Cambrai, DO. I, p
Les plus anciennes concessions de comtés entiers à des évêchés sont :
974. Le comté de Cadore donné à Tévêché de Frisingue. DO. Il, p. 96. 1001. Les cinq comtés de Paderga, Aga, Treveresca, Auga et Soretfeld donnés par Olton III à l'évèché de Paderborn. DO. Ill, p. 810.
(2) Des cas semblables se rencontrent ailleurs. A Coire, l'évèque avait le ban de la moitié de la ville, avec les redevances des serfs et des libres de la campagne. Cl Daraus enstand ein sonderbares Zwitterverhaltniss zwischen dem Bischof und dem Grafen von Chur, dem nachlier Otto III 998 dadurch ein Ende machte, dass er der Kirche von Chur die ganze Stadt mit Zoll, Miinze und Bann schenkte. » K. Hegel, Die Entstehumj des deutschen Stàdtewesens, pp. 73-74. A Cambrai, l'évèque et le
comte avaient chacun la moitié de la ville : Tune lemporis Isaac cornes abba-
tiam sanctissimi Gaugerici tenebat, dimidium scilicet Cameracae urbis castel-
him, cum medietale quoque publicorum vectigalium simulque etiam altéra monetâ. Gesta epp. Cam. I, 71, p. 420.
(3) Quiequid camere nostre provenire poterat ex comitatu jain dicto. Sickel, DO, II, p. 414.
lis CIIAPITllE IX.
l'empereur venait de lui concéder, Notger se trouva devenu comte de Huy par accumulation.
Le comte de Huy s'étendait sur les deux rives de la Meuse, dans le Condroz et la Famenne d'une part, dans la Hesbaye et le Brabant actuel de l'autre. Parmi les localités qui en faisaient partie, nous voyons citer : JenelTe-en- Hesbaye, Seraing-le-Glititeau, Braives, Tourinnes-la-Ghaussée, Grand- Rosière, au nord de la Meuse ; et au sud de ce fleuve : Honay, Wiesme, Leiguon, Barvaux-en-Gondroz, Buzin (Verlée), Fraiture-en-Gondroz et Somal (MalTe) (1).
C'était la première fois qu'un comté tout entier, avec tout son territoire et avec toutes les attributions comtales, tombait aux mains de Tévêque de Liège. Gette superbe acquisition le faisait, d'emblée, passer du rang d'immuniste à celui de prince. Elle devenait le noyau qui allait assurer l'unité territoriale de la principauté, en rattachant entre elles une bonne partie de ses possessions.
L'acquisition du comté de Brugeron suivit de près celle du comté de Huy, si elle ne la précéda. G'est vers 988 que, dans un diplôme où il est question de plusieurs autres donations, Otton III confirma à l'église de Liège la possession de ce nouveau domaine (2), et tout porte à croire que Notger en sera devenu le maître en vertu de négociations semblables à celles qui firent passer dans ses mains le comté de Huy.
Le comté de Brugeron (Briinengeriiz) s'étendait de Tirlemont à Louvain; il était borné à l'ouest par la Dyle, au nord par une ligne courant de Gorbeek-Dyle par Lovenjoul àBinckom, à Meensel-Kieseghem etàPippinsvoort; à l'est, la frontière allait de Glabbeek à Pippinsvoort, à Grimde et à
(1) Sur le comté de Huy, v. Piot, Les Pagi de la BcUjique, p. 1 17 ; J. Demarteau. Les origines de Ilinj, etc. Cùmférences de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Lièr/p, l\<^ série, pp. 12 61-13); Vanderkinderc, Formation territoriale, etc., t. II, p. 213-221. Il faut se garder de confondre ce comté de Huy avec un autre comté de Hoio, qui est le comté de la Houille, comme fait Grandgagnage, Mémoire sur les anciens noms de lieux de la BeUjiquc orientale, p. 41, suivi par Piot, o. c, p. 118, note 3. V. sur cette question Roland dans ASA^, t. XX, pp. 77-78.
(2) Sickel, DO. III, p. 440. En ce qui concerne Tannée où fut émis cet acte non daté, voir ci-dessous, p. 121, note 2,
FOnMATKIN I)i; T> A rillXCIPAUTK DE HÈCxE. 110
Ai'Jevoor; au sud, elle passait entre les deux Heylisscm, entre Zctrud et Genville, et de là par Mélin, Roux-Miroir, Longueville et Chaumont, elle revenait aboutir à la Dyle, le long de laquelle elle se dirigeait vers Corbeek-Dyle, déjà nommé (1).
(]ette acquisition, qui étendait singulièrement le domaine de nos évêques, n'allait pas sans inconvénients. Les puissants comtes de Louvain voyaient arriver jusqu'aux portes de leur capitale un voisin dont ils jalousaient la richesse et la puissance : quoi détonnant si les évoques de Liège eurent plus d'une fois maille à partir avec eux, et si le premier successeur de Notger, Baldéric II, se vit entraîné dans une guerre calamiteuse contre le comte Lambert ? Vaincu, il s'estima heureux d'acheter la paix au prix de l'engagère du comté à son redoutable adversaire. Plus tard, en 1096, l'évoque Otbert parvint à dégager le Brugeron et le donna en fief au comte Albert de Namur, mais, après la mort de ce dernier, qui disparaît de l'histoire vers llOo, le domaine disputé retourna au duc Godefroi, gendre du comte de Namur (2). L'église de Liège en garda quelques parcelles : ce sont Hougaerde, Bauvechain, Tourinne et Chaumont, auxquels on peut ajouter le château de Tirlemont (3). Tout le reste fut j)erdu définitivement pour la principauté. p]ntre deux centres d'attraction de force à peu près égale, le Brugeron était allé se perdre dans la masse dont l'influence s'exerçait de plus près.
Là ne se bornèrent pas les acquisitions que l'église de
l'I) Sur le comté de Brunengeruz, lire Gilles d'Orval. III, 13 p. 91, et cf. Grandgagnage, Mémoire, p. 106, Moulaert, BCRH, série II, t. X, Waulers, Géographie et histoire des communes belges. Ville de Tirlemont, p. 26 et Vanderkindere, La Formation territoriale, t. II, p. 143-146. Daris, Notices, t. IX et Bets, Histoire de Tirlemont, t. I, p. 26, se bornent à reproduire Moulaert.
Le nom de Brunengeruz (= Bruninge Rode) signifie, selon toute apparence, le Sari de Bntnon (cf. Vanderkindere 1. c), mais cela ne nous renseigne guère sur l'origine de cette circonscription, qui semble le résultat d'un partage auquel n'a présidé aucune considération [lolitique ni géographique.
(2) Moulaert, 0. c, p. 168 et 169. Il y aurait beaucoup à dire .sur cet exposé, mais ce n'est pas ici la place.
(3) Vanderkindere, La Formation territoriale, t. II, p. -146,
Liège fit sous l'épiscopat de Notger. Dès 974, Otton III lui avait donné le marché de Fosse, comprenant le droit de tonlieu et de monnaie avec celui de fabriquer la drêche des brasseurs. Maître déjà de l'abbaye, qu'il tenait de la jîrincesse Gisèle, l'évêque de Liège pouvait dès lors se considérer comme le vrai prince de la localité (1). En 983, le même souverain ajoutait à cette libéralité le marché de Visé (2). En 988, l'évêque devint encore le maître de l'importante abbaye de Gembloux dans des conditions que nous avons fait connaître (3). En 997, il reçut d'Otton III la terre de Heerwaarden avec ses dépendances pour son église Saint- Jean, nouvellement fondée (4). Ajoutons encore que Notger parvint à sauver les biens que son prédécesseur Eracle avait légués à la collégiale Saint-Martin. A la mort de cet évêque, le fisc royal les avait revendiqués, comme étant de simples précaires dont Eracle n'avait eu la jouissance que sa vie durant. Notger sut amener l'empereur à se désister, et Saint- Martin resta en possession de son domaine (o).
Pour compléter ce tableau des acquisitions territoriales de Notger, nous empruntons à une source étrangère l'histoire de celle qu'il fit, en Hesbaye, de certains domaines appartenant à l'abbaye de Saint-Riquier, en Picardie. C'étaient cinq manses situés à Heers, cinq autres à Fumai, un à Bois-ct-Borsu et un à Gelinden. L'abbaye, se trouvant gênée de ces possessions lointaines, les offrit à Notger, qui les prit en gage pour
(i) Sickel, DO. //, p. dOO.
(2) Le même, o. c, p. 36o.
(3) Le même, DO. III, p. 44o. V. ci-dessus, p. 86. Les évoques étaient parfois les avoués des monastères situés dans leur diocèse. Ainsi, l'archevêque de Cologne l'était des monastères de Laach, Bitbourg, Camp, Meer. V. Blondel, De advocatiis ecctrsiasticis, Paris, 1892, p. 23.
(i) Le même, o. c, p. 637. Sur ce diplôme, voir les observations do cet éditeur, celles de Bormans et Sclioolmeesters, I, 24 et de Blocli dans NA., XX1II(1897), I io.
(o) Vita ^oujeri, c. 3. Si quidem ecclesia Sancii Martini in bonis relinendis que ei domimis Eraclius contulerat laborabat. In tempore enim illo tercius Otto ea lamquam domino Eraclio prestita, in fiscum regium, eo defuncto, revocare ceperat. Pontifex et opife.\ Notgerus preclaris meritis suis serenavit principem, et prestita in dati et rali convertit habitationem. Ces souvenirs semblent brouillés; s'ils contiennent quelque réalité, il ne peut être question que d'Otton I.
FORMATION DK L\ PIUVCU'AUTÉ DE LIKCE. 121
vingt ans, au prix de trente-trois livres de deniers versées dans les mains de Tabbc Ingclurd. C'était en 1002(1). Nous possédons l'acte, daté du 28 octobre, par lequel notre évoque l'ait connaître cette condition; il est revêtu de sa signature, de celles du prévôt Godescalc et de plusieurs clianoines et chevaliers de l'église Saint-Lambert, ainsi que de l'abbé Ingelard, de deux moines et de trois chevaliers de l'abbaye de Saint-lliquier (2). A peine le pacte conclu et signé, l'abbé, de retour chez lui, craignit que les droits de sa maison ne fussent pas suflisammcnt garantis, attendu qu'il n'avait pas fait insérer dans le contrat une clause portant qu'on rendrait les terres dans le même état qu'on les avait reçues. Il écrivit donc à Notgcr une lettre que la chronique de Saint-Riquier nous a conservée, le priant d'entretenir lesdits domaines, comme on dirait aujourd'hui, en bon ]»ère de famille, c'est-àdire de mettre en friche les terres incultes, de rebâtir les constructions qui tomberaient en ruines, enfin, de prendre des dispositions j^i'ohibitives à l'endroit de ceux de ses successeurs qui s'aviseraient d'abuser du gage. Un petit morceau en vers adoniques, contenant des souhaits à l'adresse de l'évêque de Liège, terminait cette épîtrc. Notger répondit à l'inquiet religieux qu'il était entendu qu'aucun de ses successeurs ne pourrait entamer le gage, mais que celui-ci serait restitué à l'abbaye n'importe à quel moment elle rendrait la somme de trente-trois livres ; il concluait par une menace d'anathème à l'adresse de quiconque porterait atteinte à cette convention(3). Lorsque les vingt années furent écoulées, l'abbé Angelram,
(1) L'acte est daté comme suit : Acfa siivt hacc Leodii publiée V Kal. nnvembris, anno Dominicae Incarnatianis DCCCCLXXXVIII, indiclione XII, imperii vero Ilenrici primo. (Lot, p. 171). Celte date est altérée. La I>e année de Henri II est 1002, et la preuve qu'il faut retenir cette année, c'est que le contrat devait être renouvelé après l'expiration du ternie de vingt ans qui y est stipulé, et qu'il le fut en ePTet en 1022 (v. ci-dessus). M. F. Lot, qui n'a pas remarqué cette circonstance, corrige d'abord 989 en 98Î-, puis, il imagine une raison fantastique pour expliquer comme quoi la première année du roi Henri II tombait en 984 : Notger, en cette année, aurait reconnu pour roi Henri le Querelleur, duc de Bavière. (Les dcrnicr.i Caroliixjivns, p. 143). Wauters, on ne sait pourquoi, assigne à l'acte la date de 1007.
(2) Hariulf, Chronique de l'abbaye de Sniiit-Uiquier, éd. F. Lot, III, 30, pp. 170-174.
(3) Hariulf, 1. c. II est intéressant de noter que Fumai et Heers se retrouvent.
successeur d'Ingelurd, proposa à l'évèque Duruiul, U'oisiènie successeur de Notger, de renouveler le contrat, ce que Durand lui accorda par une charte du 18 septeuibrc 1022, reproduite par le chroniqueur (1).
Ces épisodes se rattachent d'une manière trop intime à l'histoire de la formation territoriale de la principauté de Liège pour qu'on puisse omettre de les raconter ici. Maintenant nous revenons à l'histoire du temporel de Liège, pour lequel Notger se fit accorder quatre confirmations générales par les empereurs. Ces confirmations générales mettent sous la protection du droit public de l'empire toutes les acquisitions de l'église de Liège, tant celles de notre évêque lui-même que celles de ses prédécesseurs. La première est d'Otton II et porte la date du 6 janvier 980; les deux suivantes, datées du 7 juillet 985 et de 987 ou 988, émanent d'Otton III; la dernière enfin fut accordée par Henri II, le 10 juin 1006 (2). Que ces quatre diplômes ont bien le caractère de confirmations générales que nous leur attribuons, c'est ce qui résulte des termes formels dans lesquels ils sont conçus (3). Qu'ils ne contiennent pas l'énumération complète des biens de l'église de Liège, mais seulement la mention des principaux, c'est encore ce qu'ils disent eux-mêmes, et il suffit d'y renvoyer une fois pour toutes (4).
en -1147, parmi les localités où l'église Saint-Jean de Liège possédait des propriétés, et il est vraisemblable que Notger aura attribué la jouissance de ces domaines à son église favorite. Bulle inédite du pape Eugène III, conlirmant les propriétés de l'église Saint-Jean, aux Archives de l'État à Liège, fonds Saint- Jean.
(1) Hariulf, o. c, IV, 3, pp. 183 et 184.
(2) On trouve ces actes dans Bormans et Schoolmeesters, t. I, pp. d9, 21, 23, 25; dans Sickel, DO. Il el DO. III, pp. 238, 413, 443, ainsi que dans Bressiau et Bloch, DH. Il, p. 141.
(3) Le premier : Super universas possessiones ejusdem matris ecclesiae, quarum istae sunt capitales — — et super cetera loca. — Le deuxième : Id quod ab antecessoribus nostris regibus vel imperatoribus ecclesiae jam dictae Tongrensi vel Leo-
diensi concessum fuerat concedimus. — Le troisième : Ut ea omnia quae anle-
ces.'iores noslri piissimi Bomanorum reges et imperatores ecclesiae sanctae Mariae
sanctique Lambert! contulerant et nos concederemus. — Le quatrième enfin
déclare être la conlirmalion de celui de 980.
(4) Voir la première citation de la noie précédente. On trouve des expressions
FonMATioN i)K r.A iMuxciPArri': dk likci:. 123
Sous le bénéfice de cette double observation, nous allons exposer ci-dessous, en un tableau, l'ensemble des domaines dont se composait à la fin du pontificat de Notger le patrimoine de l'église de Liège. Les dates placées à côté des noms des localités sont celles de leurs plus anciennes mentions.
LISTE ALPHABÉTIQUE DES LOCALITÉS CITÉES NOMMÉMENT DANS LES DIPLÔMES COMME AYANT APPARTENU A L'ÉGLISE DE LIÈGE AYANT OU PENDANT LE PONTIFICAT DE NOTGER :
Aldeneyck, monastère 9.32
Arches 894
Brogne, monastère lOOG
Brugeron (Bninengeniz), comté 987
Celle, monastère 1006
Ciney 1006
Dînant 985
Fosse, monastère vers 900. 974, 980
Gembloux, monastère 987
Hastière, monastère 908-915
Huy, ville 980
Huy, comté 985
Lobbes, monastère 888, 973, 980
Lustin 888
Maestricht 908, 985
Malines 915, 980
Malonne, monastère 1006
Namur 985
Saint-Hubert, monastère 1006
Theux 988
Theux, forêt 915
Tongres 980
"Ville-en-Hesbaye 831
Visé 983
identiques ou équivalenles dans le texte des autres diplômes; pour ne pas allonger outre mesure ces notes, je me borne à cette citation unique, qui tient lieu des autres.
!2i CHAPITRE IX.
Cette liste appelle un commentaire sans lequel elle risquerait fort de rester inintelligible pour plus d'un lecteur. Telle qu'elle se présente à nous, elle se compose de deux groupes très distincts : l'un, forme par les importants domaines énumércs dans les actes de confirmation générale, l'autre, [)ortant le nom de quelques acquisitions d'importance secondaire faites au cours des temps par l'église de Liège, et dont nous devons au seul hasard d'avoir conservé le souvenir. Or, chacun des noms de la première catégorie, sans parler des comtés, n'est que l'expression géographique désignant la réunion, dans les mêmes mains, d'un grand nombre de localités éparpillées ou groupées, et formant elle-même un domaine considérable. Voici quelques exemples. La seule abbaye de Lobbes, aux termes d'un pouillé qui en fut fait en 8G8, ne possédait pas moins de 133 villages, y compris le fort de TImin, qui lui servait de citadelle (1). L'abbaye de Saint- Hubert possédait dès l'époque de AValcaud (817), rien que dans le diocèse de Liège, vingt-deux villages, et ce nombre avait été peut-être doublé par des libéralités nouvelles au IX^ et au X^ siècle. La forêt (forestiim) de Theux comprenait, avec le districtiis du même nom, à peu près tout l'ancien marquisat de Franchimont (2).
Toutes les autres maisons religieuses, dont malheureusement nous ne sommes pas en état de dresser le terrier, avaient une situation analogue ; l'entrée de l'une d'elles dans le domaine de l'église de Liège constituait pour celle-ci un accroissement considérable, et c'est ainsi que se multipliaient, sur la vaste étendue du diocèse, les îlots régis par la crosse. Au fur et à mesure que croissait leur nombre, ils se rapprochaient, ils devenaient contigus; l'îlot se transformait en île et la principauté grandissante semblait aspirer à s'iden-
(1) Vos, t. I. pp. 41S-42G, et craprès lui Duvivier, Uechcrclics sur le Uainaut ancicu, Bruxelles, 180o, pp. 307-31o.
(2) M. Vanderkindcrc, Formation territoriale, t. II, p. ^80, éci'it : « Nofger s'était encore empare du cliâteau de Franchimont. » Il est i)robablc qu'il existait déjà un (lifileau de Francliimont, mais il faisait partie du districtim Tectis, et celui-ci appartenait à l'église de Liège dès 9lo. Notgern'a don<' pas pu « s'en emparer ».
FORMATION DE LA PRINCIPAUTÉ DE LIKGE. l2o
lifier avec le diocèse. Ce ne fut jamais le cas, même au temps de la plus grande splendeur des princes-évèques, mais on peut dire que la principauté se développa dans le cadre du diocèse et que son idéal semble être de le couvrir. D'ailleurs, elle n'est pas tellement enfermée dans ses frontières ecclésiastiques que dès lors elle ne les franchisse. Lobbes, en ellet, appartenait au diocèse de Cambrai. Et, par contre, certains domaines situés dans le diocèse de Liège appartenaient à des principautés ecclésiastiques voisines. Ainsi, le seul évèque de Metz possédait les abbayes de Saint-Trond, de AVaulsort et d'Hastière.
Après ce qui vient d'être dit, le lecteur ne sera pas surpris de ne pas rencontrer le nom de Liège sur la liste des acquisitions primitives de l'église de ïongres. L'omission s'explique d'une manière bien simple. Si l'on consulte le tableau ci-dessus, on remarquera que les confirmations impériales ne mentionnent, à deux ou trois exceptions près, que des comtés, des abbayes et des villes, c'est-à-dire des domaines considérables, les uns par leur étendue territoriale, les autres par l'importance de leur population. Or, Liège, avant les Carolingiens, ne pouvait rivaliser, ni avec les riches abbayes, ni avec des localités comme Dinant, Huy, Maestricht, Namur et Tongres. On conçoit donc que les diplômes d'immunité de l'époque mérovingienne ne l'aient pas mentionnée, et qu'elle n'ait pas figuré davantage dans les diplômes carolingiens, qui ne sont que la répétition des précédents (1).
11 est vrai que, dans l'intervalle, Liège était devenue une ville importante, et rien ne s'opposait à ce qu'on intercalât désormais son nom dans l'énumération oflicielle des biens de l'église. Mais, à partir du jour où saint Hubert eut transféré la résidence épiscopale de Maestricht à Liège, nul n'éprouva plus le besoin d'allirmer, dans un acte public, les
Cl) Rien n'est plus certain que la fixité des formules dans les diplômes d'immunité ou dans leurs confirmations : les privilèges ont beau s'étendre, les acles les mentionnent toujours dans les termes traditionnels. Cf. Waitz, Deutsche Ver/as. siimjKycschiclite, t. VII, p. 244; K. Hegel, Die Entstelutmj des deutschen Stâdtewexens , p. 71; Slengel, Die Immunitàts-Urkunden der deutschen Kmicje vom 10 bis zuin
12 Juhrhundert. Innsbriick, 4902 (dissertation).
droits de l'église sur cette ville : ils allaient de soi, ils étaient sous-entendus en toute rencontre (1).
Au surplus, tout nous autorise à croire que Liège faisait partie des domaines de l'église de Tongres dès l'époque mérovingienne. La prédilection de saint Lambert jDour ce village, où il avait une habitation et où il crut devoir transporter les reliques de son prédécesseur saint Tliéodard, nous en est un indice significatif, et la translation de la résidence épiscopale dans cette localité par saint Hubert en est un autre plus éloquent encore (2). A Liège, les évoques étaient chez eux; à Maestriclit, ils étaient chez le comte.
A ces deux indices, nous ajouterons une preuve. Nous savons, par un témoignage très digne de foi, que saint Lambert avait à Liège son agent (Jiidex), qui, comme c'était l'usage dans les domaines privés et spécialement dans les immunités, rendait la justice au nom du seigneur. Ce personnage, à qui notre source donne le nom d'Amalgisile, ouvre la série des ofticiers du prince (avoués, puis grands maïeurs), qui, à partir du VIP siècle jusqu'à la fin de la patrie liégeoise, ont présidé le tribunal des échevins de Liège. Et nous n'avons pas besoin d'un autre témoignage que la seule
(d) Foullon avait entrevu la moitié de cette vérité lorsqu'il écrivait, I, p. 497 : Intcr loca ecclesiae Lcodiensi donata neque hse neque aliie unquam Caesareae rcgiaeve litterae Leodii meminerunt, quia semper jam ab antique, ante alteram Francorum regum stirpem, in jus episcoporum Leodicensium venerat, propriaque eorum et immota res fuerat, uti supra indicamus. D'autre part, Rietschel, parlant des trois évêchés de Passau, de Frisingue et de Salzbourg, écrit : « In allen dreien ist das Bisthum gegriindet worden, als der Ort noch schr sclnvach bevolkert war. Der Grund und Boden war von Anfang an in diesen Orten fast ganz bischoflich. Deshalb findet sich mit Ausnahme einer Freisinger Urkunde keine einzige iiber Gebiet ain Bischofsort selbst. L'ebrigens ist auch nicht ausgeschlossen, dass inan es nichl l'iir noelliig hiell die Urkunden liber den Bcsitz am Orte selbst, den nian ja stetscontroUieren konntc, in die Traditionsbiicher aufzunehmen. » Die Civiina auf deutschem Boden, p. 83. Chacune de ces lignes peut s'appliquer au cas de la ville de Liège.
(2) Je ne comprends pas M. le chanoine Daris disant, p. 133, que Liège aura été donné à l'église Saint-Lambert par Pépin d'Herstal, le jour de la consécration de l'église. De quelle église? De celle qui fut bâtie après la mort de saint Lambert? Mais, il est vraisemblable que le saint possédait déjà le domaine de Liège de son vivant. De la chapelle qui précéda l'église? Mais nul n'en connaît l'origine, et il semble bien qu'elle soit antérieure à Pépin d'Herstal.