NOTGER AU SERVICE D HENRI II
De nouveau la situation de l'empire était critique. La mort du jeune empereur, qui n'avait pas d'héritier direct, laissait rAllemagiie en proie à toutes les complications. L'Italie était hostile; elle se préparait manifestement à secouer le jou2^ impérial, et déjà Ardouin commençait à se remuer. Les Allemands étaient comme prisonniers en Italie; on se levait pour leur fermer le chemin du retour : Burcliard de Worms eut grand' peine à se dégager à Lucques (1). Les rebelles ne surent pas même respecter le triste cortège qui reportait dans sa patrie, conformément à son dernier désir, le corps du jeune empereur désabusé de cette terre romaine qu'il avait tant aimée. Il fallut, les armes à la main, frayer au cadavre impérial le chemin du tombeau. Notger était de ceux qui rendirent au défunt ce suprême devoir de fidélité, avec l'archevêque de Cologne, les évêques d'Augsbourg et de Constance, le duc Otton de Lothier et les comtes Henri et Wichmann. Après sept jours de marche et plus d'un combat, on gagna Vérone, d'où l'on rentra en Allemagne par le col du Brenner. A Polling sur l'Ammer vint à la rencontre de l'empereur défunt son cousin Henri de Bavière, fils du remuant personnage qui, une vingtaine d'années auparavant, avait essayé d'enlever au jeune souverain le trône de ses ancêtres. Plus fidèle et plus heureux
(I) Vitas. Burchardi, c. 8, p. 83(5.
NOTOKR AU SERVICE d'iIENUI II. 107
que son père, Henri voyait s'ouvrir devant lui respcrancc d'un héritage qu'il ne devait qu'à son droit. Il était accompagné d'une grande suite d evèques et de comtes qui, avec lui, grossit le funèbre cortège. C'est ainsi qu'on arriva à Augsbourg, où, pour entrer dans la ville, Henri voulut porter le cei'cueil sur ses propres épaules. Après que les entrailles du dél'unt curent été déposées à Saintc-Afra, auprès du tombeau de saint Ulric, Henri accompagna le cortège jusqu'à Neuberg sur le Danube. Là, on se sépara, le futur empereur allant défendre ses intérêts déjà menacés, pendant que le cercueil continuait son itinéraire jusqu'à Aix-la- Chapelle, où le petit-fds d'Otton-le-Grand alla dormir son dernier sommeil à côté de Charlemagne (1).
Sans doute, Henri, qui était le plus proche parent du défunt, avait profité de l'occasion pour se recommander aux évcques du cortège et pour leur demander leur voix. Rien n'était plus important pour lui que de se réclamer de ceux qui avaient en quelque sorte recueilli le dernier souflïc de l'empereur. Mais il ne paraît pas qu'alors aucun d'eux se soit catégoriquement prononcé en sa faveur, sauf l'évèque Sigefroi d'Augsbourg(2). Herinan de Souabe avait plusieurs partisans; Héribert de Cologne lui-même, le jour des funérailles d'Otton à Aix-la-Chapelle (o avril 1002), avait chaudement recommandé cette candidature. On ne sait ce que pensa et fit Notger, mais l'attitude qu'il garda par la suite porte à croire qu'il se rallia de bonne heure à la cause d'Henri. Bientôt le parti d'Herman faiblit, et, le fi juin 1002, Henri II fut couronné roi d'Allemagne à Mayence par Willigis. A partir de ce moment, sa cause ne cessa de gagner du terrain (3). Il avait précédemment visité la Franconie, la Souabe, la Saxe ; il lui restait à se faire reconnaître en Lotharingie. En août 1002, il était à Duisbourg, où il avait convoqué les évcques lotharingiens. Notger y fut des premiers avec son ami Erluin de Cambrai ; leurs confrères arrivèrent
(I) Adalbokl, Vita Ileinrici II, c. ;) et 4, p. G84; Thielmar de Mersobourg, IV. 3], p. -m. Cf. Raoul Glabor, I, l.j, ('dilioii Prou et Ilirscb, I, p. 193. (•2) liii-sch, 1. 1 p. 19;;.
(3) Giesebrecht, t. II, pp. 14-18.
lOS cuAPimr; viii.
plus tard, l'un après Tautro. L'archevêque de Cologne luimême n'osa pas manquer au rendez-vous (1), Suivi des évoques, le roi sacliemina par Nimègue et Utreclit vers Aix-la- Chapelle, où son couronnement solennel eut lieu en grande ])ompe, le 8 septembre 1002. Dès le lendemain, nous voyons Notger intervenir dans le diplôme par lequel Henri II confirmait la propriété de Kusel à l'abbaye de Saint-Remi de Reims (2).
Rentré à Liège après le couronnement, Notger pouvait enfin se donner à son cher diocèse, qu'il avait quitté depuis cinq ans. Il s'y prépara tout d'abord à recevoir la visite de son auguste maître. D'Aix-la-Chapelle, où il avait assisté le 24 janvier 1003 à l'anniversaire de son prédécesseur (3), l'empereur était allé vénérer les reliques de saint Servais à Maestricht, puis il vint à Liège faire ses dévotions au tombeau de saint Lambert. C'est là qu'au dire d'un chroniqueur, il obtint, par l'entremise de ce saint, d'être délivré de ses soulTrances physiques (4).
Le repos du vieil évoque de Liège ne devait être que relatif. Dès 1004, il assistait à un concile tenu j)ar l'empereur on ne sait au juste où, mais très probablement dans les régions occidentales de l'empire (o). Dans cette réunion, le roi s'éleva
(1) Adalbold o. c, c. 12, p. 686; Thietmar de Mersebourg, V, 12, p. 796.
(2) Bresslau et Bloch, DH. Il, p. dS; p. o8. Marlof, Mctropolis Rcmensis lilsturia, l. II, p. o8.
(3) Hirsch, Hcinrich II, l. I, p. 247.
Itinéraire : Thionville 15 janvier 1003. Aix-la-ChapcIle o février.
Cologne 9 février.
Nimègue 23 et 28 févrcr.
Minden dO ou 13 mars.
(\) Tliietmar de Mersebourg, V, 17, p. 798. Cf. GiesebrechI, Gni-hirhtc dcr deuluchcn Kaiscrzcit, II, p. io.
(o) Constantin, Vita Adalbcnnm, c. -l."-20, pp. 6G3-66o. Il cilc nommément les cvêques de Strasbourg, Spire, Liège, AVurzbourg, Verdun, Toul, Metz et ajoute : Aliicpie quamplurcs non solum ex Lotharii regno verum ex omni Gennania. On y discute le cas du duc de Franconic, et le biographe de Tévêrpie de Metz rapporte l'épisode à roccasion de ce prince : autant d'indices que le concile s'est tenu dans les régions occidentales de l'empire. Hirscli, t. I, p. 21 i, croit qu'il siégea à Thion-
XOTCxER AU SEUVICE d'hKNRI II. 100
avec force contre les mariages entre proches et signala le cas de Conrad, duc de Franconie, (jui avait épousé sa parente. Ce fut, au dire d'un contemporain, l'occiision d'une vive querelle, et le concile fidllit dégénérer en bagarre. On comprendra mieux l'épisode quand on saura que ce Conrad était le gendre d'IIerman de Souabe, qu'il avait porté les armes contre l'empereur et qu'au zèle pour la pureté du mariage se joignait probablement, chez Henri II, le désir de rompre, si possible, le lien qui rattachait le puissant duc de Franconie à ini dangereux rival.
En 1005, nous retrouvons Notger à la cour iuq^ériale à Aix-la-Chapelle, et c'est là que, le 5 avril, Henri II lui accordait un diplôme de confirmation pour son église de Sainte- Croix (1). Le 7 juillet de la même année, l'évoque de Liège était au concile de DorLmund. Le roi y lit prohiber par le synode plusieurs abus qui se passaient dans l'Eglise. Il s'y fonda aussi une association de prières entre les évéques, les prêtres et les laïques présents. A la mort de chaque évoque, les associés devaient, dans le délai de trente jours, célébrer la messe pour lui, nourrir trois cents pauvres, donner trente deniers d'aumône et allumer trente cierges ; d'autres obligations du même genre étaient faites aux prêtres et aux laïques. Le concile détermina aussi les jevmes qui auraient lieu aux Vigiles et aux Quatre-temps (2).
L'empereur Henri II accordait à l'évèque de Liège une confiance égale à celle dont il avait joui sous le règne du dernier Otton. Ce qui le prouve, c'est qu'il le choisit en lOOG pour remplir une mission des plus dilliciles et des plus honorables, en l'envoyant à Paris négocier un traité avec le roi de France Robert (3). Il s'agissait, selon toute apparence,
ville, cl de lait nous savons que l'empereur y fut le lo janvier; du coup nous tiendrions la date du concile, qu'il faudrait placer encore avant le couronnement. Mais Bolimer, p. 110, établit contre llirsch qu'on ne peut pensera ThionviUe, et place la réunion entre les 10 et 18 juillet 1004.
(1) Fisen, t. I, p. 170, publie ce diplôme en partie; Bressiau et Dloch, DU. U, (i. 117 viennent de le publier intégralement. V. dans l'appendice les raisons pour lesquelles j'ai cru devoir en donner une nouvelle édition.
(2) Thietmar de Mersebourg, VI, 13, p. 810.
(3) Anselme, c. 29, p. 205. Cf. llirsch, t. I, p. 401. Cet auteur croit que le voyage
110 CHAPITUE Ylli.
d'une guerre à entreprendre en commun contre Baudouin IV, comte de Frandre, dont l'ambition offusquait également les deux souverains. En renvoyant sa i'emme Rozala-Suzanne, veuve en premières noces d'Arnoul de Flandre et belle-mère de Baudouin, le roi Robert avait jeté entre lui et son puissant vassal un germe d'inimitié, ou, tout au moins, lui avait fourni un prétexte pour légitimer toutes ses entreprises. D'autre part, le comte venait de s'emparer de Valencienncs sur l'Escaut; il menaçait directement le Cambrésis, où l'évêque Erluin continuait de soutenir courageusement la lutte contre tous les ennemis de l'empire. Henri II ne pouvait rester impassible devant une telle insolence : s'il voulait que l'empire fût respecté de ses voisins, il devait à tout prix mettre à la raison l'outrecuidant feudataire. En outre, Notger, qui, dans les derniers temps, avait inspiré toutes les mesures relatives au Cambrésis, qui était auprès des empereurs le patron des intérêts lotharingiens, qui était de plus l'ami particulier d'Erluin, ne sera certainement pas resté étranger aux délibérations d'PIenri II; le choix môme que l'empereur fait de lui pour négocier à Paris semble indiquer qu'avant de préparer la mesure il l'avait conseillée (1).
C'est pendant son séjour à Paris que Notger eut à s'occuper d'un clerc de son église, nommé Hucbald, qui, étant encore adolescent, s'était enfui de Liège dans la grande ville française, où il était entré à l'abbaye de Sainte-Geneviève, et où il s'était fait une brillante réputation comme professeur. A la sollicitation des chanoines de la célèbre abbaye, l'évêque de Liège consentit à reprendre en grâce le clerc fugitif, et même il lui pei'mit de passer trois mois de l'année dans l'abbaye (2).
lie Nûtgci' à l'ai'is n'est pas postéi-ieur au mois de mai, parce que, dès le lU juin, nous trouvons Notg-er au|)ri'S de lleni'i II à Ei'stcin, et que le diplôme de conlirmation qu'il y reeut, du l'oi était la récompense de la manière dont il avait rempli celte ambassade.
(1) Cf. Fisen, t. 1, p. lo7, ([ui croit (lue la gueri'c de Flandre a été cnti-eprise sur le conseil de Notger.
(2) An.selme. c. 29, p. 2U,';.
^'OTGEU AL' SERVICI:: D*IIEXni II. lli
Ce l'ait est [>lcin d'intérêt sans doute, mais on regrette de n'être pas mieux renseit;né sur les négociations de Notger avee la eour de France, (^e qu'on sait, c'est qu'elles lurent couronnées de succès, car, peu après le retour de Notger, en juin ou en juillet, les deux souverains eurent mie entrevue sur les bords de la Meuse, aux conlins de leurs royaumes respectifs (1). Là fut décidée l'entreprise commune contre le turbulent comte de Flandre. Il faut croire que l'empereur était i)leinement satisfait des services que Notger lui avait rendus à cette occasion, car, le 10 juin lOUIJ, par un di[)lùme tlaté d'iM'stein en Alsace, il lui accordait la confirmation de toutes les propriétés de l'église de Liège. Si cette induction est fondée, nous serons aiiienés à placer avant le mois de juin le départ de l'évéque pour Paris.
L'expédition des deux rois contre la Flandre eut lieu au mois de septembre de la même année (2); le but immédiat en était, parait-il, d'enlever Valenciennes au comte. Mais, malgré les elforts réunis des forces franc^-aises et allemandes, aidées par celles du duc Richard de Normandie, le siège fut infructueux, et Henri dut regagner son royaume sans avoir pu châtier l'orgueil du lier Baudouin (3), Celui-ci, enllé de son succès, se crut assez fort pour pouvoir menacer l'évéque Erluin de Cambrai, dont on sait la fidélité à l'empire (4) et le dévouement à Notger. L'attaquer, c'était attaquer l'évéque de Liège lui-môme, et dans son patriotisme — Erluin gardait l'extrême frontière de l'empire — et dans ses amitiés
(1) L'entrevue est allestée par un diplôme du roi Robert ainsi daté : Actum liublice supra Mosam apiid regale collû([uium régis Ilotbcrti atque Heinrici régis. Mabillon, Amutlcs O. S. li., t. IV, p. 183. Hirsch, I, 401, croit pouvoir placer l'entrevue en août, après le retour d'Henri II de Bourgoijiic, mais il est à remarquer que Texpédilion des deux rois contre la Flandre eut lieu dès le mois de septembre. V. r.ichter, 111, r, p. 192, et cf. Pfister, [lobert-lc-Pieux, p. 3G3.
(2) AuiKilcs Ebioncnscs majarcs, a. lOO.'i, p. H.
(3) Gestu cpp. Caïuerac. I, 114, p. 431 ; Tliielmar de Mersebourg, VI, 22, p. 813; Annales Qurdlinhiinjcnscx, a. lOOG, p. 79) ; Sigeberl de Gembloux, Cluoiiicon, a. lOOfi, |i. ooi; Annules Klmmenxcs majores, a. 1003, p. 12; Annales Leodirnses, a. 1000, p. 18; Annales S. Jacobi Leodiensis, a. 1000, p. 038. On trouvera tous ces textes réunis dans \'anderkinderc, La funnution territoriale des iirincipaiités hcliiett, t. I,
p. 94 et suivantes.
(4) Ccsta epp. Camerac, 1. c.
chapitrt: viiî.
personnelles. Aussi, quand l'cvèque de Cambrai accourut en toute hâte auprès de l'empereur pour l'appeler au secours, il n'est pas douteux qu'il se soit arrêté à Liège auprès de son ami et ancien maître Notger, et que celui-ci soit énergiquement intervenu à la cour en sa faveur.
Le vigoureux vieillard était alors septuagénaire, mais son ardeur au service de l'Empire restait entière. Le 25 mai 1007, jour de la Pentecôte, il était à Mayence, au plaid impérial dans lequel on expédia une alTaire qui touchait singulièrement au cœur de l'empereur. Henri, évèque de Wûrzbourg, y consentit enfin, moyennant des compensations, à laisser détacher de son évêché la ville de Bamberg, dont l'empereur et l'impératrice avaient richement doté l'église et où ils voulaient fonder un siège épiscopal (1). L'évéque de Liège était encore à la cour le 4 juin, car, à cette date, il fut intervenant dans un diplôme royal en faveur de l'abbaye de Thorn (2). Nous avons le droit de croire qu'il ne laissa pas oublier à Henri II les intérêts d'Erluin et la nécessité de châtier le comte de Flandre, bien que ce souverain énergique n'eût guère besoin qu'on lui rappelât ses amis ni ses ennemis. Le 8 juillet, suivi sans doute de Notger, Henri était à Aixla-Chapelle, où se réunissait son armée, et d'où il prit le chemin de la Flandre. Cette fois, la fortune abandonna Baudouin : après avoir attendu vainement son ennemi derrière l'Escaut, dont il lui disputa le passage, il le vit passer le lleuve grâce à un stratagème et se jeter sur Gand, où Henri entra le 19 août 1007, accueilli en souverain par les moines de Saint-Bavon. Alors Baudouin sentit l'impossibilité de continuer la lutte : il restitua Valenciennes à l'empereur, lui donna des otages et lui prêta serment de fidélité. L'empereur, préférant avoir en lui un ami, lui rendit plus tard Valenciennes en fief avec les îles de la Zélande (3).
(1) V. MGII. SS. IV, p. 70.", note. Cf. Ilofelé, Cmicilivuncschkhle, (. IV, p. GG4, eX Hirscli, t. II, p.G2.La relation reproduite dans MGIl, l.c, est extraite des actes du concile de Francfort tenu en 1007.
(2) ^lira'us et Foiipens, Opéra diplomatica, t. I, p. o07.
(3) Thictmar de Merscbourg, VI, 22, p. 813; Annal. Saxo, annn 1001, p. CiJG; Annales Ulnnilin. ann. 1007 p. 2o; Annales Sancii Bavonis p» 189; Sigcbert de
îs^OTGER AU SERVICE d'uENRI II. 113
Notger fut-il des deux expéditions de Henri II contre la Flandre ? On est assez porté à croire qu'à moins de raisons graves, comme celles qu'il aurait pu tirer de son grand âge et de ses infirmités, il n'a pas dû manquer à des luttes où la sécurité de son propre pays était si nettement engagée. Nous serions plus alïii-matif, au moins en ce qui concerne la seconde expédition, si nous pouvions ajouter foi au récit d'un chroniqueur liégeois du XIIP siècle, dont l'autorité, à vrai dire, est bien faible pour des événements du XP. D'après Gilles d'Orval, l'empereur, ayant échoué dans sa première entreprise sur Valenciennes, aurait appelé au secours Notger, et, avec l'aide de ce prince, serait allé prendre Gand, ce qui aurait déterminé la soumission de Baudouin (1). Il est bien inutile de s'attarder à réfuter ce récit, mais peut-être avons-nous le droit de voir dans la tradition conservée par
Gembloux, ami. 1007, p. 354. Gctta epp. Camcrac, I, c. llo, p. 452. Cf. Vanderkindere, La Formation territoriale, etc., t. I, p. 95. Sur divers souvenirs de cette expédition laissés dans i'iiagiographie locale, v. Hirsch, t. II, p. 40.
(i) On remarquera que la relation de Gilles d'Orvâl est empruntée textuellement à la chronique de Sigebert de Gembloux, mais que la ligne relative à Notger a été interpolée : voici les deux textes.
Gilles d'Orval : Sigebert, Chronique :
Castrum preterea Valentianas, sifum dOOG. Castrum Valentianas, situm in
in marchia Francie ac Lotharingie, quod marcha Franciae et Lolharingiae, quod Balduinus comes Flandrensium invase- Balduinus comes Flandrensium invarat, imperator Henricus obsedit, concur- serat, imperator Heinricus obsidet, conrentibus ad auxilium ejus Roberto rege currenlibus ad auxilium ejus Rotberto Francorum et Richario comité Norman- rege Francorum et Richarde comité dorum. Sed quia idem rex de obsidione Norlmannorum.
redierat inefficax, vocato in auxilium -1007. Heinricus imperator, quia de
suum predicto episcopo Nothgero, contra obsidione Valentianensi inefllcax redie- Balduinum proficiscitur ejusque auxilio rat, contra Balduinumprofeclus, castrum et consilio munitus castrum Gandavum Gandavum invadit, et depopulata terra, invadit, et depopulata terra, aliquot Flan- aliquot Flandrensium primores capil. drensiumprimorescapit.Unde Balduinus L'nde Balduinus perterritus imperatori perterritus imperatori satisfecit, Yalen- salisfacit, Valentianas reddit, datisque tianas reddidit datisque obsidibus cum obsidibus cum sacramento fidelitatis, sacramento fidelitatis, manus ei dédit. manus ei dédit.
Le renseignement de Gilles d'Orval a été reproduit dans la C/(ro?;/r/!/e (interpolée) de Saint-Laurent et dans la Chroniipie liégeoise de 1402, ce qui n'en augmente pas l'autorité.
Gilles dOrval le souvenir de la participation réelle de Notger à la dernière guerre contre la Flandre. Si, comme nous le supposons, Notger est entré à Gand avec l'empereur, il y aura retrouvé, parmi les moines de Saint-Bavon, quelques uns des amis qu'il s'y était faits dans les jours de sa jeunesse, lorsque, une génération auparavant, il était venu visiter cette même ville sous les drapeaux d'un autre empereur. Gand marquait en quelque sorte le commencement et la fin de sa carrière d'homme de guerre.
L'expédition de Flandre fut, dans tous les cas, la dernière à laquelle il prit part, et il ne rentra dans sa ville épiscopale, si l'on peut ainsi parler, que pour mourir (1). Il avait servi tous les princes de la dynastie de Saxe, à part le premier, et la plus grande partie de son existence s'était écoulée à leur service. Il avait contribué à sauver le sceptre du troisième Otton et à procurer l'élévation de son successeur; il avait été quatre fois en Italie, et il s'était écoulé des années entières sans que la sollicitude des affaires publiques lui permît de reprendre le chemin de son pays. Jusqu'à sa dernière heure, l'Empire eut en lui un de ses serviteurs les plus intelligents, les plus énergiques, les plus dévoués. C'est lui qui désigna au choix de l'empereur un évoque d'Utrecht et deux évèques de Cambrai. Plusieurs fois, il avertit son souverain des menées françaises, et on peut croire que, sans sa vigilance, Otton II serait tombé aux mains du roi Lothaire. Il marcha sous les drapeaux de l'empire contre tous les ennemis, et, dans ce Lothier toujours si remuant, il créa, par son exemple et par ses œuvres, une atmosphère de respect et de prestige autour du trône impérial.
(1) Plusieurs auteurs, notamment le Gallta Christianci, t. 111, col. 848, Vllistoire littéraire de France, t. VII, p. 210, A. Waufers, Table chronologique, t. I, p. 449, Daris, t. I, p. 300, croient que Notger assista au concile de Francfort le i novembre 1007 (le GC. imprime lOOG), où fut sanctionné l'accord relatif à la fondation de l'évêché de Bamberg. C'est une erreur provenant de ce qu'ils ont mal lu l'acte du concile de Francfort. Cet acte contient : i» la relation des négociations qui eurent lieu le 25 mai -1007 au concile de Mayence, où Notger assista (v. plus haut); 2" une confirmation des mesures qui y furent arrêtées, signée par un grand nombre de prélats parmi lesquels Notger ne ligure pas. Les auteurs cités ont, par distraction, mis dans le second acte ce qu'ils lisaient dans le premier.