X. Le MoniUmr du 5 mars
a. Leliris à P«nf^i\ I, 197 [8 avril].
5. MoHiieur du 11 juin. Il écrivait le lendemain à Lebran» dans un billet sans signature : « Je pars dans 5 minutes pour Fonuinebleau, avec le caur fort triste, et peu édifié du calme et de Timpartialité de nos magistrats. J'aurais bien voulu causer de cette triste séance avec vous. Croyez- vous que )*aie fait ce que je devais faire? » (Bibl. Maaarine, lac. a7., XI, 6).
4. Avant de partir, il envoyait à Lebrun, le 10 juillet, ses épreuves de SUnka Racine, avec un billet : « Je pars demain matin pour Londres... Il me vient un scrupule sur le sens d*un vers cosaque. Personne n*a pu me Texpliquer. Qu'importe un contre-sens qui ne peut être relevé qae par un cosaque, et combien avex-vous d'abonnés aux bords du Don et Volga?» (XI, 6).
$. Nous avons trouvé dans les papiers de Cousin une note inédite du philosophe sur Biarritz ; et, comme elle est de la même année, nous n*hésitons pas à la reproduire : « Plage presque demi-circulaire. Des deux côtés, des rochers divisés entre eux, rongés et percés par les flots, id sur
c Biarritz, jeudi 13 septembre [1861]
c Mon cher ami,
c Votre pipe est arrivée en parfait état de conservation lundi dernier. Dès que je l'ai déballée je me suis mis en devoir de la fumer après avoir pris quelques dispositions de branle bas dans ma chambre pour pouvoir la diriger à 45 degrés au-dessus de l'horizon. KoictiCct xaXà. Mais pendant que j'étais en train, il est arrivé une dépêche télégraphique qui me disait de venir ici. J'ai fait mon paquet et le lendemain je me suis trouvé l'hôte de LL. MM. Vous comprenez que je n'ai pas pu emporter ce prodigieux moyrâcanthia. A vrai dire il a un seul défaut ; c'est que pour le fumer il faut se mettre dans le Champ de Mars, un j6ur où il n'y a pas de revue. Elle est magni-
la hauteur à gauche la nouvelle église, U, & droite, le phare, au milieu une grève faite exprès pour s*y baigner tant le sable en est 6n, les vagues à la fois fortes et douces. Devant soi la mer immense qui s'en va jusque dans les eaux de l'Océan Indien ; derrière soi, comme par gradins superposés, de charmantes habiutions, inondées de lumière et de soleil et qui rappellent les villages d'Iulie. Biarrits se compose de deux ou trois nielles Tune sur l'autre ; la plus large et la plus voisine de la mer est bordée de petits platanes,
atque mlnistrantem plaunum potentibus umbram
« tt» maisons n'ont guère qu'un ou deux étages, avec un tout petit jardin par devant où croissent en pleine terre les myrthes, les grenadiers. Des hôtels de toute grandeur, quelques-uns tout à fsit somptueux. La rue supérieure est très' longue, et s'étend au loin dans la campagne, toujours en bordant la mer. A droite de la plage... est le palais de cette belle fille de l'Hspagne, désormais l'Impératrice des Français, grand et vaste palais. A côté des écuries, un parc très vaste qui occupe et enlève aux promeneurs une partie considérable de cette belle campagne. Partout un caiactèK méridional, tout est riant, comme en Italie, avec le confort de plut, »
fique et je suis seulement fâché que vous vous soyez privi pour moi de ce phénomène qui tiendrait bien sa place à côté du jonc tigré du passage Vivienne. Lorsque je serai en fonds, j'achèterai un bouquin digne du tuyau, s'il s'en trouve.
c Je reviens d'Angleterre où j'ai passé deux mois. J'ai eu la chance d'entendre le dernier discours de lord John Russell à la chambre des communes dans lequel il nous menace de toute sa colère si nous prenons la Sardaigne. Je lui ai dit que nous avions mieux à prendre. La jalousie et l'inquiétude des Anglais est amusante. Ils sont servis par leurs espions, comme on l'est toujours; c'està-dire que neuf fois sur dix on leur conte des bêtises, parce qu'un espion qui ne dit rien n'est pas payé et que pour vivre il est obligé souvent d'inventer. Comme les Anglais, sont de tous les peuples, le mieux doué sous le rapport de l'imagination, ils gobent toutes les bourdes et en font des commentaires à perte de vue. Ce serait une chose curieuse à calculer que l'argent qu'ils dépensent lorsqu'on leur a annoncé que l'empereur fait faii-e l'essai d'un canon ou d'un bateau. Il faut qu'ils aient aussitôt leur contre-canon et leur contre-vaisseau. L'invention des volontaires si elle dure pourra avoir des conséquences. A mon avis ce sera un très grand pas que fera la démocratie en Angleterre, où elle en a déjà fait beaucoup. Ici tout va tout doucement et gentiment. Il y a moins de chances de guerre > que jamais; et de révolu-
I. La lettre tans date, inédite, suivante qui se trouve A la Bibliothèque de Nantes, ColUetion Lahoucbère, 6yi, n* 241, est probablement de la même année : « Cannes, 7 décembre. — Monsieur, J'avais oublié notf« pari que voas me rappeliez. Il s'agissait, je crois de paix et de guerre, et
)74 NOTES SUm FIOSPEK MÉKIMÉE
tion encore moins. A toot prendre nous somiiies sous ce rapport mieiix que tous nos voisins.
« L'ennuyeuse affaire d'Iulie a peut-être cela de bon qu'elle empêche les Italiens de faire bien des bêtises, par exemple d'attaquer l'Autriche. Nos curés paraissent s'apercevoir qu'ils ont montré leurs cornes un peu trop tôt. L'agitation qu'ils font ne dépassent pas les sacristies et les salons. Les Orléanistes ont prêté à rire en défendant le temporel, mais les partis ont toujours la même tactique, qui est de trouver mal tout ce qu'ils ne font pas. L'embarras de l'année prochaine, si l'imprévu sur lequel il faut compter n'arrive pas, sera de contenter les Chambres. Elles veulent qu'on vote le budget par articles, et qu'il n'y ait pas de crédits extraordinaires. Si cela peut s'arranger, tout ira parfaitement bien ; mais je crains plus d'un tiraillement. Vous nous prenez pour des cornichons de croire à l'unique femme du sultan. Cela est bon pour les An-
en votre qualité de )eune homme vous aviez compté sar la gueire. Eo ma qualité de Tieillard je m'en fiais à la lâcheté humaine et j*ai eu raison. Il est heureux d'ailleurs pour ces damesque vous ayez perdu. 11 y a des violettes à Paris, à ce qu'il paraît, undis qu'à Cannes, je n'aurais trouvé que des olives. Nous avons ici un temps de chien. Le vent d'Est qui vous apporte le beau temps à Paris nous souffle des tempêtes. C'est au|ourd'hui un déluge. La mer sous mes fenêtres est d'un beau rouge sang, histoire de la terre rouge que tous nos torrenu y charrient.
• Je vous remercie mille fois d'avoir bien voulu vous occuper de mon éros. Je ne sais pas plus que vous à quel ministre s'adresser pour la
médaille qu'il a méritée, mats |e suis sûr que votre recommandation est la meilleure qu'on pOt envoyer. Bien entendu, après celle de la belle dame dont vous me parlez, mais |c ne suis pas au nombre de ses adonteurs et même je suis du parti de sa rivale. De toute façon j'aime bien mieux vous avoir l'obligation tout entière.
• Veuillez agréer Monsieur, avec tous mes remerdemenu, l'expressîoii de mes sentiments bien dévoués,
« PMiMMii. »
glais qui ont besoin de croyances. Lord Palmerston n'admet pas que la Turquie soit malade. Nous la traitons comme on traite les pauvres gens dans les hôpitaux, en faisant des expériences. M. Thouvenel m'a dit son opinion sur l'Orient qui me semble vraie. Il n'y voit que des couches de fumier superposées : fumier turc, fumier grec, fumier bulgare. Tout est pourri. Il y avait un Belge qui a fait une brochure pour demander à l'Europe de donner Constantinople à la Belgique, attendu qu'il n'y a que les Belges pour faire fleurir la civilisation comme les œillets. Si l'on ne prend pas ce grand parti je crois que nous verrons .dans peu d'assez drôles de choses. Vous ne me parlez ni d'Omer-Pacha, ni de vos voisins les Monténégrins. Que se passe-t-il et qu'en arrivera-t-il ?
« Pourriez-vous me dire si vous êtes allé à Pharsale ? Je suis ici chez quelqu'un qui s'occupe beaucoup de César, et qui s'intéresse fort à la géographie ancienne en ce qu'elle le concerne. Il me semble que vous êtes allé de ce côté-là. Il y a très peu de monde ici, je dis à la villa Eugénie, car le village est plein comme un œuf. Nous voyons passer sur la plage de très belles personnes habillées comme en Carnaval, russes, anglaises et espagnoles.
« Si vous étiez à Paris et si vous aviez vos goûts d'au* trefois, je vous ferais faire la connaissance de mon amie dona Violante. Je me porte assez bien, mais de temps en temps j'ai des spasmes d'estomac; mauvaise afiaire. Je commence à n'avoir plus de goût à grand chose, et le kef me semble la meilleure manière de passer son temps. Tout cela veut dire que la vieillesse marche à
pas de géant. Je souhaite qu'elle vous soit douce, mais c'est au fond une triste chose. Lorsqu'on n'a jamais eu d'ambition, qu'est-ce que la vie? Le Prince Impérial a dit l'autre jour un assez joli mot pour un moutard de six ans. On venait de lui faire prendre un bain de mer, et, assez bêtement à mon avis, on l'avait mis la tête la première sous la vague. On lui reprochait d'avoir peur de la mer, tandis qu'il n'avait pas peur du canon. C'est dit-il qu'on commande au canon et qu'on ne peut commander à la mer. Adieu, mon cher ami, portez-vous bien. Tenez-vous en joie si vous pouvez. Il me semble par votre lettre que vous aviez à vous plaindre d'une Ionienne. Je ne vous ai pas remercié d'une charmante broderie albanaise qui fait mourir d'envie toutes les femmes â qui je l'ai montrée. ' Adieu encore, je pense être ici pour une semaine entière, puis à Paris jusque vers le milieu de novembre. J'irai à Gmnes cet hiver. Mille amitiés. »
{Sans signature,)
Mérimée ne fit pas long feu i Paris, car aussitôt rentré chez lui il fut invité à Compiègne, d'où il écrivait à Madame Lenormant :
c Compiègne,. 22 nov. [1861).
c Madame,
« J'ai remis hier à l'Empereur la brochure de M. Lenormant. Il l'a lue et approuvée. Il n'est peut-être pas fort en linguistique pour apprécier les arguments de M. Lenormant tirés de l'étymologie des noms gaulois, mais il a été charmé d'y trouver les confirmations du
système proposé par M. de Saulcy d'après des constdi-
rations de tactique.
t Je n'aime pas trop les moines, mais en faveur du
grec je suis tout à vos ordres.
« Veuillez agréer, etc.
Il partit en décembre pour Cannes, où il allait retrouver Victor G)usin qui s'était décidé à y aller passer l'hiver ■.
I. « Il devttt y TWre dtns Tagréable voisinage de M. Mérimée, son spirituel confrère à TAcadémie française, qu'il se félicitait d'y retrouver tous les ans. » (Mignct, Notice historique sur la vie et la irawux Je M, Victor Cousin^ 1896, p. 39). Cf. Lettres iniiites^ p. Lxviif, et lettre de Mérimée à Cousin du 24 nov. 1861 (f^., p. 68).
Depuis longtemps Mérimée désirait* faire partie du Jatmial des Savants, II s'était très galamment effacé devant Barthélémy Saint-Hilaire * ; aussi, en 1862, Cousin le proposa-t-il et il fut accepté. Dans une lettre inédite s i Lebrun, du 11 mars 1862, Cousin disait : « Eh bien, aije sauvé le Journal des Savants d'une assez grave bour-
z. Mérimée s'intéressait beaucoup aux questions académiques; on peut en juger par la lettre inédite suivante adressée par lui à Lebrun ;
« Mon cher Confrère,
« J'ai vu ce soir Mignet qui m'a parlé de projett contre l'Institut qui ne peuvent manquer de tout désorganiser. On prétend qu'on veut empêcher qu'un académicien n'appartienne i deux académies, et ce dans un temps où la matière éligible est ce que vous saves I On dit bien d'antres choses encore. Ne cioyez-vous pas qu'il serait de notre devoir k nous deux qui ne sommes pas soupçonnés de faire de épigrammes, d'aller chef le Ministre et de lui en dire notre avis? Je vais demain i Passy pour l'enterrement de ce pauvre M. Dclessert. Voulez-vous qu'à 4 h. ou 4 h. 1/3 l'aille chei vous pour de U aller chei le Ministre? ou si vous trouvez quelque chose de mieuz, veuillez m'en faire part.
« Veuillez, eu.
«PMÊUMiE.»
a. Barth. St-HiUire, Victor Cousi», sa VU ei sa Cmrtspoadasiti, I, 11, et LêUrtsinidiUs dt Mirimét, p. lxvii.
). Oibl. Mazarinc, loc, cit., VIII, ). Dans cette lettre, Cousin donnait ion appréciation sur les candidats à l'Académie française. Il qualifiait Doucet de « commis sans ulent », auquel il préférait Feuillet « homme d'esprit, homme aimable », ou Autran « qui a de l'indépendance, quelque ulent et le goût désintéressé des lettres. »
rasque en rarrétant lorsqu'il allait nommer Renan et en lui conseillant Mérimée ?» Il est très probable que Mérimée ne connut pas ses intrigues, car il ne s*y serait pas prêté.
Dans le courant de cette année il fut envoyé i Londres pour l'Exposition, et il en rapporta un rapport sur les applicaiious de Part à riitânstrie (ameublement et décoration).
Mérimée n'oubliait jamais ses amis : il recommandait Viollet-le-Duc à Ampère pour l'Académie des inscriptions par la lettre inédite suivante :
« Paris, 52 rue de Lille
15 octobre [1862].
« Mon cher ami,
« Magnin est mort >, Saluie a twil Viollet-Leduc se met sur les rangs pour le remplacer. Tu le connais et tu sais tout ce qu'il a fait. Il me semble que l'Académie gagnerait beaucoup à prendre un homme d'esprit très au fait de la pratique des arts antiques dont les pédants raisonnent. Pour tout ce qui concerne les fouilles et l'appréciation de l'âge des monuments, nous n'avons personne qui en sache autant que lui. En outre pour tout ce qui concerne les Arts du Moyen Age, il est sans rival. Si tu es i Paris au moment de l'élection, je te recommande Viollet-le-Duc *. Le diable c'est que je crains que tu ne sois à Rome ou dans tout autre endroit chaud.
« Mille amitiés.
« Pr Mérimée. »
z. Le 8 octobre 186a. Cf. H. WftUon, NoiUt sttrUvkeikt irmtmmx êê Cb, Mùgmn, dans ElegaûouUmiqmgs, Paris, Hachette (1882), II, 61-140. a. Ce fut M. de SUne qui fut élu, le 5 décembre 1863.
Cette année-là, il se retrouve i Compiègne avec Octave Feuillet qui écrit, au mois de novembre, à sa femme : « J'ai passé ma matinée chez Mérimée que j'ai trouvé au lit. J'ai fini par rompre l'enveloppe déglace dans laquelle il est comme cristallisé habituellement, et après trois quarts d'heure de causerie nous nous sommes quittés sur le pied d'une vraie cordialité. ' »
Le 25 du même mois, il partait pour Cannes; mais avant son départ il écrivait i Lebrun, son « cher confrère et plusieurs fois collègue ».
« Je crois vous avoir promis une petite drôlerie cosaque mais je ne vous ai pas pris en traître. Cela sera long et pas très gai, car on y empale du monde, on en écorche, et on en pend énormément >. »
Et il lui envoyait un « petit échantillon, qui est i peu près le 5« de la biographie » de Bogdan Chmicinicki '. L'article, lu d la Conférence du Journal des savants par B. S*-Hilaire 4, eut beaucoup de succès, et Mérimée en envoya la suite de Cannes par l'intermédiaire du maréchal Vaillant s.
L'Académie n'était pas le temple de la C incorde, et
X. M"* Octtve Feuillet, Quélquts wuUet de ma viV. Pians. Calmftnn Uvy. Z899 [r Ed-], 8-, p. 299.