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t'iilit-'r .sliahiluc à celle idée, (ju'il gî»gne le sens et rintellitr^Mice de ces intérêts mondiaux. Et, tenez, pour la Hotte...
Le président se lève alors et va vers un globe terrestre, près de la fenêtre ensoleillée, qui donne sur le jardin. Du doigt, il fait tourner le globe jusqu'à ce (jue rAniéri({ue soit en face de nous. Il suit, par delà le cap Ilorn, le parcours de l'escadre Evans ; il me dit : -
— Elle était Ih la semaine passée. Maintenant elle est ici.
Il ajnui,' :
— J'ai fait partir la flotte. En avril, elle sera à San-Francisco. Après, elle ira aux Hawaï, puis sans doute en Australie et aussi, par Suez, en Europe. Pourquoi ai-je fait cela ? Pour deux raisons. La première, c'est queje veux faire comprendre aux Américains, comme par une illustration, que leur flotte, que leur marine est une chose grande et importante ; qu'ils doivent l'aimer et s*y intéresser. Sans doute, on explique cela dans les livres, dans les discours, mais ce n'est pas la même chose. L'image, la leçon de choses sont plus frappantes, plus saisissantes ; c'e.-t rt ite image navale queje veux faire entrer dans les cerveaux américains : voilà ma première raison.
Le président s'arrête un instant. Puis il dit :
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— La seconde raison, c'est que je veux montrer aux autres puissances la force des Etats- Unis.
Je réponds au président que cette double démonstration paraît déjà avoir produit de l'effet et que, notamment, on a été frappé de ce fait qu'au lieu d'envoyer seulement deux ou trois bateaux, il a fait partir la flotte tout entière. M. Roosevelt ne me laisse pas finir, et par une mimique qui lui est habituelle, il tape son poing droit fermé dans sa main gauche ouverte en disant :
— Envoyer une partie de la flotte ? Ah ! par exemple, jamais, jamais je n'aurais fait cela ! Toute dans l'Atlantique ou toute dans le Pacifique, mais coupée en deux, jamais ! C'est là une méthode que l'expérience a trop souvent condamnée. Sans doute, dans Tavenir, nous aurons deux flottes ; mais jusque-là, pas de « petits paquets », comme on dit en France.
Il reprend :
— En américain, nous disons : Speak softly and carry a big stick. (Parler doucement et porter un gros gourdin.) C'est la bonne méthode en cas de troubles intérieurs. C'est la bonne aussi en politique étrangère. Prévenir au lieu de réprimer.
Le président change alors de sujet et me dit :
— Il me reste h vous faire tous mes meilleurs souhaits d'avenir pour la France. C'est un profond sentiment d'amitié que nous avons pour elle, et un sentiment durable, que partagent les nouveaux citoyens des Etats-Unis comme les anciens. Car il ne faut pas croire que l'immigration change les sentiments du pays. En une ou deux générations, les immigrants sent assimilés, et ils pensent comme nous. Nous les assimilons complètement. Nous avons un très bon estomac.
Si M, Roosevelt avait voulu être, pour quatre ans encore, président de la République, il est certain que cela n'eût tenu qu'à lui. Respectueux, jusqu'au scrupule, de l'usage, aussi fort qu'une loi, qui borne à deux mandats l'exercice de la fonction présidentielle, il a nettement déclaré qu'il ne serait pas candidat, bien que, n'ayant été élu qu'une seule fois, il eût été en droit de soutenir que la règle traditionnelle ne s'appliquait pas à lui.
Celte question du « troisième terme » a pas-
ionné l'opinion américaine. Au début de la
campagne présidentielle, on inclinait à penser
que, en dépit du refus formel de M. Roosevelt,
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la convention de Chicago le proclamerait d fn- Ihousiasme. Combien de fois, au Capitole, al-jt^ entendu des sénateurs et des députés de l'Ouest me dire en secouant la tête :
— Eh oui ! Taft serait un excellent président, mais il ne parle pas à l'imagination populaire, tandis que Roosevelt!... Enfin nous verrons bien. Mais si un seul délégué se lève et prononce son nom, alors, je vous garantis que les autres candidatures s'effondreront comme châteaux de cartes.
Dans l'entourage du président, ces propos causaient plus de trouble que de plaisir. On considère en général, je parle des amis vrais do M. Roosevelt, qu'il aura proiit à s'effacer pendant quatre ans. Il est assez jeune pour pouvoir ensuite rentrer à la Maison-Blanche. Et après cet cntr'acte, les services rendus l'emportant sur les griefs passagers, son autorité sera plus grande encore qu'aujourd'hui. Celte popularité, et c'est de quoi peut-être on ne se rend pas compte cw Europe, est formidable. Un démocrate de Boston me disait :
— La situation de monsieur Roosevelt est unr situation plébiscitaire.
Il est aisé de s'en assurer, quand on se trouve en présence des gens modestes, petits commerçants, ouvriers qui font l'opinion américaine, il
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n'est pas d'humble boutique de fruitier ou d'épicier où le portrait du président ne soit épingle sur le mur au-dessus du comptoir. Teddy est l'Américain représentatif, en qui the man in the Street se plaît à mirer -»•- aspirations imprécises. On aime tout en lui, même ses travers. Ses goûts sportifs, ses chasses, ses excursions au Parc, ses escalades, ses traversées du Potomac ;l la nage en compagnie d'un ambassadeur, tout cela amuse un public respectueux de la force musculaire. De plus, M. Roosevelt est un brave homme et un honnête homme. Sa vie est un modèle d'honneur. Et par là encore il répond à l'instinct moral des foules, réalité « impondérable » avec laquelle il faut compter. On sent en lui un chef d'Etat probe, volontaire et courageux. Ces vertus sont plus agréables au peuple que les habiletés des politiciens de carrière. M. Roosevelt amuse les États-Unis et en même temps les Etats-Unis le respectent. Ce sont là les plus sûres conditions d'une popularité durable.
Dans les classes riches, il a de nombreux adversaires. Les uns ont contre lui les griefs du voleur contre le gendarme. C'est à ceux-là (ju'il pensait lorsqu'il disait :
— </(-( bien curieux! Toutes les fois que je dis : « ïu ne voleras point >, je déchaîne une panique à Wall street.
Les autres, parfailement honorables, lui en veulent de son succès populaire, de son intervention constante et personnelle dans les affaires du pays, de son ton tranchant et autoritaire. Ce sont les esprits d'opposition qui, avec un président eiïacé, vanteraient les mérites d'un pouvoir fort. D'autres enfin estiment qu'à certains égards sa politique est imprudente, qu'il ne ménage pas assez les intérêts, que sa diplomatie s'écarte des principes traditionnels, qu'il est « nouveau jeu » avec excès. Par contre, le président compte dans les milieux intellectuels de chauds partisans.
— Il a rendu à son pays, me disait Téminent philosophe William James, le plus grand service qu'un homme d'Etat puisse lui rendre, un service moral. Il a rappelé qu'il n'y a pas de politique possible sans honnêteté. Qu'importent à côté de cela des erreurs de détail?
Si convaincu qu'il soit d'avoir raison, M. Roosevelt admettrait du reste qu'il a pu se tromper quelquefois. Je crois cependant (|ue, plus on étudie les problèmes actuels qui se posent au.x Etats-Unis, jjIus on est conduit à penser que, sur le fond, il a n u juste. Il se peut (ju'il ait vu juste un peu trop tôt, à une époque où il n»' pouvait être ni compris, ni suivi. Soit dans l'ordre international, soit dans l'ordre écono-
inique, Thistoire lui doiint'ia laison, à défaut de la politique. Les Etats-Unis sont en pleine translormation : il a été le président de cette période incertaine et trouble. Et comme il n'est point dans son caractère de se contenter de demimesures, un contraste s'est établi entre la dérision de son attitude et l'indécision de la situa-
linii.
Il est en tout cas, avec ses défauts, qui sont véniels, et ses qualités, qui sont éminentes, un chef d'Etat de premier ordre. Il a la conscience morale, sans laquelle l'action devient stérile. Il a l'énergie combative, sans laquelle la pensée vacille. Il sait ce qu'il veut et il fait ce qu'il dit. Il est profondément sain et ne craint pas l'ironie. Il a le respect et le courage de ses opinions. Il r<\, comme tout Américain, attaché de cœur à l'égalité. Mais son esprit conçoit que l'autorité est nécessaire. En dépit des attaques qu'il a provoquées, il possède la confiance de la nation. C'est, pour une démocratie, un meneur d'une trempe excellente.