‹ Notes sur les produits espagnols envoyés à l'exposition de Londres suivies de quelquesChapitre 42 sur 59 · IV.~MANUFAOTURE · texte numérisé non relu

IV.~MANUFAOTURE

La différence que l'exposition espagnole présente dans le nombre, la richesse, la yariëtë respective de ses matières premières et de ses manufactores, est un grand ride à remplir par le travail assidu et sagement calculé, de la nouvelle époque qui vient de commencer pour nous. Généreusement dotés par la nature, entourés de nations laborieuses, qui nous invitent de toutes parts à prendre leurs produits, nous devons résoudre le problème de ce qui nous convient le mieux ; ou améliorer et étendre Tindustrie manufacturière, ou nous borner à confectionner la production des matières premières, dont l'échange a constitué, jusqu'à présent, presque la seule base de notre commerce. Sans entrer maintenant dans l'exposé des considérations préalables, qui demande la résolution d'un tel problème, nous pouvons indiquer d'avance que les deux termes présentés comme une alternative, pourront très bien être acceptés comme conditions de véritable progrès pour l'Espagne,

Nous devons cependant constater que, s'il est certain que l'état de nos fabrications ne répond pas à l'abondance de nos matières premières, il est aussi incontestable que les objets manufacturés envoyés de l'Espagne, ne donnent qu'une idée, extrêmement incomplète et infidèle, des caractères, de l'état et de l'étendue de notre industrie. Il y a des branches entières, comme la verrerie, la fayence, la porcelaine, les arts céramiques en un mot, la coutellerie, la serrurerie ; presque toutes les industries exercées dans les métaux ; la filature et le tissage du coton ; la filature et le tissage du lin, et beaucoup d'autres, qui ne sont pas du tout représentées, ou qui le sont seulement par des échantillons isolés, insuffisants pour le jugement. Il n'y a pas un seul échantillon des manufactures de tissus de laines, manufactures indigènes, caractéristiques, importantes. Pour les draps, qui abondent partout, et qui mériteraient bien d'être étudiés, comparés avec ceux d'autres pays, il n'y en a que de trois contrées, qui même n'ont pas envoyé de séries complètes pour pouvoir apprécier l'état de ces manufactures. Les soiries sont en si petit nombre, qu'à

juger par elles, on croirait que ces produits sont seulement les résultats de quelques efforts individuels et isolés, lorsqu'il existe des x^entaines de fabriques parfaitement organisées dans un grand nombre de localités d'Espagne.

Pour donner une idée comparative de la négligence qui a dominée parmi nos industriels, qu'il nous suffise de dire, que la Catalogne, dont l'industrie cotonnière représente un capital en bâtiments et en machines de 83 millons de francs, avec un capital circulant de 7 millions, et la somme de 29 millions, payée annuellement en salaires et appointments, 93 machines à vapeur, 4 mille chevaux de force motrice de toute espèce, avec 60 mille ouvriers, 800 mille broches, 40 mille métiers, consommant 23 millions de kilogrammes de houille,

15 millions de kilogramnSes de coton brut, et produisant pour 16 millions de kilogrammes de filature, 110 millions de mètres d'étoffes,

16 millions d'impressions, n'a pas envoyé un seul de ces nombreux produits à l'Exposition de Londres.

On ne doit pas attribuer cette absence absolue de la Catalogne à la cause que M. filanqui, préoccupé de la question du libre échange, lui assigne, savoir ; la crainte d'être écrasée par la comparaison de ses détestables cotonnades avec celles du monde entier. Le jugement nous paraît trop sévère ; et en outre, beaucoup de branches d'industrie, dans lesquelles la Catalogne pouvait, à plus d'un titre, se montrer fière de ses progrès, ne sont pas non plus représentées. Par exemple, la manufacture de draps et d'une grande variété d'étoffes, châles, bonneterie, etc. ; le tissage des toiles, pour plus de 2|^ millions de mètres, dont 250 mille de toiles damassées ; l'industrie du papier, qui occupe 1 6 mille personnes, etc.

Mais, la Catalogne n'est pas la seule qui ait négligé d'envoyer ses produits à Londres; le même reproche peut être adressé à toutes les autres contrées industrielles de la Péninsule. Dans la dernière exposition nationale de Madrid, on regrettait une semblable absence ; mais nous serions un peu plus satisfait, si tous les produits qui ont été présentés eussent été envoyés à Londres. Nous croyons être juste, en attribuant cette absence, presque totale, des manufactures espagnoles, à une idée fausse qu'on s'est formée en Espagne du caractère de l'Exposition universelle ; on Ta considérée plutôt comme un concours que comme une exposition, en confondant un de ses buts avec l'idée plus générale et féconde de constater l'état de la production naturelle et industrielle, dans tous les

payi du inonde, afin d'en déduire toutes les conséquences qui se rapportent aux conditions présentes, aux forces naturelles et factices, aux mérites réels, à la Taleur relatiTC, à l'abondance et au bas prix, au présent et à Tayenir, en un mot, de l'industrie dans chaque pays.

Parmi ce petit nombre d'objets industriels, l'exposition espagnole en offre d'une perfection, qui doit à elle seule faire soupçonner le Tide que noua signalons. Car il est impossible qu'un pays, parvienne à faire des travaux en bois, des armes, des blondes, de l'orfèrrerie, tels que la galerie espagnole les offre à l'admiration du public, sans être parvenu d'avance à établir les brancbes intermédiaires, qui amènent à ces résultats. Mais, nous le répétons, on a cru que tous les produits de l'industrie purement indigène, et la plus grande partie de ceux des industries imitées de l'étranger, étaient indignes de figurer dans la grande Exposition de Londres. Gomme objets seulement curieux, mais sans leur donner la moindre importance, ou bien comme partie des séries naturelles dans son premier état d'élaboration, on a envoyé quelques produits, qui étant isolés et détachés de la série à laquelle chacun appartient, perdent tout leur mérite et deviennent inutiles pour l'étude. Ainsi, nous exposons un de nos médiocres vases en terre cuite du Toboso, quelques briques réfractaires, et quelques échantillons des jolis car-* reaux en fayence, employés pour parqueter les appartements dans nos provinces du midi. Comment serait-il possible de connaître, et même encore de juger, de l'état des arts céramiques en Espagne, par ces trois chaînons éloignés de la série ? Nous pouvons dire la même chose de beaucoup d'autres manufactures très nombreuses et très importantes.

C'est à cause de cette détresse d'exposition,, que nous sommes très embarrassés pour dire quelque chose de clair, de précis, de caractéristique sur nos manufactures ; car les preuves manquent au Palais de Cristal ; et lorsqu'à peine nous essayons de nous fixer sur quelque branche, nos souvenirs des produits qui manquent est plus fort que l'impression de ceux qui se présentent au public. Celui-ci aura donc égard à notre position difficile.

A l'entrée de notre galerie, sont exposés quelques objets de prix et d'un travail remarquable, détachés des séries de l'Exposition. Ce sont des armes de la célèbre manufacture royale de Tolède, d'autres à incrustation en or et en argent, de M. de Zuluaga, des

broderies sur velourg, sur batiste^ sur nipis de Manile, et une robe et un châle en blonde noire avec des fleurs en couleur, qui est une difficile innovation introduite dans Tart de la dentelle par M. Fiter, habile fabriquant de Barcelone. Nous croyons remplir un devoir^ en signalant ces trois catégoires d'objets, à l'attention des membres du jury et des commissaires étrangers. Les produits qu'exposent M. Fiter et M. Zuluaga, ne sont pas les résultats uniques dans ces branches d'industrie; car elles se trouvent déjà constituées en ateliers, pour satisfaire à des demandes considérables; par conséquent elles rentrent dans le cadre des manufactures espagnoles.

En parcourant notre galerie, on voit les objets manufacturés, classés dans un ordre de catégories qui rend facile tout examen. Nous allons faire un relevé rapide, et très pauvre en renseignements, parceque les exposants n'ont presque rien expliqué.

MAMVFAOTVRSS MÉTAXiXiIQVSS.

Nous avons donné quelques indications sur le prix de nos fers, nos cuivres, nos plombs fondus et étirés en barres, planches, etc., en parlant des métaux. Nous aurions bien désiré de fournir au jury des notes plus complètes sur la production des métaux et les manufactures métalliques de l'Espagne.

L'industrie du fer forgé est très ancienne en Espagne ; mais celle de la fonte anglaise, est assez récente : elle date seulement de 1832. Depuis lors, on en a établi 6 en Barcelone, 1 à Sabadell, 1 à Tarrasa, 1 à Mataro, 1 à S. Felio, 1 à Igualada, 1 à Yich, 1 à Reus, 1 à Figueras, 3 à Madrid, 2 à Valence, 1 à Séville, 1 à Yalladolid, 1 à la Corogne, 1 à Bilbao, 1 à Tolosa, 1 en Trubia : il y a aussi 4 ateliers de construction et de fonte à Barcelone, 1 à Manrreza, 1 à Madrid, 2 à Malaga, 1 à Saragosse ; et en outre 18 ateliers de construction seulement à Barcelone, 2 à Sabadell, 1 à Tarraza, 1 à Yilasar, 1 à Mataro, 1 à Mataro et 1 à Reus. Cette énumération doit faire contraste avec le petit nombre de produits métallurgiques envoyés de l'Espagne.

On peut juger de l'état de nos fabriques d'armes par la belle pièce en bronze, du poids de plus de 3,000 kilogrammes, de la manufacture royale de Séville, les fusils-à-piston de Palencia, cotés

à 142 r^aux, ou 36 fr. ; les fusils de chasse de Biscaye, au prix modique de 66 et 72 réaux, soit 17 et 19 fr.

La manufacture de Tolède, construit des lames d'épis, de sabres et couteaux d'une trempe remarquable. Il y en a qu'admire le public, qui rentrent dans des gaines en forme de couleuvre : mais les prix manquent à ces beaux produits. La hallebarde antique est cotée 300 réaux, ou 75 fr. la dague, 400 réaux, ou 100 fr.

Deux fabriques, une de Plasencia, une autre de Eibar, dans la province de Guipuzcoa, ont envoyé des limes, depuis 14 jusqu'à 18 pouces ; les premières cotées à 6 réaux, les dernières à llj^.

Barcelone a envoyé des peignes pour le tissage du tulle, pour la soie, pour le velours, etc. Les prix sont modérés, mais Ténumération en serait longue.

De la même ville et de celle d'Escaray sont les cardes pour laine et coton, faites dans les métiers introduits de Liège. Il y a aussi des toiles métalliques, de la fabrique de Barcelone ; celle de Madrid n'en a pas envoyé. Il y en a pour la fabrication du papier continu et pour le papier fait à la main.

Un seul fabricant, M. Callejo, a présenté des travaux de serrurerie ; on peut juger cependant, assez avantageusement de l'état de cette industrie chez nous.

Le travail du fer et du bronze a trouvé dans M. Pescador et M. de Miguel, de dignes représentants. Les lits que ces deux habiles serruriers ont exposé, méritent, à notre avis, l'attention du jury. Les ateliers où. ces lits sont construits à Madrid en fournissent de toutes les formes et pour toutes les fortunes.

Dans la revue des produits fabriqués avec des métaux, le Saintsacrement construit par M. Moratilla à Madrid, est un autre de ces types isolés de l'adresse de nos artistes, qui sont heureusement arrivés pour rectifier les jugements du public sur notre industrie. Cette belle pièce a été commandée pour la nouvelle cathédrale d' Arequipa ; et elle seule suffit pour donner une avantageuse idée de l'état dans lequel l'art de l'orfèvrerie se conserve encore en Espagne.

FZXiATVRB BT TISSAOS.

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