CHAPITRE III
Méthode hypodermique ou traitement par les injections sous-cutanées de préparations mercurielles.
Depuis 1854, un grand nombre de médecins ont expérimenté la méthode hypodermique appliquée aux traitements mercuriels, se proposant, par l’adoption des injections sous-cutanées, d’éviter les troubles digestifs, et de doser les médicaments d’une manière rigoureuse. Il paraît que ce fut le professeur Scarenzio, de Pavie, qui inaugura cette pratique, employée presque en même temps par Hébra et Hunter en Allemagne.
Scarenzio employait le calomel à la vapeur, tenu en suspension dans l’eau, ou plutôt dans la glycérine, selon la formule suivante :
Calomelf Fesses: 20 a 30 centigr.
Glycérine, mucilage oueau 1 gramme.
À en juger par les huit observations qu’il publia d’abord, sauf quelques petits abcès qui se produisent localement, il obtint des résultats fort avantageux.
Ambrosoli, à l'hôpital des vénériens de Milan, appliqua cette méthode en 1864 et 1865. Les autres imitateurs en Italie furent Riccordi, Monteforte, Soresina et Bertareili, Tous ces auteurs parurent également assez satisfaits de
cette méthode, dont la puissance thérapeutique parut incontestable; mais ils eurent aussi à signaler des accidents locaax plus où moins graves, tels qu’abcès et gangrènes limités, Le calomel fut donc abandonné pour le sublimé, bien que les guérisons par le calomel eussent paru plus rapides.
Bientôtl’Angleterre suitcetexemple, et Barclay Hilltraite en 1866 onze cas de syphilis par les injections de sublimé, à la dose de un milligramme. Jusqu'à cette dose, la tolérance était complète; à des doses plus élevées, il observe, outre des accidents locaux, des phénomènes intestinaux, coliques, diarrhées, et autres manifestations de l'hydrargyrie. Danslemêmepays, Walker et Th. James, puis Cail Anderson eurent également à se louer de la méthode hypodermique.
En même temps, Lewin, à Berlin, entreprenait une imposante série d'expériences portant sur 407 malades. Il publia les premiers résultats en 1867. Son travail eut un grand retentissement et une grande in£uence sur la diffusion de la méthode, que Lewin applique encore aujourd’hui.
Il injectait 5 à 10 milligrammes de sublimé dissous dans l’eau distillée, avec addition de morphine dans certains cas pour diminuer la douleur inhérente à l'injection. Chaque malade subit en moyenne 16 injections, et la quantité de sublimé absorbé fut donc de 15 centigrammes au plus. Quinze à vingt jours suffirent pour amener la guérison, les accidents locaux furent peu graves et relativement rares (abcès de 2 à 3 p. 100 en moyenne). La salivation était moins prononcée qu'avec les frictions. D’après Lewin, le nombre des récidives s’abaissa considérablement; de 81 p. 100, chiffre observé chez les syphilitiques traités par
Combret. 11
| rp8der les autres méthodes, il tomba à 22 p. 100. Mais la vive douleur qui se produisait souvent au niveau de la piqûre constituait un inconvénient général.
A la suite de ce travail considérable, nous voyons de 1867 à 1870 des recherches entreprises de toutes parts et donnant lieu à de vives controverses.
Les partisans plus ou moins exclusifs de la nouvelle méthode furent à l’étranger Richter, élève de Lewin, Bœse, Derblich, Wiederhoffer, Klemm ; il faut y joindre les nous d'Hébra et d’'Eulembourg.
D'autre part, Merscheim, sans nier la rapidité des gué risons obtenues par cette méthode, la condamna en raison de la production d'accidents ou au moins de douleurs vives et de troubles digestifs. Grünfeld, s’appuyant sur 50 ob- . servations recueillies à la clinique de Sigmund, conclut par les mêmes raisons contre les injections en faveur des frictions.
Stohr attaquefranchement les injections hypodermiques, après avoir recueilli 90 observations dans le service de Bamberger. À côté des accidents locaux signalés par les autres adversaires de la méthode de Lewin, il a observé aussi des phénomènes généraux sérieux, tels que de l’affaiblissement, des accès fébriles et des gastro-entérites. Il trouve que les injections constituent une nouveauté fort surfaite et très peu praticable.
Enfin, en 1869, de nouveaux articles de Uhleman, de Rosenthal et de Kœlner, viennent corroborer les affirmations de Merscheim, de Grünfeld et de Stohr, desorte que la méthode dité de Lewin se trouve actuellement fort attaquée en Ailemagne même, |
En France, Hardy et Diday expérimentèrent les injections. Toutefois, M. le professeur Hardy dut, d’après
root
M. Doyon, y renoncer rapidement, quand il eut constaté la production fréquente de douleurs, d’abcès et d’eschares.
Liégeois, au contraire, se loua de la nouvelle méthode : c’est à lui que l’on doit particulièrément l'extension qu’elle a pu prendre en France. Ce médecin entreprit ses recherches à Lourcine dès 1867 sur l'instigation de Lewin: il les continua au Midi jusqu'en 4870; c'est en 1869 qu'il en ex posa les résultats devant la Société de chirurgie.
La solution dont il se servait était selon la formule sui-
vante :
DU dit... 0... 4 90 grammes.
DUBILIMO... 4.0. 080 AUSH 0 gr, 20 cent, Chlorhydrate de morphine .... Ogr,10 —
demanière à injecter par chaque seringue de Pravaz (contenant { gramme), un peu plus de 2 milligrammes de sublimé,
Il trouva que ce traitement nouveau guérissait beaucoup plus rapidement que le traitement interne et n’hésita pas à le conseiller ; chaque malade recevait deux injections par jour; peu d’accidents locaux; douleur tolérable, formation d’un bourrelet disparaissant au bout de deux à trois heures au plus, salivation rare et toujours peu abondante; petite eschare seulement dans deux cas. La durée moyenne du traitement est de 37 jours, chiffre supérieur à celui de Lewin et d’autres auteurs allemands; mais Liégeois con sidère comme un point essentiel de ne procéder que. par
petites doses, plus répétées, plus prolongées, tandis que
les Allemands donnaient aïnsi de 6 à 25 milligrammes par jour. C’est sans doute a cette mesure particulière
” qu’ést dué la supériorité des résultats obtenus par le mé-
decin français.
C'est surtout dans la syphilis secondaire que les injections donnent ces bons résultats. Dès la dixième injection, il se produit une notable amélioration; du quinzième au trentième jour, les éruptions commencent à s’effacer. Liégeois a recueilli 218 observations de syphilis secondaire qu’il divise en deux catégories : 127 malades furent guéris après 68,5 injections en moyenne et ne présentèrent que 9,45 p. 100 de récidives; 69 sortirent améliorés après 50 injections, chez ces derniers, le chiffre des récidives s’éleva à 20,3 p. 100.
Mêmes résultats heureux dans la première période de la syphilis. Sur 11 malades chez lesquels l'accident primitif remontait à deux ou quatre semaines, 5 n’eurent pas d’accidents secondaires; chez les 6 autres, les accidents secondaires apparurent, mais extrémement atténués.
Pour la syphilis tertiaire, les observations de Liégeois sont trop peu nombreuses pour servir de base à des conclusions, mais elles sont encourageantes. Car il cite quatre malades dout les lésions rebelles aux autres médications s’amendèrent après 30 ou 40 injections.
Dans les conclusions de son travail, M. Liégeois insiste particulièrement au point de vue des bons effets produits par sa méthode sur la nutrition et la santé générale des malades traités. Chez presque tous, les pesées démontrèrent une augmentation de poids, et l’on n’eut pas à noter de troubles intestinaux. Nous devons insister sur ce fait, en rappelant que les injections employées dans ces cas ne comportaient que des doses faibles de mercure.
Ces conclusions, si favorables aux injections hypoder-
miques, furent le point de départ d'expériences multipliées en France, où des cliniciens tels que MM. Gubler, Léon
= — Labbé, Spillman, Marc-Sée, Simonet, etc., adoptèrent pleinement les idées de Liégeois après les avoir contrôlées. De son côté le D' Aimé Martin employait déjà en 1868 la formule suivante :
Bi-iodure de mercure et de po-
TASSTUMIUS NL, 200. ei 0 gr. 40 centig.
Chlorhydrate de morphine. O gr. 05 — Eau distillée ..... “RESTES 10 grammes.
On devait mélanger, pour éviter la formation d’un précipité, lamorphine et lebi-iodure seulement au moment de s’en servir. Une injection de 10 gouttes de la solution était faite tous les deux jours. et la guérison se produisait aussi bien que par d’autres procédés.
En 1869, Bricheteau proposait la formule suivante :
Iodure double de mercure et de sodium ..... NS er 20 1 gr. 50 cent.
Eau! distillée . ....: Ft RE 100 grammes.
Chaque gramme de la solution contenait un centigramme de sel mercuriel; on injectait une ou deux fois par jour 5 à 40 gouttes.
Autre formule de L. Belhomme:
Iodure double de mercure et
morphmel Si iebns dis 0 gr. 50 cent.
Pannstuiée. 7/05 20 grammes.
5 à 10 gouttes par jour.
Nous arrivons ainsi à la période postérieure à 4870, où de nouveaux travaux fortimportants vont apparaître dans notre pays, sur cette question,
Il: faut citér particulièrement la, thèse de Staub, qui commença ses recherches cliniques dans le service d£ M: Schutzénberger, à Strasbourg.
Mettant à profit les recherches antérieures de Voit, qui avait démontré que le mercure ne passe dans le sang, qu'après s'être emprisonnédansuncoagulum albumineux, t u ensuîté ‘en ‘dissolution. par. les. chlorures alcalins, Staub eut l'idée d’imposer en ‘injections uné formule chloro-albumineuse, analogue à celles que Bæœrensprug, à Berlin, et Mialhe en France, avaient adoptée pour l'usage interne. Mialhe avait d’ailleurs montré que les solutions de hichlorure de mercure, en injections sous-cutanées, doivent, avant de pouvoir être abSorbées, faire subir aux matières albuminoïdes contenues dans lé tissu cellulaire, une modification, par suite de laquelle un véritable albuminiate de mercure doit se former. Staub pensa « qu’une solution de sublimé albumineuse, maintenue d'avance par les chlorures alcaiins, aurait un effet genéral plus rapide, parce qu'elle agirait sans transformation préalable et passerait de plain-pied dans l’économie. » Il pensait de même éviter ainsi la cause des phénomènes douloureux, et des réactionsinflammatoires, formation de nodosités, et même mortitication de tissus, observées avec les solutions purement métalliques. M.Gubler avait, de son côté, professé déjà que « sous la forme d’albuminate, le métal cesse d’être un irritant local. »
Voici la composition de la solution de Staub:
SR NE ee raie Te à 1 gr. 25 cent.
Chlorure d’ammonium...... 1 gr. 25 — * Chlorure de sodium; 44.4, 4 k gr. 15: — J'Blanpid né. 2e ossi. br ua des
Eau distillée ........ cerise: 200, grammes.
po cd
Allant plus loin que Lewin et Liégeois, Staub conclut que la méthode hypodermique peut let doit être transformée en méthode générale, qu’elle est applicable à toutes les périodes de la syphilis, et qu'elle est même indiquée dans toutes les affections dues à une perturbation dans les actes nutritifs, où le traitement mercuriel peut être utile.
Rapidité et sûreté. de l’action thérapeutique sans dés- -ordres locaux, telles sont les raisons de ces conclusions très absolues. Nous devons dire cependant que des discussions contradictoires s'élevèrent bientôt. MM. Le Moaligou et Sée en France, Grünfeld en Allemagne, accusèrent la solution de Staub de produire assez facilement des abcès et même de petites eschares, et lui préférèrent la solution du sublimé dans la glycérine, tandis que Bamberger et Neuman, continuèrent à préconiser les injections de sublimé dissous, soit dans l’albumine, soit dans la potasse, à des doses d’ailleurs assez fortes.
Au milieu de ces résultats contradictoires, ‘paraissent les travaux de Cullingworth et de Sigmund, qui tous les deux proposent de substituer le bi-cyanure au sublimé; mais tandis que le premier se loue des injections, le second au contraire tout en préférant le bi-cyanure au bichlorure, au point de vue des accidents locaux, accorde toujours la supériorité à la méthode des frictions.
Dans ces derniers temps, M. Güntz, (1) a proposé de nouveau de remplacer par le bi-cynanure de mercure, ‘soit le sublimé, soit l’albuminate de mercure, qui n’ont pas donné dans tous les cas, des résultats satisfaisants.
La solution doit être absolument fraîche et renfermée dans une petite bouteille qui ne servira pas plus de deux
(4) Wien medical Presse, nv 12, 1880 (Anal. par L. Galliard),
M es
fois. Quand on vient à déboucher le flacon, la solution a une odeur d’acide prussique‘qui ne tarde pas à disparaître à l’air, par la décomposition du sel instable. Une seringue à injections de un gramme contiendra un centigramme de
bi-cyanure.
L'auteur a pratiqué les injections sous-cutanées d’après cette méthode chez cinquante syphilitiques, soit déjà traités, soit vierges de tout traitement spécifique. L'opération a déterminé des phénomènes variables : tantôt elle ne provoquait aucune douleur, tantôt elle déterminait de légères souffrances, tantôt enfin elle causait aux malades une impression telle, qu'ils refusaient de se soumettre à de nouvelles injections. Mais, en somme, les douleurs ont été moindres qu'avec les injections de sublimé. Les sujets maigres paraissaient offrir un terrain moins favorable que
les autres
Souvent il y avait des vertiges, des bourdonnements d'oreille, des nausées, et, dans quatre cas, du collapsus; une femme sortant de chez l’opérateur est tombée sans connaissance dars la rue. Chez quelques sujets seulement l’auteur a pu faire deux injections par jour: au plus grand nombre de ses clients, il n’en pratiquait qu’une seule et cela pendant un temps qui variaitde 20 à 50 jours; dans un
cas la cure dura quatre-vingt-dix jours.
Les accidents locaux n’ont pas l’intensité de ceux que détermine le sublimé ; les dix premières piqûres étaient généralement inoffensives, puis il restait à la place des suivantes des nodules sensibles à la pression; souvent on voyait se former des eschares, dont les plus larges avaient la dimension d’une pièce de 2 francs, eschares noires, dures et sèches qui s’éliminaient au bout de quelques semaines ;
#90 dans un cas il y eut un abcès considérable et très lent à guérir.
Même diversité dans les diverses manifestations du mercurialisme: tantôt ce médicament était convenablement supporté, tantôt apparaissait une stomatite légère ; d’autres fois une salivation si intense dès les premières injections que l'administration du médicament devait être immédiatement suspendue, ou bien des coliques, de la diarrhée nécessitant une interruption de quelques jours.
L'influence de cette pratique a été fort remarquable sur le processus syphilitique à ses diverses périodes: il suffisait de quatre ou cinq injections pour produire une amélioration sensible et pour imprimer à la maladie une physionomie particulière, difficile à caractériser, mais différente de celle que produisent les autres méthodes thérapeutiques. En résumant ses observations, l’auteur montre qu'il a obtenu un succès complet chez des malades qui s'étaient montrés rebelles à tous les traitements spécifiques ; 1l croit même avoir mis un certain nombre de ses clients à l’abri de toute récidive: c’est ce que l'avenir démontrera. Il a eu lieu surtout de se féliciter des résultats merveilleux qu'il a obtenus dans des cas d'ulcérations douloureuses et des douleurs ostéocopes insupportables,
Aussi conseille-t-il aux syphiligraphes d’imiter son exemple,quand la cure hydrargyrique aura paru échouer, même avec des doses considérables, administrées par les procédés ordinaires; le succès sera plus certain si l’on a soin de pratiquer les injections tous les jours sans intervalle.
Le bi-cyanure de mercure, ainsi employé par Cullingworthe et par Guntz, et aussi la préparation recommandée
par le professeur Pick de Prague. Un de ses élèves, le Combret. 12
— 90 — " D' Plumbert, qui vient de publier quelques recherches à ce sujet (4), a pratiqué environ quatre cents injections chez trente-cinq syphilitiques traités à l'hôpital,
Il injectait à chaque fois un centigramme de bi-cyanure de mercure dissous dans un centimètre cube d'eau distillée, et l'injection était répétée tous les deux jours. Quand. elle éiait pratiquée dans un paquet ganglionnaire, il élevait la dose en injectant du coup deux ou trois centigrammes. La réaction locale a.été le plus souvent minime; quelquefois pourtant des abcès ou des eschares se sont formés aux points d’injections. Plus souvent l’auteur a observé une stomatite spécifique ou une diarrhée dysentériforme, ce qu'explique sans peine l’exagération des doses. La résorp-. tion des tumeurs ganglivnnaires fut toujours activée, sans, qu'il y eût suppuration,
Après les injections au bi-cyanure, nous devons signaler la formule d'Y von :
Bi-iodure de mercure;.4.,.:.. L gramme.
Iodure de potassium..::..4.... 1 — Phosphate tri-basique de soude "RE
Hiau, disilléertenx seen 7 50 cent. cube.
Cette solution ne produit pas d’autres accidents locaux que des douleurs, nodosités, engourdissements plus ou moins persistants, mais pas d’abcès, ni d’eschares. :
On a encore utilisé des préparations faites avec le lactate de mercure, le phosphate, l’acétate, le bi-iodure ou l'éthyl sublimé, etc. Des expériences très multipliées dans ces divers sensse trouvent relatéespar Fürbringer, dans les Archives allemandes de clinique médicale (4879), sous le titre:
(1) Prager. Med. Wochenchrift, 1881, n° 25.
Ot —
< Contribution à l'étude de l’action locale et de la résorption de certaines préparations mercurielles dans Ja syphilis, et en particulier dans les ingections sous-çutanées de mercure métallique, par Fürbringer. » Nous.en empruntons l'analyse à M. Labadie-Lagrave.
Dans une première série d'expériences, er eine in+ jectait sous la peau du malade de 4 à 3 centimètres cubes, c’est-à-dire de 4 gramme et demi à 4 gramrnes de. mercure métallique très pur. Ces injections étaient répétées tous les cing ou huit jours. Elles necausajient pas de douleurs prolongées et n’entraïnaient presque jamais de phénomènes d’iritation locale. Quand le malade était alité et s'abstenait de tout mouvement brusque, le mercure restait sur place et pouvait être expulsé au dehors le lendemain, lorsque l'orifice de la piqure ne s'était pas obstrué. Dans un £as, le mercure putencore être chasséau dehors le onzième jour et même le vingt-septième. jour, après que l'on eut pratiqué un nouvel orifice de sortie àla peau. Une fois seu- Jement, l'injection mercurielle eut pour conséquence la formation d’un abcès. L'urine fut examinée au point de vue de la présence de mercure dans ce liquide, mais toujours sans résultat.
De même, ce mode d'introduction du mercure fut abso-lument sans action sur la marche des manifestations sy philitiques.
| Dans une autres série d'expériences, l’auteur, après avoir injecté sous la peau des:malades syphilitiques du mercure métallique, triturait la masse inerte pour, la, réduire en
particules fines et ténues. Les résultats obtenus furent les mêmes que dans,la série précédente.
Dans une tro) sième séried'expériences,le métal fut injecté sous la peau en suspension dans un véhicule constitué par
un mélange de glycérine et de gomme arabique. Il obtenait ainsi une masse d’un gris noirâtre, homogène et peu diffluente, dont un centimètre cube renfermait environ 0,1 de mercure métallique. Furbringer injecta sous la peau d’un certain nombre de syphilitiques de 1/4 à 3/4 de la contenance de la seringue, ce qui équivalait environ à 0,025 à 0,075 de mercure métallique. Ces injections répétées à 5 ou 10 jours d'intervalle étaient indolores; dans des cas relativement assez rares, elles furent le point de départ d’abcès. À l’ouverture d’un deces foyers purulents, on netrouva pas une seule goutte de mercure métallique.
Dans la moitié des cas environ, il se produisit, auniveau même du point injecté, une tuméfaction hémorrhagique qui se transforma insensibiement en une induration indolente. L'examen de l’urine dénota la prêsence de traces de mercure dans ces liquides, au plus tôt le quatrième jour après l’injection, au plus tard le septième, maïs cela dans un certain nombre de cas seulement. L'auteur estime que le mercure injecté dans chaque séance mettait environ de deux à quatre semaines pour être entièrement résorbé. De sorte qu’en injectant toutes les semaines 0,05 de mercure à un malade, il ya constamment 3 ou 5 milligrammes de métal en circulation daas le sang.
Jamais ce mode d'administration n’entraîna des accidents d'intoxication tels que salivation, etc... Sonefficacité était incontestable dans les cas de manifestations bénignes, mais elle fit complètement défaut dans les cas delésions papuleuses et gommeuses.
Elle se montra en somme bien inférieure aux autres modes de traitement les plus usités. Aussi ne saurait-on accorder une grande valeur pratique à ce procédé thérapeutique, |
L'auteur a expérimenté ensuite les injections sous-cutanées d'oléate d'oxyde de mercure. Dans la moitié des cas, T'injection fut suivie d’une légère douleur. Dans 25 010 des cas, 1l se fit une infiltration inflammatoire « loco injectionis » qui au bout de deux ou quatre jours se transformait en un abcès circonscrit, dont le pus renfermait quelques traces de la préparation mercurieile. Jamais il ne fut possible de retrouver des traces de mercure dans l’urine des malades, jamais on ne nota de phénomènes d’intoxication.
Les injections sous-cutanées d’iodure double de mercure et de potassium donnèrent lieu à des phénomènes d’irritation locale tout aussi graves, surtout lorsque la solution mise en usage renfermait un excès d'iodure de potassium. L’urine contenait manifestement du mercure.
Quant aux effets de la médication sur le processus syphylitique, ils sont loin de valoir ceux que l’on obtient avec des injections hypodermiques de sublimé associé au chlorure de sodium, d’albuminate de mercure.
L'auteur a encore tenté quelques essais thérapeutiques avec l’azotate, l’acétate, etile lactate d'oxyde de mercure.
Les injections hypodermiques d’azotate produisirent de tels désordres inflammatoires qu’il fallut y renoncer dès le début ; et l’auteur ne fut pas plus heureux avec les deux autres produits, malgré les assertions émises relativement à la tolérance de ces préparations... Enfin, il a essayé en dernier lieu d’administrer le mercure en suppositoire, sous forme d’onguent hydrargyrique associé au beurre de cacao. Les résultats de ces tentatives furent de donner aux malades du ténesme, de ladiarrhée, de la salivation avec stomatite, sans exercer d'influence favorable sur la marche
des manifestations syphilitiques.
194 ol
I faut citer aussi un nouveau travail de Lewin, qui ap— porte quatorze mille observations à l'appui de sa méthode, H signale quelques faits remarquables : c'est ainsi que la durée de séjour des prostituées à l'hôpital dela Charité,qui était autrefois de dix semaines, est tombée à quatre :Semaines; le chiffre des récidives s’est abaissé de88 à 40 pour 400, ‘et elles présentent beaucoup moins de gravité. Dü reste, pour obtenir ces résultats, il faut pratiquer les injections pendant un an, non d’une manière continue, mais à intervalles périodiques. C’est, comme on le voit, la méthodes de traitements successifs de Fournier. F
Au mois d’avût 4880, M. Terrillon a‘présenté de sonicôté ‘à la Société dechirurgie de-Paris le résultatd'unenouvelle série de recherches faites à l’aide de la solution de sublimé. «STI
M. Terrillon croit pouvoir dire, d’après ses expériences, “que 25 à 30 injections de 4 centigramme de sublimé, faites à deux ou trois jours d'intervalle, équivalent à un traitement de deux ou trois mois par la méthode ordinaire. Il s’est servi d'une seringue de Pravaz en gomme élastique inaltérable à l’action du mercure. 126 injections ont été faites ainsi en un mois dans son'service de Lourcine. Sur un tiers des malades, il a constaté une absence complète de douleur, sauf la petite douleur de la piqûre et un peu de chaleur à la peau; sur ur autre tiers la douleur a duré 40 à 15minutes ; sur'un certain nombre d’autres, une heure Ou aeux. [n°
Il pratiqua d’abordles piqûres à la partieinterne etsupérieure de la cuisse ; elles furent suivies-de nodosités terminées par abcès; lorsqu'il eût préféré la région-du dos ou ‘des lombes,'il n’observa plus les mêmes accidents ; ce qui
%e — 95 — prouve, d’après lui, que la question, au point de vue de la production ou de l’absence des accidents locaux, est surtout une question de choix de régions.
Vers le quatrième, jour du traitement on observe de la salivation dont il est plus facile de se rendre maître que de celles que produisent les frictions mercurielles ou l’absorption stomacale. Il suffit de supprimer l'injection, la salivation s'arrête aussitôt. Cette différence s’expliquerait, suivant lui, par la différence des conditions qui accompagnent l'absorption dans l'estomac ou dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Dans le premier cas, le mercure s'emmagasine en quelque sorte dans le foie et nes’élimine qu'avec lenteur; au contraire l’absorption dans le tissu cellulaire sous-cutané se fait rapidement etson élimination de même.
INJECTIONS DE. PEPTONES MERCURIQUES
Nous arrivons maintenant à une époque extrêmement intéressante dans l’histoire des injections hypodermiques de préparations mercurielles ; il s'agit desexpériences faites avec des peptones mercuriques.
Les albuminates de mercure, en effet, sont assez mal définis, et assez inconstants dans leur composition d’ailleurs mal connue. Nous avons vu quelques auteurs leur reprocher au moins le même nombre d'inconvénients qu’à toutes les autres solutions déjà proposées. Enfin, l’albumine ne saurait directement passer dans Le sang sans e voir été préalablement transformée en albumine-peptone, qui seule peut être directement absorbéeet être entraînée dans
circulation générale sans inconvénients ; et peut-être que la persistance des accidents locaux était due à ce fait que la transformation de l’albumine combinée ou non au sel de mercure, en albumine-peptone, n'avait lieu que difficilement, au prix de désordres et d’irritations inévitables, le: tissu cellulaire sous-cutané n'étant nullement approprié pour fournir les ferments et les milieux convenables à cette transformation.
D’autre part, nous trouvons, dans la thèse remarquable de M. Henninger, (1) nettement établi ce fait, qu'il est très difficile de préparer des peptones chimiquement pures, ne contenant pas un excès de cendres dues à l’incorsoration de substances minérales étrangères. En effet, si l’albumine en flocons et surtout coagulée retient avec une grande ténacité une grande quantité de sels, tous les chimistes qui ont étudié les peptones ont aussi confirmé l’observation faite d’abord par Lehman, que ces peptones ne possèdent pas une moins grande tendance à retenir en combinaison des sels minéraux et des bases.
On avait donc pensé déjà à utiliser ces combinaisons chimiques des peptones avec certaines bases médicamen— teuses, pour certaines formes de traitement interne, lorsque Bamberger, le premier, chercha l'application des peptones mercuriques en injections sous-cutanées. Mais il se servit plutôt d’un peptonate de mercure, dont il décrit ainsi la préparation :
On fait une solution de sublimé dans l’eau au 5 1006, et! une solution de chlorure de sodium au 20/100°. On dissout un gramme de pepsine de viande dans 20 centimètres cubes
(1) De la nature et du rôle physiologique des peptones, par le Dr A. Henninger, Paris, 1878.
d’eau distillée, et on filtre. On ajoute à cette liqueur filtrée 20 centimètres cubes de la solution de sublimé au 5,100e, et on dissout le précipité qui se forme avec la quantité nécessaire (15 à 16 centimètres cubes environ) de la solution de sodium. On verse alors la liqueur dans un vase cylindrique gradué, et on ajoute de l’eau distillée jusqu’à atteindre 100 centimètres cubes. Préparée ainsi, la liqueur est à un centième, c’est-à-dire que chaque centimètre cube contient un centigramme de mercure combiné avec la pepsine. On couvre le vase, on laisse la liqueur reposer quelques jours. Il s’en sépare une petite quantité de précipité cotonneux, blanchâtre (peut-être de l’albumine contenue encore dans la pepsine). On filtre, et la liqueur est préparée.
On injecte un centimètre cube, c’est-à-dire un centigramme, tous les trois ou quatre jours. Répétée plus souvent, cette injection ne tarde pas à produire de la salivation et des abcès. Il est fort possible que la dose employée soit trop forte, et que l'on obtinne de meilleurs résultats avec une solution plus faible et des injections plus fréquentes, il se produirait peut-être en ce cas la même différence qu'entre la méthode de Lewin, très usitée en Allemagne et celle de Liégeois, qui a été adoptée plus généralement en France.
En 1881, M. le Dr Martineau a fait connaître dans un important mémoire (1), le résultat fait par lui, à l’aide de solutions de peptone mercurique ammonique. M. Delpech, pharmacien, avait préparé pour ces recherches une peptone mercurique ammonique ainsi composée :
Peptone en poudre de Catillon. 9 grammes.
Chlorure d'ammonium......., 9 — Sublimé corrosif.,.s........ 6 —
(1) Uñion médicale.
Combret. 13
es ee
On dissout cette peptone mercurique ammonique dans:
CIYCÉTIME DIT css see 72 grammes.
Bat distnée cs pe à 24 —
5 grammes de cette solution normale, filtrée, contiennent exactement 0.25 centigr. de sublimé, qui, étendus de 25 gr. d’eau distillée, donnent une solution hypodermique renfermant, par seringue de 1 gr. 20, 10 milligrammes de sublimé.
Cette solution est stable, paraît-il.
Les expériences de M. Martineau ont porté sur le chiffre imposant de 472 malades, etil est intéressant de connaître sés conclusions. D’après le distingué médecin de l'hôpital de Lourcine, lFadministration de bichlorure de mercure associé à la peptone sèche par la voie hypodermique ne donne lieu à aucun accident local, tel que phlegmon, abcès, eschares, toutes les fois que l’injection est faite dans le tissu cellulaire sous-cutané. Les nodosités dbservées chez ques malades ont toujours été le résultat d’une injection faite trop précipitamment et dans la région profonde du derme. Du reste, ces nodosités, tout en étant douloureuses, disparaissent assez promptement, sans qu'elles soient suivies d’un accident quelconque.
Ces injections n’occasionnent, le plus ordinairement, aucune douleur, alors même que le sel mercurique est administré à une dose assez élevée, telle que 10 milligrammes, par exemple. Lorsque la douleur survient, elle résulte de l’état du maladé dont le nervosisme est extrême; de son indocilité qui ne permet pas de faire exactement l'injection dans le tissu cellulaire sous-cutané; de l’inhabilité de l’o= pérateur ou de la trop grande précipitation qu'il met à
pratiquer l'injection; de la canule enfin, si la pointe est légèrement ébréchée. Dans ce cas, la canule, en pénétrant dans les tissus, les dilacère, il survient une légère ecchymose et même une nodosité. La douleur, en outre, est due dans quelques cas, à la densité du tissu cellulaire souscutané, alors que les mailles en sont fines et serrées. Dans cette condition, la compression des éléments nerveux a lieu et la douleur se développe. Cette douleur, du reste, n’est jamais assez intense pour primer l’action énergique des injections hypodermiques dans le traitement de la syphilis.
Les injections de peptone mercurique ne s’accompagnent pas de salivation, de stomatite mercurielle, alors même que le sublimé est porté de 10 milligrammes, pourvu qu'il - n'existe aucune inflammation de la bouche ou des gencives, qu'il n'existe aucune irritation produite par le tabac, par l'alcool, etc.
Ces injections ne donnent lieu à aucun trouble gastrointestinal. Aussi ce mode d'administration du mercure permet au médecin de faire suivre au malade le traitement qui convient à l’état constitutionnel ou diathésique préexistant au développement de lasyphilis. Ainsi les malades atteints d’arthritis, d’herpétis, de scrofule, de tuberculose pulmonaire, peuvent suivre un traitement destiné à modifier le terrain sur lequel est venue s'implanter une maladie constitutionnelle nouvelle et qui imprime à celle-ci une évolution normale.
Les injections de peptone mercurique ont sur les accidents syphilitiques une action plus prompte, plus énergique que les autres modes d'administration.
Ajoutons en terminant que le professeur Pick, de Prague, dont nous avons relaté les expériences avec le bi-cyanure,
a essayé tout recemment une solution nouvelle, dans laquelle il associe au sublimé, la peptone et l'iodure de potassium. Cette préparation lui aurait donné de très bons résultats dans les manifestations tertiaires (1).
RÉsuMÉ. — CONCLUSIONS.
En résumé, nous avons vu que les partisans de la méthode hypodermique ne lui trouvent que des avantages; il n’y a pas de salivation, par d’irritation stomacale ou intestinale; le dosage est précis, la dose nécessaire très réduite, l'absorption rapide et complète, le temps du traitement est très abrégé, les récidives raréfiées, etc.
Mais adopter absolument et sans réserves toutes ces. conclusions serait fort exagéré; nous avons vu d'éminents cliniciens forcés d’abandonner les injections, à cause des abcès parfois volumineux, de la gangrène, des eschares limités qui se produisent au niveau de la piqûre. D’autres : ont signalé des troubles digestifs plus ou moins sérieux, de l’anémie, des accidents fébriles, de la diarrhée, c’est-àdire tous les inconvénients de la mercurialisation, dès que les doses deviennent un peu fortes comme en Allemagne: et si elles sont atténuées, les injections n’agissent guère plus vite que les frictions, Evidemment, en cet état de choses, tout n’est pas dit. I] devient nécessaire de poursuivre des recherches aussi importantes, pour que l’on soit fixé plus complètement sur le choix de la meilleure préparation, et sur le dosage le plus efficace sans inconvénients. Il nous semblerait, a priori, que l’emploi des solutions de peptones mercuriques, bien préparées, avec des injections
(4) Journal de thérapeutique, janvier 1882.
fréquentes, à faible dose, et par séries interrompues, devraiènt constituer la pratique la plus rationnelle et la plus. sûre. D’autres, plus compétents, décideront.
Dès maintenant cependant, il est certaines règles définitivement posées. D'abord, la seringue doit être choisie en gomme ou en caoutchouc vulcanisé, en raison des alté-. rations que la préparation mercurielle ferait subir au métal des seringues ordinaires. Une précaution essentielle consiste aussi à bien faire pénétrer l'aiguille jusque dans le tissu cellulaire sous-cutané, sinon, la production d’un abcès est presque inévitable.
Le choix de la région où l’on fait la piqûre est ensuite d’une grande importanee. D'une manière générale, en raison des propriétés irritantes de l’injection, il faut choisir de préférence des régions riches en tissu cellulaire. M. Gubler recommande de faire l'injection dans le dos, et surtout dans la fesse, non seulement à cause de l’abondance du tissu cellulaire, mais aussi parce que ces régions, peu riches en vaisseaux et en nerfs, ont une température moins élevée que le reste du corps et se prêtent moins au travail inflammatoire. D'autres ont aussi indiqué le dos et les lombes (Terrillon) ; le côté externe du bras (Liégeois); les parties latérales du thorax, enfin le dos près de l’omoplate (Lewin, Neumann). C’est sur cette région du dos, près de l'épaule que les expérimentateurs font presque toujours porter l'injection ; il vaudrait mieux sans doute choisir un point plus bas placé dans la région dorsale.
Enfin, il faut avoir grand soin de séparer une piqüre de l’autre par un intervalle de 2 ou 3 centim. au moins.
Mais en observant soigneusement toutes ces conditions, il n’en subsiste pas moins, au passif de cette méthode, des inconvénients fort sérieux. La douleur, qui est générale,
est parfois fort vive; puis des nodosités, et la menace continue d’une réaction inflammtoire, nécessitent de grandes précautions. On voit quelquefois des malades à l’hôpital se refuser obstinément à continuer le traitement, et ces résistances s’accentuent bien autrement dans la clientèle civile. En tout cas, la vulgarisation de cette méthode, que les malades redoutent et ne peuvent pas appliquer seuls, sera fort difficile, quoi qu'on en ait pu dire, en dehors du . milieu spécial et restreint des cliniques hospitalières.