‹ Notes sur les États-UnisChapitre 50 sur 67 · LES ETATS-UNIS ET L EUROPE · texte numérisé non relu

LES ETATS-UNIS ET L EUROPE

L'indifîércnce américaine. — Américains et Anglais. — Amitié politique et froideur individuelle. — Les Étals- Unis et l'Allemagne. — Le pédantisme allemand et les universités. — Courtoisie politique et concurrence économique.— Les États-Unis etlallussie. — Un revirement récent. — Les Américains et la France. — Amitié sincère et utilitarisme. — Le Maroc et la doctrine de Monroe. — L'égoïsme national des Américains. — L'unité morale en face des étrangers.

Je demandais un jour à un homme d'État aiiit'ricain, (jiii a joué un rôle de premier ordre dans riiisloire des quinze dernières années, si le gouvernemeiil de l'Union éprouvait politicjuement quelque préférence pour une puissance européenne.

— Non, me répondit-il. Notre politique à l'égard de l'Europe est une politique d'indifférence,

nuancée, si vous voiil»'/ (jiie je sois franc, de (juelqne dédain.

11 ( >l impossible d expiiiuer plus exactement l'état d'esprit des hommes politiques d'outre-mer à l'égard de l'ancien monde. L'orgueil national explique pour une part ce sentiment. Gomme on l'a dit, les Etals-Unis ne tiennent pas les yeux fixés sur TEurope. Ils ne cherchent jta- i la prendre pour modèle. Ils snni imp Hevs j)our n'être (ju'une province ou qu'une colonie intellectuelle. Ils subissent à coup sur l'influence européenne. Mais ils réagissent contre cette influence. De même qu'ils digèrent les immigrants, ils digèrent les idées. J'ai déjà signalé celte faculté d'absorption. Leur politique s'en ressent. Bien que de nombreux liens historiques ou actuels, moraux on m ih-iicls, les unissentai^x })rincipaux j>ay- iriliiii.jM'. il> sont indifférents à ces liens dans rappréciation de leurs intérêts. Leur politique est souverainement et magnifiquement égoïste.

Il n'est pas dépeuple étranger qui les intéresse à un aussi haut degré que le peuple anglais. « Le sang, dit-on, est plus épais que l'eau. » Les Américains se souviennent avec orgueil que le sang anglais, bien mélangé aujourd'hui, coulait dans les veines de leurs pères. Cet orgueil est d'une nature spéciale. Il est fait d'attachement et

(le révolte : attachement à la supériorité de la race ; révolte aussi : car les hommes de l'Indépendance ont vaincu l'Angleterre et concjnis sur elle leurs lihertés. La plupart des Américains diraient en modiliant un mot fameux : « Si je n'étais Américain, je voudrais être Américain. » Mais s'ils ne pouvaient pas l'être, c'est pour l'Angleterre qu'ils opteraient sans doute. Cependant plus on ohserve les rapports privés et les relations publiques, plus on se convainc que les Américains n'aiment pas les Anglais, et réciproquement. De tous les Européens établis outremer, les plus sévères pour le milieu où ils vivent sont assurément les Anglais. Pour eux, les Etats-Unis, encombrés d'immigrants venus de partout, sont un pays parvenu, qu'ils ne peuvent s'abstenir de « blaguer ». Ils « blaguent » l'accent américain, les modes américaines, les idées américaines et ils répètent couramment (ju ils sont, plus que les autres étrangers, lents à s'acclimater sur le territoire de l'Union. Quant aux Américains, ils conservent, malgré tout, le souvenir des luttes d'autrefois. Comme ils en sont liers, ils y pensent toujours et, même lorsqu'ils n'en |)arlent pas, ils ne les oublient jan^ais. L amitié restaurée, affichée depuis quebjnes anruM'^, la solidarité même des diplomaties n'y change rien. L'Angbiis n'est pas pour le citoyen des

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