‹ Notes sur le productivisme et le comptabilismeChapitre 16 sur 17 · LA SOCIÉTÉ MONDIALE · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ MONDIALE

Il résulte de la note précédente que le mouvement productiviste, sur lequel le Comptabilisme jette une vive lumière, mène à la disparition graduelle de l'anarchisme écotiomique des individus dans tonte Société nationale.

Ce même mouvement productiviste, dont la généralisation est fatale, doit entraîner également la disparition graduelle de l'anarchisme économique des nations dans la Société universelle.

Et si, au lieu de s'effectuer, comme par le passé, sans que l'humanité en ait la notion exacte, sans que les lois en aient été scientifiquement dégagées, il pouvait s'effectuer désormais de façon positivement consciente, inéluctablement, ce mouvement deviendrait bientôt un irrésistible courant qui accélérerait la marche des nations vers l'application du Comptabilisme; vers l'établissement d'un impôt unique directement proportionnel à la fortune et ayant pour forme dernière l'impôt successoral réitéré; vers la suppression des douanes et l'adoption du régime de la porte ouverte le plus absolu; vers l'universalisation d'une langue reconnue pour être à la fois la plus pratique, la plus utile et la plus agréable; vers le développement au maximum du capacitariat productiviste ; vers la promulgation d'une loi d'assurance de la vie à tout producteur invalide en raison de la richesse de la contrée qu'il habite; vers l'émigration-expatriation gratuite, la pension n'existant dans la période de transition que pour les nationaux seulement ; vers le perfectionnement des lois sur les sociétés industrielles et commerciales dans le sens entièrement productiviste; vers la participation de l'Etat à toutes les affaires nationales en raison de la libre affluence des capitaux qui lui seraient offerts par les particuliers dans ce but spécial; en un mot, vers le progrès unitaire général dans toutes les directions, législative et autres, c'està-dire vers l'unité sociale.

Déjà le mouvement productiviste entraîne de plus en plus les nations dans ces A'oies et les configurations géographiques de leurs territoires perdront nécessairement de leur importance au fur et à mesure que l'on avancera. Sans qu'elles en aient la volonté consciente, les nations marchent vers le concert international permanent, c'est-à-dire qu'elles tendent à la formation de la Société des Sociétés, de la Société mondiale qui englobera l'humanité tout entière.

Il n'y a pas à résister à cela et si, dès maintenant, le concert international temporaire et fortuit, tel qu'on le voit surgir de temps à antre, comprenait tontes les nations indistinctement et si celles-ci intervenaient dans les délibérations et décisions non pas en raison de leur puissance militaire, ce qui est absurde et relève des temps barbares, mais proportionnellement à leur part actuelle de production engagée dans chaque cas déterminé, ce qui est juste, logique et à l'avantage des pays capables et actifs, part d'intervention qui, d'ailleurs, pourra être couramment et mathématiquement connue quand existera le comptabilisme international, un énorme pas en avant serait spontanément fait vers le but à atteindre : Paix et Société universelles.

Or, il est évident que les nations à la fois fortes et productives, celles qui sont prépondérantes, peuvent accepter un système d'organisation mondiale établi sur ces bases, alors qu'elles se refuseraient, avec pleine raison, à mettre leurs intérêts vitaux à la merci d'arbitres ou de tribunaux qui ne jugeraient que d'après le Droit actuel, droit vieilh, entièrement imprégné du principe de la perdurance du fait acquis, tenant exclusivement du passé et non encore régénéré par l'admission du principe productiviste : à chacun selon sa productivité sociale, qui, lui, tient non seulement du présent, mais représente l'avenir.

Le mouvement productiviste prend sa source dans Vénergétisme social; celui-ci a pour expression à la fois ph3'siologique et sociale la loi de lutte pour la meilleure existence qui, ellemême, n'est qu'une expression de la loi physico-chimique supérieure du travail maximum. La matière vivante, l'homme et les Sociétés obéissent à ces lois que la puissance de leur volonté ne saurait modifier. L'évolution productiviste est donc fatale et de la façon dont elle progresse on peut se hasarder à

espérer que le nouveau siècle ne se terminera pas sans que l'unité sociale universelle ne soit chose réalisée. Ce qu'il faut souhaiter, c'est que pour se rapprocher plus vite et sans secousses de cette unité, ce soit consciemment et scientifiquement que l'on travaille dans le sens de l'évolution nécessaire et, sous ce rapport, je crois avoir fourni des bases de nature à rallier toutes les autorités et les hommes sincères de toutes les opinions.

COMPTABILISME

Principe de la socialisation éventuelle par tacite dépossession.

En régime comptabiliste, l'Etat, représentant la Collectivité, accorde des unités acquisitives en crédit sur gage (i), c'està-dire sur biens gagés et ne provenant pas de la simple authentication d'import provisoire de carnets, aux particuliers qui lui en font la demande, sans qu'il lui en coûte quoi que ce soit en dehors des frais d'administration. Aussi longtemps que le nombre des unités délivrées de la sorte ne dépasse pas la valeur comptabiliste (2) du gage, le comptable social peut en délivrer.

Cela correspond au cas actuel d'un particulier qui s'adresse à un capitaliste pour obtenir de lui du crédit sur gage, avec cette différence que, dans ce dernier cas, il y a toujours lieu à paiement d'intérêts au capitaliste qui accorde le crédit, tandis que, si l'on examine les choses au point de vue absolu, cela n'a pas lieu en comptabilisme. On est sorti, en effet, du système monétaire, il n'y a donc plus de valeur intrinsèque attachée aux unités acquisitives délivrées et, ainsi que je l'ai démontré dans une note précédente (3), il ne saurait y avoir lieu à paie-

(1) h'avoir authentique d'un carnet comptabiliste ne comprendra, en général, que des unités de deux catégories :

1° des unités provenant de l'authentication d'import provisoire résultant des transactions effectuées par le titulaire et que nous appellerons unités courantes;

2° des unités délivrées directement par le bureau comptabiliste sur biens gagés par le titulaire et que nous appellerons unités en crédit sur gage.

Cet avoir pourra comprendre également des unités délivrées à découvert, ainsi que nous le verrons plus loin, sur la capacité productive présumée du titulaire et auxquelles nous donnerons le nom d'unités en crédit sur capacités.

(2) Nous entendons par valeur comptabiliste du gage la valeur qui lui est officiellement attribuée de manière à couvrir l'Etat de tout risque pour cause de dépréciation.

(3) La Monnaie et le Compte. Seconde note complémentaire : L'intérêt de l'argent, l'intérêt comptabiliste et l'impôt. Page 103.

ment d'intérêts (i). Ce ne sera que pendant une période de transition, afin d'évoluer et non de révolutionner en ce qui concerne un ordre de choses existant, et aussi en raison de certains avantages indirects sur lesquels nous aurons à revenir, qu'un intérêt comptabiliste pourra exister.

Examinons quelle serait, en régime comptabiliste absolu, la situation des particuliers qui sont en voie de perdre leur fortune et voyons ce qui arrivera quand le nombre d'unités délivrées sur gage atteindra la valeur comptabiliste de ce dernier.

En système actuel, alors que l'intérêt de l'argent coexiste avec les unités acquisitives accordées en crédit sur gage, les capitalistes qui ont fourni ces unités font vendre le bien gagé au moment où le débiteur cesse de payer l'intérêt stipulé et reçoivent le prix de la vente jusqu'à concurrence du crédit accordé. Remarquons que, chaque fois qu'il est payé, l'intérêt montre bien qu'il existe une véritable dépendance du particulier vis-à-vis du capitaliste. En fournissant des unités acquisitives métalliques, or ou argent, ou sous toute autre forme qui, au fond, ne cesse de représenter de l'or ou de l'argent, le capitaliste délivre en fait un bien tout aussi réel qxie le bien gagé; on peut donc dire que le bénéficiaire des unités, en recevant ce second bien sous forme de crédit, se dépossède virtuellement du premier proportionnellement au nombre d'unités qu'il reçoit, et que, lorsque ce nombre a atteint la valeur même du bien, la dépossession est complète. Mais cette dépossession reste virtuelle, elle n'est pas prononcée, elle ne pourra devenir réelle, effective qu'au moment où le paiement des intérêts convenus viendra à cesser. Cette situation nous paraît toute naturelle, elle ne dérange en rien notre esprit dans les habitudes qu'il a contractées.

Mais, en pareille occurrence, qu'arrivera-t-il en comptabilisme absolu? Pourra-t-on encore faire vendre les biens gagés? A quel moment le fera-t-on, puisqu'ici l'intérêt dont le nonpaiement constitue la cause déterminante de la dcpossession

(1) On pourrait adopter la dénomination Comptabilisme absolu pour le régime sous lequel la délivrance des unités acquisitives se fait sans donner lieu à paiement d'intérêt; la dénomination Coviptabilisme intégral s'appliquerait au régime final et définitif sous lequel les unités seraient délivrées sans intérêt et oii. de fait et d'avance, légalement, la totilité des biens de tous les particuliers serait gagée.

dans le cas précédent, a cessé d'exister; en d'autres termes, à quel moment la dépossession sera-t-elle prononcée?

Il parait évident que c'est au moment où la limite de la délivrance des unités sera atteinte, c'est-à-dire lorsque leur nombre deviendra exactement égal à celui qui représente la valeur comptabiliste du bien gagé. A ce moment, on pourra accorder un certain délai au bénéficiaire des unités, afin que, par authentication d'import provisoire ou par cautionnement (i), il puisse diminuer le chiffre total des unités accordées sur gage; mais si, ce délai expiré, il n'y est pas arrivé, la dépossession effective s'effectuera. Le bien sera alors vendu et tout se passera comme dans le cas actuel. Ou bien, si l'on admet qu'un système d'expertise sociale ait été organisé donnant à ceux que frappe la dépossession des garanties au moins équivalentes à celles que donne aujourd'hui la vente publique, le bien, de fait, passera aux mains de l'Etat, celui-ci étant libre de le garder ou de le vendre, à charge, bien entendu, de bonifier au dépossédé la différence entre la valeur réelle du bien et sa valeur comptabiliste.

C'est ainsi du moins que nous envisageons les conditions dans lesquelles la dépossession doit être effectuée.

Quoi qu'il en soit, cette manière d'opérer peut être considérée comme un procédé possible de socialisation par tacite dépossession qui pourrait éventuellement s'ajouter au procédé de Libre socialisation que j'ai déjà préconisé. J'estime pourtant qu'il conviendrait de n'en faire usage que dans des cas exceptionnels. En effet, si l'on cherche à se rendre compte des résultats auxquels conduirait l'application des formules spéciales de progression sociale que j'ai émises précédemment, on constate que l'importance qu'acquerra la socialisation libre sera en raison directe de celle que l'on aura su donner au capacitariat par application de la formule qui le concerne, toutes choses égales d'ailleurs, puisque la capacité productive est le point de départ absolu du progrès social et que, par conséquent, en voulant socialiser par d'autres procédés, c'est-à-dire plus vite ou dans une plus large mesure que ne le permet la capacité existante, on risquerait d'aller à une régression plutôt qu'à une progression.

(1) Voir page 106.

La libre socialisation que je préconise est un procédé de socialisation générale. Elle s'opérerait à la demande même du public qui apporterait à TEtat les fonds nécessaires pour lui permettre de prendre une part dans l'avoir de chaque société industrielle ou com?nerciale, et vraisemblablement un jour dans l'avoir de chagueproducteur quand cet a.Yoir dépassera un certain chiffre. La socialisation par tacite dépossession, au contraire, serait un mode de socialisation restreinte, irrégulière et accidentelle. Par sa mise en pratique, l'Etat deviendrait propriétaire, d'un côté ou d'un autre, à un moment ou à un autre, de biens quelconques qui, sans la pratique du comptabilisme, eussent été vendus à des tiers.

Les deux procédés diffèrent essentiellement; ils n'ont pas de rapport entre eux. D'un côté, l'Etat-Collectivité devient méthodiquement propriétaire d'un quantum déterminé de la fortune publique générale; de Tautre, il devient fortuitement propriétaire d'objets quelconques comme le deviendrait un simple particulier.

Si l'on veut bien y réfléchir, on trouvera qu'il existe un enchaînement complet entre mes formules du « Chômage-Capacitariat » et de la « Libre socialisation » et le progrès social dans toutes les directions de l'activité humaine pour un champ d'application donné (i).Le capacitariat, la libre socialisation et le progrès humain doivent nécessairement se développer parallèlement; de telle sorte qu'il paraît évident que lorsque, dans le champ d'action considéré, on aura atteint le capacitariat maximum, simultanément la socialisation, le progrès humain et le bien-être général y auront atteint leur apogée et qu'en même temps on se sera rapproché au maximum de l'égalité du point de départ. Dès lors, il en résulte que tout autre système de socialisation que celui que j'ai proposé en premier lieu n'apparaît pas avec les mêmes caractères de nécessité.

(1) Il faut envisager ici un champ a'application déterminé, car il est évident que des facteurs autres que le capacitariat peuvent donner lieu à des variations du champ d'application. La découverte de richesses minières ou autres faite, à un moment donné, à des endroits quelconques de la surface terrestre, de même que des inventions survenant tout à coup comme celles de la machine à vapeur, de l'utilisation de l'énergie électrique, etc., accroissent brusquement le champ d'application de l'activité humaine et provoquent un retentissement correspondant dans les divers éléments de l'économie sociale

COMPTABILISME

Principe du crédit comptabiliste sur capacités productives et raison d'être de l'intérêt comptabiliste.

La note précédente, en établissant le principe de la « Socialisation par tacite dépossession », montre qu'en Comptabilisme absolu un bien gagé pourrait passer brusquement et défait d'une main dans une autre, de celle d'un particulier dans celle de l'Etat.

On peut se demander pourtant comment il peut être question de dépossession au profit de l'Etat en régime comptabiliste?

En effet, l'Etat ne reçoit pas d'intérêts pour les unités qu'il accorde en crédit. Il ne lui en coûte rien d'accorder ces unités. Pourquoi s'arrogerait-il le droit de déposséder brusquement, à un moment donné, celui qui a bénéficié de ces unités, alors qu'en régime actuel et en cas anologue cette dépossession est intimement liée au paiement, ou plutôt au non-paiement, des intérêts stipulés?

Il semble qu'en prononçant la dépossession au moment où le chiffre des unités accordées en crédit atteint la valeur officiellement attribuée au gage on tombe dans l'arbitraire; il semble que l'on fasse un pas dans le vide ou bien que le principe comptabiliste qui conduit à une semblable conséquence soit en défaut ou se réduise à une pure illusion. Pourtant, ainsi que nous allons le voir, rien n'est plus correct, rien n'est plus juste et plus logique si l'on se place au point de vue social même.

C'est, qu'on veuille le remarquer, dans l'hypothèse du Comptabilisjne absolu, c'est-à-dire de la délivrance sans intérêt des unités transactionnistes, que nous nous sommes placés dans la note précédente. Or, en y réfléchissant, on trouve que le Comptabilisme absolu entraîne nécessairement le régime pro-

ductiviste absolu, c'est-à-dire qu'il sous-entend cet état idéal où l'égalité du point de départ existe, où l'hérédité a disparu et où il n'est d'autre fortune possédée que celle acquise exclusivement par le travail : on verra plus loin, en effet, que le Comptabilisme avancera vers sa forme absolue et vers sa forme intégrale, en même temps que s'effectuera la disparition graduelle de la fortune héréditaire.

A un tel stade, la fortune possédée à un moment donné par un particulier étant due uniquement à sa productivité, elle sera caractérisée, au point de vue comptabiliste, par ce fait que les unités en lesquelles elle se chiffre proviennent uniquement d'import provisoire transformé en unités de crédit effectif par authentication. Cette fortune est ainsi la représentation mathématique de la capacité productive de son possesseur et si, à un moment donné, l'Etat-Collectivité, délivreur des unités acquisitives et transactionnistes, lui en accorde sur cette fortune et proportionnellement à celle-ci, c'est en réalité à la productivité antérieure qu'elle représente qu'il en accorde et à elle seule. D'autre part, si l'Etat est amené à accorder des unités jusqu'à l'extrême limite de la valeur comptabiliste de cette fortune, cela prouve évidemment que le bénéficiaire a cessé d'être productiviste, qu'il s'est montré désormais impuissant à travailler de manière utile à générer le bien-être social et, si la dépossession est prononcée alors, on peut affirmer qu'elle n'atteint qu'un incapable, qui ne sait plus tirer productivité des unités transactionnistes mises à sa disposition.

Au point de vue social, les unités transactionnistes en crédit, unités accordées au delà de l'import provisoire des carnets comptabilistes, devraient, en principe, n'aller qu'à ceux qui sont capables d'effectuer des transactions fructueuses, c'est-à-dire à ceux qui, en dehors du travail destiné à assurer le simple maintien de leur existence, sont capables de développer la production intégrale et, par suite, de générer le bien-être social. Socialement, le crédit ne saurait se justifier que pour ceux-là. Telle est l'idée générale que j'ai voulu renfermer dans le principe de la tacite dépossession et c'est elle aussi qui fournit la justification la plus élevée du principe productiviste.

On le voit, c'est en poussant les choses à l'idéal, à l'absolu que la lumière se dégage.

Ce qui précède montre également à l'évidence que, par contre, en dehors de cet état idéal et absolu, avant qu'il soit atteint, c'est-à-dire dans la réalité actuelle des choses, la délivrance sans intérêt des unités eti crédit ne saurait être appliquée. Il doit transitoirement exister un intérêt comptabiliste, fixé à chaque époque, toutes choses égales d'ailleurs, en raison inverse de la capacité productive sociale existante. En effet, cet intérêt apparaît comme un frein à la production par les incapables, production qui est un mal social, tandis qu'il n'entrave pas sérieusement la production par les capables, qui est le bien social.

Qui n'entrevoit donc que dans l'avenir, au grand avantage social, l'Etat pourra accorder du crédit comptabiliste non seulement au productiviste possesseur de biens, mais encore me productiviste capable non possesseur de biens sur les simples garanties de sa capacité, garanties qui résulteront de mesures et de preuves socialement prises à cet effet pendant le capacitariat même.

Ainsi serait atténuée cette inconséquence, cette bizarrerie de notre état social qui fait qu'actuellement le capable n'ayant pas de fortune n'a pas le droit de produire et de générer le bien-être social, tandis que l'incapable ayant de la fortune en a le droit, mais, en fait, ne le peut. D'où perte sur toute la ligne pour l'humanité.

PRODUCTIVISME

Du fonds de libre socialisation au point de vue de la mise en sécurité des fortunes acquises.

N'est-ce pas une ironie de la société vis-à-vis des producteurs, cependant les seuls artisans de son développement, qu'il soit impossible d'obtenir le repos auquel on aspire après avoir peiné une partie de son existence, parce qu'on n'est jamais sûr de posséder en sécurité absolue la fortune que l'on a acquise. Sans cesse il faut veiller encore à son bien et s'occuper de placements.

Si l'on place sa fortune en fonds d'Etat de petits pays, la banqueroute ou l'absorption des petits pa3^s par les grands est à craindre ; en fonds d'Etat de grands pays, l'intérêt est dérisoire; en immeubles, on doit les surveiller, il se présente des difficultés et ils subissent des fluctuations de valeur; en affaires industrielles et commerciales, on est menacé de non-réussite ou de décadence; enfin, si l'on divise sa fortune en placements de tous genres, on tombe dans la complication et les ennuis.

Le fonds de participation aux affaires générales, ou fonds de libre socialisation, échappe à tous ces inconvénients. Si les lois sur les sociétés industrielles et commerciales étaient préalablement modifiées dans le sens entièrement productiviste, ce fonds serait de nature à ofirir une sécurité presque absolue. Elle serait même absolue, semble-t-il, si ce fonds existait dans chaque pays et si l'on prenait, pour ses placements totaux, une part proportionnelle à la productivité même de chacun.

Et néanmoins on obtiendrait ici un intérêt supérieur à celui que donnent les fonds d'Etat et bien suffisant pour que chacun fût, en principe, disposé à y recourir. D'ailleurs, il mènerait graduellement, par le fait, à la suppression des emprunts d'Etat,

car chaque Etat le constituerait vraisemblablement pour y trouver, avec l'intérêt comptabiliste et l'impôt unique sur la fortune — le premier devant aller progressivement en diminuant comme lui et le second en augmentant en raison de ces deux diminutions — les ressources qui lui sont nécessaires.

Sous tous les rapports donc, ce fonds apparaît comme devant répondre aux nécessités les plus urgentes de notre époque de fermentation et de remise en question des principes et des idées. Il serait peut-être aussi un excellent moyen de mettre d'accord, sur un point fondamental, partisans et non-partisans du principe de la réglementation; car, sans entamer en rien le régime de liberté qui régit jusqu'ici la production, il apporterait à la société le moyen d'assurer la sécurité et la tranquillité des vieux jours à ceux qui ont consacré leurs capacités productives à faire sa grandeur et il mènerait à collaborer à la socialisation, malgré leurs propres convictions, mais néantnoins librement, les plus invétérés adversaires de la socialisation.

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