de la famille thaïe. Les phous-eunes sont également des thaïs, mais n’habitent que les hauts plateaux ou les hautes vallées. Ils sont fréquemment métissés d'annamite. Moins florissants d'aspect que les laotiens, les individus de ces groupes sont aussi plus travailleurs et, corollairement, plus intéressés. Plus doux encore et plus craintifs ils sont effrayés par toute chose nouvelle et inconnue et ils sont très épris de poésie et de fête. Tous consomment beaucoup d’opium.

La dernière branche thaïs implantée au Laos n’est apparue qu’il y a deux siècles. Ce sont les Lus. Bouddhistes, craignant les génies, ils sont à peu près les seuls à ne pas croire à la métempsychose. Dans la région de Luang-Prabang, ils ont adopté les mœurs et le langage Lao alors que dans l'ancien royaume de Muong Sing, ils restent plus proches des Birmans. Tous sont de teint plus clair que les laotiens, Guerriers ne se séparant jamais de leur sabre, de leur poignard ou de leur fusil à pierre, ils sont

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aussi de réputés éleveurs de chevaux et de bœufs, habiles orfèvres et souvent très lettrés.

Quant aux Youns, laotiens de la rive droite du Mékong, ils ne se distinguent que par leurs tatouages abdominaux et leur maitrise de piroguiers. Tous les caractères que l’on a pu décrire se retrouvent chez les autres thaïs.

De Chine sont encore venus s'installer au Laos les Hôs, les Méos originaires du Yu-Nan et les Yaos de Chine Centrale. Les Hôs, grossiers, illettrés se confondent par métissage de plus en plus avec les thaïs ou les khas. Les Méos, au contraire, s’isolent sur les sommets élevés.

Il est curieux de remarquer que dans ce pays où chaque nouveau conquérant a refoulé les occupants précédents sur les montagnes, les Méos, derniers arrivés, soient allés pacifiquement s’installer sur les hauteurs, Là ils déboisent pour cultiver le riz, le maïs et surtout le pavot à opium dont l’exploitation leur assure une richesse certaine. Pour eux encore, d’uniques particularités de costumes font distinguer les Méos blancs, noirs et rayés. Mais tous mènent la même vie, polygames ne possédant ni pagodes ni bonzes, travaillant le fer. Ils parcourent les pentes les plus abruptes à des allures étonnantes et refusent sauf à d’exceptionnelles occasions de s’aventurer dans les basses régions. Les Yaos ont le même habitat mais ne dépassent jamais l’altitude de 600 mètres. D'un commerce plus ouvert que les Méos, ils ont les mêmes occupations qu'eux, avec une adresse plus grande à la chasse aux fauves.

Dans les villes et de rares villages, l’on rencontre encore des groupes annamites, uniquement dans les régions de rizières. L'annamite répugne à vivre dans la forêt dont il supporte mal l’insalubrité et l’on a l’impression que cette race, la dernière venue, n’est pas encore parfaitement acclimatée, Dans quelques villages du Cammon, thaïs et annamites se sont plus intimement méêlés, malgré l’antagonisme net qui existe entre ces deux races.

Enfin, le chinois, omniprésent en Extrême-Orient, habite le Laos, isolé ou groupé, dans des centres commerciaux. Mais ne le trouve-t-on pas partout où il est une sapèque à glaner ?

La population française était représentée par 575 personnes en 1930. Il existe de nombreux métis français dans le pays. La situation actuelle y fait exceptionnellement résider un fort contingent de militaires. Normalement, les Français vivent dans les centres administratifs ou sur les exploitations minières ou forestières encore rares. 4 ÿ

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MEDECINE LAOTIENNE

Le docteur C. Spire remarque que la matière médicale des Thaïs et des Khas comporte de nombreuses plantes médicinales “qu’il avait déjà vu employer par les indigènes de Java, des Etats Malais et des Indes anglaises. I1 souligne l'importance de cette: similitude de connaissances alors que dans toutes les autres provinces de la péninsule, la pharmacopée chinoise a fait disparaître presque complètement la matière médicale indigène, Il cite les études du docteur Regnault montrant qu’il est impossible de retrouver des produits médicinaux réellement annamites. Ici, seules, les populations d’origine Yunnannaise emploient les HÉUES catious si complexes de Chine.

La forme la plus employée est l’infusion ; plus rarement la macération. L’eau ordinaire est le véhicule le plus fréquent ; certains manuscrits indiquent l'alcool de riz. Beaucoup de laotiens attribuent des vertus particulières à l’urine et à l’eau de vers. de terre. Les poudres sont aussi d’un usage large. Obtenues par broyage de plantes séchées au soleil elles sont absorbées. délayées dans de l’eau ou du miel. L’on fabriquait autrefois de grands mortiers de bronze dans les régions de Vientiane et de. Luang-Prabang. Aujourd’hui l’on n’emploie plus que des mortiers en terre cuite vernissée et des pilons en bois dur.

La médication externe utilise des lotions alcooliques, des pommades ayant pour véhicule la graisse de porc ou l’huile de sésame, des cataplasmes de feuilles triturées et ramollies sous l’eau chaude et appliquées directement. La révulsion par pointe. de feu n’est pas employée ; les Birmans utilisent le cautère au fer rouge et les Méos les moxas. Le massage (Tipp — pétrir) se pratique la main enduite de graisse de crocodile ou d’ours ow plus simplement d'huile de coco ou de sésame. Les fractures sont réduites à l’aide d’éclisses en bambou réunies par des liens finement tressés. Le tabac joue un grand rôle dans le pansement et le traitement des plaies et ulcères et le pansement d'urgence: se fait de terre argileuse ou des premières feuilles trouvées.

Il ne semble pas exister de régimes spéciaux pour les ma-

lades, si ce n’est l'obligation de manger, nécessaire pour les laotiens à résister à la maladie.

C. Spire à qui nous empruntons largement ici cite parmi les médicaments animaux la corne de cerf, de buffle, alors que celle de rhinocéros si prisée en Chine n’est pas employée, la clavicule du tigre, les os de corbeau, la bile, surtout du tigre. Les.

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débris du cordon ombilical du nouveau-né sont conservés et leur broyat lui est administré s’il est malade avant l’âge de six mois. La seule opothérapie pratiquée au Laos est l'absorption par un individu mordu par un chien suspect de rage du foie de l’animal. Enfin, des remèdes aussi bizarres que l’eau de vers de terre, yeux d’araignée, corde tordue à gauche...

L’anatomie n’est étudiée dans les pagodes qu'à l’aide de planches chinoises ou inspirées de celles-ci. Les laotiens connaissent l'existence des principaux organes mais les situent très mal et interprètent le siège d’une douleur de façon très fantaisiste. Ils croient l’homme constitué de trente-deux organes accompagnés chacun d’une âme ou d’un principe immortel, douze fournis par la mère, vingt par le père. Certains correspondent à des organes précis : cœur, foie, poumons, dents ; d’autres sont plus vagues tels que le principe des matières à mauvaises odeurs, le principe des aliments digérés et celui des aliments à digérer. Cinq facultés : de distinguer, de réfléchir, de juger, de penser et la faculté idéale de l'âme, source de l’amour du beau, forment la partie spirituelle de l’être auquel trois facteurs donnent son individualité : la conscience, le nom et, l’imagination-mémoire, confondues en un seul terme, peut-être assez judicieusement. La mort disperse ces éléments. Ceux qui ont fait du bien sur terre sont utilisés à la formation d’un ange ou d’un homme qui mènera une existence heureuse ; ceux qui ont participé à des mauvaises actions sont jugés et condamnés par le roi des enfers. Ces principes ne se souviennent pas de leurs vies anciennes et ne peuvent se reconnaître s’ils sont à nouveau réunis, Mais ces métissages d'éléments d'individus divers expliquent les ressemblances entre personnes de sang différent.

Les manuscrits en langue Pali (langue des livres saints) traitant de médecine ne donnent que de sommaires descriptions cliniques. Les manifestations de la fièvre, très étudiées, permettent une subtile classification. Les différentes sortes de diarrhée sont distinguées alors que les maladies d’estomac sont confondues et ne relèvent pratiquement que de la médication apéritive. La variole et la lèpre sont soigneusement décrites et leur caractère contagieux si bien établi que le médecin doit suivre un traitement préventif avant d'approcher les malades qui en sont atteints. Les différentes manifestations du paludisme sont isolées sans qu’une cause commune leur soit soupçonnée. Les maladies cutanées et vénériennes sont signalées et la blennorhagie, la syphilis et le pian semblent différenciés. Ces manuscrits indiquent une foule de médicaments pour le traitement des femmes enceintes et des jeunes accouchées et cinq ou six préparations extrêmement complexes pour chaque maladie. Mais ces prescriptions des manuscrits palis sont à peu près ignorées et il est pratiquement impossible de se procurer les plantes indiquées. Lorsque, dans

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un village, un habitant est malade ses voisins viennent l’examiner et juger de la gravité de son cas. Ceux qui connaissent des drogues les préparent et les essayent. A court de ressources, ils attribuent la maladie à un génie et le maître des esprits essaye de chasser cet ennemi que l'on trouve au Laos en tout lieu et en

‘toutes choses. Surtout il essaye de trouver qui a envoyé ce génie.

Les laotiens croient que certaines personnes, les phi-pop, sont en relations avec ces esprits qu’il serait très long d’énumérer. Nous avons interdit les supplices qui autrefois leur étaient infligés mais actuellement encoré, le bannissement sanctionne Ssouvent une telle réputation. Il existe des villages où l’on groupe ces êtres malfaisants. Peu après mon départ de Napé, des villageois vinrent demander que les Français les débarrassent d’un tel phipop. Le docteur Fraissé qui était alors médecin du poste de Napé leur proposa d’exorciser l’homme que l’on amenait le cou et les poignets pris dans un carcan de bambou, entouré d’une sérieuse escorte. Devant ses gardes, il l’endormit légèrement au Pentothal et lui enleva tous les ornements et amulettes qu’il portait au cou et aux oreilles. Les demandeurs ne virent pas d’inconvénient à ce qu'il restât au poste comme boy, pensant qu’il n’était plus à craindre mais ne désirant nullement le revoir au village.

Les laotiens croient que le destin de chacun est fixé irrévocablement. Le grand chef des esprits célestes envoie ses émissaires distribuer les maladies et la mort à ceux dont le terme est échu. Les légendes illustrent combien ce terme est irrémédiable.

Outre les médicaments qu'il serait immoral de vendre, mais dont le patient peut remercier généreusement s'ils sont efficaces, de nombreuses amulettes protègent le laotien. Il en porte sur lui et surtout en cache dans sa maison, attendant d'eux plus une protection familiale qu’individuelle. A cet effet les bonzes vendent des versets des livres sacrés. Notons ici qu'entre autres interdictions de leur règle, souvent sans utilité apparente, la possession d'argent est une des plus formelles. Les philtres sont inconnus et la jeune fille (Pou Sao) a une confiance assez grande en ses charmes et son élégance, le Pou Tao en la vertu du verbe pour n'avoir recours en ce domaine qu’à d’anodines pratiques magiques et cela en tout dernier ressort.

Les accouchements sout-pratiqués par des matrones (métamop). Certaines seraient capables de pratiquer la version par manœuvres internes et d'aider la sortie du fœtus en introduisant les doigts dans ses oreilles. La délivrance est pratiquée immédiatement après l'accouchement par tractions sur le cordon aidées d’un massage de l'abdomen. Les laotiennes continuent à préférer ces aides et le nombre d’'accouchements dans nos hôpitaux est très restreint.

Les laotiens croient que la primipare porte neuf lunes et la multipare dix lunes ; la parturiente reste neuf jours ou un mois

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suivant les régions accroupie près d'un feu très vif ou allongée sur une claie de bambou au-dessus d’un lit de braises. Elle n’absorbe au début de cette période que de l’eau, du sel et de nombreuses tisanes, puis du riz et du sel. L'enfant est frictionné par sa grand'mère maternelle à l'huile pimentée après avoir été lavé à l’eau chaude. Il est toujours nourri au sein. Très tôt on lui donne du riz mâché par sa mère mais il continue à téter très longtemps et fume presque déjà la pipe alors qu’il ne s’est pas encore déshabitué du sein maternel. Les jeunes enfants portent souvent le crâne entièrement rasé à l'exception d’un toupet protégeant la grande fontanelle comme cela se voit en pays annamite. La coupe du toupet est l’occasion de cérémonies religieuses. Le laotien aime beaucoup les enfants et je ne me souviens pas en avoir vu battre dans les villages. Mais le manque d'hygiène en fait une proie facile pour la maladie et la mortalité infantile est affreusement élevée.

Le docteur C. Spire a extrait et traduit du code de Vientiane des articles de médecine légale. L’homicide par imprudence n’encourt aucune peine s’il est bien prouvé que son erreur est involontaire. Une clémence presque égale s'applique aux questions sexuelles. Un tarif très précis sanctionne chaque privauté qu’un jeune homme se permet avec une pou sao. Evidemment la plainte ne sera portée que par les parents et ceux-ci sont rarement informés de ce qui se passe la nuit sur la vérandah de leur case. Le eode ne devient sévère que pour le viol, accompli, en terrorisant la femme est-il précisé.

Pour les questions d’avortement, il est distingué la suppression du fœtus ne donnant pas encore signe de vie qu'un sacrifice à la pagode rachète, de celle du fœtus ayant remué qui est considérée comme un infanticide et punie comme un crime. Les avortements seraient fréquents. L'emploi de tisanes préventives l’est encore plus,

Dans la règle des bonzes, l’on relève ces trois préceptes :

— Tu n’administreras aucun poison ;

— Tu ne donneras pas de fortes médecines aux femmes enceintes ;

— Tu ne feras aucune incision sanglante.

C. Spiré rapporte encore une coutume du Tranninh employée lorsqu'il y à contestation sur l’âge d’un homme au sujet de l'impôt de capitation que l’on paye à partir de 18 ans. L'on entoure le cou du plaignant d’un fil de coton, l’on double la longueur ainsi obtenue. Les extrémités du fil sont maintenues entre les incisives et si la boucle formée passe au-dessus dè la tête, l'individu & dix-huit ans au moins. Ce procédé ne serait jamais en défaut.

Malgré l’insalubrité assez grande de son climat, l’on a pu proposer certaines régions du Laos comme stations climatéri-

ques et de repos. Les conditions idéales de tels centres seraient : une altitude d'au moins 1.100 mètres, des pentes douces, une alimentation en eau potable, par des ruisseaux ne tarissant pas et l'absence d'eaux stagnantes. Le plateau du Tranninh à 1.200 mètres d'altitude, avec une températuré maxima de 29° et en hiver des minima souvent inférieurs à 0° présente un climat tonique mais avec l'inconvénient de brusques variations de température ; d’autre part il est difficilement abordable sauf par l’Annam. Le Phou Kao Khoï à 75 kilomètres de Vientiane, comme la région de Paksong à 1.150 mètres d'altitude est trop fortement impaludé. Et, en réalité, l’on ne pourrait envisager comme lieux de repos que le plateau des Bolovens facilement accessible par Paksé, entre 1.000 et 1.100 mètres d'altitude et le magnifique plateau de Nakaï maps la province de Cammon, terrain de chasse inépuisable.

Il existe au Laos des sources thermales et minérales dont la plupart sont connues des habitants et utilisées par eux. Dans le Kong de Takoï, province de Saravane, des sources sulfureuses peu minéralisées, à la température de 40° et 42°. Près de Napé, province du Cammon, dans le lit même de la Nam Pao, une source est utilisée contre les rhumatismes et les dermatoses ; dans la province de Vientiane existent de nombreuses sources minérales. Dans le Tranninh, les sources de Ban Hao (42°) et de Ban Thot (35° 5) sont fréquentées par les galeux et les lépreux : près de Luang Prabang, il existe trois sources :

à Ban Naneun, 65°, silice, chlore, potasse, soude, carbonate, magnésie ;

à Muong-La, eau chaudé saline ;

à Muong-Hene, eau chaude sulfureuse ; dans le Haut-Mékong, à Ban Houessaï, une source carbonatée calcique et sulfurée ;

dans le Muong Huga une source sulfureuse comme à Ban Pou Lao ;

et à Muong Huyen, une source sulfureuse et carbonatée calcique.

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