‹ Notes sur les États-UnisChapitre 18 sur 67 · The Outlook, 28 juillet · texte numérisé non relu

The Outlook, 28 juillet

Théodore Roosevell est de pure race américaine. Son père était un riche industriel, très estimé à New-York, où l'on appréciait son patriotisme et ses dons d'organisation. Pendant la guerre de Sécession, il arma et équipa plusieurs régiments, notamment le premier régiment de couleur. C'est lui aussi qui fonda V Union League Club, qui fut, durant la crise, un foyer d'américanisme. Théodore Roosevelt, le père, mourut le 9 février 1878. Son fils avait alors dix-neuf ans. 11 était à Harvard, à l'université.

Le jeune Ted, — c'est ainsi que l'appelaient les siens, et non Teddy comme disent aujourd'hui les journaux, — s'était fait remarquer dès ses premières années par la curiosité de son esprit. Quand il était petit garçon, il se promenait toujours avec un livre sous le bras : c'étaient les Voyages de Livingstone et ses recherches dans V Afrique du Sud, Il posait à tout venant des questions sur les points que ses lectures laissaient obscurs dans sa pensée d'enfant. A Harvard, il était dans les vingt premiers d'une classe de cent quarante étudiants. Il y a laissé le souvenir d'un joyeux compagnon, plein d'une exubérante gaieté. Il y fit les beaux jours d'un des clubs les plus

fermés, le Pork Club. Il aimait surtout l'histoire naturelle et l'histoire. Les mathématiques le rebutaient. C'était une droite et franche nature, estimée de tous pour sa parfaite loyauté, pour son ardeur à soutenir ses idées, son empressement à reconnaître ses torts. La mort de son père fut pour lui un coup très douloureux.

— Je veux en tout, disait-il, essayer d'imiter mon père.

Orphelin, il acheva ses études, prit ses grades à vingt-deux ans, passa un an en Europe, en Allemagne et en Suisse. Il aurait voulu, à ce moment, être naturaliste ou professeur.

Mais la politique le guettait. Il s'y jeta par goût et par devoir. En 1881, — il avait vingt-trois ans, — il posa sa candidature à la législature de l'Etat de New-York. Il résumait son programme en demandant que les rues fussent propres, — et la politique aussi.

— Je désirai-, ((.nliail-il plus tard à son ami M. Riis *, être de la classe gouvernante et non de la classe gouvernée. Lorsque je déclarai à mes relations que je voulais aller à l'Association républicaine, on me fit obser^-er que j'y rencontrerais des palefreniers et des cabaretiers, que la politique était chose vile et qu'aucun gentleman

i. Cf. Jacob A. Riis, Th, lioosevelt, the citizen.

JJO NOTES srp. jj:s kiats-ims

ne s'en occupait. « Alors, répondis-je, ce sont les palefreniers et les cabaretiers qui constituent la classe dirigeante. Et vous avouez votre faiblesse. Pourtant, vous avez toutes les possibilités de réussite, l'instruction et la situation. Et vous vous laissez gouverner par eux? C'est donc qu'ils valent mieux que vous. » Et je suis allé à l'Association.

C'est le 6 avril 1882 que le jeune député prit pour la première fois la parole à l'assemblée <rAlbany. La question qu'il traitait était une question d'honnêteté. Il s'agissait d'un scandale où étaient impliqués des magistrats très haut placés. La majorité était disposée à étouffer l'affaire : elle avait compté sans Roosevelt. Il dénonça les « voleurs )> en appelant les choses parleur nom. Sa première motion fut rejetée, mais il fit front. Pendant plusieurs jours, soit par des discours, soit par des interviews, il réclama la lumière. L'opinion finit par s'émouvoir. Au bout d'une semaine, l'assemblée, sentant tous les yeux fixés sur elle, vota par 104 voix contre 5 l'enquête que réclamait le « gêneur ». C'était déjà l'ennemi des « malfaiteurs riches », l'homme qui devait écrire dix-huit ans plus tard : « L'honnêteté absolue est une fondamentale de la vie politique. Nous pouvons nous permettre de différer sur tout, mais non sur la question d'honiitU'tô... L'honnêteté

LA rOLIÏlniK Jll

n'est pas tant une (jiialité qui distingue un homme en particulier (ju'une (jualité indispensable à quiconque préteiul rendre des services publics... Nous avons besoin dinit' honnêteté absolue daiis la vie |>ublique vi nous ne l'aurons pas tant (jue nous ne nous suun iendrons pas qu'il faut que le franc-parler marche d'accord avec elle et qu'il est tout aussi important de ne pas dire une contrevérité sur le compte d'un galant homme que de dire la vérité sur le compte d'un malhonnête homme K »

A vingt-quatre ans, son parti le choisit comme candidat à la présidence de l'assemblée. Mais comme il était républicain et que la majorité était démocrate, il échoua. Aprèsavoirmenéactivement la vie politique, — il fut président de diverses commissions, de celle notamment qui enquêta sur les abus commis dans l'administration de la ville de New- York, puis délégué de son Etat à la convention nationale de 1884, — il voulut goûter de la large existence de l'Ouest et il alla s'installer dans un ranch dans le Dakota septentrional. « La première fois, écrit-il, que j'ai travaillé côte à côte et que je suis entré en intime camaraderie avec des hommes puissants par le travail manuel, c'a été dans le pays de bétail du Nord-Ouest. J'ar-

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