‹ Notes sur les principales méthodes d'administration du mercure par la peau Du Mercure Par La PeauChapitre 15 sur 28 · DES FUMIGATIONS · texte numérisé non relu

DES FUMIGATIONS

Les fumigations mercuriellcs ont une origine aussi ancienne que la méthode des frictions ; mais, comme ces dernières, elles furent au début administrées sans règles et sans mesure, et donnèrent lieu à beaucoup d'accidents. Il ne faut pas croire cependant qu’elles fussent. comme on l'a dit, employées exclusivement par les empiriques, car dès les premières années du seizième siècle, on les trouve recommandées par plusieurs médecins.

Leur administration était alors des plus pénibles et les procédés fort grossiers ; Nous en trouvons la description suivante dans Astruc : « Les parfums Se composaient avec du mercure éteint avec la salive ou latérébenthine, ou bien avec du cinabre et d’autres choses grasses et huileuses, propres à s’emflammer, à brüler longtemps et à jeter de la fumée : 1° des résines ou des gommes, comme l’encens, le mastic, l’oliban, la myrrhe, le styrax, le benjoin, l’opoponax, la gomme de genièvre, etc.; — 2° des aromates, comme la noix muscade, le macis, etc. ; — 3° des bois résineux, comme ceux d’aloès, de genièvre, de pin, de santal, etc. Ayant pulvérisé ces. différentes drogues, on les réduisait en trochisques avec la gomme adragante, ou bien on en faisait un opiat avec la térébenthine. Lorsqu'il failait s’en servir, on plaçait le malade assis ou debout, et entièrement nu, dans un pavillon ou archet et on

l'obligeait de tenir la tête dedans, ou on lui permettait de la mettre dehors suivant ses forces. On mettait à ses pieds un réchaudrempli de charbons ardents, sur lesquels on jetait, à diverses reprises, par une fenêtre pratiquée exprès, quelques trochisques ou tablettes de parfum, et on laissait le malade exposé tout entier à la fumée qui s’en exhalait jusqu’à ce qu’ii suât abondamment, à moins qu'ilne fut en danger de tomber en défaillance. Ensuite on le couchait dans unit chaud et on le couvrait afin de le faire suer encore davantage. Une heure ou deux après on l’essuyait eton lui donnait la nourriture. On réitérait cette pratique pendant quelques jours de suite, jusqu’à ce que la salivation parüt. » |

Fracastor considéra cette médication comme des plus dangereuses et proscrivit formellement les fumigations générales : mais il administrait des fumigations partielles sur un bras par exemple, ou sur une jambe, en obtenant, dans cesconditions,de réels avantages. On a, dans la suite, recommandé de même à plusieurs reprises, de ne diriger les vapeurs mercurielles que sur le point affecté. On imite dans ce cas un procédé des Chinois, qui exposent aux vapeurs d’uue bougie de cinabre et de cire les ulcères syphilitiques. x

Pour éviter lesaccidents qui s'étaient produits au début, Jean de Vigo songea à interdire au mercure les voies res— piratoires ;.dès lors les fumigations n’atteignirent plus la tête. Mais déjà beaucoup de médecins leur étaient complètement opposés, et Fallope conclut en 1566 : « Medicina hæc pro, asinis et, rusticis servetur, atque a thalamo viventiumhominum excludatur. »

En 1716, Glauber et P. Lalouette proposent une Poire fumigatoire assez perfectionnée, permettant au malade de

es af 7 VE

recevoir les fumigations mercurielles sans les respirer, Ces fumigations doivent être prises de deux jours l’un : eiles s’administrent le matin à jeun. De même on abandonne le cinabre et le mercure métallique, usités par les anciens en mélange avec des substances aromatiques, et on emploie de préférence le calomel, tantôt pur, tantôt uni à du mercure oxydé ou à de l’alumine.

Nous extrayons les passages suivants d’un mémoire publié par M. Horteloup, en 1875, dans la France médicale : « En France, on a employé pendant un certain temps, avec engouement, les fumigations de cinabre : elles ontété presque abandonnées, Il n’en a pas été de même chez nos voisins d’outre-Manche.

« Les fumigations mercurielles ont été remises en grand honneur par M. Laugston Parker, de Birmingham, qui publia ses onservations. Dans la méthode Parker, la vapeur d’eauest combinée avec celle du mercure, constituant

-ainsi un bain Ge vapeurs humides mercurielles.

.… « Le travailde Parker fut bien accueilli par ses confrères, et sa méthode adoptée par M. Henry Lee, qui a fait confectionner un petit appareil très simple pour fumigations,

« M. Parker avait pensé qu’il fallait employer telle ou telle préparation mercurielle suivant les accidents à combattre. M. Lee n’emploie que le calomel.

« En Amérique, les fumigations sont aussi très employées. Il existe un appareil du professeur Maury, de Philadelphie, fonctionnant avec le gaz.

« L'appareil Lee ressemble à une grosse lanterne en fils de fer, dans laquelle glisse une petite lampe. À la partie supérieure, se trouve une cuvette circulaire que l’on remplit aux deux tiers d’eau; au milieu de cette cuvette on place une coupelle en métal sur laquelle ou pose le calomel.

JD

Je me sers, à l'hôpital du Midi, de lampes à esprit de vin, que l’on place sous un trépied supportant la mêmé cuvette que dans l’appareil Lee, avec une coupelle en porcelaine.

« La quantité de calomel varie, mais on commence toujours par une dose faible : 1 gr. 25, que l’on double au bout de quelques jours, et, dans quelques cas graves, Je fais porter la dose à 3 gr. 75.

« Les malades sont assis sur des chaises cannées, où, ce qui est préférable, sur des bancs percés de larges trous permettant aux vapeurs mercurielles de se répandre sur les parties malades. M. Lee fait recouvrir le sujet avec une chemise molletonnée, mais à l'hôpital on se contente de la couverture du lit. En général, les malades sont couverts de sueur en dix minutes; il faut un grand quart d'heure pour faire évaporer tout le calomel. On éteint alors la lampe;'et on laisse encore les malades s'imprégner de vapeurs peñndant dix minutes, puis ils sont remis au lit, où ils restent euveloppés pendant trois quarts d’heure. Lorsque les malades sont atteints d’accidents dans la bouche ou la gorge, on leur fait écarter à troisou quatre reprises la couverture, et ils font à chaque fois deux ou trois grandes aspirations. »

M. Horteloup assure que ce traitement n’est nullement désagréable. Sur 133 malades traités en 4873-74, 9 ont sortis sans le moindre bénéfice, 43 ont été très améliorés, et 81 sont sortis ne présentant plus le moindre accident. Sur ces 81, 21 étaient atteints de roséole, 24 de syphilides papuleuses, 25 de Syphilides ulcéreuses peu! graves. Ils rentraient tous dans la classe des accidents précoces, point qu'il est très utile de considérer, lorsqu'on veut du les médications du traitement par fumigations.

Le nombre des fumigations fut assez variable: onlén donna en moyenne 13 par malade.

Page 1