‹ Notes sur Prosper MériméeChapitre 117 sur 197 · LES DEUILS · texte numérisé non relu

LES DEUILS

part, je ne voudrais pas qu'il en fut autrement >. » Il écrivait i Stapfer * : « Vous avez connu ma mère et vous savez tout ce que j'ai perdu. Je suis encore dans l'étourdisscment. Mais je sais que chaque jour me montrera davantage retendue de la perte que je viens de faire... Mes amis ont été excellents pour moi et se sont réunis pour m'ôter du moins pendant les premiers jours le sentiment du vide affreux qui s'est fait autour de moi J. » Et à M»« de Lagrené : «... C'est une bien grande consolation pour moi Madame, que cette sympathie de gens que j'estime et que j'aime et qui me parlent de ma mère comme s'ils l'avaient connue... 4 »

I. A M"* de La Rocheiacquelein [28 juiii i8$6], Um CorrtspofiJkmu itUdiUf p. 17.

a. Paul Supfer, ke. cit., p. 329.

). L'on connaît aussi le billet plein de caur qu'il adressait à Emile Augicr en 1870» dans une occasion pareille (d'Haussonville, ke, cit., p. I)). Dans ces conditions, le billet à Jenny Dacquin du i** mai 185 a {Lettres à une incotintie, 1, 319), étonnerait beaucoup si Ton ne savait de quelle manière imUeente toutes ces lettres ont été arrangies. Le dernier J de ce billet semble être dans ce cas.

4. Lettre inédite du 4 mai. — Quelques jours après, un ami de Mérimée mourait à Bonifaccio, le 29 mai 1852 : Requien, âgé de 62 ans. Cf. baron d'Hombres-Firmas, hhtia nèerohgiqut sur Esprit JUquien. (Nîmes, Durand Belle, 1852, in-8*, 7 p.)

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< Mérimée fut distrait de son chagrin par l'affaire Libri.

L^aflaire elle-même est assez connue, mais les avis sont partagés sur la culpabilité ou Tinnocence de Taccusé. Mérimée» lui, qui connaissait Libri, prit hardiment parti pour lui» Convaincu de son innocence, il le défendit vaillamment.

Leurs relations remontaient déji à quelques années. M, Charles Henry a publié * deux lettres de Mérimée à Libn. L*une relative à un envoi de talLiU d xvceri conts >, Tautr^ pour lui recommander son ami Mohl, candidat à U chaire de M. Jaubert au QMlége de France 4.

En voici une trvMsiéme s, du méme^u même, inédite c^He-U.

« Mv^n cher confrère, « M* BcnUmin Delessert me tourmente pour que je W iu^i>e uu de ces jours a^niin^r vos mss. Dites-moi d^jiKud :ù U chose ne vvhî$ ecauie pv» trop, et dans le

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cas où vous n'auriez pas d'objections, i quelle heure et quel jour nous pourrions aller vous voir. « Mille amitiés et compliments.

« Pr Mérimée.

« i6 janvier 1847. *

Ils avaient des amitiés communes >, ils avaient su attirer sur eux les mêmes haines : lorsque le malheur frappa Libri, Mérimée ne l'abandonna pas.

Il fut son représentant i Paris. C'est lui qui remit au procureur de la République la lettre de Libri datée du II novembre 1849 '.

M. Léopold Delisle partisan, au contraire, de la culpabilité, a raconté ' un fait auquel Mérimée aurait été mêlé:

« Libri fier de posséder un ms. orné de peintures antérieures au siècle de Charlemagne, le seul qui existât en France, ne put résister â la tentation de s'en faire gloire ; il le montra :\ des artistes et des littérateurs réunis dans le salon de Paul Delaroche. Mérimée était au nombre jdes invites. Quelle ne fut pas sa surprise, quand il reconnut dans le ms. de Libri plusieurs peintures qu'il avait, quelques années auparavant, dessinées ou calquées i la bibliothèque de Tours! Il manifesta son étonnement; mais Libri, sans se décontenancer, fit observer que le manuscrit vu par Mérimée à Tours devait être une copie

I. Libri éuit, |Mni!t-i!, cousin de Pelletier, tecréuire g** du minittère de la maison de TEmpereur (Vielcastel, V, 119).

3. Libri, Utlreà M, BarthiUmy-S' Hilairg (Londres, Barthis, 1850), p. XV. n a passé eu Tente, (Catalogue du i) juin 1888, n* 104), une lettre de Mérimée, du la novembre 1849, rel^^tive à Libri.

). L. Delisle, op. dt,, p. xviii.

2^û NOTES SUR PROSFIR MÉRIMÉE

OU une imitation de son manuscrit, lequel était plus ancien et venait d^talie. Mérimée, parait-il, se laissa convaincre et n'insista pas sur son observation, n D'après M. Delisle^ en 1848, Ch. Lenormant rappela ce fait, et Libri s^em pressa « d'expliquer de si dangereuses divulgations ». 11 écrivit 2 lettres à ce sujet a Paul Lacroix, les 6 et II décembre 1848, pour, dit M. Delisle, a 6xer la version que le bîblioplnîle Jacob devait opposer aux dé* ckrations de M. Lenormant. *

Dans la lettre du 1 1 décembre on lit : « M* Mérimée* en le voyant, crut reconnaître quelques têtes qu'il avait copiées ou calquées plusieurs années auparavant* Mais comme il disait que le ms. qu*i] avait vu à Toun était carlovingicn et qu'il ne Tavait pas vu depuis grand nombre d'années, je cms que la mémoire le trompait et que tout au plus il avait vu à Tours une copie ou imitation plus moderne démon ms.*. D'ailleurs, M, Mérimée m'a dit plus tard qu*ayant été à Tours depuis, il s'était assuré que le ms. en question n'était pas dans le catalogue, »

M* Delisle est obligé cependant de reconnaître, en note, que P* Lacroix préîmdaH avoir vu Tacte de vente du Pentateuque. M^^^ Valentine Stapfer a bien voulu nous écrire * qu'Albert Stapfer, lors de Taffairc Libri ^ « avait rappelé à M, Mérimée des faits qu'il tenait de M. Mérimée lui-même, et qui pouvaient faire suspecter rhonnétetéde Libri. Mais M* Mérimée ne s'en était pas laissé ébranler dans sa défense ». Cela concerne sans doute le fait rapporté par M. Delisle, et montre bien que Mérimée avait

j. Lettre du 16 août 1900.

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reconnu qu'il s'était trompé. Ses amis avaient une telle confiance en lui, que Stapfer ne s'étonna pas de ce changement d'opinion.

Mérimée n'était, du reste, pas le seul i croire i l'innocence deLibri: Boissonade, Victor Cousin ', Paulin Paris Paul Lacroix, etc., partageaient son opinion. En Angleterre, écrivait Mérimée le 15 juillet 1850, les jurisconsultes et les bibliophiles sont convaincus de son innocence ', et Panizzi offrait au proscrit une fonction au British Muséum. On était frappé des nombreuses irrégularités de la procédure. « Pourquoi, disait Mérimée dans la même lettre, refuser de lui donner connaissance de l'acte d'accusation ? Ou il est voleur, ou il est innocent. Dans le premier cas il faut le signaler i toutes les bibliothèques d'Europe; dans le second lui donner les moyens de se justifier. » On était indigné de la manière dont l'affaire avait été engagée. On y voyait, non sans raison, un moyen détourné d'attaquer Guizot; on ne se gênait pas pour blâmer la façon dont les experts comprenaient leur tâche; mais personne n'osait le dire hautement. Mérimée se chargea de dire la vérité — ou ce qu'il croyait l'être — dans la Revue des Deux-Mondes du 15 avril 1832.

X. t Veaillei recevoir Texpression de nw sincère leconatistance pour Tappui si efficace et si généreux que vous m*avex donné an sein du Conseil. Vos conseils sont czccllcns en tout et toujours.., » (Lettre inédite de Libri à Cousin, Londres, xo novembre 1849). « Permettes-moi de profiter du voyage de M"* Libri qui se rend k Paris pour vous oiïrir Texpression de ma reconnaissance et pour vous remercier de toutes les marques d'intérêt que vous m*aves données depuis quatre ans... » (M., du )o janvier 1850). Nous reviendrons du reste prochainement sur les relations entre Libri et Cousin, dans nos Correspondants et Vktor Comsin,

2, Catalogue de la vente d'autographes du 16 mars 1889, n* 81.

298 KOTES StiR PRÔSPER MÉRIMÉE

Libri avait beaucoup 4'ennemis, un peu partout, « Riche d'ennemis parmi les savans, ks érudits ti les dév6ts, il ne restait plus à M. Libri que de se procurer des ennemis polit iques« et c'est â quoi il ne manqua point. » Mérimée fît justement remarquer (p. j 1 1 ) que le chois des experts n^ètait peut-être pas le nieilleur qui put être fait, tt Ils appûrtenaiem tous à un corps notoirement hostile iraccusé »* Quoiqu' « étranger » à la littérature judiciaire », le fameux rapport Boucly lui causa beaucoup de surprise* Il lui paraissait a rédigé d'après les mêmes principes qu'un roman ou un mélodrame », et comme il avait « fait des romans », il déclarait ne pas « sortir de sa compétence en appréciant une œuvre d'imagination »« Il expose ensuite succinctement Taifaire, insistant sur les réparations faites par des relieurs, grattages ou restaurations, Œ Des lettrés qui n*onE jamais lait d'enquête, un juge qui n'entend rien aux livres, se sont trouvés en relations suivies. Chacun aime â faire un autre métier que le sien : par exemple on cite des rois qui se plaisaient à faire la cuisine. Entrahiés par le charme de la diversité, les experts se sont mêlés de procédure, le juge d'érudition. De la sorte tout s'explique, et les fautes contre le rudiment et celles contre le code. » (p. 317). Erreurs de date, erreurs d'éditions» erreurs de lieux d'impression, erreurs de provenance, tout est relevé dans cet article avec une verve endiablée, <* Sans doute le juge croit que M, Libri a des poches pour escamoter les in-folio; mais tout le monde sait que les plus grandes poches connues,

I. « L'un est un compilateur fort estimable et souvent ingénieux, l'autre un habile discuteur historique, le 5* un patient annotateur. » (Paul pkcroix, Ltttrês à M. Haitm, p. 54).

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celles de feu M. Boulard, ne contenaient que des in-40 ^»' (p. 322). Aidé des bibliothécaires de la Mazarine — il le dit expressément (p. 326) — il prouva: i® que des livres soi-disant soustraits par Libri dans cette bibliothèque se retrouvaient sur les. rayons, 2» qu'il y avait eu bien longtemps avant l'arrivée de Libri en France, dis 1826^ des constatations de disparitions de volumes. Tout en approuvant le fond des brochures dont Libri inondait Paris, il trouvait que Libri se défendait « trop bien ; voyant des ennemis partout, il frappe â tort et â travers et s'en fait de nouveaux. » Il aurait pu ajouter aussi que « sa manie de prêter ou de donner de l'argent i à'bonnites gens qui ne lui en ont guère montré de reconnaissance » a bien été pour quelque chose dans les persécutions qu'il dût subir. Un des grands reproches que Ton faisait i Libri, c'est de n'être pas un véritable bibliophile », d'être un « vulgaire brocanteur ». Mérimée y a répondu très justement (p. 331). Il ne regrettait qu'une chose, que Libri ne fût pas venu purger sa contumace. « L'opinion publique, je veux dire celle des oisifs de Paris, se prononcerait hautement en sa faveur », et on ne lui tiendrait pas rigueur « d'avoir été calomnié dans son honneur, car nous autres Français nous sommes vifs peut-être, mais ne gardons nullement rancune aux gens que nous avons oflcnsés » (p. 335).

La réponse des experts > est loin de tout éclairciri Après avoir répondu victorieusement, semble-t-il, à quelques-unes des critiques de Mérimée, MM, Lalanne, Bordier et Bourquelot eurent le tort d'accuser Libri de

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