I. 11 a été publié p«r E. du Sommertrd, hc, ciL, p. n6-4i
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des travaux pour la réparation des Monuments. Il signalait les inconvénients du système des réparations lentes et partielles, qui sont très coûteuses et sans grand résultat, comme on avait pu le voir pour les amphithéâtres d'Arles et d'Orange. Il existait une loi d'expropriation, c La Commission se plaît à espérer qu'on en fera bientôt usage pour isoler les arènes d'Arles, acquérir la Basse- Œuvre à Beauvais, et assurer la conservation d'un grand nombre d'autres édifices du Moyen-Age. » Il indiquait aussi que l'État avait le droit d'acquérir les monuments historiques ou les terrains renfermant des antiquités, et il espérait que les conseils généraux et les municipalités, selon ja mesure de leurs moyens, aideraient l'État dans ces mesures de conservation. Enfin, il demandait de subventionner les fouilles avec une extrême réserve, car elles ne présentent jamais un caractère d'urgence.
Les premiers jours de juillet il partait pour une tournée en Touraine et en Poitou. Dès la première étape il envoyait un mot i Grille de Beuzelin :
« Tours, 7 juillet 1840,
« Mon cher ami, en remuant ce matin des papiers que j'ai empilés pèle môle, je trouve une lettre de M. A. Leclère, du conseil des bâtiments civils, lequel me recommande un M' Bourrière d'Agen comme ayant toutes les qualités désirables pour être un de nos meilleurs correspondants. Veuillez faire part de cette opinion à la Commission. Je n'ai jamais vu ce M. Bourrière, mais il me semble que le préfet de Lot-et-Garonne le recommandait d'une façon particulière.
c Maudit et trois fois maudit celui qui a inventé le
mètre et le kilomètre. Vous ne vous faites pas idée de Tennui qu'on a maintenant à voyager. J'ai fait plusieurs essais quant au paiement des postillons, 15 sous par kilomètre on nous prend pour un prince russe» 14 sous par kilomètre on marche assez bien, 13 sous on marche mal et on grogne. A cette occasion je vous prierai mon cher ami de faire un rapport de votre style le plus sublime i cette fin que l'on mette mes frais de poste en rapport avec le nouveau tarif. Un rapport pour mettre en rapport est fort joli. Je dis donc qu'autrefois on me donnaît 8 fr. pour une poste ou 8 kil. et je dépensais sur ces 8fr. 5 fr., sur quoi vous pouvez faire cette proportion 5 : 8 : : 5,20 : x, c. à d. je crois que vous devez donc me donner 8^ 32 par poste ou i^ 4^ par kilom. ou 10^40 par myriamètre. Au vrai faites en sorte pour qu'on me donne un peu plus que l'ancien tarif, car je me ruine. « Je vais à Cunault, d'où j'écrirai à notre président.
« Tout votre « P. Mérimée. »
Trois jours après il envoyait à Vitet son rapport sur
Cunault :
c Tours 10 juillet 1840
« Mon cher Président, « Le mauvais temps m'a fort contrarié et je n'ai pu aller à Cunault aussi vite que je l'avais espéré. Les réparations exécutées jusqu'à présent avec les ressources très minimes dont on a pu disposer m'ont paru fort bien conduites >. A l'entrée de la nef il y avait un pilier i moitié
I. Dans une lettre à Vitet, de Bordcmax, du 19 juillet 18)8, Mérimée disait déjà à propos de Cunault : « Il y a à Saumur un architecte.
rongé et qui menaçait ruine. Pour le reprendre à sa base il aurait fallu étayer les voûtes, opération qui eût exigé une dépense de 12 à 15.000 fr. ; or M. Joly n'avait que 2.000 fr. environ. Il s'est décidé à enfermer les pierres mal jointes de la partie supérieure du pilier dans une armature en fer, puis i étayer k pilier seulement ^ qui est resté quelques jours en l'air, sans que le moindre accident soit arrivé. Maintenant on a refait toute la partie inférieure, et depuis 18 mois il n'y a pas eu le moindre mouvement dans les voûtes. Les fenêtres aussi ont été réparées, ainsi que quelques portions de la toiture.
« Vous savez que le chœur de Cunault est une propriété particulière. Il appartient à un M. D Charle-
magne possesseur de trois ou quatre millions, très célèbre par son avarice i Saumur où tout le monde prête à la petite semaine. Pour que vous connaissiez l'homme à qui nous avons aifaire, je dois vous dire un mot de ses habitudes. Il porte des sabots fendus, une redingote âgée de plus de 20 ans, et un chapeau contemporain. Un jour qu'il parlait à son notaire de je ne sais quelle abominable rouerie qu'il avait en tête, celui-ci eifrayé se refusait à faire un acte qu'il lui demandait, et lui dit durement que bien mal acquis ne profitait pas. — Cependant, dit M. D , lorsqu'il est bien administré?...
« M' D avait promis de donner le chœur de
Cunault à la Commune. Pressé par le s. Préfet de faire cette donation régulièrement, il a commencé à faire des
M. Joly, homme très lèlé et très instruit qui a £aiit merveille avec le peu de fonds qu'on lai a donné jusqu'i présent. Il s'occupe des travaux avec amour et ne prend rien pour ses honoraires » ; et il proposait de le nommer correspondant du Ministère.
conditions et ces conditions étaient la cession d'une parlie de la place de la commune et la cpnstruction d'une maison neuve pour lui. Alors on a entamé une négociation pour l'achat du chœur. D'abord il a demandé 50.000 fr. puis il s'est rabattu i 12.000., On lui en offre 4.000 ce qui est bien payé. Il refuse aujourd'hui et on a entamé l'expropriation. Il a menacé de tout démolir» mais l'espoir des 4.000 francs l'empêchera de mettre h exécution cette menace. D'ailleurs le s. Préfet est déterminé à faire s'il le faut un abus de pouvoir pour l'empêcher de détruire. Malheureusement on doit s'attendre qu'avant de céder il épuisera tqutes les ressources de la chicane. Déjà l'enquête constatant l'utilité publique est terminée, on l'envoie aujourd'hui au Préfet de Maine-et-Loire, d'où elle sera expédiée à Paris, et il sera bon, je crois, de prier Messieurs de la Direction des Communes de presser l'ordonnance de déclaration d'utilité publique. L'enquête est satisfaisante. Le sieur D... étant détesté, tous les habitants de Cunault ont demandé l'adjonction du chœur. Il y a quelques mois qu'on a réuni le hameau de Trêves i Cunault, et cet accroissement de population est un des grands argumens. On voit encore dans l'enquête 27 citoyens de Cunault déclarer que l'adjonction du chœur est urgente et qu'il serait bien (ïcheux pour l'art et pour l'histoire de ne pas rendre à l'église sa magnificence primitive. Lesquels 27 citoyens ont tous dit ne savoir signer. Je cite textuellement. Voili donc où en est l'affaire. En supposant qu'il n'y ait pas de retard, l'expropriation ne sera guère prononcée que dans quatre ou cinq mois, et la campagne sera à peu prés perdue. 11 faudra faire verser nos 10.000 fr. dans la caisse municipale et j'ai engagé
l'architecte i en employer une partie & de petites réparations dans la nef.
« J'oubliais de vous dire que M. D prétend maintenant avoir la propriété non seulement du chœur, mais de toute l'église. Il se fonde sur je ne sais quelle loi de 1814 ou 181 5 qui rend aux émigrés les biens non aliénés jusqu'alors. Or, M. D... a acheté d'un certain M** de Castelnau tous les bâtimens de l'abbaye. La prétention de ce ladre n'est pas sérieuse, car l'église ou plutôt la nef de Cunault était rendue au culte avant 1814, et dans la loi qu'il invoque on a fait une exception pour les biens d'émigrés affectés à un service public.
« Le chœur de Cunault est dans un état pitoyable. M. D. y serre des fagots et des futailles et pour la commodité de ses ouvriers il a fait percer deux portes ou plutôt deux brèches dans les murailles nord et sud. Les piliers sont tous fort écornés et le soubassement du chevet presque entièrement démoli. Par suite de la suppression de la chapelle de la Vierge qui faisait arc-boutant à la voûte orientale du chœur, cette voûte s'est disjointe et menace ruine. M^ Joly doit soumettre au conseil des bâtiments civils un projet qui m'a paru ingénieux, la soutenir au moyen d'une armature en fer appliquée sur l'extrados de la voûte. Un essai qu'il a déjà tenté a bien réussi, et je pense que ce moyen devrait être employé à S' Savin. Je me propose, si la commission le trouve bon, de recommander M. Joly au préfet de la Vienne qui est, dit-on, très embarrassé par la grande défiance qu'il a de son architecte.
a A la place de l'ancien cloître de Cunault, M. D. a fait un potager qui étant beaucoup plus élevé que l'aire de
Tëglise pourrit les murs latéraux. On attend pour l'obliger à s'isoler que l'affaire de l'expropriation soit terminée.
c Joly n'a point encore reçu avis de sa nomination comme notre correspondant. Veuillez lui faire écrire ainsi qu'au préfet de Maine-et-Loire. Il est bien à désirer qu'il ait ce titre avant la réunion du conseil général.
« Dans mes courses autour de Saumur, j'ai vu d'admirables monumens dans un état si pitoyable que si j'avais l'éloquence de M. de Montalembert» je vous ferais fondre en larmes. Je vous parlerai de cela i mon retour... (Suivent quelques lignes sur des tumulus celtiques près SaU" mur^ sur les bains romains de Bagneux^ la chapelle St-Maci et un dolmen près St'Florentj avec quelques croquis.)
c Je pars demain matin pour Poitiers et je vous écrirai aussitôt que j'aurai vu S. Savin. Si vous aviez quelques ordres à me donner, écrivez-moi promptement à Poitiers.
« Mille amitiés et compliments,
« Pr Mérimée. »
De Poitiers >, où il éuit le 13, Mérimée écrivait à Grille de Beuzelin :
« Poitiers, 13 juillet 1840,
c Mon cher ami, vous êtes d'une amabilité, d'une activité et d'une débonnaireté à mon égard dont je ne puis vous offrir assez de remerciements. Je serais bien heureux, je vous assure, de courir avec vous en ces affreux climats au lieu de le faire en compagnie d'architectes
I. Le baron Taylor Tavait pfètcnté au général Madiaio que Mérimée troava ehammni (Lettre à Vitet dn 19 )aiUet). Quatre lettres de Mérimée an baron Taylor fignraient dans la vente de ce dernier (17 {nin 1880, n» 16).
patentés auprès de qui celui de S. Benoit serait un Bramante ou quelque chose de mieux encore ■.
« Mais si j'en crois notre président vous êtes menacé d'être rivé plus solidement à votre fauteuil bureaucratique. Je crois que vous feriez bien de ne pas vous embêter, comme on dit à Poitiers, et de tirer de Mgr. des Cultes un supplément honnête à vos appointements de secrétaire, attendu qu'on va vous doubler les procès-verbaux et le reste. Quoi faisant vous mériteriez bien de toute l'archéologie, car ce serait constater le droit imprescriptible de la commission de mettre son nez dans les cathédrales et un traitement donné à son secrétaire serait la plus manifeste reconnaissance de ce droit. Parlez donc de cela à Vitet et ne vous endormez pas sur le rôti.
« Je crains bien de faire attendre '... si je continue à marcher du même train. Tous les monuments de la Vienne semblent s'être donnés le mot pour tomber ou menacer ruine en ma présence, et je vais de l'un à l'autre voyant toujours les mêmes causes et les mêmes effets. Le préfet m'a fait attendre jusqu'à ce matin son audience et ne m'a rien appris. A toutes mes questions, il dit : Je ne sais. Je le soupçonne de n'être pas un aigle... '.
« Hier je suis allé voir le champ de bataille de Poitiers sous la conduite d'un petit curé qui m'a guidé à ravir. Il m'a montré de plus un ms. d'un moine de Noaillé qui indique fort plausiblement le terrain occupé par les deux armées. D'où suit que M. Buchon s'est fourvoyé complè-
I. Arch. de la comm. des Mon. histor, loc. cit., fol. loo. a. Nom illUibU»
}. Ici des renseignements surun architecte, M. Dulin, autear d'an projet d'embellissement de la cathédrale.
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tement dans son Froissart. Par la même occasion j'ai vu Téglise de Noaillé qui est la plus belle du monde, mais qui va donner sa démission si on ne lui refait un toit. Toutes les églises du Poitou sont dans le même cas à ce qu'il parait, G)mment faire pour les couvrir toutes ?
« Adieu mon cher ami, portez-vous bien et présentez mes respects à Mad. votre mère qui ne vous morigène pas assez à ce qui me semble.
Il passa 2 jours à S< Savin (grande corvée !) avec un architecte qui n'entendait c pas grand 'chose à l'architecture antique et rien du tout certainement à celle du Moyen Age, ... homme sans éducation et remarquablement béte comme j'ai eu tout le temps de m'en assurer. » > Il profita de l'occasion pour signaler le mauvais état des églises de Civray, Chauvigny et N.-D. de Poitiers. « J'ai encore, ajoutait-il, une kyrielle de désastres à vous conter mais le courrier part. » Ce lut pour le lendemain.
Dans une nouvelle lettre ', Mérimée revenait sur ces désastres surtout sur l'église de Chauvigny c badigeonnée par le curé, qui gâte 3 soutanes à peindre les chapiteaux en blanc et gris de lin. » Il adoucissait aussi ses plaintes contre l'architecte de S< Savin : « peut-être la fatigue et l'ennui, résultat du tète à tète de 48 heures dont je venais de jouir m'avaient rendu un peu injuste pour lui. Toute-
I. Rtpport & Vitct, Poitiers, 14 {uillet 1840, 5 p. inV^^^^cc croquis., Un passage de ce rapport sar S*-Sayin aété publié par M. Viollet-le-Duc RgvuêJê Paris, loc. cit., p. 415.
a. Rapport dn 15 juillet, 4 p. 1/2, in-4*, avec croquis.
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fois ce que }e vous disais de son ignorance n'est pas exagéré. »
Le même jour, nouvelle lettre :
« 15 juillet [1840] au soir,
« Je rouvre ma lettre, non, mon enveloppe pour vous accuser réception de votre aimable billet. Grkcs soient rendues i M. Cousin. Les peintures de la crypte sont encore magnifiques, mais pour celles de la nef c'est fermer l'écurie après que les chevaux, etc. Vous me demandez un dessinateur. Hélas I Dauzats autrefois, avant que ses campagnes . l'eussent perverti, eût été excellent. Amaury Duval serait assurément le meilleur copiste, mais il y a une cinquantaine de figures et il lui faut dix jours pour dessiner une tête. Si vous ne voulez pas de Dauzats, peut-être que M. Delaroche pourrait vous indiquer quelqu'un. Parmi les qualités désirables dans l'artiste sur qui votre choix se fixera, il faut celle de conserver son sang-froid à 28 m. du pavé, perché sur un échaffaud assez effrayant. Dauzats est habitué je crois à dessiner en se tenant d'une main sur un abyme de 3 ou 400 métrés.
c Les figures de S^ Savin ont diminué de nombre comme savez. Ne pourrait-on pas au moyen des mêmes 2000 fr. fiiire dessiner ce qui reste encore des fresques du temple S, Jean ?
c Votre négociation auprès du garde des sceaux me parait admirable. Ce sera assurément la plus belle conquête sur les Barbares. Mais vous n'avez gagné que le Père Étemel et je crains S« Pierre. Vous devriez bien le mettre dans nos intérêts.
« Il y a ici une église de Montiemeuf bâtie par Guil-
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laume d'Aquitaine, mais saccagée 8 ou 10 fois. Elle est entourée par un quartier de cavalerie qui a amoncelé les terres contre le chœur et le mur, d'où un salpétrement très malheureux pour icclle. Les chapiteaux à l'intérieur sont tous refaits, mais les apsides sont charmantes dans le genre de celles de S* Hilaire. Le curé est un digne homme, assez riche de sa fortune particulière pour faire d'utiles réparations à son église, mais il se ruine d'ailleurs à nourrir 600 pauvres, a donner des matelas à ses paroissiens pour que les sexes ne soient pas entremêlés ; sa paroisse est celle de tous les gueux de Poitiers. 11 demande un secours. Je lui dis de s'adresser aux Cultes parce que nous sommes déjà écrasés par le dépt. de la Vienne. Il dit que 500 fr. lui feraient grand bien pour l'aider à faire un fossé qui l'isolerait des chasseurs à cheval. Ne pourriez-vous pas recommander aux Cultes son église qui véritablement est dans une position pitoyable ?
c Je suis bien content que M^i* Colomba vous ait plu. Si je n'avais craint de déplaire s\ trois ou quatre bandits de mes amis, j'aurais pu encore vous donner quelques touches de couleur locale, mais ici on ne m'aurait pas cru, et quand je serais retourné en Corse, on m'aurait fait mourir délia tttala fnorte. »
De Niort, le 25 juillet, Mérimée envoyait à Vitet « ses lamentations de Jérémie » (douze pages in-4<* avec croquis !) sur les églises de Civray, Noaillé, Charroux, Airvault, S. Jouin, Marnes, Oyron.
« ...De Civray, j'aurais dû passer à Charroux et je m'étonne de l'avoir oublié, car il devrait me souvenir du
chemin que )'ai fait sur un cheval piafieur qui a manqué deux ou trois fois me Ëiire boire Teau de la Charente. La coupole tient bon, et je l'ai trouvée close par les soins des dames de Chavagne qui l'ont reçue par donation ou testament de Mad. de Grandmaison. Elles ont fait redresser la statue du Bon Sauveur, le Christ qui provient de l'ancienne façade. On a placé également sous la coupole quelques bas-reliefs du commenc* du xiii* siècle d'une admirable exécution et qui ont été enlevés également de
cette façade La supérieure est une femme intelligente
qui a giraio il tnandoy et elle a recueilli quantité de débris. Plusieurs des figures enlevées au portail décorent son jardin. Les petites filles qu'elle élève dans la crainte de Dieu les respectent comme des saints. Il y a entre autres une vierge folle plus jolie s'il est possible, ayant l'air plus coquin que celles que l'on attribue à Erwin de Steinbach. Je l'ai trouvée l'objet d'un culte de latrie de la part des élèves du couvent. A ma prière, la supérieure m'a promis de la faire transporter ainsi que quelques apôtres de son jardin sous la coupole ou dans un autre lieu oix elles seront à l'abri... C'est, je vous le répète, ce que j'ai vu de plus remarquable en sculpture gothique, aussi bien et peutêtre mieux que les meilleures figures de Chartres ou de Strasbourg... Si la commission prend une décision à cet égard, il serait bon de faire commencer les négociations plutôt que plus tard, par M. de Chergé notre correspondant. Il a une maison à Charroux et étant quelque peu carliste est en bons termes avec tout le monde et particulièrement avec les prêtres et les religieuses. Sa nomination lui a fait grand plaisir et a été très bien accueillie par la Société des Antiquaires dont il est le Secrétaire. C'est
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un jeune homme fort riche» fort actif» très intelligent, et qui me plaît fort...
« ...L'ornementation du porche [de l'église d'Airvault]» en calcaire du pays, est presque détruite, parce que cette pierre se décompose à l'air d'une façon singulière et prend l'apparence d'un morceau de sucre à moitié fondu. Ce qu'il y a de fort singulier, et ce que vous devriez bien faire examiner à vos collègues de l'Académie des Sciences, c'est comment il se fait que cette décom». position ne s'opère qu'à une certaine hauteur. Elle a lieu en général dans une zone qui commence à 3 ou 4 pieds du sol et finit à 15 ou 20, jamais plus haut. Certaines pierres au lieu de s'effleurir à l'air deviennent noires et alors durent étcrnellenicnt. Cette maladie des pierres est commune en Touralnc, en Anjou, en Poitou et en Saintonge, et ces Messieurs devraient bien lui trouver un remède.
« Oyron est ainsi nommé, disent les doctes parce que dans le pays il y a beaucoup d'oies qui en volant forment un rond, et de rond d'oies on a fait Oyron.
« ...Il y a dans l'Hospice d'Oyron, fondé par Mad. de Montespan une jolie Madeleine pas trop pénitente de Mignard. On a couvert les nudités d'un barbouillage fort vilain, mais avant cette opération ce devait être un morceau fort apétissant.
« Le châtelain actuel d'Oiron est encore plus insouciant que M. le duc de Praslin. Il met son bled dans la galerie de Fr. I«' et toutes les fresques de la guerre de Troie sont à peu près effacées. La partie du château bâtie ss. Ls. XIII et Ls. XIV est en meilleur état, et on y trouve des peintures fort voluptueuses des dames de la
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cour habillées en nymphes et montrant à peu près tout. Je me suis fort creusé la tête à deviner ce que voulaient dire les deux devises suivantes sur les carreaux en fayence d'un cabinet qui a été fait pour Mad. de Montespan. Les uns représentent une vieille femme s'acheminant vers un château avec ces mots : On va bien loin quand on est las; les autres des hommes chassant dans les buissons avec cette légende : ff autres ont battu les buissons^ nous avons les oiseaux,.. »
Cette décomposition des pierres, il la signale aussi à Lenormant :
« Je suis dans un pays désespérant. Toutes les églises sont belles, toutes sur le même plan, toutes de la même époque, on les dirait bâties par le même architecte. Ce qu'il y a de mauvais c'est que toutes tombent en ruine. L'ornementation en est admirable, malheureusement exécutée avec une pierre qui se décompose à l'air, en sorte que les façades ressemblent à du fromage trop percillé ou à du sucre qui se fond. Si on avait de l'argent en quantité, on pourrait tout réparer encore... Mais cette maladie des pierres est contagieuse, et l'espèce d'ulcère qui les ronge s'étendra de proche en proche jusqu'à ce qu'il ne reste plus une pierre à manger '. »
Gïpendant, il ne s'occupe pas seulement d'archéolo-
z. Saintes, 28 juillet 1840, dans Rtvuê de Paris, loc. cit., p. 426. — Cest dn même |oar qu'est daté un long rapport (de 8 pages în-4* avec croquis) sur les églises de Melle, S* Hilairc, Celles, Surgères, et sur Tare de Saintes. — Lu rapport i Vitet daté de Bordeaux, } août, presque aussi long, est entièrement consacré i l'arc de Saintes, sauf quelques lignes relatives au £uial d'Esbéon.
gte : il ne se désintéresse pas de la politique, et voici le post-scriptuni d'une lettre adressée à Vitet le 3 août :
« Je reçois à l'instant votre lettre du 30 dont je vous remercie de cœur, surtout des nouvelles belliqueuses > que vous me donnez. Je me dis comme Amphytrion : Tout le monde aujourd'hui perd-il donc la raison I Diable, mais c'est sérieux. Seuls contre tous, c.-à-d. nous avons l'innocente Isabelle et l'invincible duc de la Victoire pour nous. Il y a un instinct si belliqueux chez le drôle de peuple dont nous faisons partie qu'ici, où l'on ne vit que du vin que boivent les Anglais, chacun me dit : Le ff^ Carbonnel aiguise sa rouillarde et rêve batailles. »
Chemin faisant, il ne craint pas de rapporter les traditions locales, ni même de les expliquer à sa manière. Ainsi, après avoir vu le tombeau de S*« Guiterie du mas d'Aire, il écrit :
« Elle porta sa tête coupée sans broncher. Son frère S. Désiré lui avait fait couper la tête en sa qualité de préfet des Landes ; lorsqu'il vit sa sœur faire ainsi œuvre de sainte, il se convertit, fut martyrisé, probablement par ordre du général commandant le département, et enterré près de S*« Guitterie. » »
I. A U suite du traité de Londres, les soldtts des disses disponibles furent tppelés.
a. A Vitet, Rayonne, 16 toât 1840. Ce rapport de 10 pages 4* (les pages 9 et 10 sont de récriture de FtoUei-U-Duc) est consacré aux églises de Bordeaux, S* Sever, la cathédrale de Bayonne. Il parle à son correspondant de son prochain voyage i Madrid et d'un « bouquin très docte qu'il veut imprimer. »
CiiAMBON. — P. Mhlwte, 10
De même pour le menhir de Peyrelongue, entre S. Sever et Agenaux :
ff La divine providence qui veille sur les antiquaires mit sur ma route un fort beau menhir que je ne m'attendais guère à trouver là. Si vous étiez celtomane vous prendriez feu sur les cavités bizarres que vous remarquerez vers la base de la pierre. Calmez-vous. Cest un grès tendre qui se décompose de la sorte à l'air. Si vous me demandez pourquoi cette pierre se trouve là, je vous répondrai avec mon postillon qu'une femme la portait à Dax dans son tablier, lorsqu'elle fit rencontre d'un beau jeune homme qui lui demanda ob elle la portait ? — A Dax. — Et pourquoi ne dites-vous pas : Si Dieu plaist? — La femme qui parait avoir eu une grande indiiTérencc en matière de religion répondit : « Si Diou phi\ 0 noun plaii lo pourtari'io à Dax. » Alors le jeune homme que l'on sut depuis être le bon Dieu en personne fit le signe de la croix, et la pierre devint si lourde que la femme fiit obligée de la laisser là. Elle a environ 4 m. 20. Je ne vous conte cette histoire, qui n'est peut-être pas exacte, comme dirait le Constitutionnel^ que parce que les pierres de cette nature ont coutume d'être portées ainsi en tablier. » ■
Mérimée était trop près de l'Espagne * pour n'y pas aller : il franchit donc les Pyrénées, et y passa une partie