‹ Notes sur Raoul de CambraiChapitre 14 sur 19 · Bernard de Rethel et Ernaut de Douai · texte numérisé non relu

Bernard de Rethel et Ernaut de Douai

Les Annales de Flodoard contiennent, à l’année 933, la notice que voici :

Richarius, episcopus Tungrensis, quoddam castellum Bernard! comitis quod ipse Bernardus apud Harœias in pago Porcinse construxerat, euertit, eo quod in suae aecclesiae terra situm esset. (Ed. Lauer, p. 55.)

Ce château d’Arches, actuellement Charleville près Mézières, est situé dans un pays qui n’était pas ignoré à Waulsort. La famille de l’abbé Thierri II y était établie. Ayvelles, distant drune lieue à peine d’Arches, relevait de Raoul, le neveu du frère de Thierri II, Guerri. C’est là que lesi moines de Waulsort sont allés, en 1143, chercher les reliques de s. Candide et s. Victor, à en croire la Translatio citée dans le chapitre précédent. Le même texte nous montre Thierri II se rendant à Mézières (c. 12). Au nord de Mézières s’étendent les domaines du frère de l’abbé, Guerri (c. 13). Louettes-Saint-Denis d’autre part, où l’abbaye de Waulsort possède des biens (cf. supra , p. 154, n° 1), est située à six lieues à peine du château construit par Bernard de Rethel. Il est donc certain que le passage qui vient d’être transcrit devait éveiller la curiosité d’un moine de Waulsort lisant les Annales , surtout si c© moine était contemporain de l’abbé Thierri. Notons que la bibliothèque de l’abbaye est bien garnie, puisque rien qu’au cours de cette étude nous avons pu constater, dans les écrits waulsodoriens, des emprunts à Richer et à Y Histoire de l'église de Reims de Flodoard. En racontant l’aventure du béryl, YHistoria Uualciodorensis monasterii (c. 4) cite des vers latins, empruntés sans doute à une vie de s. Eloi. Le passage emprunté à Richer semble

aussi reposer, pour ce qui est de la date, sur une source annalistique que nous avons identifiée dicis gratia avec les Annales Elnonenses minores. On sait du reste que Waulsort est un centre littéraire assez important (1), et nous avons pu constater de uisu , que les moines, exaspérés par la lutte avec Hastières, compulsent avec beaucoup de zèle les livres et les chartes, d’où ils tirent des renseignements utiles pour leurs) pieux mensonges.

L’histoire ne sait rien de la participation de Bernard de Rethel aux événements où Raoul II de Goui devait trouver la mort. Le rattachement de ce personnage à la famille d’Herbert le Grand lui est inconnu également. Par contre, elle sait qu’en 945 Bernard de Rethel se joignit au roi, quand celui-ci, après avoir pillé consciencieusement le Vermandois, se dirigea vers Reims (2). Faut-il admettre que de tout ce que pouvait dire de véridique sur Bernard de Rethel un poète contemporain, attaché à la cour vermandisienne, la chanson actuelle n’aurait conservé que les renseignements contredits par Flodoard, ou croire que le nom d’un comparse dans le poème a été fourni au poète par ceux à qui il devait déjà le comte. Ibert ? La réponse ne saurait être douteuse, quand on observe que l’identification d’un comte du pagus Porciensis avec le comte de Rethel, dont on pourrait d’abord hésiter à croire capables les clercs de Waulsort, connaissant Arches, est faite par un Aubri de Trois-Fontaines, qui n’avait aucune raison de s’intéresser au château construit par Bernard (3).

(1) Lahaye, Etude sur V abbaye de Waulsort , p. 88, sqq.

(2) Flodoard, Annal, ao. 945 ; Hist eccl. Rem. IV, 31 ; Richer

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