Le motif de F attribution du V ermandois à Raoul
La version X devait nécessairement comprendre tous les éléments communs aux deux versions conservées. Pour le surplus, le doute est permis. Il est certain pourtant que tout trait particulier à l’une ou à l’autre version, qu’on démontrera être pris par le jongleur ou par le chroniqueur dans une source non épique, n’a pas pu être emprunté en même temps par eux à la version X. Je n’ai acquis cetle certitude que pour un trait, celui qui concerne le motif de l’attribution du Vermandois à Raoul dans le texte du chroniqueur.
G. Paris avait supposé qu’en rattachant la conduite du roi en cette affaire au souvenir de la captivité de Charles le Simple, YHistoria avait conservé un trait de la chanson primitive (2). M. Bédier a démontré que l’argument positif que G. Paris faisait valoir en faveur de son hypothèse reposait sur une méprise sur le nom du roi dans YHistoria (3). J’ajoute que la phrase où le chroniqueur nous dit
(1) Cette hypothèse me semble expliquer, d’une manière fort satisfaisante, les obscurités du récit et les défauts littéraires notés par M. Paul Meyer, Raoul de Cambrai , Introd., p. lvii sqq. Il est certain, toutefois, que le ms. de Paris n’a pas été écrit de mémoire : des fautes comme celles des vv. 1904-5, 3495, prouvent qu’il a été copié sur un ms., que rien n’empêche d’identifier avec la version faite de mémoire que je suppose. Les fragments belges sont trop peu étendus pour que j’ose les invoquer à l’appui de mon hypothèse.
(2) Journal des Savants, 1887, p. 624 sq.
(3) Lég. ep. IL p. 365, note 2.
que Charles le Simple capturé par Ibert et son frère, usque ad «Peronam deductus » ab eisdem sub uinculis « carceralis cusiodiaey) ibidem diebus multis religatur , es( un emprunt parfaitement reconnaisable à Richer I, 47, qui s’exprime ainsi: « ductus Peronam carcerali custodiaey> deputatur (1). Quant à la date de 922, où le chroniqueur place l’événement, si elle n’a pu être dégagée par lui du récit de Richer, je serais porté à admettre avec M. Bédier (p. 398) qu’elle lui était fournie « par Flodoard ou par l’une des nombreuses sources annalistiques qui relatent la capture du roi », avec cette différence toutefois que je remplacerais dans la phrase de M. Bédier le nom de Flodoard par celui des Petites Annales de S.-Amand (2).