LA JEUNESSB DE MÉRIMÉE
pas mauvais que nous le déclarions ici Tauteur du Théâtre de Clara Ga\Hl et de la Gn\la^ et que nous cherchions même à connaître, pour notre plaisir, tous les enfants clandestins qu'il lui plaira de mettre ainsi au jour.
c M. Mérimée, est, en France, un de ces jeunes indépendants occupés à chercher une route qui soit vraiment la leur ; la route qu'il suit pour son compte est une des plus attrayantes; ses œuvres n'ont rien d'exclusif et de déterminé; il ne cherche qu'à exercer et à perfectionner son beau talent enjoué, en l'appliquant à des sujets et à des genres poétiques de toute nature... »
Mérimée, dès sa jeunesse, était très répandu dans le monde. Voici un billet inédit qu'il adressait à David d'Angers :
c M">c Garnett me charge de vous inviter à prendre du thé chez elle lundi prochain. Or ce jour-là, jedineprés de vous rue de Fleurus, n® 14. Si vous voulez, nous pourrons convenir d'un rendez-vous, et avant mon dîner je passerai chez vous pour savoir votre dernier mot. c En tout cas, l'adresse de ces dames est rue Duphot 14.
« Mille amitiés, c P. Mérimée.
Samedi [27 septembre 1828].
Monsieur Davidy statuaire Membre de VInstitut rue de Vaugirard 20.
Il en a été publié un autre, sans grand intérêt, par M. H. Jouin', qui montre en tout cas les relations qui
I. Dnid J^Angtrt et tes reUiiion$ liiliraires, Paris, Pion, 1898.
existaient entre eux. David fit même son médaillon >, puis il y eut refroidissement et enfin rupture sans que nous sachions bien ce qui se produisit alors.
La Guila fiit suivie de près (1828) par la Famille Carvajaly la Jacquerie >, puis l'année suivante par la Chronique de Charles /X'. Ce fiit surtout ce dernier ouvrage qui le fit apprécier. Ampère, qui l'avait introduit à l'Abbaye-aux-Bois, le recommandait chaudement à M»« Récamier qui voulut on faire un secrétaire d'ambassade 4, « Le duc de Laval », écrivait-elle à Ampère, le II octobre 1829, « est parti hier pour Londres. Je lui ai parlé de votre ami Mérimée ; il ne le connaît pas personnellement, mais votre amitié a été une recommandation auprès de lui, et s'il a toujours le désir d'entrer dans la carrière diplomatique, il aurait avec le duc de Laval un début très agréable. Comme je n'ai point le droit de lui parler de ses intérêts, écrivez-lui... s ». Mérimée, comme l'on sait, refusa et partit faire un voyage en Espagne.
I. Ce médaillon fut envoyé, avec d'autres, à Gœthe par leur auteur. Voici ce qu'il en pensait [7 mars 1830] : « Besonders erwartungsvoU war ich auf Mérimée ; der Kopf erschien so kraftig und verwegen wie sein talent, und Gœthe bemerkte, dass er etwas Humoristisches habe. » (Gaibes Ges^àcbe, éd. cit., VII, 259).
a. L'édition originale de cet ouvrage est estimée 60 fr. dans le Ripirioirê de la UbrairU Danuuehu Morgand (n* 4753).
3. L'édition originale vaut 150 fr. — Cf. RiperUnrt Morgand, n* 5374.
4. « Madame R. est pauvre, son esprit consiste à casser le nés à cha> cun avec l'encensoir, et à ticber d'être utile à chacun de ses amis. Elle attire le mérite. Par exemple, dès que M, M., a été connu, elle a voulu le voir dans son salon, et lui a oflfert un emploi convenable dans la diplomatie d'alors, sous M. le duc de Laval. » (Stendhal, à. M"** G., 30 juillet 1835. — Correspondance^ II, 218.) Cf. Leiires inédites, etc., p. xvi.
5. Madame Récamier, Us amis de sa jeunesse ei sa correspondance intime. Paris, Calmann-Lévy, in-28, 2" édition, 1874, p. 275.
C'est à cette époque qu'il se lia avec M»<de Montijo '. Pendant son absence éclata la révolution de i8}0, et il ne rentra en France que dans les derniers mois de Tannée, pour être incorporé dans l'artillerie de la garde nationale, où il se rencontra avec Givaignac, Arago, Bastide, Alexandre Dumas, Bixio. Il avait « un habit militaire bleu, avec des épaulcttes et une fourragère rouge ; il portait une flamme de crin rouge à son shako, des bandes rouges à son pantalon * ». C'est en cette qualité qu'il adressa à Bixio le billet inédit suivant, qui (ut le commencement d'une longue amitié :
c Monsieur et cher camarade, je vous envoie un mousqueton n^ 97, qui est je crois à vous. On l'a laisse ce matin au corps de gnrdc à la place du mien. Je suppose que vous l'aurez prêté à un de vos amis qui aura fait l'échange sans s'en apercevoir. Je vous serais fort obligé de vouloir bien le prévenir, et de le prier de faire remettre mon mousqueton, rue des Petits-Augustins n» 16, École des Beaux-Arts.
c Le mousqueton que je réclame n'est point poinçonné, et mon nom est écrit sur la bandoulière.
« Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes sen-
timens les plus distingués.
I. Il dchatigea avec elle plus de quinic cents lettres (il lui écrivait toutes les semaines), dont M. Filon a pu prendre connaissance ~ i/ir moi'jtf en partie, — pour Touvrage qu'il a consacré à Mrrimk et us amis (Paris, Hachette, 1894). Il semble n*avoir utilisé qu'une centaine de lettres environ, de 1845 à i^70>
a. Mémoires JtAUxandre Dutnas, VII, 159. Mérimée et Dumas montèrent un )our une garde ensemble, et ils passcicnt leur temps à causer peinture, littérature et architecture