ET ACCIDENTS
L'on a coutume de présenter contre la méthode des frictions un certain norabre d’objections, presque toujours les mêmes, et qu’il est fort important d'examiner, parce qu'il nous semble que l’on a trop volontierschargé cette méthode de tous lesinconvénients et accidents qui peuvent survenir également dans tout autre mode de traitement par le mercure. La plupart de ces objections perdent beaucoup de leur valeur devant un examen. critique attentif et impartial, tandis qu’il serait extrêmement avantageux de voir plus largement utilisé, de-notre part, une méthode dont on
retire chaque jour à l'étranger d’incontestables services.
Incommodité, saleté apparente, ins olubilité, etc.—Onadit que les frictions constituaient une pratique sale et répugnante. Quoique cette objection soit d’une importance tout
. à fait secondaire, si l'on considère le but à atteindre, ilest possible cependant qu'elle exprime bien le principal motif qui.s’opposerait aujourd'hui à la prescription fréquente des frictions,; au moins au dehors de la clinique hospitalière : 11 arrivé,en effet, que certains malades les acceptent difficilement, à cause de là persistance d’un enduit gras noirâtre sur la peau, de l’altération très visible du linge sali, etc. Mais le: medecin convaincu de la supériorié de cette méthode n’a-t-il pas le devoir d'employer au besoin toute son autorité pour imposer un traitement indispensable, sil est le plus utile, malgré toutes les autres considérations, bien moins graves, et même futiles
Li60 — en comparaison? D'ailleurs, c’est dans la pratique allemande, que la gêne et l’incommodité causée par les fric tions sont le plus prononcées, et c’est surtout en Allemagne qu’elles sont le plus employées. En France il est rare qu'on laisse en permanence sur la peau l’enduit graisseux de la friction jusqu’à celle du lendemain: on permet le plus souvent aux malades de nettoyer les régionsenduites d’onguent, après quelques heures de contact, et cela paraît suffisant ; enfin, l'on peut à l’aide de flanelles, de bandes de toiles et autres pansements appropriés, dissimuler suffisamment à tous les veux la couche médicamenteuse, en choisissant bien la région.
Une objection qui se rapproche de la précédente, c’est la difficulté d'enlever complètement, dans un temps donné relativement court, la couche grasse et noire qui recouvre la peau ; lorsque la friction a été faite sur une large surface, un bain général avec des savonnages dans le bain est indispensable ; et dans tous les cas où l’on veut enlever les traces de pommade, même si l'endroit frotté est fort restreint, il faut agir avec du savon, de l’eau tiède, beaucoup de linges, etc. Cette objection, du moins, ne pourrait tenir, si l’on employait : our les frictions le savon napolitain, dont nous devsns parler plus loin. Ce savon, en effet, complètement soluble dans l’eau simple, est d’un emploi bien plus propre et plus commode pour les malades, qui apprécient fort de pouvoir se débarrasser instantanément de tout médicament en excès, en passant simplement sur la peau un linge quelconque mouillé d’eau.
Hydrargyrie cutanée. — L'on a observé assez souvent, après les frictions faites avec l’ongvent, des accidents locaux, 1ougeurs, inflammations, et eruptions diverses. Ces
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accidents ont été groupés par Alley, de Dublin, sous le nom d’hydrargyrie cutanée, et les idées du médecin irlan- dais ont été adoptées par beaucoup d’adversaires des fric- -tions ; l'existence de ces accidents locaux deviendrait donc une objection sérieuse. Mais c’est ici qu’il est fort née cessaire de distinguer les éléments divers que l’on a décrits tous ensemble sous ce nom d’hydrargyrie, et de voir quelle part exactement il convient d’en attribuer à la méthode elle-même.
D'abord, toute action mécanique trop violente et trop prolongée, surtout chez des sujets dont la peau est fort susceptible comme les syphilitiques, tout frottement trop accentué, doit aboutir à des rougeurs et des inflammations, abstraction faite du médicament en usage pendant la friction. Et comme il est reconnu que les frictions mercurielles peu prolongées amènent également la salivation, et qu’il est démontré que l’absorption se fait presque aussi facilement quand le composé mercuriel est simplement appliqué sur la peau, nous pensons que l’on fait généralement.une part trop grande à l’action mécanique des fric tions. Les médecins allemands sont portés à prolonger pendant vingt et trente minutes l’action mécanique de frottages intenses. Nous voyons au contraire M. Panas recommander des frictions de 3 à 5 minutes au plus, et la plupart des médecins français s'en tiennent à un temps presque aussi court. Nous pensons qu’il n’y aurait que des avantages à ne pas employer trop de force dans les frictions, qui ne devraient pas non plus être trop prolongées.
M. Isambert a signalé, en 1867, une série d'accidents provoqués par des applications mercurielles à la surface de la peau, mais seulement parce qu’on avait eu le tort d'employer concurremment d’autres préparations capa-
HG “bleë de former avec les premièrés, de composés plus irritänts. Nous rappellerons seulement deux faits cliniques intéressants. d 7 La première fois, il s’agissait d’unéorchitetraumatique; ‘pendant la période aigué, on avait employé des onctionis “d’onguent napolitain comme résolutif. Un peu plus tard, la maladie paraissant devenir chronique, on prescrit une ‘pommade À l’iodure de potassium. À peine celle-ci est-elle appliquée, que le malade accuse une sensation de brûlure insupportable. Il était resté des parcelles de mercure, qui ‘avait formétuné combinaison chimique nouvelle avec l’io- ‘dure de potassium. Il en était résulté”ti dégagement de chaleur. et probablement aussi formation d’un iodure dou- ‘ble et d’un iodate de potasse. Toutefois, le malade en fut quitte pour quelques heures de cuisson.
l'Deuxième ‘fait, même accident, mais à degré plus inténsé. Encore üne orchite, traitée par compression au moyen de bandelettes de sparadra p de Vigo: quelque temps après, l'application d'une pommade iodurée produit une véritable vésication; il fallut un temps assez long pour obtenir la cicatrisation.
? Ces faits démontrent l'importance de l’observation suivante, que l’on doit à M. Bouchardat, et qui est rappélée ‘par Trousseau et Pidoux : « il est dangereux d'associer les préparations mercurielles insolubies avec les préparations iodiques, à moins de bien prévoir les réactions qui surviennent et d'en connaître les effets. > Maïs 11 est évident qu’on ne peut nullement en tirer des objections générales contre la méthode des frictions mercurielles. 11 faut seu— lement, pendant la médication, par la voie externe, observer les règles des incomptabilités chimiques, avec! tout le soin qu'on ÿ met d'habitude pour les médications/inter-
SN 7 nes : et la méthode elle-même ne saurait être accusée: si le médecin qui la met enpratique,enoubliequelque précepte.
Il peut arriver cependant, que l’onguent mercuriel, employé seul, avec friction très modérée, amène parfois les éruptions incriminées. À un léger degré, ce n’est qu’un érythème-peu intense, généralement fugace.et suivi d’une légère desquamation. Si l'inflammation est pluswive, c'est la plus souvent une forme particulière d'eczéma: on voit. la peau se couvrir de vésicules très nombreuses, d’égal volume, hémisphériques, un peu aplaties et remplies d'abord de sérosité, puis d’un liquide lactescent. Elle provo=que des démangeaisons fort vives: Au bout de quelques jours, tantôt elles se dessèchent.et ressemblent à des goutteletres de cire, tantôt elles sont déchirées parles ongles, et se recouvrent de croûtes foliacées. Exceptionnellement, il peut même se former des phlyctènes {sur la peau rouge et tuméfiee.
Quelle est la part du mercure dans cette éruption ? D’après Cazenave, il faudrait tout rapporter à l’action de l’onguent, qui serait alors rance et'acide, Il est certain que ces inflammations pourraient être la plupart du temps rapportées à l’usige d’onguents mal préparés, ou de vieille date; car l’onguent peut être relativement récent, et cependant fort acide, par suite de sa mauvaise préparation; comme on le verra plus loin au mémorial pharmaceutique, les pharmaciens ne mettent que trop souvent à profit, la propriété qu’a Le vieil onguent ranci de faciliter la division du mercure;.en conservant parfois pour cet usage, et lorsqu'ils placent au fond dn mortier quelques parties de pommade ancienne, et bien oxydée, la masse entière subira rapidement l’action de ce levain et deviendra fort
"= irritante. Et voilà encore pour une grande part l'origine d'irritations cutanées attribuées au mercure,
Finalement, en élaguant toutes ces causes extrinsèques d’irritation, nous dévons convenir cependant que l’hydrargyrie cutanée, quoique fort surchargée d'habitude, n’en existe pas moins. Ï] est certain malgré tout que le mercure, par une action qui lui est propre, peut seu! causer ces inflammations du tégument externe. Mais cette hydrarg yrie cutanée n'existe pas seulement dans les cures de frictions, elle se montre aussi lorsque la médication mercurielle n’a été faite exclusivement que par les voies! internes. Nous pensons donc que si son application a été notée plus fréquemment à la suite des traitements par frictions, l’on n’a pas toujours suffisamment tenu compte dela part qui devait être faite, dans ces irritations cutanées, aux causes réellement extérieures à la méthode ellemême, causes secondaires qui peuvent et doivent être évitées. Malgré cela, serait-ii établi que l’hydrargyrie cutanée véritable est plus souvent causée par la méthode des frictions, même pratiquée avec le plus de soin, que par tout autre médication,on pourrait dire encore qu’il n'y faut voir peut être qu’une preuve de plus dé l'efficacité même de ce mode thérapeutique, et par conséqueut l'indication d'apporter plus de :resure et de précaution dans son emploi, que ion adopterait ensuite d'autant plus, à cause de son énergie même..
Salivation, Stomatite, etc. — Le même raisonnement doit être fait à progos de la salivation et de la stomatite, dont on fait une objection capitale contre les frictions et les méthodes externes en général. «Les méthodes de sali= vation par excellence, dit M. Fournier, sont surtout les