‹ Notger de Liège et la civilisation au 10e siècleChapitre 17 sur 44 · NOTGER AU SERVICE D OTTON II · texte numérisé non relu

NOTGER AU SERVICE D OTTON II

Si nous avons pu, dans les pages qui précèdent, retracer au moins en partie la première année du pontificat de Notger, ce n'est là qu'une heureuse exception : les sources ont oublié, le plus souvent, de dater les principaux faits par lesquels s'est manifestée sa vaste activité, et nous devrons nous contenter, en général, de les classer dans un ordre logique. L'ordre chronologique n'apparaît que dans ceux de ses actes qui ont été consacrés au service des princes, parce que ceux-là nous sont connus par des diplômes et par d'autres documents datés. Cette dillerence dans le degré de précision des dates de la carrière de notre héros nous oblige à partager en deux parties le tableau de sa vie : dans la première, nous exposerons au jour le jour sa participation aux affaires de l'Empire; dans la seconde, nous grouperons sous quelques rubriques générales ses actes de gouvernement et d administration. 11 sera facile au lecteur de constater que cette division n'est pas purement formelle : tout au contraire, elle correspond bien exactement à la réalité. Entre le rôle du vassal d'Empire et celui de prince de Liège, il y a une telle ligne de démarcation, qu'on pourrait presque étudier séparément chacun d'eux sans rencontrer l'autre.

Sous les empereurs de la maison de Saxe, un évoque était, pour ainsi dire, un gouverneur de province. Il était commis par le prince à la garde des intérêts royaux dans sa région. Il avait pour tâche d'y faire respecter

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l'autorité de son muitrc, de riiiforiiicr de tout ce qui s'y passait, d'y combattre par tous les moyens, et au l)Csoin par la force, les ennemis de la couronne. Il continuait d'ailleurs de faire partie de la cour, bien que relégué à un poste éloigné. Il y devait paraître à intervalles périodiques, en qualité de grand vassal fidèle. Il avait aussi Tol^ligation d'accompagner le prince dans ses expéditions, à moins d'empêchement légitime, et d'y mener les hommes de ses fiefs. Tout cela lui créait des obligations qui n'étaient pas toujours compatibles avec ses devoirs spirituels. Mais, lorsqu'il y avait conflit, c'était ces derniers qui passaient à l'arrière-plan : l'évéque était vassal avant d'être pasteur.

Il faut connaître cette situation si l'on veut se rendre compte du tableau que nous allons dérouler sous les yeux du lecteur dans ce chapitre et dans les trois suivants. î\lais il faut en même temps se souvenir qu'il ne fait connaître qu'un des aspects de la carrière de Notger, et n'apprécier celle-ci que lorsqu'on aura envisagé l'autre.

Notger, on l'a vu, occupait depuis une année son siège épiscopal lorsque son bienfaiteur, Otton I, mourut le 7 mai 973. Il ne paraît pas qu'il ait reçu à Liège même la visite du jeune Otton II, ce prince, associé au trône du vivant de son père, n'ayant pas eu besoin de faire, comme nouveau souverain, la tournée des diverses provinces de son royaume (1). Mais, du 21 au 26 juillet 973, nous trouvons Otton II à Aix-la-Chapelle, où Notger vint lui faire sa cour, et d'où, à la requête de l'évéque, il émit le diplôme confirmant l'immunité de l'abbaye de Lobbes. Dans ce document, le souverain parle de Notger en termes fort élogieux; il l'appelle le soutien et l'auxiliaire de ses volontés, et l'on voit que ce sont les deux impératrices, Adélaïde et Tliéopliano, qui ont fait au prélat l'honneur d'intervenir en faveur de sa demande (2).

Notger eut bientôt l'occasion de montrer que son jeune maître n'avait jyas fait de lui un éloge exagéré. La mort d'Otton I avait rendu courage, un peu partout, aux vas-

(1) Ihliiz, Jdlirhi'tcfier des dciitxchni [Iriilicst miter Oito II utnl (Htii lll, I. I, p. 32.

(2) Sickcl DO, II, p. G3. Nostrie voluntalis faulor simul et adjutor.

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saux rcijcllcs, et notamment, en Belgique, à la remuante famille de Régnier au Long Col. Les deux arrière -petits-fds de ce dernier, Régnier IV et Lambert, étaient rentrés en Lothicr dès l'automne de 973, et avaient vaincu et tué, dans une bataille livrée à Péronne près de Binche, Garnier et Rainald, auxquels Otton I avait donné une partie de leurs biens confisqués (1). Après cela, les deux frères sétaient solidement établis dans le chàteau-fort de Boussoit-surllaine (2). Il importait pour le prestige du nouveau règne et pour la sécurité du Lothier que cette entreprise fût enrayée sans retard. Malgré l'hiver — on était en janvier — Otton accourut et mit le siège devant le château de Boussoit. Les deux frères, désespérant de résister, se résignèrent à capituler. INJaître de la place, Otton la livra aux flammes et emmena ses prisonniers en Saxe (3). Le 21 janvier 974, Otton était encore à Boussoit, d'où il délivra, à cette date, un diplôme en faveur de Tabbaye de Saint-Bavon à Gand (4).

Il est fort probable que Notger avait accompagné l'empereur en Hainaut avec les contingents liégeois. Prince d'empire, il n'était pas seulement tenu de participer à une expédition qui avait lieu sur ses frontières, il était encore intéressé à voir la paix régner dans un pays si voisin. Il devait, de plus, tenir grandement à la soumission de la famille de Régnier, qui tyrannisait son abbaye de Lobbes. En 954, lorsque les moines, fuyant l'invasion des Hongrois,

(1) Annales Laubienses et Annales Leoclienses, 17. Annales S. Jacobi Leodiensis, G37; Sigebcrl de C.enibloux, Chnmicon a. 973. p. 3ol; Gesta epp. Camerac. I, 93, p. 440.

(2) Les sources ne nous permellent pas do dire avec une absolue ccrlitude si c'est Boussoit prés de Mons ou Boussu près de Saint-Gliislain. Ces deux localités sont Tune cl l'autre sur la Haine (super llagnani); la l'orme moderne du nom de l'un et de l'autre peut également dériver du nom ancien (Busciid, Dusmd, liuautli, lUisciilit, Uosiiiit); toutes deux oui un ( liàleau d'anliquilé immémoriale, cl la situalion géograpliiiiue de chacun lui permet d'avoir été le lliéàlre de la lutte. Mais Boussoit, étant situé près de Péronne, semble mériter la |)rél'érence. Cf. Lot o. c, 1>. 78 note 4, à Topinion duquel je me rallie et l'hlirz, o. c. t. I, p. 40, donl les i-aisons linguistiques pour préférer Boussu sont sans valeur.

(.3) Gcxta cpp. Cam. l. r. ; Tliielmar de Mei'sebdurg, III, i; Annales Wcissenbur- (jenses; Annales Altalicnses Majores.

(4) Sickel, IK). U, p. 82 (n» G9). Sur toute colle guerre, cf. Lot o. c. p|). 78-79.

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avaient voulu se réfugier au château de Tliuin, lléguier III les avait empêchés de Ibrtilier cette citadelle, quoiqu'elle iVit leur propriété (1). Pour toutes ces raisons, nous croyons probable que Notger assista à la reddition du château du Boussoit, avec son confrère Theudon, cvéque de Cami)rai, dont la présence y est attestée (2).

C'est pendant le siège de Boussoit que semblent s'être nouées, entre Otton II et l'abbaye de Saint-Bavon, des relations très intimes, qu'il y a lieu d'exposer. Gand était un {)Oste stratégique de la plus haute importance; selon que les comtes étaient les amis ou les ennemis de l'empereur, ils défendaient ou ils menaçaient l'extrémité occidentale de l'Eml)ire, et, de cette forteresse qui dominait le cours de l'Escaut, ils pouvaient, en s'alliant avec les rebelles du Lothier, toujours sûrs de l'appui de la France, devenir un sérieux danger (3). Il était donc de bonne politique, pour les empereurs, de se ménager des intelligences du côté de la Flandre. Or, il se trouvait précisément que l'abbaye de Saint-Bavon à Gand avait besoin de son appui. Womar, qui gouvernait cette maison ainsi que celle de Saint-Pierre au Mont-Blandin, s'était déjà adressé précédemment à l'empereur Otton I, en le priant de restituer à Saint-Bavon des biens que l'abbaye possédait dans l'Empire, aux pagiis de Campine, de Brabant,

(1) Folcuin, c. 25, p. 66.

(2) Gesta rpp. Camerac. I, flo, p. 440.

(3) La légende qui veut qu'Olton I ail l'ail en 946 une expédition en Flandre pour punir le comte Arnoul, se soit emparé de Gand, ait creusé le Ottegracht ou Fossé dOtton et enlevé à la couronne de France tout le pays situé à di'oite de ce fossé, qu'il aurait confié à un Saxon du nom de Wiclimann, est absolument controuvée. Elle ne repose que sur le témoignage sans autorité du chroniqueur Jean de Tliielrode, qui écrivait dans les dernières années du Xin« siècle. Voici le passage : Otlo iinperalor de Scaldi l'ossalum ante pontem Sancti Jacobi usque in mare extensuni a nomine suo OUingam nominavit, que regni Francorum et imperii orienlaliuMi fines delerminavit elc. Van Lokeren, Clironùiue de Saiiit-Darun à Gand, par .Iriui de Thirlrodc, Gand, 1835, p. 10 ; .1/67/, t. XXV, p. 363. Surcelle légende, admise jusque dans les derniers tenqis par tous les historiens, v. A. De Vlaminek, De atud en de lieerlijkheid van Dendeniiimdc, {Annales du Cercle arcliéoloiiiinte de Terniondc, 1I« série, 1. I, pp. 126-178 (1868); Messai/er des Srienrcs liistoriques, 1876, i)p. 158- 163; le même, MAUB, collection iu-8", t. XLV,pp. 09- 76; Waulers, DARD, III'" série, 1. A7, pp. 165, t, LX, 1 (ISOOj, p. 138-139.

de Hesbavc, de Rven et ailleurs encore. Otloii I avait accueilli cette demande en principe, mais, prévenu par la mort, il n'avait pas eu le temps de faire dresser un acte en règle. Womar profita de la présence dOtton II dans le pays pour renouveler sa demande, à laquelle l'empereur s'empressa de faire droit par son diplôme daté de Boussoit le 21 janvier 074. L'abbaye témoigna sa reconnaissance à l'empereur en le recevant dans sa communauté de prières, faveur spirituelle très appréciée à cette époque (1). Et elle n'eut qu'à se féliciter, par la suite, de s'être procuré un confrère de cette importance : trois autres diplômes impériaux, datés, les deux premiers de 97G, le dernier de 977, lui apportèrent, avec la confirmation de ses privilèges, la restitution de plusieurs domaines qui lui avaient été enlevés, entre autres celui de Wintersliovcn en Ilesbaye, détenu pour lors par un des propres chapelains de l'empereur (2).

Il n'est pas douteux que le soin des graves intérêts de son abbaye n'ait amené au camp devant Boussoit l'abbé de Saint-Bavon en personne, et qu'à cette occasion, Notger n'ait fait la connaissance de ce dernier. C'est, en effet, peu de temps après l'expédition d'Otton II en Hainaut que l'évêque de Liège, sollicité par l'abbé, consentit à écrire pour lui l'histoire de saint Landoald, dont les moines de Saint-Bavon venaient de transférer les reliques de Wintershoven à Gand (3).

Le dévouement que Notger avait montré à l'empereur au cours de la campagne de Hainaut ne devait pas tarder à

(1) Voir Tramlatio s. Landualdi dans AA. SS. t. III de mars, p. 43 B : Otto nis imperatoris jnnioi'is, (lui tune temporis visiis est oblinere nostnc consortium konfratemitutis. Et Viia, Appcndix, 12 p. 12 C : Impcrator novitcr in fralernitateni Irutrum susceptus. Atwalcs S. Davonia ad (inn. !t83. p. 188 : Secundus Otto, impci-ator Uomanonim, qui socictatem fralernilatis frali'uin C.andensis cœnobii desidcrantei' adcptiis fucrat.

(2) Voir les diplômes impériaux dans Sickcl, UO. II. \\\). 82, lit, 112, UJ(J. Saint-Bavon était-il en Flandfe ou en Lotharingie, c'est-à-dii-e en France ou en Allemagne? Vandi'rkindore, Formation tcrritoriulr, t. I, p. J!!*, expose avec sagacité les i-aisons qui plaident pour la dernièi-e iiy|)olliése.

(3) Voir plus loin,

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recevoir sa récompense. Dans les derniers jours de juin de la même année, Ollon II, se trouvant à Krfurt, émit un diplôme par lequel il conlirinait à l'évcque de Liège la possession du marche et de la monnaie de la ville de Fosse (1).

Mais on n'en avait pas fini avec Régnier et Lambert, lléfugiés en France, ils se préparaient à un nouvel assaut contre le Lotliier. Le roi Lotliaire les appuyait sous main : dans son ardent désir de remettre ce pays sous l'autorité de la France, il croyait devoir encourager toutes les tentatives destinées à y ébraider le pouvoir des rois allemands. Deux grands seigneurs de son royaume, son propre frère Charles et Ollon de Vermandois prêtèrent leur concours aux exilés. Ainsi renforcés, Régnier et Lambert avaient couru assiéger dans Mons Arnoul et GodeiVoi, qui gouvernaient le Hainaut pour le compte d'Otton depuis la mort de Garnier et de llainald. Les assiégés firent une sortie le 19 avril 97G, jour du mercredi saint, et un sanglant combat l'ut engagé entre eux et les envahisseurs. Godel'roi fut blessé dans la rencontre ; Arnoul s'enfuit à bride abattue, mais il ne paraît pas que la bataille ait eu un résultat décisif (2). La frontière de l'empire restait compromise toutefois, et plus menacée que jamais par les intrigues et les entreprises du parti français.

Dans ces conjonctures, Otton II se résolut à une mesure qui eût pu paraître téméraire, si elle n'avait été inspirée par une profonde connaissance des hommes et des choses : il conlia le duché de Lothier, alors vacant, à ce même Charles de France qui venait de le ravager et qui, frère du roi Lotliaire, avait été jusque là l'instrument le plus actif des visées

(1) Sickcl DO. II, p. 100. Chapeaville, qui a piiblié le premier cet acle, le date ei TOiuMiiont (le 99i (Gcsta Episcoj). Lcod. t. I, p. 208) et il a été suivi par Liinig-, Spkilefiiuni, t. II, p. 190 et par Waulcrs, Table, t. I, ]). 427. Jlais déjà Bûcher avait i-eclifié Terreur en invoquant les notes chronologiques du diplôme lui-même (Cliapeaville, appendice de l'o. c, ad ann. 974). Fisen l'avait suivi et complété p. 108; ils ont été suivis par Borgnet, Cartulairc de Fusses, par Bnrnians et Schoolmeeslers, Cartitlaue de S. Lambert t. I, p. 18, par Stumpf, par Wauters, se corrigeant lui-même, Table, supplémevt, t. VU] p. i07. Sickel, Erlauterungcn, pp. MO et 117 expose les raisons qui lui font adopter la date de 974.

(2) Gesta epp. Camerac. I, 9G. p. 440; Annales Laubienses et A'inales Leodlenses \). 17; Fludiiard, Contiiiiint. p. U)7.

de ce dernier (I). Charles était jeune, entreprenant, ambitieux ; il soudVait d'avoir été écarté du pouvoir par son frère (2), qui ne lui avait pas même constitué d'apanage ; à tout prix, il cherchait à se faire une situation politique, et il ne pouvait espérer de la trouver en France. Quoi de plus habile, en pareille circonstance, que de l'attacher à la fortune de la maison de Saxe et de le brouiller définitivement avec son frère, en lui donnant à défendre les provinces que celuici convoitait le plus ? L'expédient réussit, et Charles de France devint le fidèle vassal d'Otton II. Si je raconte ces faits, c'est à cause de la part prépondérante qu'à mon sens y a prise Notger. d n'est pas un jeune souverain tdors âgé de 23 ans au plus, inexpérimenté et sans connaissance spéciale du pays, qui aui*ait seul conçu un plan politique à aussi longue portée, et il n'y a pas de témérité à en faire honnem* aux conseils de l'homme qui était le mieux en situation et pour l'élaborer et pour le faire adopter (3).

Lothaire ressentit vivement le coup qui venait de lui être porté : ardent et vindicatif, et, sans doute, poussé par les fils de Régnier (4), il rêva de se venger sans retard. Brusquement, sans avoir laissé transpirer rien de son projet, il apparut avec une armée en Lothier vers la fin de juin 978 et courut droit sur Aix-la-Chapelle, où résidait alors Otton II

(1) Gcsta cpp. Camcrac. I, 101, |). iiS; Sigeberl, Chroiiito)!, n. 977, p. ?iG2; Hugues (le Flavigny dans Bouquet, VIII, 29G.

(2) C'est dans ce sens ((u'il faut entendre le liret ciiim a fratre de vcijno pnlsim itiiu que Riclier, IV, 9 met dans la bouche de Ciiarles (|uand il brigue le Irùne après la mort de Lolliaire. C'est se tromper cpie dy voir ([ue Charles aui-ait été exilé paison fréi-e, comme l'ait M. Lot, Les derniers Caroliiuiiens, j). 88 et 91.

(3) M. Lot écrit p. 9!2 : « Peut-être est-il exagéré d'attribuer à l'ompei'eur de profonds desseins politiques; il n'agit peut-être ainsi que par faiblesse, pour se délivrer des tracas que lui causait incessamment la Lorraine (//«■: ; le Lothier). Qu'il fût dû à son habileté ou au hasard, le résultat n'en fut pas moins heureux pour l'Empire, etc. >> Il serait vraiment étrange ([u'une combinaison à la fois ingénieuse et hardie, et dont on reconnaît les résultats heureux, fût l'ieuvre du hasard plutôt que des hommes de talent qui entouraient Ollon II : j'imagine qu'ils savaient aussi bien que nous ce qui convenait à leur maître.

(i) iiuvep\U)h\{,\(>\y .iiDiales Allalunises Majores a. 978 et cf., jiar contre, Matha-i, I>ie llaeiidrl (lltii I mit l.iit.'iriin/ni iiiiil Fnuil.reiih, llaile s. S. 1882, p. 13.

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avec sa rcnime Tlicopliano, qui (Hail ciicoiiilc. La nouvelle tic l'arrivée du roi de France tondja comme un coup d(; Ibudrc sur la ville impériale. Ollon, d'abord, n'en voulut rien croire, puis, forcé de se rendre à l'évidence, il s'enfuit précipitannnent à Cologne, abandonnant ses bagages et ses tables encore dressées. Le roi de France put impunément ravager le pays et se donner la satisfaction de manger le dîner préparé pour son adversaire. Il en eut une seconde, plus vive encore, qui consista à retourner du côté de la Germanie l'aigle qui surmontait le palais de Charlemagne. Trois jours après cette démonstration, et sans avoir rien fait pour justifier ce symbole de ses conquêtes futures, il reprenait le cliemin de la France (1).

Quel avait été le but de cette singulière expédition? Incontestablement, Lotliaire voulait mettre la main sur la personne d'Otton II, qu'il savait alors aux confins de son royaume : ce qui le prouve, c'est que, n'ayant pas réussi à s'emparer de lui, il repartit aussitôt. S'il ne le poursuivit pas jusqu'à Cologne, c'est apparemment parce que, comptant faire un coup de main, il n'avait pas amené assez de troupes pour tenir la campagne. Il ne faut pas ajouter foi aux assertions de Richer, d'après lequel Lotliaire s'était fait accompagner d'une armée de 20,000 hommes : un pareil rassemblement de forces ne pouvait avoir lieu, à cette époque surtout, sans de longs préparatifs, dont on n'aurait pas manqué d'avoir vent en Allemagne, et l'extrême désarroi qui régna à Aix-la-Gliapelle, lorsqu'on y apprit l'équipée du roi de France, dénient implicitement l'iiypollièse d'une expédition en règle (2).

Nous ne nous serions pas occupé de cet incident liéro'icomique, si Xotger n'avait dû s'y trouver impliqué. C'est

(1) Rkher m, G8-71. Gcsta epp. Canirrar., I, !tT, p. iiO; Alpoit, De rpiscopis Mcttensibus, 1, p. G97 ; Aiimiles Altulicnscs a. !)78; Annales Laubicn.ses et Anuale.i l.eoiUemcs, p. 17; Tliieiinar de Mersebourir, III, G.

(■2; Cf. \\-à\{±^[c'm,(Mnuulun(i desfraiizosisclien KunitjUtiiiiis iialer ilnt Kapctinijoi, Leipzig, 1877, p. 3il, w. I et Loi, Les derniers Carolùif/iens, p. 93, qui trouve le iliillVc de Riclier exagéré. Riclitei-, Anualcn der deutsclien Ccsdiiclite im Millrlalter, 111, p. l.SO, croit qu'il n'y a aucune raison pour le révoquer en doute. Quant à Ciiesebrerlit, Kuiscr-eit, t. I, p. :j^l, il parle de 30,000 hommes, ce qui n'est peut-

son pays que traversait rarnice des envahisseurs, et s'il n'a pu prévenir en temps utile son souverain de ce qui se préparait contre lui, c'est une preuve de plus du caractère soudain et iuiprévu de l'attaque. Gomme aucun chroniqueur liégeois n'en a conservé le souvenir, et qu'il ne devait ctre ni dans le plan ni dans l'intérêt de l'envahisseur de perdre du temps à soumettre des villes, au risque de laisser échapper le prince allemand qu'on voulait surprendre, il est assez vraisemblable que Lothaire aura pris un chemin qui ne passait pas par Liège. Il n'aura eu qu'à suivre la chaussée romaine qui, de Bavay, court à travers les plaines du llainaut et de la Hesbaye, et se dirige sur Cologne en passant par Tongres et Maestricht. En la quittant à partir de cette dernière ville, on était au bout de quelques heures à Aix-la- Chapelle. C'était le chemin que suivirent, en sens inverse, tous les envahisseurs de la Gaule septentrionale; récemment encore, en 954, il avait conduit les Hongrois au cœur du Lothier (1),

Liège fut donc probablement épargnée par l'incursion française; mais, en revanche, les campagnes de la Ilcsbaye durent souHVir cruellement de ce passage d'une armée ennemie qui n'avait rien à ménager. Il y eut sans doute quelque résistance à certains endroits, car nous savons qu'un homme de l'armée du roi de France périt en 978 a dans la guerre de Hesbaye » (2), On sait comment, dès le mois d'octobre de la même année, Otton rendit à Lothaire l'étrange visite qu'il en avait reçue. Notger fut probablement de l'expédition, mais aucun chroniqueur ne parle de lui à cette occasion. On peut croire que la crainte du retour d'une pareille attaque, dans laquelle sa ville épiscopale ne serait plus épargnée, ne

êti'C qu'une faute d'impression. Ulilirz, JaUrbûcher, I, p. 107, l'LproJuit stins commoiUaire le liiillVc de Richer.

(1) Cf. Lot, Les derniers CaroliiKjk'ns, p. ',)?,, note o, qui défend le même itinéraire pour d'autres raisons non moins probantes, mais dont il n'y a pas lieu de faire état ici. Lhlirz, p. 107, croit que l'armée française aura passé la Meuse entre Liège et Maestricht, peut-être à Visé.

(2) C'est Tizekinus, père de saint Poppon, homme du pays de la Lys. Vitu Pupponis, c. 1, p. 2'Ju.

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doit pas avoir peu contribué au projet de fortifier Liège, que nous le verrons réaliser au cours de son règne.

Désormais aussi, les yeux de l'évêque restèrent fixes sur la frontière française, où était le point le plus vidnérable de la monarchie oUonienne. (^aniJjrai, qui aurait dû en être le boulevard occidental, était le sujet dïternelles inquiétudes et le théâtre de troubles permanents. Les évoques y étaient à la merci des comtes, véritables tyrans locaux, qui se désintéressaient entièrement de l'Empire. On y avait eu, depuis le règne d'Otton I, une série de pontificats troublés, et Theudon, qui occupait le siège épiscopal depuis 972, avait été à la lettre le souiïVe-douleur de ses vassaux. Ce pauvre homme fiiible et naïf ne cessait de regretter sa chère église Saint-Séverin de Cologne, dont il avait été le prévôt, et se considéz^ait comme un exilé en pays barbare : à la fin, n'y tenant plus, il abandonna son diocèse et revint mourir à Cologne. C'était en 979.

Notger avait bien des raisons pour se préoccuper du choix de son successeur. Non seulement il était, avec son collègue de Cambrai, le principal représentant de l'empereur en Lothier, mais il avait un intérêt direct à ce que Theudon fut bien remplacé : si l'on voulait préserver Liège des attaques du roi de France, c'est à Cambrai qnil fallait la défendre. Ajoutons qu'à peine la mort de Theudon connue, le duc de Lothier était accouru, à la demande des comtes Godefroi et Arnoul, pour protéger la ville contre le roi de France. En réalité, il s'y était comporté en maître, et il fallait aviser sans retard. Malgré les rigueurs de l'hiver, Notger courut trouver l'empereur à Pœhlde en Saxe, où la cour passait les fêtes de Noël, et lui recommanda vivement son ancien élève llotliard (1). Déférant au vœu de son fidèle conseiller, l'empereur donnal'évôché de Cambrai au protégé de l'évoque de Liège (2). Rothard était de famille noble et semble avoir été populaire à Cambrai, où l'on avait demandé sa nomination à l'empereur. On espérait, dit le chroniqueur, que l'am.énité du nouvel évoque adoucirait le peuple de cette ville; en d'autres termes,

(1) Gesta epp. Corn. I, 102, p. «3 ; Anselme, c. 20, p. 205.

(2) Gesta epp. Ccim. I. c.

on voulait rattacher plus étroitement à la cause de l'Empire une population dont la iidélité était peut-être branlante (1).

Rothard ne trompa point les espérances de son protecteur : un de ses premiers actes, ce fut la destruction du fort de Yinchy, construit à quatre milles de sa ville épiscopale par Eudes de Vermandois, qui menaçait de devenir le tyran de l'évêché (2). Rothard montrait de la sorte à son ancien maître Notger comment il fallait se comporter envers ces forteresses féodales. « C'est ainsi, dit un historien moderne, que la nomination de Rothard et l'échec de son neveu Eudes tirent perdre à Lothaire toute influence sur ce pays de Gambrésis, qui s'enfonçait comme un coin dans son royaume (3) ». Le fait, dans tous les cas, atteste et le crédit dont Notger jouissait à la cour, et la perspicacité de son coup d'œil politique. Aussi voyons-nous son séjour auprès du souverain marqué par une nouvelle faveur accordée à son église ; par un diplôme daté de Grona le G janvier 980, Otton II lui confirmait la possession de tous ses biens et la jouissance de l'immunité (4).

Il ne faudrait cependant pas exagérer, comme l'ont fait quelques-uns, la position que Notger occupait à la cour impériale, et la comparer à celle dont, grâce à d'éminents services, il devait jouir sous le règne suivant. Sans doute, nous le trouvons parmi ceux qui ont la confiance du roi ; toutefois, plusieurs personnages le dépassèrent en influence sous ce règne, et nous apprenons par les documents diplomatiques que ce furent Gisilher de Magdebourg, Pierre de Pavie et Thierry de Metz (o).

A pai'tir des premiers jours de 980 jusqu'à la fin du règne d'Otton II (983), le nom de Notger disparaît d'ailleurs des diplômes impériaux. Nous voyons qu'il passa une bonne partie de l'année 980 dans son diocèse. Le 25 mars, il était à Lobbes, où il prenait des mesures pour assurer à cette abbaye

(1) Ibul. 1. c.

(2) Ibid. V. i03,\>. US.

(3) Lot, p. -lii.

. (4) Sickel, 1)0. II, p. 288.

(ii) Sur ce point, voir Kelir dans V llistorischc Zeitschrift, t. LXVI, p. ilo.

NOTGER AIT SERVICK d'oTTOX TT. QH

la paisible possession de certaines redevances (1). Peu de temps après, il assistait à un concile d'Ingellieim qui, sous les yeux de lempereur, confirmait l'union des abbayes de Stavelot et de Malmedy, et précisait le privilège de la première en matière d'élections abbatiales (2). Selon toute apparence, il accompagna l'empereur à Margut sur le Ghiers, où ce prince eut avec le roi de France une entrevue qui établit des relations pacilîqucs entre les deux souverains; c'était en mai. De là, il sera revenu avec l'empereur, que nous trouvons le l" juin à Aix-la-Gliapelle. Dans tous les cas, dès le 19 juin, il était de retour dans son diocèse, car c'est à cette date qu'il envoya à son ami, l'abbé Womar de Saint-Bavon, la vie de saint Landoald, dont les reliques venaient d'être transférées à Gand (3).

Nous ne sommes pas si bien renseignés sur l'emploi qu'il fit des années 981 et 982. Il n'accompagna pas le monarque en Italie, dans cette expédition fatale qui devait se terminer par le désastre de Rossano. Nous possédons un document de 980 ou 981, contenant l'énumération des soldats à cuirasse que l'empereur demandait aux divers princes ecclésiastiques et laïques. Les uns de ces grands vassaux devaient partir eux-mêmes avec leurs contingents, d'autres pouvaient se borner à les envover, et Notger est au nombre de ces derniers. « L'évêque de Liège, dit la circulaire impériale, enverra soixante hommes avec Ilerman ou Ammon (4). » Il est donc certain que Notger fut laissé à son diocèse pendant les années 981 et 982. Mais la catastrophe qui frappa les armées allemandes pendant cette dernière année devait déterminer de la part des princes un mouvement de loyalisme extraordinaire : la plupart, répondant à l'appel de leur souverain en détresse, accoururent se ranger autour de lui dans la diète qu'il réunit à Vérone pendant les premiers jours

(1) Voir le diplôme publié par Vos, t. I, p. 433.

(2) Voir Sickel, DO. Il, p. 248 (diplôine impérial du i juin 1)80).

(3) Voir plus loin.

(4) Leodicensis episcopus LX mitlat cum Hermuniio aut Ammone. Monumenta Bambergensia dans Jaffé, Bibliotheca Rertim rjermanicin-um t. V., p. i72. Sur la date du document, voir le même, p. 471.

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de juin 983 (1). Notgcr, cette fois, se trouva au rendez-vous.

Ce fut là qu'il reçut de l'empereur la dernière marque de sa faveur : Otton lui conférait par diplôme du o juin 983 le droit de marché à Visé, en récompense, dit l'acte, de sa fidélité et de son dévouement éprouvés. Thierry de Metz et la duchesse Béatrice étaient intervenus, et c'est probablement Béatrice qui avait provoqué la donation, car c'est de ses mains que le droit de marché passait dans celles de l'évoque (2).

La diète de Vérone avait eu un double but : d'une part, elle devait rassurer les populations en leur montrant, au lendemain du revers, l'empereur inébranlable dans son attitude; de l'autre, il s'agissait de faire reconnaître Otton III, enfant encore, comme successeur de son père. Ce double but atteint, Otton II, appuyé surtout sur les milices italiennes, reprit la campagne contre les musulmans, pendant que les archevêques de Mayence et de Ravenne, auxquels, sans doute, se joignit Notger, menaient l'enfant royal en Allemagne pour le faire couronner à Aix-la-Chapelle. La cérémonie eut lieu le jour de Noël 989. Une fête joyeuse, à laquelle Notger dut assister en qualité d'évêque du diocèse (3), réunissait les princes et les prélats autour de leur jeune souverain, lorsqu'on reçut de Rome la triste nouvelle de la mort d'Otton II. Il disparaissait à l'âge de 28 ans, emporté par les fatigues, par les ardeurs d'un climat méridional et aussi par le chagrin que lui causaient ses revers, laissant le royaume dans la situation la plus critique, sous l'autorité d'un prince âgé de quatre ans.

(1) Voyez parLiculicremenl Tliielmar de Mersebourg, 111, '11, p. 7G6 et Annalex Maijdebrinjemcs iu\. ann. 983, p. lo7; et cf. Ricliter, Annalcn dcr Deut.ichen Gcschichtr im Mittdalhr III, p. 139, et Ciesebreclit, Deutsche Kaiserzcit, t. I, p. 570.

(•2; Sickcl, 1)0. Il, p. SGo : Proptcr siipradati Notkeii episcopi in omnibus extra (loinique spectalam ruleni erga nostrte fidelitatis executionem.

(3) Daris. p. 28i.

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