‹ Notes sur les États-UnisChapitre 47 sur 67 · I.A IUPLOMATIi · texte numérisé non relu

I.A IUPLOMATIi

(1 iininigration à l'étude devant le congrès d'une clause restrictive contre la main-d'œuvre des coolies japonais aux États-Unis. Dès le lendemain, M. Schmit'z, maire de San-Francisco, avn une crâne franchise, déclare, dans une interview, que, s'il en est ainsi, peu importe l'affaire des écoles : ce qu'on veut, c'est la fermeture de la Californie au travail japonais. M. Roosevelt voit, dès lors, nettement le but : pour l'atteindre, il faut triompher de deux obstacles possibles, l'obstacle californien, l'obstacle japonais.

L'obstacle californien d'abord : il ne paraît pas très sérieux. Le speaker et les présidents des comités d'immigration adoptent l'amendement dont le texte est alors rendu public : aux termes de cet amendement, les personnes ayant un passeport délivré par leur gouvernement pour aller dans les îles soumises aux Etats-Unis, la zone du canal de Panama ou d'autres pays tels que le Mexique, si elles désirent venir aux Etats- Unis, pourront s'en voir refuser l'entrée, quand leur venue sera jugée nuisible aux travailleurs blancs par le président des Etats-Unis. Le 15 février, les représentants du gouvernement fédéral et la délégation californienne se réunissent à la Maison-Blanche et acceptent les bases de l'accord. En échange de l'amendement annoncé,

le Board of Education de San-Francisco abandonnera les mesures scolaires auxquelles, la veille encore, il tenait si âprement. Il est entendu que, si la loi sur l'immigration n'est pas votée au cours de la session, une session extraordinaire sera convoquée. Gomme les sénateurs des Etats du Sud protestent contre le bill au nom des régions qu'ils représentent et qui ont besoin de l'immigration, M. Roosevelt, qui tient sa solution et qui y tient, déclare qu'il fera tout pour obtenir le vote de la loi, parce qu'au sort de la loi est lié le sort de l'amendement et que l'amendement est la seule façon de sortir d'un inextricable conflit.

Le 16 février, le Sénat adopte à mains levées la loi et l'amendement. Le 18, la Chambre des représentants suit cet exemple. A la suite de ce double vote, M. Schmitz télégraphie deWashington à ses administrés la note suivante : « Tous les enfants de race étrangère âgés de moins de seize ans et parlant anglais peuvent être admis dans les écoles des blancs de San-Francisco. Des écoles spéciales seront créées pour les enfants d'origine étrangère qui ne connaîtront pas suffisamment l'anglais. » Il refuse d'ailleurs d'admettre que le traité Gresham-Kurino ait aucunement été violé par les décisions antérieures du Board of Education. Il tient bon sur le principe et transige

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avec un geste d'iin hautain opportunisme. N'at-il pas au suijilus toutes raisons de triompher? Il a cède -11 r le pit'texte, mais il l'emporte sur le fond.

Après l'obstacle californien restait l'obstacle japonais. Et celui-ci risquait d'être plus malaisé que celui-là. La cote mal taillée adoptée par M. Roosevelt était loin d'être pour le gouvernement du mikado aussi satisfaisante que pour les Californiens. Dès le 15 février, des journaux américains avaient annoncé que le cabinet de Tokio acceptait la transaction. Mais deux jours après, on avait donné une note contraire. Sans doute l'amendement Roosevelt n'était pas directement opposé aux désirs du gouvernement japonais, puisque, depuis plusieurs années déjà, celui-ci refusait à ses coolies des passeports pour le territoire continental des Etats-Unis et ne leur en accordait que pour lesHawaï, les Philippines, la zone américaine du canal de Panama, d'où ils pouvaient ensuite, il est vrai, entrer librement aux Etats-Unis. Le pouvoir conféré au Président de refuser l'accès du territoire continental de l'Union aux personnes qui emploieraient, pour y entrer, des passeports non destinés à ce territoire n'avait par conséquent d'autre effet que de faire respecter à la lettre, étroitement et rigoureusement, le texte même des passeports délivrés

par le Japon. C'était, en somme, théoriquement du moins, une mesure intérieure de police américaine, l'exercice strict par les Etats-Unis d'un droit que le Japon leur reconnaissait implicitement, lorsqu'il libellait les passeports des coolies « pour les Hawaï » ou « pour les Philippines ». Enfin cette solution aurait pour conséquence de pousser vers la Corée de nouveaux émigrants. Et cela encore était conforme aux vœux du cabinet de Tokio.

Il n'en restait pas moins que, pratiquement, au regard de Topinion, l'entrée des Japonais aux États-Unis allait se trouver désormais plus difficile qu'auparavant. Certes, comme le télégraphiait le correspondant du Times à Tokio, le gouvernement japonais n'avait pas eu à souscrire à une restriction de l'immigration japonaise aux Etats-Unis. Mais cette restriction, bien que se produisant en dehors de lui par le jeu rectifié d'une règle antérieure, n'en était pas moins certaine. Et l'impression, à ce titre, était pénible. L'ambassade du Japon à Washington, si prodigue jusqu'alors de communiqués rassurants, gardait un complet silence. Enfin les Japonais des Hawaï prolestaient avec violence contre une réglementation qui, disaient-ils, faisait d'eux à perpétuité les esclaves des capitalistes hawaïens. Depuis plusieurs années, les coolies japonais ne faisaient

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que traverser les îles. San-Francisco était le but réel (le leur voyage. On les privait donc de leur débouché le plus fructueux en les condamnant à rester à tout jamais employés dans les plantations. Néanmoins, le 22 février, on annonçait à Washington que le département d'Etat avait reçu, — on ne disait pas sous quelle forme, — l'adhésion du Japon au bill sur l'immigration. Le 9 mars, un télégramme de Tokio rendait compte d'un discours conciliant du vicomte Hayashi, ministre des Affaires étrangères. Le 13 du même mois, le Board of Education de San-Francisco retirait les arrêtés prohibitifs. Les poursuites dirigées contre lui étaient interrompues. Le 15, les petits Japs reprenaient leur place dans les écoles. Et le 19, M. Roosevelt faisait entrer en vigueur l'article fermant l'accès des États-Unis aux coolies non munis de passeports pour le territoire continental de l'Union.

C'était la fin de cette grande querelle, querelle qui, à dire vrai, avait été moins entre les deux puissances intéressées qu'entre le gouvernement fédéral et l'État de Californie; querelle qui, cependant, avait mis au jour, sous une lumière crue, les raisons profondes et durables du conflit nippo-américain; querelle enfin dont l'issue était pour les Californiens, en dépit de la haute impartialité du président Roosevelt, un encourage-

ment à persister clans leur politique d'exclusion. M. Roosevelt avait dû le proclamer : il était, de par la Constitution, désarmé en face des Etats de l'Ouest. Ceux-ci, à coup sûr, ne l'oublieraient pas.

Le printemps de 1907 marqua cependant un effort réciproque vers une politique de bon et sincère accord. Au début de mai, le baron Ozawa, membre de la Chambre des pairs japonais, alla aux Etats-Unis pour se rendre compte des causes des difficultés des mois précédents. Sa mission avait un caractère officiel : il en profita pour multiplier les déclarations rassurantes, pour exprimer même l'opinion que la conclusion d'une alliance entre le Japon et les États-Unis serait infiniment désirable. M. Roosevelt et M. Root firent le meilleur accueil à l'envoyé japonais. L'ambassadeur du Japon à Washington se préparait au même moment à se rendre en Californie, où il voulait visiter les sociétés japonaises. Le calme paraissait rétabli.

Cependant, quelques jours après les déclarations optimistes du baron Ozawa, le 21 mai, trois maisons japonaises de San-Francisco, un établissement de bains et deux restaurants, furent atta-

qiiés par la populace. D'après un document officiel, les émeuliers étaient au nombre d'une cinquantaine environ. A la suite de ce premier assaut, (les incidents analogues éclatèrent. Et d'autres restaurants japonais se virent également menacés soit directement, soit dans la personne de leurs clients. Les faits furent aussitôt portés à la connaissance du gouvernement japonais par son consul à San-Francisco, et l'ambassadeur du Japon reçut l'ordre de faire à Washington les démarches que les circonstances imposaient. « Sans perdre un instant » , le gouvernement de l'Union prescrivit à l'attorney de San-Francisco d'ouvrir une enquête. Il prescrivit en même temps au gouverneur de la Californie de prendre toutes les mesures nécessaires. L'enquête étal)lil que les grèves nombreuses par lesquelles San- Francisco avait été troublé tout le mois de mai avaient absorbé la police urbaine en l'empêchant de protéger, comme elle aurait dû le faire, les commerçants japonais.

Cf r •< il apaisant, communiqué au début de juin à la {>resse par l'ambassade du Japon à Londres, reproduisait fidèlement le schéma des événements ; il n'en donnait pas la physionomie vivante. Sans doute, les bagarres de San-Francisco n'avaient pas en elles-mêmes une extrême gravité ; mais l'impression produite était consi-

dérable. La presse officieuse de Tokio et le gouvernement lui-même continuaient à exprimer leur confiance dans le président Roosevelt ; mais l'opposition parlait d'un ton plus vif et reprochait au ministère de manquer d'énergie. Une dépêche, peut-être exagérée dans ses termes, annonçait, le 10 juin, que le vicomte Tani, chef de l'opposition à la Chambre des pairs, avait dit : « La persécution des Japonais à San-Francisco est intolérable. Si la diplomatie ne réussit pas à obtenir une solution satisfaisante, le seul recours possible sera un appel aux armes. Nous y sommes fermement décidés. Il est certain que l'Amérique cédera : car elle est une nation .de sentiments essentiellement commerciaux. » Le même jour, la commission executive du parti progressiste adoptait la résolution suivante : « Les actes antijaponais ne sont pas passagers. Le gouvernement de Washington doit être tenu pour responsable de ne pas empêcher de pareils attentats. L'attitude du gouvernement japonais à l'égard du gouvernement américain n'a pas été jusqu'ici ce qu'elle aurait dû être. Il est nécessaire de prendre des mesures convenables pour maintenir la dignité nationale et assurer de façon permanente la sauvegarde des droits et des biens de nos nationaux en Amérique. » Les journaux de l'opposition exprimaient un sentiment pareil

et disaient qu'il fiillait exiger des excuses du maire de San-Francisco. Les intellectuels, les professeurs qui, à la veille de la guerre contre la Russie, avaient mené une ardente campagne belliqueuse, étaient de nouveau fort excités. On "annonçait des conférences, des meetings de protestation.

Pour comble de disgrâce, d'autres complications surgirent presque aussitôt. A la fin de juin, on découvrit, dans six grandes caisses faisant partie de la cargaison d'un vapeur qui venait de Yokohama, six jeunes Japonaises qu'on essayait d'introduire en fraude : ce n'était qu'un fait divers, mais la presse californienne en mena grand tapage. Aux îles Pribiloff, un cutter américain captura vingt-neuf Japonais contrebandiers, dans des conditions dont la légalité fut discutée. Puis ce fut le refus d'autorisation opposé par la municipalité de San-Francisco à cinq bureaux de placement japonais qui demandaient simplement le renouvellement de leur licence. Ce refus fit à lui seul une impression plus forte que tous les incidents précédents. Le comité de police de San-Francisco prétendait que, si le droit de tenir les bureaux de placement existe réellement, il est soumis aux lois et règlements de l'État comme tout ce qui concerne la police et l'hygiène. Les Japonais répliquaient en de-

mandant pourquoi, seuls de tous les étrangers, ils étaient exclus du bénéfice de ce droit. « Il s'agit, disaient-ils, d'empêcher les domestiques japonais de se placer en supprimant les bureaux de placement de leur nationalité. C'est donc une fois de plus une mesure d'exception dirigée contre le Japon et contre ses nationaux au mépris du traité de 1894. » C'était une sorte de récidive aggravée de l'affaire des écoles. Et l'émotion était plus vive encore.

Peu de jours après, les chambres de commerce japonaises adressaient aux principales chambres de commerce américaines une circulaire dans laquelle elles les priaient de s'employer de tout leur pouvoir à faire disparaître les motifs de discorde qui pesaient sur les bons rapports des deux pays : et en Amérique on n'hésitait pas à voir, un peu témérairement peut-être, dan> « dh» démarche une menace déguisée de boycottage. Par action et par réaction, les griefs s'accumulaient. Les représailles commerciales prêchées par certains journaux japonais étaient interprétées à San-Francisco comme une provocation. On répandait en même temps la nouvelle (|ue quatre mille Japonais, fixés au Mexique, guettaient une occasion de pénétrer aux Étiits-Unis : et l'on dénonçait une fois de plus la fourberie des « singes jaunes ». Sans doute le département

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d'Étal cl raïubaîïsaile du Japon à Washington continuaient à déclarer que l'accord était complet entre les deux gouvernements. On annonçait une prochaine visite au Japon de M. Taft, ministre de la Guerre. On fêtait aux Etats-Unis le général Kuroki. ATokio, on remettait au point les exagérations de la presse d'opposition. Des deux parts enfin, on s'en prenait aux journaux, non sans raison d'ailleurs, de l'excitation croissante. Celte excitation n'en existait pas moins, et son existence seule constituait un danger.

Ce danger parut soudain agj^n'avé par une nouvelle inattendue, d'abord démentie, puis rectifiée et finalement confirmée, l'envoi dans le Pacifique de la flotte américaine de l'Atlantique composée de seize cuirassés et de nombreux croiseurs cuirassés. C'est le 1*"* juillet que cette information, bien faite pour impressionner le public, fit dans la presse son apparition. On assurait que l'escadre de croiseurs cuirassés, à ce moment en croisière dans les eaux asiatiques, et <'omposée du West Virginiay du Maryland^ du Colorado et du Pensylvania, serait rappelée à bref délai à San-Francisco où elle serait rejointe }>arle Tennessee ÇiilQ Washington qui se trouvaient alors à Bordeaux. Puis les seize cuirassés de l'Atlantique, Connecttcut, Louisiana, Maine, Missouri, Virginia, Georgia, New-Jersey, Ala-

bama^ Rhode-Island, Illinois^ Kentucky^ Kearsarge, Ohio, hidiana, Minnesota, Vermont, partiraient, — à une date non encore déterminée, — de New-York ou de Ilampton-Road. Ils contourneraient l'Amérique du Sud en s'arrêtant dans les principaux ports, et ils iraient se concentrer sur la côte californienne avec les deux autres groupes. Le contre-amiral Evans aurait le commandement de cette énorme force navale. Si Ton considérait en elle-même cette « redistribution » des escadres de l'Union, on n'y pouvait opposer aucune objection. Les Etats-Unis ont une flotte. Deux océans baignent leurs côtes. Gomment leur contester le droit d'employer cette flotte dans celui des deux océans qu'il leur convient de choisir? La « redistribution » de la flotte anglaise, en 1904 et 1905, était, elle aussi, (le nature à provoquer des inquiétudes dans certaines capitales. Mais des inquiétudes ne sont pas des arguments. Et le Japon ne pouvait pas plus invoquer de raisons valables contre la décision de raniirauté américaine, que l'Allemagne n'avait pu en élever trois ans plus tôt contre celles de l'amirauté britannique.

Dans les circonstances où il se prodiiisaii. 1»^ déplacement de la flotte devait apparaître comme une mesure de précaution mililairo. Mais comment nier que cette précaution fût légitime ?

Les guerres que roiulc.^iie ne sont pas les seules auxquelles on doive se préparer. El comme nul ne peut connaître la secrète pensée (riin adversaire éventuel, il est d'une élémentaire prudence de se préparer, en tout état de cause, en vue de l'hypothèse la moins favorable. Comme l'observait le Morning Post^ la décision du gouvernement des Etats-Unis était parfaitement naturelle. Et s'il y avait en cette affaire matière à s'étonner, c'était que cette décision eût été aussi tardive. Etant donné, d'une part, l'importance qu'à la suite d'un des auteurs les plus lus des Etals-Unis, le capitaine Mahan, l'opinion américaine attache à la maîtrise du Pacifique ; étant donné, d'autre part, le soudain et prodigieux essor de la puissance navale du Japon, il était aisé de prévoir qu'un jour viendrait, à Washington, où, de l'Atlantique, on déciderait d'amener tout ou partie de la Hotte dans le Pacifique. Tant que le canal de Panama ne sera pas ouvert, ce déplacement d'une force considérable seni diflicile : il demandait donc à être étudié.

Il est probable au surplus que, malgré l'énervement qu'entretenaient les journaux, l'envoi de la flotte dans le Pacifique aurait paru moins suspect au Japon, si, dès le premier jour, M. Roosevelt avait tenu publiquement le langage plein de fermeté et de franchise qu'il devait faire en-

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tendre quelques semaines [)liis (ai-d. .Malheureusement, cette affaire de la Hotte fui mal engagée. Le secrétaire du Président, M. Lœb, commença par démentir qu'on eût jamais songé à opérer ce transfert, tout en reconnaissant cependant que le conseil naval l'avait recommandé. Le ministère de la Marine publia une note analogue. Mais les journaux maintinrent leurs informations. Alors parut un communiqué qui disait en substance : « La destination des cuirassés n'est pas lixée. Ils peuvent aussi bien aller dans la Méditerranée, ou dans le sud de l'Atlantique, que dans le Pacifique. S'ils se rendent dans le Pacilique, ce sera tout simplement pour y faire des manœuvres naNales. En tout cas, cette croisière n'aura aucune signification politique, et il est faux que le gouvernement se soit laissé inllnencer jKir la tension survenue entre des particuliers américains et japonais. » Quelques jours après, la croisière était officiellement confirmée : on la ju'ésentait toujours comme une croisière d'inslF-nclinn, absolument pacifique.

(Vest ce <jne di>ail avec l)ean('oup de mesure l'amiral Evans, anssitol interviewé : « Il est absurde, déclarait-il, de voir dans le voyage de l'escadre une déni(>n»lralion destinée à \u'^o\' -iir nn i;ouvei-nement ami ttd (jue le gouvernement japonais. Le fait que (|uel(jues voyous ont sac-

cage lia rcslaiirant japonais à San-Francisco ne peut pas être un motif de guerre avec le Japon. Des incidents locaux de ce genre et de cette im^ portancesont toujours faciles à régler. » L'amiral Brownson, dans un discours prononcé h Oyster- Bay, tenait le même langage : « La marine américaine, disait-il, se propose de donner au mondé la preuve qu'elle est capable de protéger les deux côtes des Etats-Unis. Mais il ne saurait y avoir, pour faire cette démonstration, d'époque plus propice que celle où nous sommes, les Etats-Unis étant en paix parfaite avec toutes les nations. » L'amiral Dewey, avec des sous-entendus qui pouvaient sembler menaçants, déclarait lui aussi que la mission de la llotte était toute pacifique. Il ajoutait seulement : « Alors même que la paix n'est pas en danger, il est préférable d'être prêts... La présence de notre escadre dans le Pacifique peut être utile à tous les points de vue. » Enfin M. Metcalf, devenu ministre de la Marine, affirmait que l'envoi des cuirassés dans les eaux orientales ne se rapportait en aucune manière aux questions débattues amicalement entre les Etats-Unis et le Japon.

Malgré certains mouvements de nervosité, ces raisons et ces assurances eurent un meilleur effet qu'on ne l'avait d'abord espéré. Il y eut bien, dans des journaux japonais, des attaques contre

la marine des Etats-Unis, ou contre leur politique. Le journal du marquis Ito notamment publia un article assez vif. Mais dans l'ensemble, le calme de l'opinion fut vite rétabli, et il est juste de reconnaître que le gouvernement japonais ne négligea rien pour y contribuer. Pendant un séjour qu'il fit à New- York à cette époque, l'amiral Yamamoto, dans un toast applaudi, s'écria : « Les Japonais se rappelleront toujours la sympathie que leur ont témoignée les Américains durant la dernière guerre. Je suis convaincu que les relations cordiales existant depuis cinquante années entre les deux pays ne peuvent pas être ébranlées par des incidents sans importance. » Simultanément, le vicomte Aoki faisait publier la déclaration suivante : « Entre les gouvernements japonais et américain n'existent ni querelle ni mauvais sentiments d'aucune sorte : tout ce bavardage au sujet d'une lutte possible entre deux peuples si dévoués l'un à l'autre n'est que l'œuvre d'imaginations décliaînées. Les relations américano-japonaises ne justifient aucune anxiété. Si cette anxiété existe, elle est provoquée exclusivement par les propos d'une presse démagogique qui tend à lancer dans des transports de rage les gens les plus pacifiques. » Certains journaux anglais ayant de nouveau propagé le bruit d'un ultimatum japonais, la nouvelle fut

démentie par le (lépartement d'Etat et l'ambassade japonaise. Pnis le vicomte Hayashi, ministre des Alîaires élranjjères, aflirma que les négociations engagées entre les deux pays se poursuivaient « dans un esprit de parfaite concorde ». Dans la seconde quinzaine d'août, la première division de la flotte américaine du Pacifique, composée des croiseurs Pensylvania^ Colorado, Virginia et Maryland^ qui revenait des Philippines, vint passer six jours à Yokohama et y fut très correctement reçue. La« parfaite concorde i dont avait parlé le vicomte Hayashi n'allait pas jusqu'à la cordialité. Mais un homme d'Etat américain, dont on s'accorde à reconnaître le sympathique entrain, M. Taft, allait se charger, en se rendant à Tokio, de briser la glace des préventions réciproques au milieu de la chaleur, — communicative, comme on sait, — des banquets officiels.

M. Taft est un homme de pacifique humeur, qui séduit par sa rondeur, sa franchise et sa bonne grâce. 11 s'en allait aux Philippines, qu'il connaît bien pour les avoir naguère administrées. Il décida de faire aussi une visite au Japon, d'aller voir par lui-même ce qu'on disait là-bas des États-Unis, et, si possible, ce qu'on en pensait ; d'expliquer enfin en quelques paroles nettes ce que voulait le cabinet de Washington. Arrivé

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au Japon à la lin de septembre, il y fut accueilli de la façon la plus flatteuse. Une foule respectueuse le salua, quand il débarqua à Yokohama. Et comme il fut accueillant à tous les reporters empressés à sa rencontre, il eut une presse excellente, qui rendit hommage, en sa personne, à la loyauté du gouvernement de l'Union. Il eut ensuite une série d'entretiens avec des personnalités notables, d'abord avec son collègue, le général Teraoutchi, ministre de la Guerre, puis avec le comte Hayashi, ministre des Affaires étrangères, enfin avec le mikado. Aussi aimable pour les journalistes américains que pour leurs confrères japonais, il accorda au New-York Herald une interview qui lit du bruit. Il y disait ({u'il était criminel de parler d'une guerre entre les Etats-Unis et le Japon, et qu'au surplus, il traiterait à fond la question dans l'un des banquets auxquels il devait assister.

Le l®*" octobre, le télégraphe répandait i>ar le monde la parole de M. Taft : « Il n'y a eu, avaitil (lit, qu'un petit nuage sur notre amitié de ciiiquanlc ans. Mais le pins liimikI tremblement de terre du siècle lui-même ne pourrait ébranler cette amitié... Les événements de San-Francisco peuvent recevoir et recevront de la diplomatie mi-' solution honorable. Une guerre entre les Étals-Unis et le Japon serait un attentat contre

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la civilisation. Aucun des deux peuples ne la désire. Les deux prouvernements feront l'impossible pour renipicliLT. » Il avait flétri, dans sa conclusion, les menées belliqueuses de certains journaux et renouvelé à ses auditeurs l'assurance de la vive amitié que le Japon inspire aux Américains. Après ce discours retentissant, s'engagèrent de nouvelles causeries avec le ministre des Affaires étrangères. A dire vrai, on ne sait iiiur»' à quoi elles aboutirent; il est seulement indiscutable qu'il y fut question de l'immigration et de la naturalisation des Japonais aux États-Unis, peut-être de l'éventualité d'un traité sur cette matière. Puis ce fut le mikado qui, de nouveau, reçut M. Taft et le convia, ainsi que madame Taft, à déjeuner. Ce déjeuner, particulièrement solennel, fut suivi d'une dernière entrevue avec le comte Hayashi. Le soir même, le marquis Katsoura, dans une déclaration publique, répondit aux politesses de M. Taft : « Rien n'est plus absurde, disait-il, que de parler de guerre entre les États-Unis et le Japon. Rien, j'en suis persuadé, ne peut ébranler les relations historiques des deux nations. Par son discours, M. Taft a scellé d'une manière indélébile les liens de cordiale amitié et de parfaite entente qui existent entre elles. » C'était, si Ton ose ainsi dire, le voyage Lamourette.

Par une curieuse répercussion, M. Roosevell, au même moment, était vivement pris à partie par une fraction de la presse américaine qui lui reprochait de « provoquer le Japon », d'armer les Philippines, de faire travailler nuit et jour les chantiers, de jouer avec le feu en envoyant l'escadre dans le Pacifique. Le Président, quand on l'attaque, a l'habitude de faire front. Il n'y manqua pas, et coup sur coup, prononça deux discours, le premier à Saint-Louis, — sous une pluie battante, — le second à Cairo, dans l'Illinois.

Dans l'un comme dans l'autre, il expliqua pourquoi le déplacement de la flotte avait été décidé et il l'expliqua lumineusement. Il montra comment au développement de leur marine étaient liés, pour les Etats-Unis, le maintien de leur rang de grande puissance, l'intégrité de la doctrine de Monroe, l'avenir du canal de Panama. Et il ajouta : « Dans quelques mois notre flotte de gros navires cuirassés partira pour le Pacifique. LaCalifornie, l'Orégon et le Washington ont une ligne de côtes qui est notre au même litre que celle des Etats de New- York et du Maine, de la Louisiane et du Texas. Notre flotte va se rendre dans nos eaux territoriales du Pacifique et, après y avoir séjourné quelque temps, retournera dans nos eaux territoriales de l'Atlantique.

La ineilleiire place où un oflicier «le marine puisse apprendre son métier, c'est la mer... » A Cairo, le président alla plus loin et provoqua même, par son ton, quelque in(|uiétude : « Nous avons, dit-il, sur deux océans des côtes très étendues. Pour repousser toute attaque qui serait dirigée contre ces côtes, les fortifications, non la marine, devraient être employées. Mais le meilleur moyen, c'est de parer l'attaque en frappant soi-même. Aucun combat ne fut jamais gagné sans frapper et nous ne pouvons frapper qu'avec notre marine. C'est en temps de paix que nous devons construire des vaisseaux et entraîner nos équipages. Une fois que la guerre a éclaté, il est trop tard pour rien faire. » De là à conclure que l'orateur était partisan d'une politique offensive contre le Japon, il n'y avait qu'un pas, — surtout pour ses adversaires. Ils ne manquèrent point de le franchir, mais ils trouvèrent peu d'écho. A la veille de prendre son commandement, l'amiral Evans, fêté dans un banquet d'adieux par le Lotos Club, répéta ses déclarations pacifiques. M. Root les confirmait, le 28 octobre, de la façon la plus nette. Le t) novembre, les croiseurs Washington et Tennessee, avant-garde de l'escadre, arrivaient à Rio-de- Janeiro et informaient le gouvernement brésilien que le gros de la flotte passerait dans ce port

vers le 10 janvier. Le 16 décembre, la flotte entière appareillait après avoir été passée en revue par le président. Quelques jours avant, le comte Hayashi, dans une interview malheureusement trop brièvement résumée parle télégraphe, disait que la question de l'immigration était « virtuellement réglée », semblant indiquer que le Japon était aussi peu désireux de voir ses nationaux partir pour les Etats-Unis que ceux-ci de les voir entrer sur leur territoire.

En quoi consistait cet accord?

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