LES AFFAIRES ET LE GOUVERNEMENT
La crise économique de 1907. — Wall street. — La ville de la spéculation. — Les attaques contre M. Roosevelt.
— Les causes et le développement de la crise. —
— M. Roosevelt et la crise. — Opinion de M. Vanderlip, vice-président de la National City Bank. — Un autre son de cloche. — La ploutocratie bienfaisante. — Désaccord entre la nature des affaires et les lois qui les régissent. — Les trusts et la législation des États. — Les mesures de protection. — Conversation avec M. Oscar Straus, ministre du Commerce et du Travail. — Le Bureau des corporations. — Nécessité d'une législation fédérale. — Les obstacles.
La crise économique et financière, qui a secoué le marché américain pendant les derniers mois de
1907, se manifestait encore, au début de janvier
1908, aux regards du voyageur dès son arrivée à New-York. Celle crise, sur les causes de laquelle
IGO NT) TE s srn li:s ktats-i'ms
on n'est d'accord ni en Amérique, ni en Europe, a mis en jeu toutes les forces matérielles et morales, commerciales et politiques de l'Union. Elle a tenu, dans la lutte des partis, à la veille de la campagne présidentielle, une place importante. Elle a opposé les uns aux autres les intérêts et les principes, les idées et les hommes. Elle a provoqué des émotions violentes et d'utiles réflexions. Elle procède de raisons durables, qui, dans l'avenir, produiront, si Ton n'y prend garde, les mêmes efl'ets que dans le passé.
Qui n'a pas vu Wall street, à l'heure où la Bourse bat son plein, ne saurait se représenter ce que furent les journées tragiques de l'automme passé. Il est impossible de concevoir, pour Vauri sacra fames^ cadre plus sombre, plus hostile, plus écrasant. Les rues étroites sont comme précipitées dans l'ombre parla hauteur des maisons". La foule, — une foule qui court, — se meut au sein d'une demi-nuit froide et éventée. Les premiers pas qu'on fait sur ce terrain sont hésitants et chancelants. Il faut se garer des choses et des gens, du courant d'air brutal qui fait voler les chapeaux, de la cohue efi'rénée qui vous bouscule et vous enlace. A tout instant, les portes tournantes poussent sur le trottoir les commis hâtifs qui vont d'une banque à l'autre. Dans le vestibule des buildings^ dix, quinze, vinirt ascen-
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-ciirs, énormes trains qui montent, les uns t omnibus », les autres « express », emportent vers le ciel ou jettent sur le sol des centaines de visiteurs. On se heurte, on se cogne. On ne s'arlète pas. Time is money, surtout ici. Les bureaux bourdonnent d'une rumeur sourde de propos, tjui se totalisent et se confondent. Les affaires <'v traitent avec rapidité, plus vite que chez nous. T(uit est organisé sur (ie vastes proportions. Les -m-^, ^ banques ont leurs fils télégraphiques spéciaux. Leur personnel esl une armée. Leurs -ièges sociaux sont des palais. Ce sont les monuments historiques de cette capitale de l'argent. Voici la banque J.-P.3ïorgan, la banque4{^uhn, Loeb and C°, V Equitable y le Trtist Company of America. Le Stock exchange est le cœur de ce corps financier. C'est dans son hall que tout aboutit. Aucune bourse européenne n'est encadréecommelui. Tout est tendu vers legain.Tout le monde spécule. Tout le monde joue, le wattman du subivay comme les rois des trusts. Une panique dans cette ville de jeu est le plus titanique des spectacles. Elle s'y déchaîne comme une tempête, avec le même bruit. La fièvre, qui est chronique, se tourne alors en délire... Puis l'apaisement se fait. On oublie les noyés. On répare les voies d'eau. On recommence... Dès le début de mars, la reprise était visible. Il y avait
de la confiance dans l'air. La crise était conjurée, du moins la crise financière. C'était Uni des loisirs forcés de l'hiver. On pouvait, de nouveau, « penser en milliards ».
Rien n'est plus partial qu'un intérêt menacé. En janvier, quand on craignait encore, on avait besoin d'un responsable. Ce responsable, c'était M. Roosevelt. Je me souviens de l'effet produit par son message du 31. Jamais je n'ai vu pareil haro poussé sur un seul homme.
— C'est un malade !
— C'est un fou ! D'ailleurs son frère est mort fou!
—41 boit!
— Il est morphinomane !
— Ilfaitle malheur des siens. Sa femme mourra de douleur !
— C'est un bandit! c'est un fléau ! Il veut tuer le pays.
Ai-je besoin d'ajouter que, pour l'observateur impartial, cette fureur était plutôt favorable à celui qui en était l'objet? Il faudrait, au surplus, tout ignorer de la situation industrielle et financière des États-Unis pour admettre que la crise pût n'avoir que des causes personnelles. Depuis plusieurs mois, les économistes la prévoyaient. Dès le mois d'août 1906, malgré la prodigieuse prospérité qui régnait alors, il y avait des symp-
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tomes de dépression prochaine *. L'augmentation soudaine des dividendes, surtout pour les chemins de fer, les appels au crédit que la progression des recettes paraissait stimuler loin de les contenir, — ces appels atteignirent pour 1907 le chiffre de 16 milliards de francs, — les projets gigantesques de travaux hors de proportion avec les disponibilités, tout permettait de prévoir un arrêt. Les capitaux coûtaient de jour en jour plus cher. La baisse du cuivre, survenant alors, précipita les événements. La U?iited Cooper Company, qui avait mis la main sur un grand nombre de banques de dépôt, les entraîna dans sa chute. Ce fut d'abord la Knickerbocker Trust Company qui succomba. D'autres suivirent. Le public prit peur. Les dépôts dans les banques américaines se montent à 60 milliards de francs. Les déposants, affolés, firent d'énormes retraits. La Trust Company of America remboursa ainsi 200 millions. Il fallut réunir en hâte du numéraire. On en importa d'Europe et d'Amérique du Sud pour 650 millions de francs. Le Trésor fédéral vint en aide aux banquiers. Les Clearing houses multiplièrent leur activité. Les chèques au porteur circulèrent de mains en mains sans que l'Etat osât prélever sur eux l'impôt légal de 10 pour 100.
1. Cf. Raphaél-Georges Lévy, La Crise économique de 1907, Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1907.
Nombre de transactions furent arrêtées. Des travaux furent suspendus, des mines fermées, des ouvriers renvoyés. Les difficultés sociales s'annonçaient, derrière les difficultés financières.
De ces difficultés, les gens d'affaires américains sont responsables, pour la plus large part. Ce n'est pas impunément qu'on multi|)lie les entreprises avec un capital dix, vingt ou cent fois supériciii' à la valeur réelle. Ce n'est pas impunément qu'après avoir groupé sous une direction unique des fabriques, des voies ferrées, des moyens de transport, on donne h ces trusts une valeur arbitraire. Si l'on se reporte aux dépositions recueillies en iSdS \yàrVIn(lustrial Commission ^ on constate que les taux de capitalisation étaient, dès ce moment, excessifs. Joignez à cela le [)ouvoir à peu près absolu conféré par les lois d'États, celle notamment du New-Jersey, aux administrateurs aux dépens des actionnaires, la division du capital en actions de préférence et en actions ordinaires, les dividendes trop tôt distribués pour donner à cette seconde catégorie d'actions une valeur artificielle; tenez compte cnlin «lu trouble produil par ccrlaius « coups > de spéculation que puniraient rigoureusement les lois européennes, vous comprendrez combien devaient être plus sensibles pour le marché américain que pour tout autre marc ho les oscilla-
tit>n> iiK'N ilahlf's, (|iii aux périodes de dû\ i'l(»|)|)enienl intense font succéder des périodes de resserrement et de baisse. Notez de plus que, pour résijîtcr à ces secousses, les Éla.ts-Unis n Miit pas une bonne organisation de banque. Jl leur manque l'instrument régulateur que constituenl la Banijue de l'iMine ou la Banque d'Angleterre. Les émissions de billets à la fois par l'Etat et les « Banques Nationales », la garantie de ces derniers constituée uniquement par des fonds publics, devaieiil a-iiiaxci" la ciise, rendre en tout cas plus difficiles les mesures de préservation et de défense. Ce n'est point <( prévoir le passé » que de le constater.
Quelle est, dans ces conditions, la re>iHm-al»ilité de M. Roosevelt? A cette question, voici ce que me répondit un des personnages les plus considérables du monde financier américain, M. Vanderlip, vice-président de la National 'City Bank, qui équivaut à peu près à notre Crédit Lyonnais. M. Vanderlip, qui fut autrefois soussecrétaire d'Etat au Trésor, a été, pendant la crise, le bras droit de M. Pierpont Morgan. Il a donc connu non seulement les manifestations extérieures de cette crise, miis sou histoire secrète.
— La politique du président a été, m'a-l-il dit, une rause seconde et occasionnelle d(^ nos diflinillt',-. (a' n"c>l pas la cause priiici[)ale. 11 est
plus injuste encore d'incriminer la prétendue malhonnêteté du monde des affaires. Les commerçants américains sont, dans l'ensemble, parfaitement honnêtes. Il peut y avoir, comme partout, des fautes individuelles. Mais elles ne permettent pas de conclure du particulier au général. C'est une toute petite tache sur un beau fruit.
» La cause de la crise est plus universelle. D'une part, depuis 1897, l'activité industrielle et linancière des Etats-Unis a été prodigieuse et presque sans précédents. D'autre part, pendant cette même période, il y a eu une grande destruction de capital, guerre du Transvaal, guerre russo-japonaise, désastre de San-Francisco : ce contraste est la raison profonde de la crise.
y> Ce n'est pas à dire cependant que j'approuve l'altitude de M. Roosevelt au cours des derniers mois. Nous étions en présence d'une dépression qui demandait à être traitée avec méthode et compétence. Au lieu de cela, M. Roosevelt a fait des discours et des messages qui ont ajouté à la crise économique une crise de conliance.
» M. Roosevelt n'est pas un financier. C'est un prédicateur. Il ne connaît pas les questions de crédit, de spéculation. Et il a choisi, pour s'en occuper de façon retentissante, le moment ofi ces questions étaient les plus délicates. Il aurait dû s'entourer de spécialistes, |)rendre leur avis,
av(»ii' «les conférences avec eux. Mais une conférence avec M. Rooseveltesl presque toujours une conférence de M. Roosevelt : il parle trop et fait une consommation excessive d'épithètes.
n Notez que j'approuve absolument ses principes, ses idées morales. Je dis seulement que sa méthode, que sa manière a été mauvaise. Avant de faire une leçon de morale à un malade, le médecin a un premier devoir : c'est de le guérir. M. Roosevelt a négligé cette vérité de sens commun. C'est là mon sentiment personnel. Si je parlais au nom de la finance de Wall street, j'emploierais peut-être des termes plus sévères. Mais je ne prétends exprimer que mon avis.
» Il m'est, d'autre part, impossible d'être d'accord avec le président sur la tendance générale de sa politique économique, et surtout sur son projet d'instituer le contrôle rigoureux et absolu de l'Etat sur ces phénomènes naturels et bienfaisants qui s'appellent les trusts. Qu'on punisse les délits commis par certains trusts, par exemple en matière de chemins de fer, rien de mieux. Il y a des lois. On les a longtemps laissées inappliquées. M. Roosevelt a voulu qu'elles fussent appliquées. Il a bien lait. Je n'admets pas d'ailleurs qu'en ce qui louche les transports, celui qui fait circuler mille wagons ait jdus de droits que celui qui en fait circuler un. Ce sont des
do.
iii NOTES SUR Li:S KTATS-UNIS
services j)uljlics où l'égalité doit être de règle. Acel ('uartl, le pi-csident a raison. Il a tort au contraire lorsqu'il songe, comme le bruit en a couru, à élaborer une législation qui ferait du gouvernement fédéral le maître des trusts. Il faut respecter la liberté des groupements économiques, groupements qui résultent d'une loi naturelle et saine, de même que la chute des corps résulte des lois de la pesanteur.
» En ce qui concerne l'avenir, je crois qu'on peut l'envisager avec plus de confiance. La sécurité renaît. L'intérêt politique à la veille des élections conseille d'ailleurs de ne pas alarmer le monde des affaires. J'ajoute, si je considère plus spécialement la campagne présidentielle, que la personnalité de M. Taft offre des garanties. Sa carrière, sa famille, ses idées permettent de le tenir pour un homme de tact et de prudence. Il dit, je le sais, il vous l'a dit à vous-même, que ses idées sont les mêmes que celles de M. Roosevelt. Mais son tempérament n'est pas le même, et c'est là l'essentiel. Car ce qui est mauvais, dans la politique du président, c'est la forme personnelle plus que le fond.
D'autres financiers sont pour le président plus durs que M. Vanderlip. L'un d'entre eux, qui est au premier rang de la bataille engagée, m'a exposé ce que l'on pourrait appeler la théorie de
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la [tloiilocialie bienfaisante. A son avis, c'est tout le développement des Etats-Unis qui a été iomproniis j)ar M. Roosevelt dans un dessein de réclame politique.
— Pour comprendre, m'a-t-il dit, la situation actuelle, il faut remonter d'une douzaine d'années en arrière jusqu'en 1896. A cette époque, l'agriculture de rOuest, par suite de la disproportion existant entre son extension d'une part, la population et le capital d'autre part, traversait une h II iMt' crise. Des gens qui, autrefois, vivaient avec cinq hectares, étaient dans la misère avec des propriétés de dix ou quinze hectares qu'ils ne pouvaient pas cultiver faute d'argent et faute de main-d'œuvre. C'est alors que les propriétaires de mines d'argent, qui cherchaient à créer un marché pour leur produit en recommandant l'étalon d'argent qui eût donné au dollar i!i;i'iit une valeur factice, obtinrent l'appui des agriculteurs de l'Ouest à qui ils faisaient entrevoir un moyen radical de payer leurs dettes en attribuant à oO cents la valeur d'un dollar. M. Bryan trouva la « plateforme » bonne, et se mit à la tète du mouvement.
» Si cette campagne avait abouti, la ruine eût été inévitable, non seulement pour l'Ouest, mais pour les Etats-Unis dans leur ensemble. Sur la base d'argent qu'on voulait lui imposer, la for-
tune américaine aurail pris une valeur arlilicielle et changeante. Au bout de quelques années, une catastrophe, singuhèrement pkis grave et plus générale que le malaise dont souffrait l'Ouest, s'en serait suivie. C'est à ce moment que les capitalistes et les hommes d'affaires, non pas seulement dans leur propre intérêt, mais pour le bien de la nation entière, se jetèrent dans la politique. Le capital, dans un esprit de défense, engagea la bataille et il la gagna. Mac Kinley fut élu.
» Sa politique, essentiellement conservatrice, fut couronnée par un développement économique sans précédent, non seulement ici, mais dans le monde entier. Dès que la menace de l'étalon d'argent fut écartée, les capilaux étrangers affluèrent aux États-Unis. Même les vaincus de la bataille politique profitèrent de cette prospérité générale. Capitaux et travailleurs allèrent à l'Ouest. Les chemins de fer aj)portèrent ainsi aux agriculteurs ce qui leur manquait. Ce fut un magnifique épanouissement national.
» Depuis lors, on a abandonné la |)olitique de Mac Kinley. Aujourd'hui, il semble qu'on ne comprenne plus ce que sont les relations entre les affaires et le capital. Il est clair que le resserrement des affaires amène dans le monde industriel des conditions anti-économiques.
(Jiiand les ouvrier- ira vaillent pendant un temps limité, avec des restrictions de la durée et des conditions du travail, il y a perte de force créairice et productive. L'industrie se contracte. Moins d'argent à dépenser par les employeurs, tlonc moins d'affaires. Une famille se contente d'un sac de farine qui naguère en consommait deux. On rapièce les vieux vêtements, au lieu • Ten acheter des neufs. Multipliez cela par quatre- \ ingt-dix millions d'habitants et vous comprendrez ce que c'est qu'une nation qui économise.
» Ajoutez-y le défaut de confiance des gens qui ont des fonds à placer. Il en résulte un état de choses dont il est malaisé de prévoir la gra- \itt' future. Les revenus diminuent par suite du resserrement des affaires. Les capitalistes sont timides, l'argent cher, et on manque de ressources pour terminer les travaux commencés. La question de savoir si les salaires vont baisser ne dépend pas de l'attitude d'un individu, de tel MU tel chef d'entreprise. Gela dépend des disponibilités que nous aurons pour payer la maind'œuvre nécessaire à l'achèvement de nos travaux.
» Tout ira mieux lejouroùle public se rendra compte de cette situation. Mais, pour cela, il faut mettre de coté qui poursuit sa propre fin ^the self seeker). Ce dont nous avons besoin pour
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notre poliliqnc et pour nos alîaires, c'est d'un homme |)iùl ;i liavailler pour les autres, et non pas seulement pour ce qu'il considère son propre intérêt.
Après cette critique directe de la politique du président, mon interlocuteur ajouta :
— En ce qui concerne les chemins de fer, leur réglementation par l'Etat est bonne, h condition que la réglementation n'aille pas sans protection. Une réglementation raisonnable, une protection contre la concurrence inutile, enfin de la publicité, voilà les trois choses qui réconcilieront les chemins de fer avec le public. Si l'on emploie la vraie méthode, les possibilités d'avenir sont aussi vastes que jamais pour l'industrie des transports. Mais là encore, je le répète, il faut se débarrasser de ceux qui ne pensent qu'à eux seuls et mettre l'opinion nationale en mesure de juger par elle-même des relations qui existent entre les divers termes du problème.
Cette opinion, particulièrement intéressante en raison de la situation prépondérante qu'occupe dans le monde des affaires celui de qui elle émane, indique avec netteté le point de vue où il faut sejdacer i><.iir juger les actes économiques de M. Roosevell, mais elle lire de ses prémisses des conclusions discutables. Il est aisé de soutenir (|ue le président n'a engagé sa « croisade »
( outre les « malfaiteurs riches » que dans un lessein démagogique et par souci de ré» lame personnelle. Mais (•♦'tic affirmation n'est pas une ilt''ni«tii<tration. Et plus on étudie la situation des m iiitie- entreprise>, jtliis on considère leurs rapports avec les lois et la constitution des l^lalsl'iiis, |)lus on se convainc que le chef de l'État, en menant la campagne où il a porté ses qualités et ses défauts, n'a [)as obéi à un caprice arbitraire, mais à une nécessité dont la politique anit [[«aine sentira de plus en plus l'empire au cours des années qui viennent.
L'industrie a fait la grandeur des Etals-Unis, mais cette grandeur n'a pas été sans comporter certains risques. Les capitalistes, qui, comme le lappelait mon interlocuteur, se sont, en 1896, jetés dans la bataille politique et l'ont gagnée, ont pu avoir, à l'origine, un but national. Mais leur vic-
toir ■ ;i -ervi leurs int-jift- tt a fait d'eux, par la puissance de l'argent couplée à la puis>an( .' politique, un Etat dans l'État. Toute l'évolution de l'industrie américaine a tendu à la concentration • les entreprises et des capitaux dans la main de quelques-uns. Et cette minorité formidable n'a pas tardé à se mettre au-dessus des lois *. Quand elle dit r|u*elle est disposée à admettre une régle-