‹ Notes sur les États-UnisChapitre 37 sur 67 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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iniposerpar surprise. Leur prospérité économique, chaque jour plus brillante, les obligeait à se préoccuper de la recherche des débouchés. Naguère importateurs et débiteurs, les Etats-Unis devenairiil l'xportateurs et créanciers. Leurs querelles intérieures, question nègre, question de l'étalon d'argent, question des tarifs, s'étaient apaisées. Leur regard affranchi se portait vers l'horizon. La concurrence européenne et japonaise leur fermait bien des avenues. Leur population et leur production avaient besoin d'espace. L'affaire de Cuba et Texplosion du Maine les jetèrent dans la guerre. Cette guerre leur assura des succès faciles. Comment auraient-ils rejeté ce qui tombait sous leurs prises? La volonté de M. Mac Kinley n'eût pas suffi à faire d'eux des conquérants : la force des choses leur commanda de le devenir.

C'est dans ces conditions, qu'en avril 1899, le traité de Paris donna aux Etats-Unis les Philippines, l'île de Guam et Porto-Rico. Cuba, indépendante, venait dans leur orbite. Quelques mois plus tôt, pendant la guerre, les îles Hawaï avaient été annexées. C'en était fait de la politique, étroitement limitée dans son but et dans ses moyens, qui avait caractérisé le XIX' siècle. Le corji> américain tressaillait d'ivresse impérialiste. Sans rival dans l'industria-

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lisme pacifique, il connaissait désormais les joies belliqueuses. Suivant l'heureuse formule de M. Coolidge, on se persuadait que les temps étaient venus où le pays devait cesser de mener une vie solitaire, et qu'il était appelé à jouer un rôle dans les grandes affaires de l'humanité, diitil lui en coûter le sacrifice de quelque ancien idéal. Nul plus que l'homme qui présidait à ses destinées n'était conscient de l'ampleur de ce rôle. Il faut avoir entendu M. Roosevelt célébrer d'une voix frémissante d'enthousiasme l'ère nouvelle ouverte à la « Plus Grande Amérique )) pour comprendre l'unité de la pensée qui a inspiré, depuis huit années, la politique de l'Union. Sans doute il y a des résistances : « Nous sommes résolument opposés, me déclarait M. Bourke Gockran, député de New- York, à ce ({u'on appelle la politique mondiale. Nous voudrions que l'occasion pût s'offrir à nous de nous débarrasser des Philippines. » Et M. Lodge, lui aussi, l'ami et le confident du président, formulait des restrictions quand il me disait un jour ail Scnal ; « Lorsqu'on parle de la [xtlilique mondiale, il faut s'entendre. Notre politique est mondiale en tant que politique commerciale. Mais j'estime que nous ne devons pas intervenir dans les questions purement politiques en dehors de l'Amérique. Ce n'est ni notre tradition, ni notre

intérêt. La doctrine de Washington reste la mienne et celle du Sénat tout entier. » Malgré ces réserves, l'impulsion est donnée. Les Hawaï et Porto-Rico sont définitivement incorporés. Les Philippines, en dcpil dv< discussions théoriques (loiii . ll<"- sont l'occasion, ne seront jamais abandonnées. Cuba est soumise à un protectorat de fait dont tous les partis reconnaissent la nécessité. Les Etats-Unis sont une puissance coloniale.

Ils sont an<<i une puissance mondiale. Je ne prétends pas que leur opinion publique s'en rende compte avec clarté : « C'est le sens qui manque le plus à notre démocratie », me disait le président. Rien n'est plus juste. L'Américain a le sentiment que son pays est un monde et que ce monde peut se suffire à lui seul. Ce qui se passe au loin sur le champ rétréci de la vieille Europe ne l'intéresse guère. Et cependant comment la politique de l'Union pourrait-elle s'en détacher? Quand un peuple a partout des intérêts commerciaux, il est appelé à se mêler de tout. Une nation de quatre-vingt-dix millions d'àmes, qui vend à l'univers !• Mt\ le charbon, le fer et le coton, ne peut pas s isoler. Comme l'écrivait Boutmy, elle sent que puissance oblige. Sa force lui crée un droit. Le droit se mue en prétention. La I Ut' lent ion se résout en un devoir de se

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prononcer sur toutes les questions que dénouait naguère l'accord des seules puissances européennes. Ces puissances elles-mêmes, aux heures critiques, se tournent vers les Etats-Unis, anxieuses de connaître leur opinion. Ils se diminueraient aux yeux du monde, s'ils s'enfermaient dans une abstention négative.

En dépit du Sénat grognon, en dépit de l'opinion distraite, les Etats-Unis interviennent donc dans les affaires de l'univers. Sans doute ils trouvent des prétextes pour excuser leurs initiatives au regard de leur traditionalisme. Ecoutez encore M. Lodge : « Nous avons été en Chine en 1900, parce qu'il y avait à accomplir une œuvre de défense humaine contre l'anarchie et contre le meurtre. Nous avons participé à la conférence d'Algésiras, parce que nous avions signé la convention de Madrid de 1880, parce qu'il y avait des questions économiques à résoudre, parce qu'enfin nous pouvions aider aux solutions transactionnelles et conciliantes. Nous avons v\v aux deux conférences de la Haye dans Tintérèt du droit, mais jamais ni an Maroc, ni en Chine, ni en Macédoine, ni ailleurs, nous n'avons fait, ni nous ne devons lairc de jM)Iiii(jue pure. » L'éminent sénateur en est-il aussi convaincu qu'il le semble? Pour ne citer que deux oxomi)k^s, n'estce pas en grande pnissancc nK-dialrico (jife les

Etats-Unis se sont comportés au cours de la crise marocaine et à l'issue de la guerre russo-japonaise? Et n'est-ce pas un historien américain qui écrivait tout récemment: « Si les massacres d'Arménie venaient à se reproduire, les Etats-Unis, en dépit des préceptes de Monroe, ne resteraient vraisemblablement pas aussi passifs qu'en 1895. Même une intervention américaine pour protéger les indigènes de l'Etat libre du Congo n'est pas inconcevable. >

Ce sont là, à n'en point douter, des atteintes aux règles intangibles de 1823 et le caractère « juridique » du système s'en trouve sensiblement amoindri. Mais qu'importe? C'est en Amérique et en Amérique seulement qu'on a prétendu attribuer une valeur juridique à la formule empirique de James Monroe. En réalité, cette formule n'est pas un principe de droit, mais un programme politique. Elle résume des intérêts vitaux que les États-Unis sont devenus capables de faire respecter; rien de plus, mais cela suffit. M. Roosevelt était le premier h en convenir lorsqu'il disait : c Un avocal de talent du barreau de New- York remarquait un jour qu'il n'avait jamais rencontré un homme de loi d'accord avec le secrétaire d'Etat Olney sur l'interprétation légale de la doctrine de Monroe. Cette remarque avait pour principal intérêt de démontrer combien l'avo-

cal en queslion avait l'opril borné. L'avocat aurait aussi bien pu dire qu'il n'avait jamais rencontré de dentiste d'accord avec M. Olney. La doctrine de Monroe n'est pas une question de loi, c'est une question de politique. C'est une question qui doit être étudiée non seulement par les hommes d'Etat, mais par tous les bons citoyens. C'est perdre son temps que de dire que la doctrine de Monroe n'est pas reconnue comme principe de droit international ; personne ne tient à savoir si elle est, oui ou non, reconnue'. » Car, à défaut de cette reconnaissance spontanée, les Etats-Unis ont une flotte, qui leur assure un consentement forcé. Bismarck pouvait dire, il y a vingt-cinq ans, que la doctrine de Monroe était une « impertinence internationale ». L'impertinence, aujourd'hui, consisterait à en méconnaître la portée.

N'oublions pas d'ailleurs que, depuis dix ans, les Etats-Unis se sont dotés d'une force mil il a lie, qui pèsera sur leur histoire : car si la fonction crée l'organe, l'organe développe la fonction. Les Etats-Unis ne sont pas un i)euple mihtaire. Il n'y a pas chez eux d'armée permanente au sens européen du mot. Mais ils ont des v«Mtns militaires, qu'ils ont vaillamment prouvées toutes les

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