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\\cv>, t'I {[ui, d imc action ooncenlrique, mène le siège en règle des citadelles élégantes. En général, les ambassades capitulent les premières, |>ai( •' (juc la diplomatie ne résiste guère à unein- \itation à diner et aussi parce que les Européens (le jKissaiïe sont plus sceptiques (|iio les Américains à rc;;ai'(l de ces querelles inlc-lincs. Onand on a pris d'assaut le corps diplomatique, on part de cette base d'opérations pour achever la con- (juète des salons. Il en est d'irréductiblement rebelles. Il en est qui finissent par céder. Mais Washington, même conquis, n'est*^pas t<»nl. Kl dOrdinaire New-York est le terme de ces sortes d'andjitions. La carrière mondaine ainsi comjtnse est le jdus rude des business.
Dans les trois villes que j'ai tour à tour habité"-, |.- (h'ner est, comme en France, le cadic Il ii>itii.l des réunions mondaines. A Boston, il e.>t pins intime. On se reçoit entre amis de longue date, en comité restreint : dix ou douze convives esl It' ( liilTre maximum. On trouve dans ces dîners fréquemment répétés un (liarme réel de (hstinction spontanée et de bonne grâce, un goût vif pour les idées générales, quelque froideur |»ent-èlre, qui n'est point synonyme de gène, et qui répond simplement à un tempérament moins t xpansif qu'ailleurs. On y rencontre aussi plus • ■'(U'iginalité culinaire qu'à New-York et à
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Washington, où beaucoii[) de cuisiniers et de cuisinières sont français. Le plat le |>lus en honneur est la Icrrapine, tortue coùttii-c (jiii lait d'excellent potage, et aussi de petits canards sauvages à la chair drue et rouge qu'on sert entiers à chaque convive. Il arrive fréquemment à Boston, surtout (liiis les déjeuners, que l'on présente ensemble la salade et le fromage : association appréciée, <lontje ne goûte j)oint l'attrait.
A New- York et à Washington, les dîners sont plus longs, plus cérémonieux. Le voisinage des amhiissadcs îi internationalisé les menus. Partout, ou presque partout, le Champagne domine. Si l'on sert d'autres vins de France ou de Moselle, les verres, d'ordinaire, restent pleins. Dans les dîners plus intimes, il est fréquent cpie le whisJiij and soda apparaisse dès le second service; mais cela suppose l'absence de toute cérémonie. Au déjeuner, qui se sert tard, à une heure et demie en général, et qui empiète fâcheusement sm- ra|tr('s-inidi, on donne quelquefois du Champagne, mais le plus souvent, par exemjde chez le président, du xérès et de l'eau glacée. Les vins rouges sont à peu près inconnus et ne semblent guère appréciés. Il y a, surtout à New-York, et aussi dans quelques maisons de Washington, un grand luxe de verrerie, de vaisselle et de fleurs, une j>rofusion notamment de ces roses éclatantes
qu'on nomme american beauties et (jiii coûtent, la douzaine, de seize à vingt dollars.
Les thés de cinq heures sont fort en honneur. Il est (les maisons où, à de certains jours, les vlsiteiirs sont très nomhrenx à l'iienre du thé. Ct' s(»nl \L'nl;il)lenieiit «les sahni-, au x'iis où l'entendait notre xviii* siècle. Celui de madame Cowles, qui est la sœur de M. Roosevelt, est l'un des jdus intéressants. La maîtresse de maison, charmante d'entrain et de finesse, a su grouper chez elle le dimanche tout^ ce qui compte à Washingl<Mi «laus la diplomatie, la [)(»!ili(|iH' et les lettres. Le ton de simplicité cordiale qui règne dans ces five o'clock est des plus agréahles. Les opinions politiques réagissent peu sur les relations de famille et d'amitié. L'unité morale, dont je parlais l'autre jour, se retrouve à quelque degré dans la vie mondaine. Le hridge est le seul adversaire que rencontre la liherté des propos. Il lait malheureusement autant de ravages qu'à L(ui(li't'- t't (|u"à Pai'is. Et dans quelques salnns. il a tué la conversation. On en est quitte pour se consacrer, lorsqu'on ne joue pas, à ceux où l'on a gardé le goût de causer. 11 en est encore quelques-uns, en Amérique comme ici.
Je ne saurais ouhlier un plaisir qui, même pendant l'hiver, tient une grande place dans la vie mondaine : je veux parler du club de cam-
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pagne, \e country club, qui, non loin de li ville, oITre à ses membres les joies cliamitrlic-, palinage, golf ou polo. Est-il besoin de rappeler que celte organisation n'est pas particulière aux Etats- Unis? Mais elle y est établie sur de grandes pro- |)ortions. Chevy Chase, le club champêtre de Washington, ;i huit ou neuf kilomètres de la ville, est beaucoup plus vaste que notre Puteaux. Le dimanche, dès le mois de mars, on y organise des parties de déjeuner. C'est un coup d'oeil amusant que de voir vers une heure arriver autos et voitures. On se reconnaît. On se questionne.
— De quel déjeuner ètes-vous?
— Moi, je suis invité par les X...
— Moi aussi.
— Moi pas. J«' (l('j(Miiio a\ (M* les Z...
Le jour que je fus à Chevy Chase, le déjeuner auquel j'étais convié était donné par un membre du Congrès en l'honneur (run(* chaiinanle actrice, miss Ethel Barrymore. Il y a va il là dos jeunes femmes et des jeunes filles du monde. Ces rencontres sont très fré((nente<. Et bien des fois, cet hiver, à New- York, lo iii\ilations à dîner portaient au-dessous de la formule gravée : To meet wim iMari/ Gardai ou To meet miss Cavalieri,
Ce fut même, un jour, roccasion d'un piquant
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incident. Une actrice, (jue je ne nommerai point, et qui avait été très fêtée dans le monde, eut l'imprudence de se laisser peindre dans un costume des plus légers. Le tableau, une fois achevé, fut exposé chez un marchand de la Ciu- (|uiciiie A\tMnh\ \'A les chimes et les jciiiio lilh'S qui avaient pris j»iil aux dîners tomeet miss F..., purent la considérer, à la vitrine du magasin, dans le plus simple ap[)areil :
— Elle a eu grand tort, me disait une de celles ([ui l'avaient reçue chez elle ; nous l'avions accueillie en femme du monde. Elle a manqué de ta<i iMi délaissant peindre comme cela. Nons ne jKHirruiis plus rinviter.
Peut-être pourrait-on répondre que le théâtre a ses exigences et que les artistes, même traitées en femmes du monde, gardent le droit de se faire peindre en costume de théâtre, — si élémentaire que soit ce costume. Mais le monde aux Fltats-Unis a ses conventions, fut-ce dans ses an<la(e<. Va il t-t rai'c que la fantaisie ne soit point hornée par le réveil de quelque tradition.
Cela n'est pas sans exemple pourtant. Tel ce dîner, donné à Baltimore, il y a six semaines, où chaque convive représentait une maladie. Une femme charmante et de la meilleure société figurait la fière typhoïde : nonchalamment éten- (hie (hms un tub, elle occupait, vêtue d'un ces-
tume de bain, le milieu de la table. Des visages ravissants s'étaient maquillés pour figurer les maladies de peau. Enfin, au cours du dîner, une dame se leva et se retira dans la pièce voisine, suivie d'un médecin et de deux nurses. Elle en revint quelques instants plus tard, j)ortant dans ses bras deux de ces petits ours en laine qu'on nomme Teddy bears en l'honneur des chasses du président. La mère et les jumeaux se portaient bien... J'ajoute que cette plaisanterie de haut goût rendue publique par les journaux toujours à l'affût de telles anecdotes, produisit une impression déplorable, et qu'on jugea sévèrement dans les salons de Washington les distractions de Baltimore.
Dans son ensemble, la vie mondaine, dans l'est des Etats-Unis, est élégante et plaisante. A New-York, elle comporte un faste extérieur qui n'est pas sans quelque excès. Je me souviens notamment du coup d'oeil qu'offrait le restaurant Sherry le jour où le duc de Chaulnes épousa miss Shonts. C'était une extraordinaire débauche de toilettes, de perles et de diamants. Et la lecture des journaux le lendemain pouvait donner à croire que de tels événements occupent dans ro|)inion américaine plus de place qu'il ne convient. Il s'en faut cependant que la vie du monde soit partout comprise et pratiquée avec ce souci
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exclusif de la « représentation ». Ce sont des AfiuM-irains (jiie j'ai entendus parler le plus sévt II iiit lit tlo certaines fêtes retentissantes qui s«Miil)l.iit'iit destinées à afficher une fortune et à crier un chilTre de revenus. Les nouveaux riches cèdent parfois à l'attrait de cette joie médiocre. Mais là encore comment ne pas reconnaître que le manque de passé explique ce travers? Pas jdus j)Our les peuples (|ue pour les personnes, la mesure n'est la vertu de la jeunesse. La discrétion est le plaisir raffiné de- la maturité. Beaucoup, en Amérique, sont déjà capahles de l'apprécier. Et leur exemple sera de plus en plus suivi.
H y a d'ailleurs dans cette vie élégante plus de spontanéité, plus de gaieté franche et primesautière que dans nos pays d'Europe. Tous ceux, hommes et femmes, qui se trouvent ainsi réunis, sont contents de se rencontrer et se livrent allè- .grement au plaisir qui est l'occasion de ces rencontres. J'ai vu des sénateurs à moustache hlanche valser avec un entrain endiahlé. La part de l'artificiel et du convenu est moins grande que chez nous. On apporte aux relations mondaines |dus d'ardeur et de conviction. C'est un [)laisir plus qu'un devoir. Et les gens qui masquent leur ennui sous un sourire de rigueur sont moins nombreux qu'à Londres ou qu'à Paris.
in NOTKS SIR LKS ÉTATS-INIS
Pour tout (lire, on est moins blasé et on ne tient pas à paraître blasé. J'ai signalé le rôle du snobisme, les cloisons étanches qui séparent les étages sociaux. Il convient d'ajouter qu'à l'intérieur de ces compartiments distincts régnent une réelle simplicité, beaucoup de bonne humeur et de cordialité. On ne prononce pas aisément le dignus es intrarc. .Mais la porle une fois ouverte, on esl A ('litablement chez soi et l'on s'amuse de grand ccL;ur, en toute sincérité d'ame. C'est encore une façon de pratiquer la vie intense.