‹ Notes sur Prosper MériméeChapitre 33 sur 197 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Avant d'entreprendre sa tournée d'inspection, Mérimée écrivit à M. de Caumont» pour lui demander conseil» la lettre suivante ' :

« Paris, 2 juillet 1834, « Monsieur,

« Au moment de commencer ma tournée d'inspection, j'éprouve plus que jamais le besoin de réclamer les conseils des personnes qui, par de longues et savantes études, ont acquis la connaissance parfaite des monuments du Moyen-Age. C'est à vous, Monsieur, que je devais m'adresser d'abord. Vos ouvrages m'ont donné le goût de l'archéologie, et depuis longtemps je désirais avoir

I. P. Mérimée, Noies «F un veyagt dons U Midi tU la France. Paris, Foornier, 183$, in-8* tit.-f a p. n. ch. et 4)4 p. L'eiemplaire que nous ■vous consulté, appartenant & la bibliothèque de rUniversité, provient de Chabouillet qui y a mis la note suivante : t U existe une contrefaçon belge de cet ouvrage, et peut-être des trots autres. »

a. Elle a été publiée dans le Bulletin de la ScciiU des Aniiqnaires de Ar*ormaw«/iV, XIII (188s), p. 161*4.

rhonneur de faire votre connaissance. Mon prédécesseur, M. Vitet, m'a parlé souvent de votre complaisance. Puis-je espérer. Monsieur, que vous voudrez bien quelquefois correspondre avec son successeur?

« Je vais parcourir plusieurs des départements du Midi. Je partirai à, la fin de ce mois, ou au commencement d'août, et, d'abord, j'irai à Vézelay. L'église romane dont Hugues de Poitiers a écrit les tribulations, est dans un bien triste état. Jct.^cherai d'obtenir de M. le Ministre de l'Instruction publique des fonds pour la réparer, ou, du moins, pour en retarder la ruine. De Vézelay, je me rendrai à Lyon. Je visiterai Notre-Dame de Brou, puis j'irai i Vienne, Gap, Die, etc. Je verrai ensuite plusieurs villes des bords du Rhône, Viviers, Avignon, Orange, Aigues-Mortes, Nîmes, Saint-Gilles, etc. De Montpellier j'irai à Perpignan, en passant par Narbonne. Dans les environs de Perpignan, il y a deux magnifiques églises romanes : celle de Sirabonne et celle d'Elne. Je désirerais y faire mouler les ornements les plus caractéristiques. On m'a beaucoup parlé d'un monument très ancien situé dans la montagne au S.-O. de Perpignan... De Perpignan, je reviendrai à Paris, en passant par Toulouse et Alby. Je serai environ cinq mois en route.

« Je n'ai indiqué que les villes où je serai plusieurs jours. Si vous connaissez quelque monument que je puisse visiter sans m'écarter trop de ma route, je vous serai extrêmement obligé de vouloir bien me l'indiquer...

« Vous savez mieux que personne. Monsieur, à combien d'ennemis nos antiquités sont exposées. Les réparateurs sont peut-être aussi dangereux que les destructeurs. J'ai bien peu de moyens d'être instruit des projets de ces

Messieurs. Je serais bien reconnaissant si vous vouliez bien me donner ou nie faire donner avis de leurs méfaits lorsqu'ils viendront à votre connaissance. Je ferai de mon mieux pour plaider auprès du Ministre la cause de nos vieux monuments. Soutenu de l'autorité de votre nom, j'aurais plus de chances de succès. J'ai demandé que toutes les réparations, projetées pour les monuments historiques, fussent soumises au conseil des bâtiments civils avant d'être mises à exécution. Je ne sais si j'obtiendrai ce point. Il en sera peut-être comme du badigeon que M. d'Argout avait défendu à ma prière et que l'on applique couche sur couche, tous les ans, au mépris de sa circulaire. Je connais un préfet qui passe pour avoir du goût, et qui choisit lui-même la teinte qui doit être appliquée. Le badigeon m'a inspiré une haine furieuse depuis que je l'ai vu appliquer en couches aussi épaisses sur les murailles couvertes d'arabesques si communes en Espagne. On a beau fouiller des creux très profonds, le badigconncur vient A bout de les combler et d'obtenir une surface unie...

« Nous avons, en ce moment, à Paris, i l'École des Beaux-Arts, des plâtres moulés dans l'église de Moissac. J'ai été frappé de l'analogie que présentent certains chapiteaux avec ceux de plusieurs édifices moresques...

« Excusez, Monsieur, la longueur de cette lettre, et vcuillcx agréez l'expression de la haute considération avec laquelle je suis

« Votre très humble et très obéissant serviteur,

« P. Mérimée ».

Le premier rapport de Mérimée est daté de Nevcrs, le

i*' août 1834 >. De li, il rayonna à La Charitë-sur-Loire >, à La Marche^ dont il admira la crypte que M. A. Grasset se proposait de faire fouiller ', à Vézelay 4, à Avalon, Saulieu s.

D'Autun^} il envoyait à Hippolyte Royer-G)Uard la lettre inédite suivante :

« Autun, 15 août.

« Le maire de Nevers qui m'a montre sa bibliothèque m'a adressé la lettre ci-jointe. Vous trouverez qu'il n'est pas dégoûté. Je l'ai prévenu qu'il demandait l'impossible. Comme il a été plein d'obligeance pour moi, je vous prierai de vouloir bien lui écrire poliment que vous n'avez pas les livres qu'il demande, et que lorsque l'occasion s'en présentera, etc., la formule ordinaire. Cette lettre aura pour résultat de donner une plus haute idée de moi à ce digne maire et de le rendre plus attentif à guetter les destructeurs nivernais et à me les dénoncer.

« J'ai trouvé à Nevers un inventaire des archives qui existaient autrefois fait par un M. Parmentier. Elles ont été brûlées ou lacérées dans la révolution. C'est un gros livre, qui m'a paru contenir des choses intéressantes. Le bibliothécaire de la ville est un jeune homme de bonne volonté, assez instruit. Je l'ai engagé à faire un extrait de cet inventaire et à le publier. Je crois qu'on en pourrait

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