Débit personnel. Crédit personnel
Dans cette conception productiviste, et, bien entendu, comme il est dit plus haut, pour une ou plusieurs transactions déterminées, — pour l'ensemble des transactions effectuées dans un pays entier pendant une année entière, par exemple, — tous les éléments de la première colonne du tableau précédent, et notamment les éléments 3,4, 5 et 6, doivent être considérés non seulement comme rigoureusement égaux en valeur, mais encore comme rigoureusement égaux à la valeur de ceux de la seconde colonne et cela pour la raison que, d'un côté, les éléments inférieurs dérivent essentiellement des éléments supérieurs, et que, de l'autre, les éléments de droite ne peuvent nécessairement exister sans les éléments de gauche. Et, disons-le par parenthèse, ceci permettra, je pense, ainsi qu'on pourra s'en rendre compte par la suite, de mettre facilement en formules
mathématiques la vie active ou productiviste d'un pays, c'est à-dire sa vie sociale (i).
De l'équivalence des éléments 4 et 5 du tableau précédent, on tire cette conclusion toute naturelle, mais qui a néanmoins une importante conséquence : que la somme totale représentant le crédit-débit qui se crée à chaque instant — aussi bien réellement, c'est-à-dire passant par comptabilité particulière, que virtuellement, c'est-à-dire n'y passant pas — dans un pays entier pendant une année entière, crédit-débit
(1) J'ai pris comme point de départ du tableau productiviste qui précède les élém&nls pyoJudion et consommation, mais j'ai montré ailleurs que la production est directement et fondamentalement influencée par la valeur et le nombre de capacités sociales productivistes existantes : la valeur capacitaire engendre le perfectionnement de l'outillage social qui économise l'énergie humaine; le nombre de capacités engendre la quantité produite soit en perfectionnements de l'outillage, soit en objets de la production intégrale. En capacitariant sans cesse la société dans le sens productiviste intégral sans nuire à la production courante, ai-je dit, on arrivera le plus rapidement possible à la production intégrale maximum, qualitative et quantitative.
Les éléments du tableau ci-dessus doivent donc dériver systématiquement de la capacité pyoductiviste. Celle-ci comprend toutes les capacités ou aptitudes d'importances et de genres différents — aussi bien musculaires qu'intellectuelles, réunies ou non dans un même individu, — des activités qui doivent concourir à la réalisation intégrale d'une production d'oeuvre de quelque nature que ce soit. Le mot œuvre a ici un sens universel comprenant l'œuvretravail que fournit celui qui se procure ou achète une matière première, écoule ou vend une matière finie, réalise la production même d'une œuvre quelconque, aussi bien que cette œuvre elle-même; ces matières et cette œuvre, répétons-le encore, pouvant être matérielles, intellectuelles ou morales pourvu qu'elles donnent réellement ou virtuellement lieu à dette-créance et à extinction de dettecréance. La capacité productiviste est, avec le capital productiviste, le véritable élément générateur du productivisme social; elle est transactionnable ou marchande, c'est-à-dire qu'elle a une valeur transactionniste comme tout objet de consommation et il ne faut pas la confondre avec la capacité absolue qui, faute de s'nppliquer à des objets demandés, peut n'avoir aucune valeur transactionniste.
Or, j'ai donné dans ma note « Principe et Raison d'être du Comptabilisme social »
d.h la formule v = u. — comme pouvant être admise, selon moi, pour représenter la
valeur transactionniste v de l'unité d'objet, de chose ou d'œuvre quelconque — que nous appellerons dorénavant, d'une façon générale, unité d'œuvre — 11 étant l'unité abstraite et immuable de valeur adoptée, d le désir de possession de l'unité d'œuvre, irrégulier et variable selon les circonstances à un endroit et pour un objet déterminés, mais dont la moyenne générale est constante et identique pour tous les objets, h le nombre d'hommes qui demandent l'unité d'œuvre et 0 le nombre d'unités d'œuvre offert au moment considéré. Cette formule de la valeur transactionniste de l'unité d'œuvre est nécessairement applicable à la capacité et au
total que je représenterai par le symbole C^, est précisément égale au nombre total d'unités à l'aide desquelles s'effectue à chaque instant son extinction. Or, dans cette productionextinction de crédit-débit de tous les instants, une même unité joue successivement son rôle un grand nombre de fois, ce qui constitue son utilisation moyenjte ou roîdemettt r; et si l'on divise le nombre précédent par la valeur de ce roulement, on
obtient un quotient — qui représente aussi bien le Jiombre n„ d'unités extinctoires en existence courante ou continue dans le pays
capital productivistes, la première étant toujours et le second souvent indispensables à la réalisation de l'unité d'œuvre d"une production quelconque.
Si donc on appelle vc la valeur transactionniste de l'unité de capacité productiviste c ramenée à l'unité de temps productiviste, c'est-à-dire à l'année; vp le taux transactionniste de l'intérêt de cent unités de valeur abstraites et immuables ou valeur transactionniste de l'unité de capital productiviste^, on aura les égalités suivantes :
Vc = U. et Vr) = u. — ,
Oc Op
Oc étant le nombre d'unités de capacité et Op le nombre d'unités de capital offertes.
Et si on appelle ne le nombre d'unités de capacité, «p le nombre d'unités de capital et t le nombre d'unités de temps qui sont indispensables à la réalisation de l'unité d'œuvre d'une production quelconque, on aura :
vc.nc.t-\-vp np.t = v', v' étant la valeur de production de l'unité d'œuvre.
Cette formule s'applique naturellement à la valeur de la matière première quelle qu'elle soit — fût-elle purement d'entretien — qui entre dans la production d'une unité d'œuvre. Et, si on désigne cette valeur par v", et par b la valeur du bénéfice s'attachant à la production de l'unité d'œuvre, c'est-à-dire à ce qui est extra-transactionniste dans la production et va de fait à certaines capacités productivistes en sus de leur rémunération transactionniste et au capital en sus de son intérêt transactionniste, on aura pour expression de la valeur transactionniste V de l'unité d'œuvre :
V = vi -\-vii -^b.
La valeur V d'une production quelconque v y^ q = Y, q étant le nombre d'unités d'œuvre réalisé, sera donc :
W = (^vi-{-v'' ■\-b)q.
Je pense que, en principe, dans les formules ci-dessus, [vc.nc.t) représente la valeur transactionniste d'un travail psycho-physiologique actuel, b la valeur extra-transactionniste d'un travail psycho-physiologique également actuel et {vp.np.t) la valeur à la fois transactionniste et extra-lransactionniste d'un travail .psycho-physiologique antérieur; je pense également que l'on pourra faire voif par la suite que le travaii psycho-physiologique est assimilable à du travail mécanique et que les expressions ci-dessus pourront être utilisées comme premiers éléments pour « V Energétique sociale ».
que la somme constituant le crédit-débit courant ou 7noy en- continu de r année pour le pays; ]q. représenterai ce quotient par le symbole C„,.
Nous aurons donc l'égalité : — = C,„ = ;/„ et par suite
«,^ X ^ = C/. Et il est à remarquer que la valeur du créditdébit total Ct peut encore s'obtenir en multipliant le nombre «<, d'opérations transactionnistes effectuées pendant une année dans le pays par l'import moyen iy,^ de ces opérations. On aura donc la relation Hq X im = C^ qui, rapprochée de la précédente, établira, entre les éléments qui la composent, la relation HuX r = Ho X i,n-
Donc en cherchant à évaluer le nombre courant w,,^ d'unités de toutes formes en existence dans un pays et en multipliant ce nombre une fois trouvé par le taux approximatif de l'intérêt proprement dit de l'argent, on obtiendra le montant annuel de ce dernier, c'est-à-dire la somme dont le comptabilisme doit, en principe, faire épargne.
Il est nécessaire de donner ici quelques explications sur les termes : « courant ou moyen-continu de l'année », dont je me suis servi plusieurs fois déjà en les appliquant au mot crédit ou à celui de crédit-débit, ainsi que sur ce qui se rapporte ou se lie à ces expressions. Je n'aurais pu définir convenablement ces termes sans m'appuyer sur le tableau productiviste qui précède.
Si, partant des égalités que ce tableau met en lumière, on envisage le fonctionnement comptabiliste à l'Office même, et si l'on considère les comptes particuliers pris isolément, après une année d'exercice, les uns se trouveront débiteurs, c'est-à-dire que le chiffre de leur crédit effectif sera inférieur à celui de la garantie déposée par le titulaire, les sorties de compte l'ayant emporté sur les entrées ; les autres se trouveront créditeurs, l'inverse ayant eu lieu.
Les titulaires des comptes ainsi débiteurs, à l'Office, seront évidemment ceux dont la fortune est en voie de diminution ou dont le degré d'activité transactionniste pendant l'année envisagée a dépassé les moyens réguliers d'action représentés par leur garantie ; les titulaires des comptes créditeurs seront ceux dont la situation sera inverse.
On remarque également que le total général des crédits particuliers se trouve être égal au total général des débits particuliers ; en supposant, bien entendu, que les transactionneurs étrangers en relation avec les transactionneurs du pays aient un compte à l'Office, sinon il faudrait admettre que les opérations qui les concernent sont réglées à part et d'une façon entièrement indépendante.
L'Office aura à établir, à la fin de l'année, un compte d'intérêts pour chaque affilié. Ce compte s'établira conformément à la règle habituelle : chaque entrée et chaque sortie de compte — prise au moment où l'affilié remet à l'Office son carnet plus ou moins complètement oblitéré — sera multipliée par le nombre de jours qui restent à courir jusqu'à la fin de l'année; cette date arrivée, on fera le total des nombres des deux côtés : débit et crédit ; on soustraira ces totaux de nombres l'un de l'autre, on divisera ensuite la différence obtenue par les 36o jours de l'année commerciale : le résultat sera la somme courante on moyemie-continue de V année constituant le débit on le crédit cotirant on moyen-continu de l'année de l'affilié, comme nous l'avons dit précédemment, c'est-à-dire la somme à laquelle pourra s'appliquer un intérêt à percevoir.
C'est donc sur le total général, à l'Office, des soldes débiteurs courants et sur celui des soldes créditeurs courants constituant le débit courant général et le crédit courant général du pays entier évalués par rapport à la somme totale des garanties déposées et que nous avons, en raison de leur égahté, réunis sous la dénomination de crédit-débit courant oti moyencontinu général de l'année, que pourra se percevoir un intérêt comptabiliste constituant l'épargne que doit réaliser le système pour le pays.
a) L'intérêt comptabiliste proprement dit. — C'est en établissant, à l'Office, sur le débit courant de chaque affilié un intérêt correspondant à l'intérêt proprement dit de l'argent et dont le produit annuel servira à supprimer des charges sociales que l'épargne susdite doit s'obtenir; nous avons donc à rechercher quels devront être le taux et le montant de cet intérêt. Je ne ferai que signaler les éléments d'appréciation qui me paraissent devoir être en jeu dans cette détermination comme dans celles
qui suivent, sans chercher à obtenir la précision des chiffres, ce qui me ferait sortir du cadre dans lequel je désire me renfermer : les résultats numériques auxquels j'aboutirai ne doivent donc être considérés que comme de grossières approximations.
Voyons d'abord quel est le taux qui correspond à l'intérêt proprement dit de l'argent, taux qui doit devenir le taux de l'intérêt comptabiliste proprement dit. La question me paraît devoir se poser dans les termes suivants : A quel taux d'intérêt obtient-on actuellement de l'argent sur bonnes garanties? C'est ce taux qui devra être reporté en comptabilisme.
Ce taux varie, me semble-t-il, de 2 1/2 à 5 p. c, selon les cas et les circonstances; j'adopterai en conséquence dans mon évaluation sommaire le chiffre de 3 p. c. pour la Belgique.
Pour ce qui est du crédit-débit courant du pays, c'est-à-dire de la somme C„i à laquelle ce taux devra être appliqué, nous pouvons nous en faire une idée en remarquant qu'il comprend d'abord la circulation monétaire métal et billets de banque y compris l'encaisse de la Banque Nationale, pouvant être évaluée à I milliard, chiffre rond, et ensuite les effets de commerce. L'action libératoire de ces derniers n'est pas continue comme celle des éléments précédents, leur durée se limitant à quelques mois au maximum; or, on peut évaluer à la somme approximative de 3 milliards le chiffre de leur import annuel, et, en fixant à soixante jours leur durée moyenne, ce chiffre se réduit à un demi-millard supposé à action libératoire continue. Nous arrivons ainsi, avec le milliard précédent, à un total général approximatif de i milliard et demi d'unités supposées à action libératoire continue et constituant, avons-nous vu, le créditdébit courant du pays, le degré d'activité trausactionniste dit pays, pourrait-on dire encore.
En appliquant à cette somme le taux d'intérêt de 3 p. c. que nous avons admis, nous atteignons le chifire de 45 millions que le comptabilisme ferait épargner, de ce chef seul, au pays.
Sans aller plus loin, je veux rencontrer ici une objection qui se présente tout naturellement à l'esprit. Mais, dira-t-on, si, en comptabilisme, les débiteurs gagnent réellement l'intérêt proprement dit de l'argent puisqu'en principe ils n'ont plus à le payer, les créditeurs, eux, doivent le perdre, puisqu'ils ne
le reçoivent plus et, contrairement à ce qui est dit plus haut, il n'y aurait donc ni gain, ni perte pour le pays.
C'est-à-dire qu'il semble, à première vue, que l'effet heureux que l'application du comptabilisme doive avoir pour un pa3's soit de ne supprimer l'intérêt proprement dit de l'argent que sur le chiffre de son crédit-débit courant correspondant à ce qui est extinctoire en monnaie métallique, sans y comprendre le chiffre de son crédit-débit courant correspondant à ce qui l'est en papier-monnaie et en effets de commerce. En effet, le comptabilisme opérant la suppression du métal dans l'instrument extinctoire, on voit très clairement que la société doit récupérer la jouissance du métal qui est ainsi rendu à sa destination naturelle ; mais on ne voit pas bien que la société puisse faire le même gain sur tout ce que le comptabilisme supprime d'instrument extinctoire papier, puisque celui-ci est sans valeur intrinsèque.
En un mot, il paraît contradictoire que le comptabilisme fasse gagner d'une façon absolument générale l'intérêt proprement dit de l'argent, alors qu'il semble qu'il ne puisse le faire que sur ce qui correspond au métal monnayé supprimé. Il faut donc y regarder de plus près.
Quels sont ceux qui, actuellement, ont à payer l'intérêt de l'argent? Les transactionneurs principalement, ceux qui empruntent, ceux qui, en réalité, constituent la force vive productiviste et multipliante d'un pays. Quels sont ceux qui ont à le recevoir? Ceux qui prêtent, parce qu'ils ont de la fortune accumulée résultant de leurs transactions antérieures ou provenant de ce qu'ils ont hérité de gens ayant transactionné avant eux : ces derniers représentent plus particulièrement la force statique d'un pays. Au fond, voilà la situation. En comptabilisme, les premiers n'auront plus à payer l'intérêt proprement dit de l'argent, et ce sera bien la production, donc le pays qui y gagnera ; les seconds n'auront plus à le recevoir, cela veut-il dire que le pays ou les prêteurs eux-mêmes doivent y perdre? Non, ni l'un ni les autres ne feront de perte sensible.
En effet, conformément à ce que nous avons vu précédemment, les fortunés, au lieu de prêter ou louer à des tiers, comme ils le faisaient auparavant, leurs unités transactionnistes, cautionneront dorénavant pour eux à l'Office comptabiliste afin
qu'ils y obtiennent du compte, et, de ce chef, ils recevront d'eux un intérêt risques comme autrefois. Et quant aux unités transactionnistes mêmes qu'ils leur remettaient auparavant et qui maintenant restent disponibles, ils les utiliseront d'une manière productiviste : en achats d'immeubles, qu'ils loueront à des tiers, ou en achats de participations dans des affaires quelconques, exploitées par des tiers, — et dont la valeur totale dans un pays est tellement supérieure au chiffre des unités actuellement en circulation qu'elle n'aura pu être que légèrement influencée par leur suppression, — lesquels leur restitueront, comme revenu, l'équivalent même de l'intérêt proprement dit de l'argent supprimé en principe par le comptabilisme. Ces placements deviendront d'ailleurs d'autant plus sûrs et facilement réalisables par la suite que les groupements d'affaires s'imposent de plus en plus comme une nécessité économique et constitueront, de fait, une véritable assurance en faveur du capital.
Un rendement plus directement productiviste : agricole, commercial, industriel se substituera ainsi au rendement très indirect du lo3^er des unités.
En un mot, les uns, les actifs, n'auront plus à pa3^er d'intérêt proprement dit de l'argent pour obtenir des unités transactionnistes, si ce n'est sous la forme d'un intérêt comptabiliste les dégrevant d'une somme équivalente d'impôts, tandis que les autres, les passifs, ne recevront plus cet intérêt, mais en retrouveront néanmoins l'équivalent sous une autre forme.
Il résulte donc bien de cet examen comparatif que personne ne perdra à la suppression de l'intérêt proprement dit de l'argent et que les activités productives d'un pays et le pays entier en feront le gain net pour ce qui correspond à la totalité des formes de l'instrument transactionniste supprimées.
b) L'intérêt frais comptabilistes. — Nous avons montré qu'il était régulier d'établir un tel intérêt pour se couvrir de tous frais quelconques du système comptabiliste : il existerait donc à cet effet îtn intérêt entrées-sorties de compte à l'Office comptabiliste.
Cet intérêt pourrait être approximativement équivalent, au total, à celui que les établissements de crédit perçoivent actuellement sous forme de sorties de caisse, quand bien même il
couvrirait plus que les frais comptabilistes ; l'excédent éventuel s'ajouterait à l'intérêt comptabiliste proprement dit. Il ne s'agit pas, je le répète, de faire directement — immédiatement du moins — bénéficier le public de l'avantage résultant de la suppression du système monétaire, mais indirectement par l'atténuation ou même la disparition des charges sociales.
Je ferai remarquer ici que, si ce but était atteint, le personnel affecté directement ou indirectement à tout ce qui, de près ou de loin, est relatif au service des impôts deviendrait disponible et serait vraisemblablement plus que suffisant, à lui seul, pour assurer le service comptabiliste sans qu'il soit nécessaire de faire appel au dehors. Dans ce cas, l'intérêt frais comptabilistes n'aurait plus de raison d'être et se confondrait nécessairement avec le suivant.
c) L'intérêt comptabiliste supplémentaire. — Si l'intérêt comptabiliste proprement dit, constituant, éventuellement avec le précédent, le gain social net résultant de l'application du système, ne suffisait pas pour arriver à la suppression intégrale des charges sociales — but principal, unitaire et social, que nous avons en vue — je proposerais d'établir U7i intérêt entréessorties de compte spécial affecté tout exprès à cette destination : il se confondrait naturellement avec le précédent.
Mais que faut-il entendre, dans le cas présent et dans le précédent, par entrées-sorties de compte? Les établissements de crédit ne perçoivent habituellement un intérêt sorties de caisse que sur les comptes qui sont créditeurs et non sur ceux qui sont débiteurs. Il n'en sera pas de même pour l'Office comptabiliste, qui ne fera pas de distinction sous ce rapport, et c'est sur le total annuel des entrées-sorties de compte ou crédit-débit courant de chacun que se percevront l'intérêt frais comptabilistes et l'intérêt supplémentaire, tandis que l'intérêt comptabiliste proprement dit se percevra seulement sur le débit courant annuel de chaque affilié.
3° L'impôt. — Il y a ici une observation importante à présenter en premier lieu. L'intérêt comptabiliste proprement dit, se substituant purement et simplement à l'ancien intérêt proprement dit de l'argent et se percevant annuellement, à
l'Office, sur le débit courant annuel des affiliés, n'affecterait aucunement le caractère d'un impôt frappant avec exactitude la fortune du comptabilisé, puisque, précisément, ce sont en général les plus fortunés qui, réclamant le moins de crédit, auront le moins de débit courant annuel à l'Office. Aussi cet intérêt ne serait-il pas établi dans ce but, mais uniquement, nous l'avons fait remarquer plusieurs fois déjà, dans celui de ne rien modifier, au début du système comptabiliste, à ce qui existe actuellement en ce qui concerne l'intérêt de l'argent : rien ne serait changé pour le public en ce qui concerne l'intérêt dû jusqu'ici au capital; un système ou mécanisme extinctoire de crédit-débit se substituerait purement et simplement à un autre système, tout demeurerait en place pour le surplus et il n'y aurait pas d'abord d'avantages directs à retirer de ce chef. J'ai tout particulièrement tenu à mettre d'emblée la question sur ce terrain de pure substitution de mécanisme, afin de bien faire voir que l'application du comptabilisme pourrait s'opérer sans entraîner de perturbations sérieuses dans le fonctionnement de la société.
Mais rien n'empêchera, quand on le voudra, de réduire l'intérêt comptabiliste proprement dit en accroissant d'autant l'intérêt comptabiliste supplémentaire qui, se percevant sur les entrées-sorties comptabilistes, c'est-à-dire sur le crédit-débit courant annuel et non plus sur le débit courant annuel, aura bien le caractère d'une taxe sociale sur la fortune ou le revenu. Il est de toute évidence, en effet, que l'import des entrées et des sorties de compte comptabilistes est en rapport étroit et direct avec l'importance et le mouvement des affaires devant donner lieu à bénéfice, de même qu'avec la fortune et le revenu des particuliers.
Il semble donc qu'on ne puisse rien envisager d'aussi favorable que le comptabilisme pour arriver, soit dans la voie qui précède, soit par l'établissement de l'impôt unique successoral que j'ai préconisé déjà, à l'équité parfaite de la taxe sociale, à sa facilité extrême de perception et à son entière unification, ce qui serait la réalisation d'un véritable idéal social.
Mais le public ne serait pas seul à bénéficier de l'avènement du comptabilisme; les communes, provinces et Etats et
toutes autres personnes civiles seraient dans le même cas puisque, au lieu d'obtenir comme maintenant le crédit directement des particuliers, ils l'obtiendraient, comme tout le monde, de l'Office comptabiliste même, avec la simple caution des particuliers. Et, de ce chef, le taux de l'intérêt à servir sur la dette publique se trouverait réduit de toute la différence qui existe pour ce cas particulier entre le taux de l'intérêt risques et le taux de l'intérêt ordinaire. J'admets, à première vue et sans approfondir, que la réduction pourrait être de 2 p. c, et qu'elle se ferait sur la dette nationale belge, qui est de 2,370 millions, ainsi que sur la dette provinciale, qui est de 29 millions, et sur la dette communale, qui est de 700 millions; on aurait ainsi une différence annuelle en moins de 62 millions.
Les dépenses de toute nature, y compris le service des emprunts, s'élèvent actuellement pour l'Etat belge à la somme totale annuelle de 387 millions environ.
Or, nous avons évalué à 46 millions le produit de l'intérêt comptabiliste proprement dit. Evaluons à 18 millions le produit de l'intérêt frais comptabilistes qui, ainsi que nous l'avons fait voir, constituerait vraisemblablement en comptabilisme intégral un gain net. Le produit comptabiliste total direct serait ainsi de 63 millions. Ajoutons-y la somme ci-dessus de 62 millions constituant le produit comptabiliste indirect qui serait à épargner sur le service des emprunts. Ajoutons-y enfin l'intérêt hypothécaire qui, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer ailleurs, sera supprimé de fait par l'application du comptabilisme et qui, à raison de 4 p. c. sur la dette hypothécaire de un milliard et demi, s'élève à la somme de 60 millions. Cela fait un total de i85 millions que ferait épargner le comptabilisme. Si l'on y ajoute le produit des chemins de fer, canaux, domaines, etc., exploités par l'Etat, et qui s'élève à 18 millions, on arrive à la somme totale générale de 2o3 millions qui vient en déduction des dépenses générales évaluées ci-dessus à 387 millions.
On voit de la sorte qu'il n'y aurait plus qu'un intérêt comptabiliste supplémentaire de 1.2 3 p. c. à établir sur le crédit-débit courant de i,5oo millions du pays pour obtenir la somme annuelle de 184 millions indispensable pour effectuer la suppression totale des charges sociales de l'Etat. Ce serait en
somme bien peu de chose en présence de l'importance de la transformation économique qui serait la conséquence de l'adoption du comptabilisme. Si l'on tient compte des autres avantages sociaux et humanitaires que j'ai signalés précédemment, on peut dire que le comptabilisme, quand on l'envisage bien, mène à une conception nouvelle de la société. Il favorise au maximum la productivité et le bien-être de l'homme, et, sans qu'il soit nécessaire de porter atteinte aux principes de liberté et de propriété, par sa tendance à la réalisation directe de ce qui est simple et unitaire, utile et juste, moral et humanitaire, il mènerait la société civilisée aussi rapidement que possible vers son extrême perfection.
4" Influence du "comptabilisme sur l'évolution sociale. — Je ne puis terminer cette dernière note sur le Comptabilisme, élément le plus important du « Productivisme social », sans essayer de montrer quelle sera l'influence de son application sur l'évolution sociale.
Ceux qui se seront donné la peine de suivre mon exposé n'auront pas manqué de constater avec quelle facilité extrême le Comptabihsme permettra d'orienter spontanément la société dans une direction franchement productiviste : suppression des charges sociales qui à l'heure actuelle frappent plus spécialement les producteurs; suppression de l'emprunt et du prêt directs, et par conséquent suppression du capital et du capitaliste de seconde main, au profit des producteurs; suppression en principe, et quand on le voudra en application, de l'intérêt proprement dit de l'argent correspondant au loyer de l'argent, principalement supporté par le producteur; obtention gratuite, en principe, du crédit pour le producteur qui n'aura plus éventuellement à supporter qu'un intérêt risques; faculté pour les fortunés de cautionner en faveur des producteurs moyennant perception d'intérêt-risques, mais avec l'obligation pour eux d'appliquer l'excédent de leurs revenus en placements directement utiles et productifs.
Il serait vraiment surprenant de constater l'importance du changement de direction qui serait ainsi imprimé à la société par un simple progrès acfcompli dans ce que l'on peut appeler
la mécanique sociale, si ce résultat ne constituait en lui-même la preuve que Comptabilisme et Productivisme ont précisément pour mission de mettre enfin la société sur la voie conduisant le plus directement possible à son organisation définitive.
Cela paraît plus vrai encore si l'on remarque, en conséquence de ce qui précède, que le Comptabilisme, non seulement affirme le Productivisme et par suite l'unité du plan suivant lequel doit s'effectuer le progrès de la société, mais apporte aussi la lumière au milieu des éléments diffus qui entrent dans la composition de la société et que l'on s'est trop habitué à ne considérer que sous le faux jour du monétarisme.
Je n'entrerai pas dans le détail à ce sujet, j'attirerai seulement l'attention sur ce fait que le Comptabilisme et le Productivisme font voir avec précision, au premier examen, ce que sont en réalité la fortune et la richesse sociales, dont la définition fournit encore matière à tant de discussions à l'heure qu'il est.
Admettons qu'un pays, supposé abondamment pourvu des éléments naturels qui doivent servir à constituer la richesse, soit placé sous le régime comptabiliste théorique, c'est-à-dire que chacun y ait constamment sa fortune entière en garantie, — l'ensemble de ces garanties constituant le pouvoir productiviste et transactionniste du pays entier, — et que l'intérêt comptabiliste sur le revenu (2^ et 3^ formes) y soit seul en application; admettons que le nombre des affiliés comptabilistes demeure indéfiniment le même alors que le capacitariat productiviste se diffuse et croît constamment parmi eux; comme conséquence, le perfectionnement de l'outillage, l'activité productiviste, la production et la consommation intégrales, le nombre et la valeur des transactions, enfin la richesse sociale de ce pays croîtront aussi constamment. Et on se rend nettement et positivement compte de cet accroissement de richesse sociale par le simple examen du mouvement qui s'opérera à l'Office comptabiliste où le nombre sans cesse croissant des unités transactionnistes utilisées et l'augmentation continue du chiffre des garanties montreront à l'évidence l'augmentation persistante de la fortune du pays.
La fortune du pays s'accroîtra donc par rapport à celle d'autres pays qui ne seraient pas dans d'aussi bonnes conditions,
en même temps que progressera la richesse de cJiacun, puisque tous les éléments de la consommation intégrale, hormis le sol, seront mis de plus en plus quantitativement et avantageusement à la disposition de tous; mais il est évident que la fortune de c/iacun évaluée, non en capital, — celui-ci croissant comme la richesse, — mais par rapport à celle de concitoyens, diminuera. En effet, si la richesse est absolue, la fortune n'est que relative ainsi considérée, et la diffusion extrême de la capacité productiviste d'un côté, la perception continue d'un intérêt comptabiliste suffisant pour permettre la réalisation du productivisme intégral et réduisant de plus en plus la fortune acquise de l'autre, auront bientôt fait se rapprocher considérablement les situations par le relèvement de ceux qui étaient héréditairement au bas de l'échelle sociale, par l'abaissement de ceux qui étaient héréditairement en haut.
Et l'on peut concevoir un état ultime de la société, correspondant à un état ultime de la science et de l'industrie, où la richesse soit le maximum et la fortune relative le minimum de ce qu'elle peut être pour chaque concitoyen envisagé. Dans une société perpétuellement évoluante et n'ayant cessé de respecter autant qu'il est possible les principes modernes de liberté et de propriété, mais étant avant tout franchement et intégralement productiviste, on peut, dis-je, imaginer un état stable de son organisation dans lequel chacun serait riche sans fortune relative réelle, celle-ci ne dépendant plus uniquement que de la capacité productiviste, diffusée à l'extrême, unie au travail, devenu en quelque sorte automatique grâce au perfectionnement ultime de l'outillage. Pour s'en convaincre, il suffit, si l'on croit à la puissance du progrès scientifique et industriel dans l'avenir et à la valeur du principe productiviste, d'essayer de se rendre compte, ainsi que nous venons de le faire, de ce qui doit se passer à l'Office comptabiliste : l'interprétation de phénomènes sociaux quelconques se fait alors de la manière la plus facile et la plus claire.
Je pense avoir fait le nécessaire pour montrer ce que pourrait être le Comptabilisme. Ce n'est pas sans devoir souvent m'encourager moi-même en mettant sans cesse mes convictions et le bien social en regard de la faiblesse de mes moyens
et du peu de temps dont je disposais que je me suis résolu à entamer cette étude et à la pousser jusqu'au point où, je pense, elle puisse être prise en mains par les intéressés à compétence spéciale. Ce n'est pas non plus sans éprouver la crainte de m'ètre trompé à quelque endroit, malgré la peine que je me suis donnée pour dégager la vérité, que je livre mon travail à la discussion — s'il ne se trouve abandonné temporairement à l'apathique indifférence qui existe en général pour tout ce qui a une allure inusitée, exige un labeur ou demande un effort d'esprit.
De toute façon, je considère la tâche que je m'étais imposée sous ce rapport comme terminée; à ceux qui portent plus directement que moi sur leurs épaules responsabilité et souci publics à la continuer s'ils le jugent bon, à faire leur devoir s'ils se sentent éclairés par la même lumière que la mienne. En politique, comme en toute autre direction continue de l'activité humaine, il y a, selon moi, d'autres questions à traiter que celles qui naissent pour ainsi dire au jour le jour, et ceux qui, ayant le pouvoir ou ayant action sur le pouvoir, ne peuvent s'en rendre compte ni prévoir suffisamment au delà du lendemain social, ne sauraient, en somme, qu'imparfaitement gouverner ou aider à gouverner pour notre époque. Je tiens à dire, en ce qui me concerne, que c'est en acquit d'un devoir de conscience que j'ai travaillé et si je n'avais été entraîné, malgré mon propre sentiment, à accepter un mandat parlementaire, je ne me serais pas cru obligé de publier dès à présent une étude qui eût vraisemblablement gagné à être poursuivie avec plus de méthode et qui, mise au jour à son heure, eût pu être meilleure et plus complète.