‹ Notes sur le néologisme chez Victor HugoChapitre 5 sur 55 · Les Misérables, I · texte numérisé non relu

Les Misérables, I

de noms propres, nous rencontrons des noms communs tirés de noms communs, di adjectifs de verbes à l'indicatif présent, de participes présents, de participes passés, des adjectifs tirés de substantifs et de participes présents.

1. Victor Hugo tire certains noms communs d'autres noms communs, en donnant un féminin à des mots qui ordinairement ne s'emploient qu'au masculin :

C oî'npag nonne \ Qui m'envoie une duègne, affreuse

[compagnonne.

{Ruij-Blas, p. 215.)

. Oiselle^. Il crie à toutes les oiselles

Qu'il voit dans les feuilles sautant...

[Chansons des rues et des bois, 324.)

Pigeonne\ Un pigeon aime une pigeonne.

[Toute la Lyre, II, 185.)

Ramière. Une ramière aime un ramier.

[Toute la Lyre, II, 185.)

Singesse''. Là pendant qu'au babouin la singesse se

[vend...

[L'Art d'être grand-père, 77.)

1. M. Delboulle cite, outre le vers de Hugo^ un exemple de Charron.

2. Littré {Supplément) donne un exemple de Rabelais, mais ne cite, pour notre époque qu'un exemple de Th. de Banville (1873).

3. Le mot avait été employé par J. de Montlyard. (G.) Littré indique un emploi du mot, mais un emploi par plaisanterie et en parlant d'une jeune femme. Il cite un exemple de Pellisson.

4. Le mot se trouve dans .Marie de France, dans Gringoire, dans le Thés, de Robert Estienne. (G.) En 1842, Balzac l'emploie en parlant d'une femme dans la Rabouilleuse (p. 295 de Tédition définitive).

Cf. UAne, p. 300.

Titane. Et le peuple qu'au fond votre impuissance Rit devant la titane avortée en diablesse, [blesse, {Religions et Religion, 194.)

Tyranne\ Demande à ce démagogue de Marius s'il n'est pas l'esclave de cette petite tyranne de Cosette.

[Misérables, V, 360.)

Vieillarde\ Ernée est une afïreuse petite ville bête

et plate, où il y a une vieillarde hideuse qui tient une

horrible auberge.

(France et Belgique, 51.)

2. L'emploi d'un adjectif comme substantif ne peut guère s'appeler néologisme. C'est d'ailleurs un fait si fréquent et si naturel qu'on le remarque à peine dans la plupart des cas. Citons seulement chez Victor Hugo ces trois exemples entre beaucoup d'autres :

Que les olympiens ne soient pas importuns,

Car il se pourrait bien qu'on vît de quelle sorte

On les chasse, et comment, pour leur fermer sa

[porte , Un ténébreus s'y prend avec les radieus.

[Légende des Siècles, I, 91.)

Ces" idées inexprimables et confuses qui viennent

aus rêveurs dans le sombre des bois.

(Le Rhin, I, 398.)

Et cette jeune fille à l'œil un peu moqueur Est ma victorieuse et je suis son vainqueur.

(Légende des Siècles, III, 201.)

1. Littré indique le mot comme ayant été hasardé quelquefois sans succès. Il cite Despoites et Fr. Soulié.

2. Littré cite Ch. de Bernard, Le Gentilhomme campagnard (1847). La lettre de V.Hugo, que Littré ne pouvait pas connaître, est de 1836.

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