Vielcastel, II, x6o
3^0 kïOTES SUR FRO&FBR MÉRtUÉE
ment et lentement^ s'écoute parler et arrange ses phrases. Il a toujours peu publié et il est parvenu à tout, en faisant le moins de bruit possible^ et en se remuant si peu qu^il paraissait immobile ■, »
Mérimée ne voulut pas cumuler, il abandonna l'inspection des monuments histofiqucs; ses deux derniers rapports furent celui consacré nu cIilUciu de Blois (18 décembre 1852) et celui du 10 février ïSji sur les crédits extraordinaires pour le cliàtcau de Hlois, N.-D* de Laon et le Pont du Gard *.
II recevait une autre tuile, un mois après sa nomination de sénateur et en informait Lenormant :
« Mercredi soir [août lS$||.
s Mon cher Confrère et Président^
« Je viens de recevoir une Icllrc timbrée : Soci/tê iks Antiquaires de Nonnamiif^ et signée Hippmu^ par laquelle ce grec déguisé en bas normand m'annonce que la Société des Antiquaires de Normandie m*a choisi pour son Directeur pendant l'année académique 1853-1854, Cela me jette dans une grande perplexité. Quelle est cette société? Ne veut-on pas que je la préside en quelque séance extra* ordinaire, et ne faut*il pas faire un discours à Caen?Si l'honneur qu'on me fait ne m*engage qu^i une lettre de
t, Vîekastd, II p 172.
9. Maïs il î^\%s\X la u jours partie da caniîté dci Tmvïux hlflodqutSi et It asiîsuit dssiddmciiE a\ï% siraiicca, Aitisii Le 29 novembre i%%z^ Il faitâit iiui; coruiiuiiuciitîoti «ur les ciitanip^i^ (iluttrliu du ComU dt h Ljtigm^ [, 34) j Le 15 avril tSyJl fjib^it ua rapport sur une commune cation de M. DoyiIs aîné, relative i un vase cinéraire trouvé à Toulouse (Ji., p. 193); il s'entremettait aussi auprès de M. Capelle pour obtenir communication de chants corses (id., p. 431), etc.
LES tiÔNNEURS }it
remerciements, j'accepterai ; sinon je m'excuserai sur le voyage que je vais faire, et, s'il le faut, sur mes travaux poliiiqtus. Peut-être sont-ils assez arriérés ces antiquaires de Normandie pour croire qu'on fait quelque chose au Luxembourg. Enfin veuillez me tirer de peine; je suis sûr que vous connaissez M. Hippeau et sa société et que vous savez la manière de vous en servir.
« Vous avez vu que Guilhermy et Doeswilwald ont été crucifiés. Notre ministre a fait la chose très gracieusement. Je regrette de ne lui avoir pas demandé la même chose pour Courmont. J'ai pensé qu'il n'y attachait pas grande importance et d'ailleurs nous pourrons reprendre l'affaire au i«' janvier.
« Il n'est rien survenu de digne de vous être conté aux Monuments historiques, cependant on nous demande de l'argent pour des acquisitions de terrain autour des murs de Carcassonne. En examinant le plan, il m'a semblé qu'on voulait nous attraper sur la valeur de l'immeuble et sur sa convenance pour nous.
« De la Guerre, on nous fait dire par un ambassadeur qu'on prendra les conseils de notre architecte mais qu'on désirerait bien que l'exécution, surveillance, etc., fût confiée à MM. du Génie. Garniera répondu avec la fierté d'un employé des Monuments historiques, sini ut suni aui fum sitiiy de quoi je l'ai fort loué.
« Le clocher [tout moderne] de S' Just de Valcabiére s'est laissé tomber et a cassé pour quelques centaines de francs de tuiles. M' Laval, nous envoie un devis pressant. Nous avons l'argent, mais je ne suis pas d'avis de refaire le clocher; je crois qu'il vaut mieux refaire la toiture et se féliciter qu'elle soit débarrassée d'un vilain chapeau qu'on lui avait donné.
Cha mbon . — P. Mirimie. a i
« Je vois par une lettre que vous avez adressée à Courmont, que vous avez le projet de faire un voyage à Bordeaux avec François. J'y serai le i" ou le 2 septembre et j'en partirai le 3 pour Bayonne. Je voudrais bien vous y rencontrer et vous faire les honneurs de la ville. Je vais demain à Trouville. Je serai de retour lundi à Paris j'espère. Vous serez bien aimable de m'écrire un mot au sujet de la Société des Antiquaires et de vos projets. Vous devriez mener François à Madrid parce qu'il est assez jeune pour n'y pas faire trop de bêtises. Vous verriez le Musée et la Bibliothèque. Vous auriez l'inappréciable avantage de m'avoir pour cicérone.
« Adieu, mon cher Confrère et Président, veuillez me rappeler au souvenir de Mad. L. et agréer l'expression de tous mes sentiments dévoués.
« P. Mérimée.
« Je vois avec peine que le Moniteur ne nous donne pas les nouvelles de l'Ain que nous espérions. »
Nous ne savons à quelle affaire Mérimée fait allusion dans la lettre suivante à M°^« Lenormant :
9 Madame,
a J'ai fait votre commission le lendemain du jour où vous me l'avez donnée. J'ai remis les noms, qualités et titres à M. Pelletier, chef du cabinet du Ministre d'État, qui m'a promis de recommander l'affaire à son collègue de l'Intérieur. Mais ainsi que je vous l'ai dit, ces recommandations en cascade n'en valent pas une directe. Malheureusement je ne connais à l'Intérieur que M. Frémy avec lequel je suis in contegno. Je n'ai jamais parlé qu'une
fois i M' de Persigny, et j'ai su qu'il éuit d'avis il y a un an qu'on me pendit. J'espère cependant que M' P., qui est très complaisant pour moi aura apporté quelque chaleur à solliciter son collègue. J'ai surtout grand espoir dans le Préfet, qui en pareille affaire est tout puissant.
« Je vais à Trouville la semaine prochaine, et je pars pour Madrid i la fin du mois. D'après ce que m'a dit Courmont je pourrai bien rencontrer M. Lenormant à Bordeaux et lui faire voir les beautés de la ville. J'entends les beautés monumentales.
« Adieu Madame, veuillez agréer l'expression de tous
mes hommages respectueux.
« P' Mérimée.
« Jeudi soir.
« Il août 1853. ^
D'Espagne, Mérimée écrivit de nombreuses lettres. La suivante, adressée à M"** C..., se classe certainement parmi les plus jolies qui soient sorties de cette plume si spirituelle :
« Carabanchel, 16 octobre 1853.
« Madame, avez-vous pensé quelquefois au plus humble de vos serviteurs qui depuis bien longtemps n'a plus l'honneur de vous faire la cour ? Pour moi, au milieu de mon paradis, mes pensées s'échappent bien souvent vers votre lac ou vers la rue de la Ville-l'Évêque. Je crois vous avoir écrit dans les premiers joun de mon arrivée ici ; cependant je n'en suis pas très sûr. Le fait est que je suis très distrait et très absorbé par la vie que je mène. Je ne fais rien et cela occupe beaucoup quand on est entouré par neuf femmes dont cinq demoiselles très
ji4 Morts wi$U nosmB kêiiiiéc
jolies. }e voodrai» èifc poète pour vous faifc kors portraits. Mail |e ne syb (px*un § plaio pfoiaïc mattcrof fâa mao • et fc ne trouve d'itures emnpomifofis potix Ican yeui i}uc des portes cochèrcs, de Tciicre {>our Icun cbeveux d des pi^t d*eii^tf ou les vètim pour leurs pieds. Lcê Espagnoles ont uiïe attitude et uoe marche <]ui ^ent les étrangers dam une rétcric proforule. La itsttire a été prodigae de ses biens pour elles et les a répartis avec tam de précisioti qu'elles se tiennent fort droites eu vertu d*Uïie loi de statique diaprés laquelle les corps sollicités en sens contraire par des poids considérables, demeurent dans un équilibre parfait. Quel dommage d'être vieux! Tout ce petit monde a de Tesprit, assez peu d'éducation» mais une bonne fôî et une bonhomie admirables. Ajoutez encore une coquetterie instinctive, et, à ce qu'on dit, des passions arditUcs- On s*y livre beaucoup, maigre les progriîs du rcgime constitutionnel et du romantisme. Chacun a sa chacune à Madrid ; ce qui ne veut pas dire que quelques-unes n'aient plus d*un chacun. On eu médit d'une manière atroce, mais cela ne tire pas à conséquence et on permet à chacun de prendre son plaisir où il le trouve. 11 me semble qu'on a ici les mœurs de 1750 en France avec cette différence très importante que Ton y fait Tamour avec le cœur, tandis qu'au milieu du xvin* siccle, il n'y avait guère que Tesprit qui fût de la partie. Depuis le mariage que vous savez, toutes les demoiselles espagnoles veulent attraper un empereur, toutes veulent aller à Paris ou ailleurs où l'on puisse rencontrer quelque couronne >. Cela n'empêche
I. Cf. Ltttretà uns inconnue; Uns correspondance inédite, et lettre à BoUtonaJe du 10 novembre dans Lettres inédites, p. 42-47.
pas de se contenter du pain quotidien tout en cherchant de la brioche. Je suis un suhan jusqu'à 6 heures du soir dans le Harem de Carabanchel et les mauvaises langues m'appellent Apollon au milieu des neuf Muses. Le soir il arrive des jeunes gens et mon crédit baisse. Je me résigne d'assez bonne grâce au rôle de confident. Lorsque je vais & Madrid, je vais dans la mauvaise compagnie faire des études de mœurs. Vous ne sauriez croire. Madame, combien les gens du peuple sont aimables dans ce pays, combien d'esprit, de dignité et de grandeur d'âme on trouve dans des endroits où l'on ne s'imaginerait jamais le rencontrer. Il y a prés de mon logis de Madrid une jeune fille qui fabrique des cure-dents en bois i un sou le paquet, et qui est une Cendrillon divine. Il se peut bien que je lui offre mon cœur et ma main lorsque j'aurai fait assassiner le porteur d'eau qui est son amant. Le jour où la canaille de ce pays s'apercevra combien elle est supérieure aux gens comme il faut, il y aura un beau tapage et un sens dessus dessous qui ne laissera rien à désirer.
« Adieu, Madame, je vous quitte pour aller à Madrid voir si malgré le mauvais temps il y a des taureaux. Nous avons depuis 3 ou 4 jours un vent du diable et de la pluie. On m'assure que cela ne durera pas et que nous aurons un été de la S. Martin. Je compte en profiter pour faire un petit voyage dans les provinces du Nord que je suis venu pour voir. Mais il y a tant d'attractions ici qu'il est impossible de faire ce qu'on voudrait. J'espère que votre mari est arrivé en bonne santé à New York et que votre fils s'habitue à son pays. Veuillez leur dire mille tendresses de ma part. Je suppose que vers le com-
ja6 ROTES SUE PIOSPER HÊEmÊe
mencement de novembre je pourrai mettre à vos pîeds mes respectueux hommages,
Mérimée revint en France à la fin de décembre % assez à temps pour faire partie de la Commission de l'Industrie en vue de Tescposition de 1S53» Dans la discussion du 24 man 1854^ sur le règlement concernant TeiEposîiion des ouvrages faits depuis le commeficcment du siècle, Mérimée appuya Delacroii, adversaire de ce projet qui fiit écané *.
I. Le 36 dlceiDbr« il rend compte »u Oimité des Trtiriux hltio- Hf^ites d'un méinûîrË de M. de Ritig lur \ti Câaabcnses d'uac intcHptiotJ de Kûaigshoft^n, (Buïîttin du Camilê dt h kngnit Ut 19). Le ] janvier i3S4i il fit uo rapport de if pj-gei sitr la Cûoiiiiitsion des M<mumtnu tàstori^ues.
3, Journal de îklUfdj^^ lî, ÎI7*
Mérimée avait pris l'engagement de ne jamais solliciter rimpératrice pour lui : il tint parole; mais comme il n'avait pas promis de ne pas s'occuper des malheureux, il n'en fut pas de même pour eux. Dés lors, sans même tenir compte des demandes verbales, il eut une active correspondance avec Damas-Hinard, secrétaire des Commandements de l'Impératrice, correspondance presque entièrement relative à des recommandations. Les remerciements étaient faits d'une manière charmante :
« Paris, 5 avril 1854.
« Monsieur,
« Je viens encore vous prier de mettre aux pieds de S. M. l'Impératrice l'hommage de ma profonde reconnaissance pour la bonté avec laquelle elle a daigné accueillir la demande de M">« D. Je sais Monsieur combien vous avez été obligeant pour moi dans cette aflatre. Un matelot dans un naufrage promettait à la madone de ne jamais lui adresser d'autre prière si elle le tirait d'affaire cette fois. Je devrais bien vous faire une promesse semblable. Permettez-moi de l'ajourner encore. Vous mettez tant de grâce à obliger les gens que vous leur faites oublier leur importunité.
« Agréez, Monsieur, la nouvelle expression de tous mes sentiments de haute considération.
« P. Mékimée. »
JlS HOTES SUR PIOSPEI MÉRfUÉE
n rccommaiidait ausM en cet termes uite parente d'ËticunÊ Bèquei :
c lo avHL « Cher Monsieur,
t Avcz-vous connu Etienne Béqyet? C'était un des pltli aimadlea compagnons qu'on put trouver ei un écrivain distingué, mais il en mort comme il avait vécu &ans le sou. Sa bcllc-sœur, veuve d'un membre du conseil de rAlgériet est dans la plus grande misère et sollicite un secours de S. M, Vous feriez œuvre pie en disant à S. M* quel homme était Ht. Béquet, les souvenirs qu'il a laissés, et si elle avait le temps de lire vous lui donneriez le Mouchoir Bleu. Il ne faut pns dire tout, notamment le goût du pauvre diable pour le vin de Champagne. Il en est mort. Dieu lui fasse paisi.
u Me voici revenu de Cannes et tout naturelletnent je
commence i vous tourmenter. Soyez assez bon pour
m'excuscr^ et veuillez agréer Te^tpression de tous mes
sentiments dévoués.
« P. Mérimée. »
Et cependant^ dans ce moment même, il travaillai! à r Académie, de concert avec Sainte-Beuve et Lebrun, à faire échouer la candidature de l'évéque d'Orléans % Mgr Dupanloup, qui fut élu néanmoins.
Au moment du Salon il écrit à M. de Mercey pour lui
recommander un dessinateur :
I. Lettre d'A. de Tocqueville à J.-J. Ampère, ao mai 1864, daos André Marié et J.J. Ampèrt , II, 246.
« vendredi [1854].
« Mon cher Monsieur,
9 Demain à midi M' Valerio dont M. Fould vous a parlé portera à l'Exposition ses dessins que je vous recommande. Il désirerait beaucoup qu'on en choisit au moins une vingtaine afin qu'on pût juger de l'ensemble du travail, et comparer les différents types ethnographiques. Tâchez qu'il ait une bonne place pas trop haute et le jour comme il faut pour des aquarelles.
« Mille amitiés et compliments.
« P. Mérimée.
« Il a été convenu avec le Ministre que» pendant qu'on préparerait les cadres, M' Valerio reprendrait son portefeuille pour quelques jours afin de le montrer i l'Institut. »
Mérimée n'avait sans doute plus entendu parler de la Société des Antiquaires de Normandie, lorsqu'un beau jour il reçut une lettre l'informant qu'il devait présider i Cacn la séance publique annuelle de la Société. Après avoir passé quelques jours i Londres, il revint à Paris, y passa trois jours — il en profita pour écrire à Jenny Dacquin ' — et le 29 juillet au soir partait pour Caen, où il descendait chez son cousin, M. Marc, capitaine de vaisseau.
Le 31 juillet 1854, la Société des Antiquaires de Normandie tint, à 3 heures, sa séance publique dans la salle des actes de la Faculté de Droit « sous la présidence de