‹ Notes sur Prosper MériméeChapitre 166 sur 197 · Hdûuard Grenier, Souvenirs littiraires, p. 149-SO · texte numérisé non relu

Hdûuard Grenier, Souvenirs littiraires, p. 149-SO

). Son acte de décès a été publié dans nos Leiires inédites.

ému Paris, fut en quelque sorte étouffée sous les agitations et les luttes; elle passa presque inaperçue >... »

A la séance de l'Académie des Inscriptions du vendredi II novembre 1870, Renan, qui en était alors président, communiqua h l'Académie « la nouvelle répandue par les journaux, sur la foi du Tiines^ de la mort de M. Mérimée ». Le procès- verbal ajoute : « il se plait à espérer que cette triste nouvelle ne se vérifiera pas, et il ne veut qu'en faire aujourd'hui la simple mention, comme il a été fait jeudi dernier, sous les mêmes réserves, à l'Académie française. ' » Ce ne fut qu'à la séance du 17 février 1871 que la nouvelle fut officiellement annoncée par M. Léopold Delisle : « Aujourd'hui le doute n'est malheureusement plus possible. C'est à l'Académie française qu'il appartient surtout de rendre hommage au mérite de l'éminent écrivain que nous avons perdu. Mais l'Académie des Inscriptions doit, elle aussi, témoigner des profonds regrets que lui inspire la mort d'un des fondateurs de l'archéologie française, qui a consacré une part considérable de sa vie à l'étude et :\ la conservation des monuments nationaux. Je crois être l'interprète de l'Académie en priant M. le Secrétaire perpétuel de vouloir bien consigner au proccs-verbal l'expression de nos regrets K »

I. Dtscoars de M. de Loménie prononcé dan» la séance pubUqoe do 8 janvier 1874, en venant prendre séance à la place de M. Mérimée,

P-45Îa. C, R, de F Académie dts Inscriptums, 1870, p. 315. ). C. R. de r Académie des In$cri^iems^ 1871, p. 81.

Les événements empêchèrent les articles nécrol(^ques. M. de Caumont lui consacra cependant quelques lignes :

« ...Comme artiste M. Mérimée avait le goût très délicat et ses appréciations étaient toujours fines et justes. Nous avons plusieurs années fait partie du jury de l'architecture avec lui aux expositions parisiennes et nous avons pu le juger : on lui reprochait avec raison d*étre un peu dédaigneux. Ccst ce dédain quelquefois immérité qui lui a fait négliger de défendre contre les reconstructions projetées certains monuments d'un haut intérêt pour l'archéologie et pour les souvenirs historiques.

« M. Mérimée était moins antiquaire qu'artiste et littérateur; cependant, il connaissait bien l'histoire de Tart au moyen âge, et on peut lui rendre cette justice qu'il a protégé dans plusieurs circonstances, depuis qu*il tCilait plus inspecteur général^ des édifices que les architectes et les conseils municipaux n'auraient pas été fâchés de faire disparaître >. »

Enfin M. Léon Gautier en fit un éloge assez délicat, qui n'a jamais été reproduit:

« C'était une des plumes les plus fines de notre temps; ou, pour mieux parler, un de nos ciseleurs les plus accomplis. Il était de ces esprits souverainement délicats qui mettent à polir une œuvre, des jours, des mois et

I. Bulletin momumtutaU 4* série [t. xxxvi], 1870, p. 674-$. H est regrettable que M. de Caumont ait cru devoir afouter : « Quand il Ait nommé sénateur, M. Mérimée, qui n*affectionnait pas le cumul comme tant d'autres, fuoiqu^UfuI très igùbU^ ne voulut pas conserver l'inspection générale et elle passa aux mains des architectes... »

IJ^ MORT DE MÉRmÉE 44)

des années. Parmi les romanciers et les poètes, il en est qui appartiennent à la race des architectes et d'autres à celles des joailliers. Mérimée était de ceux-ci. Rien n'égale la perfection de ses Nouvelks où la place de chaque mot a été longuement calculée. Je relisais ces jours derniers Colomba et désespérais d'y trouver une tache. Ces aimables ciselures resteront comme un des ouvrages les plus achevés du siècle. Le souffle manquait à leur auteur, et la fécondité. Il avait la pénétration, la finesse, l'esprit d'observation. C'était, pour certains côtés, un Meissonier « très réussi », et il ne fallait d'ailleurs lui demander ni l'élévation, ni la profondeur. Il aimait les études archéologiques et sut s'y complaire assez pour faire avancer cette science, qui marche encore d'un pas si lent. Remercionsle de ces progrès qui lui sont dus, et gardons son souvenir, comme celui d'un homme aimable qui possédait parfaitement l'art d'écrire et ne dédaignait pas, à ses heures, de s'occuper du passé. On le remplacera plus difficilement à l'Académie française qu'à l'Académie des Inscriptions. Je ne dis pas que ce soit li une critique, ni un éloge >. »

Mérimée fut « enterré dans un cimetière anglais, correct, propre et froid, tout en marbre blanc. Sa stèle funéraire se dresse sous les grands pins, dans la solitude et le silence, sans autre inscription que les dates de sa naissance et de sa mort. Comme un chien fidèle auprès de son maître, l'une de ses deux anglaises, miss Lagden, repose près de lui * ».

X. Remuais Qmiiam hitivriques^ IX (1870), 50a [ptm en mars 1871]. a. G. Lârroumet, Vm ivadi dm roHumiismê, Article do 22 jaiiTier 1897 reproduit dans Petits portnits it notes d'ërt, II (1900), 137-54.

Son testament est resté jusqu'à ce jour inconnu. M. Filon n'a pu prendre connaissance que du codicille. Les renseignements que nous allons donner sur ce document sont donc inédits.

Le testament de Mérimée^daté de Paris le 30 mai 1869, est écrit sur 2 pages in-fol. du papier bleu dont il se servait habituellement. Il instituait du Sommerard comme « exécuteur testamentaire avec saisine ». Il donnait après sa mort toute sa fortune ', rentes, actions, argent comptant, argenterie, meubles, etc.,» » (sic) à M"« Lagden conjointement avec sa sœur Mad. Ewer, demeurant rue de Fleurus, à charge d'acquitter un certain nombre de legs : 3.000 francs de rente viagère à une parente ) M»« ... née Pauline Mérimée; 2.000 francs à Sophie sa domestique si elle était encore à son service, i .000 francs à Hugénc son valet de chambre 4, deux tableaux A M'^ Delessert, deux à M»« de La Rochejacquelein. Le tableau de

X. Sa fortune maUrUlU pouvait être évaluée à environ jo.ooo francs de rente. En effet, il avait de l'argent placé en Angleterre, puis des actions du chemin de fer du Nord lui assurant 4 k \,noo francs par an, enfin des rentes françaises lui donnant un revenu de 16.000 à 18.000 francs (Cf. Ltltresà Paiii;^/, H, 443. — 15 septembre 1870).

a. Cet ttCt d'après rhéritière de M" Ewcr, représentait dans la pensée de Mérimée sa propriété litténtirc I 1

3 . Je n*ai pas eu le tesument entre mains, mais il a été produit en justice et lu en ma présence. Je ne sais si Mérimée laissait d'autres parents : ils devaient être fort éloignés, en tout cas. • Ph. Burty avait mis sur un exemplaire du Malheur tTHenriettê Girard, de Duranty, la note suivante : « Duranty (Edmond), dont le véritable prénom éuit Itmile, était né le 6 juin 18)), il est mort à Dubois le 9 avril 1880; sa mcrc liuiilie Duranty, sans doute un pseudonyme, rentière... Son vrai père, eroyait-il, Prosper Mirimie, • {Catakfue de la Bihlioihfquê de ftu M. Pb, Burty, Paris, 1891, n* 1180).

4. Eugène est probablement le signauire de l'acte de décès de Méri* met.

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