ROYER-COLLARD ET LE DISCOURS DE RÉCEPTION 20J
demande. Dans mon opinion, il vaudrait mieux laisser Tare i terre que de le masquer par une passerelle.
« 2^ Consentiriez vous à mettre l'arc à côté de la passerelle?— Rép': L'arc ne peut être déplacé. Si on le mettait entre le pont et la passerelle, comment et sur quoi l'alignerait-on? Dans l'axe du quai, il ferait un effet détestable et serait un obstacle aux passants. Parallèlement au quai cela serait absurde. Un arc doit nécessairement être perpendiculaire à une voie. Enfin le Ministre a fait des dépenses qui seraient en pure perte si l'arc était changé de place.
« 30 Mais nous payerions la dépense faite. — Rép. : Vous ne pourrez payer que la dépense ; il vous serait impossible d'offrir un dédommagement à la postérité qui s'indignerait d'un pareil déplacement.
« 40 Nous laisseriez vous faire la passerelle à côU de l'arc? — Rép. : Cela dépendrait de la distance. Si cette distance était suffisante pour ne pas nuire à l'effet du monument, pour ma part, )c ne verrais pas de raison i vous empêcher de dépenser votre argent i votre guise.
« Tout cela a duré une heure. Viollet le Duc et Qerget cependant étaient dans une chambre à côté à rire comme des fous. Nous nous sommes séparés en nous donnant des marques d'estime réciproques, et ces messieurs sont convenus que dans ma position je ne pouvais tenir un autre langage. De mon côté, je leur ai dit qu'ils étaient orfèvres.
« Hier, j'ai oublié de vous conter un mot sublime du maire. Son projet était de placer l'arc sur une hauteur, à l'extrémité du cours royal, à l'embranchement de la route de Bordeaux et de celle de La Rochelle. — Mais, lui
dis-je» Monsieur, Tinscription qu'en ferez-vous?EUe mentionne que le monument a été construit au bord de la Charente. — L'inscription ? Monsieur, nous la changerons.
« Je vous ai parlé de l'état pitoyable de S* Eutrope. Je demande à Qerget d'aviser aux moyens de supprimer un contrefort odieux appliqué sur le collatéral Nord. Il ne croit pas la chose impossible. Tout ce côté, qui est admirable, y gagnerait prodigieusement. Je vais demain à Parthenay, puis à Airvault, etc. Je serai i Blois vers le 24. Les jours sont courts et on ne va guère vite dans ce pays.
« Adieu, mon cher Président, hâtez la solution de l'affaire de Saintes quelle qu'elle soit. Vous savez ce que je pense de la passerelle.
Le même jour, il envoyait un rapport au ministre sur l'arc de Saintes. Le 24 septembre, nouveau rapport sur les églises d'Airvault, St-Jouin, St-Généroux, Loches, St-Savin, dont les réparations et les ornementations du curé sont ridicules : « Le curé de S< Savin est furieux. Il ne me pardonne pas d'avoir fait démolir le père étemel et son coq, encore moins de ternir ses colonnes. 11 n'a pas voulu me voir. Je pense que je dois à ses prières la pluie battante qui me poursuit depuis trois jours. »
Le discours — ou plutôt l'éloge de Nodier — poursuivait Mérimée comme un remords pendant sa tournée. De Poitiers, il écrivait à Jenny Dacquin : « ...Depuis mon départ, je n'ai pas déballé deux fois mon discours, et si cela continue je ne crois pas en vérité, que j'y puisse changer une ligne. Je m'attends qu'au dernier moment je serai épouvanté de la quantité de sottises que