Bibl. Maurine, loe. cit., VIII
). « Vous feres observer au lecteur, disait-il à Lebrun dans la même lettre, qu'il faut prononcer Bogdan comme si c*éuit écrit Bobbda$u, et Chmielnicki comme hbnùinUski, Il suffit de 5 à 6 ans de s6}our en Russie et en Pologne pour prononcer tellement quellement la lettre r. »
4. B. S*-Hilaire à Cousin, lettre inédite du 28 novembre. Cf. LUins ùUdiiâs, p. Lxxxvi.
$. Bogdan a paru dans le Journal dts Savants de janvier à Juillet x86).
Mérimée s'intéressait vivement i ces discussions, qu'il suivait, même étant à Cannes.
Le 6 janvier 1863, il écrit i Lebrun :
c Je vois dans les journaux que notre confrère M. La-
prade a eng Augier en vers un peu durs, et qu'Augier
lui a répondu en prose un peu vive. Il est si difficile de faire des vers et de trouver des rimes qu'on devrait être moins susceptible à l'égard des poètes lorsqu'ils vous disent des sottises. Je suis sûr que notre confrère Laprade ne sait pas trop ce qu'il dit, et si j'avais été à Paris j'aurais conseillé à Augier de n'y pas faire attention. J'ai peur que cela ne s'envenime et que notre compagnie ne se change en un grcnir/;\ coups de poing '. »
Quelques jours après, c'est des élections académiques qu'il s'occupe :
« Cannes, 26 janvier 1863.
« Mon cher confrère et collègue,
« Mon docteur et M. Cousin m'ont persuadé que si je retournais à Paris je ferais aussitôt deux vacances l'une au Sénat l'autre à l'Académie. Le fait est que malgré la beauté de ce climat, je vais de rhume en rhume et chaque nouvelle reprise me donne des spasmes et des étoufiements très douloureux. Je vais donc rester ici encore une quinzaine de jours et vous laisser discuter
I. Bibl. Mtiarine, loc, cU„ VIII, ). — De ton côté, G>usId diuit à Lebran dans ane lettre inédite du 32 janvier i86) : « ...Quelle ignoble pièce que celle d*Aagier, et quelle querelle que celle de œ triste personnage et de Laprade 1 »
)Bi narm sur PROspia itÊKiHÉi
fadresse sans vous proposer le plus petit amendement* Mais je voudrais bien avoir de votre obligeance quelques renscignemenîs sur rAcadémie qui m'intéresse encore plus que le temporel et même le spirituel du pape, Esi-il vrai que dés que le prince de Broglic aura fait son discours rAcadémie procédera aux 2 élections? Cela me paraît bien naturel. On a nommé le prince pour le consoler de la mort de sa femme ; on anend qu'il se soit consolé de la mort de son fils pour faire les élections. Que fera-t-on s'il lui arrive encore un mallieur de famille ? Si ce qu^on me dit est vrai, c^est M. Dufaureque MM. les burgraves poilent à la place de notre pauvre Chancelier. Je ne connais pas ses ouvrages et il n'est pas prince du S. Empire, mais il doit être bon catholique et cela me sufjfit. Notre confrère mon voisin de Cannes hausse un peu les épaules et dit qu'il ne pourrait pas faire autrement que de voler pour lui. 11 aurait bien une autre combinaison, consistant â nommer l'archevêque de Paris »,
I. K J^Avais suppUé mûD tber et idiot ami. M. le cirdînal Morlot» de se làbser nommer, il m'a obstinément reftisé. Mais son successeur (Ddr> hvj) serait peut-être de meilleure campasitiion. C*est un homme agréable i l'Empereur et dont je garantis la sagesse: et la ctpaciti:. tl fi^t très ta- ^truit, tïH lettré et boa écrivaifi, tl tcmphc^tih parfaitement le pieuï et vertueun M. BEûi, ■ (Couâin 1 Lxbrun^ Lettre inèdïic du 21 jkinvicr iSé}), U revînt à ce pmjet quelques âonèei plus tard, et ^old li té* ponse (inédite) que lui At Mgr Darboy i
m Arehtvkhi « Ptrii, le 21 novembre iftSs»
« Monsieor,
« Je suis profondément touché et reconnaissant de la commonication dont vous aves bien voulu m'honorer dans votre visite d*hier et je vous prie d'agréer mes remerdemenU pour la généreuse initiative que vous
qui dit-il, sait le latin, à la place de M. Biot, et M. Troplong i la place de M. Pasquier. Mais il faudrait que cela se fit par un arrangement i Tamiable entre les burgraves et nous ; d'ailleurs mon voisin avoue qu'il y a bien des burgraves qui ne voudraient pas entendre parler de' M. Troplong. D'un autre côté, moi je ne me soucie pas du latin de l'archevêque et j'ai promis ma voix i Littré. Soyez assez bon, mon cher Confrère, pour me dire où en sont les choses, quand se feront les élections, et quels sont les candidats en faveur auprès de Messieurs.
« Veuillez encore me dire si vous avez besoin de cosaque ? J'en ai une tartine toute prête et que sur un mot de vous j'expédierai au maréchal.
« Adieu, mon cher Confrère. Veuillez présenter mes
ftves prise en ma faveur, au sujet de la place que M. Dupin laisse vacante i VAciàémït française
« En TOUS exprimant de vive voix mes sentiments» Monsieur, fai eu l'honneur et le regret de vous dire, tout de suite et sans la moindre hésitation, que je ne croyais pas pouvoir entrer dans vos vues. Vous aves gracieusement insisté, Monsieur, pour que je voulusse réfléchir encore à votre proposition, avant de la repousser définitivement. Cest ce que j*ai fait, et, je ne suis parvenu qu*à m'aflFermir dans la résolution que je vous ai manifestée, dès le premier mot de notre entretien d*hier.
« Je regarde comme convenable et nécessaire de vous en informer sans retard, afin que vos sympathies et votre suffrage, qui sont d*un si grand poids au sein de l'Académie, se portent sur un candidat plus méritant et plus courageux, et que vous n'engagiex pas vos honorables collègues dans une voie où je ne pourrais pas les suivre.
« Qtfoi qu'il en soit, je ne perdrai jamais le souvenir de votre indulgente appréciation et de votre démarche si courtoise. Je ne deviendrai point votre collègue, Monsieur, mais je resterai le fidèle admirateur de votre grand talent et votre obligé serviteur.
« Veuillez, Monsieur, agréer l'hommage de mes meilleurs sentiments de respect affectueux et dévoué,
« f G. trchev. de Paris. »
384 NOTES SUR PROSPBE MÊRIHÊB
respectueux hommages i M"« Lebrun et agréer l'expression de tous mes sentiments bien dévoués.
« P Mérimée.
« Cousin a diné hier avec moi. Il est admirablement forty pétulant, gai et de bonne humeur. Ce pays-ci lui réussit admirablement. Lorsque vous verrez M. Tropiong veuillez me rappeler i son souvenir et lui dire que sans la défense très expresse de la faculté je serais au Luxembourg i tousser. »
Il tenait i l'élection de Littré : il y revenait encore dans la lettre qu'il adressait i Lebrun le i) février 186):
« Je vote aussi pour M. Littré i qui j'ai demandé s'il irait voir S. M. Il m'a répondu qu'il n'avait nullement l'intention d'imiter M. Berryer. Je déplore comme vous la candidamre de M. Dufaure, mais il faudrait lui trouver un rival. Les archevêques de M. Cousin ne me vont guère mieux. Je n'aurais pas d'objections contre M. Henri Martin, mais ce n'est pas un grand nom et nous ne sommes pas les plus forts. Cousin ne se soucie pas de contribuer à l'élection de M. Dufaure, et probablement restera ici, où il se porte i merveille, est gai comme un pinson et devient gras comme un moine. Je n'engraisse pas moi, et je ne suis guère vaillant. Je respire fort inégalement. Hier j'étais comme une carpe hors de l'eau, aujourd'hui je vais un peu mieux. Mais je crains de vous laisser bientôt le chagrin et la difficulté de me trouver un successeur. Pour Dieu, faites en sorte que le R. P. Jésuite qui fera mon éloge ne m'échine pas trop. »
INTRIGUES ACADÉMiaUBS 38$
« M. Billaut a été très habile et éloquent, mais Jules Favre a été aussi très brillant ; je parle de son discours sur les affaires de Rome. Je trouve que les communiqués et les avertissements de M. de Persigny sont un peu trop saccadés et brusques. Quand on a fait des concessions, il faut avoir le courage d'en subir les conséquences. Il est impossible de les retirer. Peut-être eût-il mieux valu ne pas les faire. Mais il n'y a rien qui nuise plus aux gouvernements que ces tâtonnements, ces coups de caveçon irréfléchis, entremêlés de faiblesses désespérantes. Ici nous sommes tout à fait sous la domination des Jésuites, qui sont admirablement organisés et disciplinés, favorisés par les autorités et la niaiserie des badauds.
« Adieu mon cher Confrère et collègue, veuillez dire i M. Littré que j'irai voter pour lui parce que son catholicisme me plaît. Présentez mes hommages à M"* Lebrun et agréez l'expression de tous mes sentiments bien dévoués.
Ces préoccupations ne le distrayaient pas de Chmtelnicki, i propos duquel il avait avec Lebrun une correspondance active dont voici un échantillon :
« Vous m'avez demandé de la copie pour le commencement du mois prochain, mais vous ne savez pas combien il est difficile de travailler ici. Je crains bien de ne pouvoir vous remettre quelque chose d'un peu raboté que vers le milieu du mois prochain... Depuis 2 jours que je suis ici j'ai écrit quelques pages. Tous les matins et tous les soirs je m'extermine pour vous... Veuillez me dire quelle est la plus longue limite de temps que vous m'accordez. Ajoutez à cela que je suis menacé peut-être
Crambon. — P. Mérimée. 35
386 NOnS SUR PROSPBR MtelMÉB
d'avoir le ministère des Caltes, car tout le monde, excepté le maître de la maison, dit que c'est mon fiait. Nous ne savons d'ailleurs les nouvelles ici que lorsque vous voulez bien nous dire ce qui se fait i Fontainebleau...
« Réjouissez-vous, Chmielnicki mourra dans le prochain article. » ■
C'est à Compiégne que nous le retrouvons six mois plus tard, lorsqu'il écrit, le 5 décembre 1863, i la princesse Julie : « Vous ne sauriez vous figurer. Madame, tout ce que ces charades de Compiégne m'ont fait endurer de maux. En écrivant ces turpitudes je pensais i ce chansonnier allemand qui composait des chansons immorales pour gagner de quoi enterrer sa femme. Voilà en quelle disposition d'esprit je me trouvais. Ce qui m'a amusé, c'est la troupe des comédiens et les spectateurs *. »
Et, cependant, il s'occupe toujours des élections académiques, de concert avec Cousin quoiqu'ils différent souvent d'avis ).
L'un des concurrents, Léonce de Lavergne écrit i Victor Cousin, le 12 décembre 1863, en lui envoyant Lu assemblées provinciales sous Louis XVI : « J'aurai probablement à solliciter votre voix pour l'Académie française. Plusieurs de vos plus illustres confrères, M. Villemain, M. Guizot, M. le duc de Broglie, M. le duc de Noailles, M. Dupin, veulent bien m'encourager très sérieusement à me mettre sur les rangs. Quelques personnes se considèrent encore comme engagées i
1. Lettre inédite du 33 juio 1863 (chdteau de Fontainebleau).