‹ Notger de Liège et la civilisation au 10e siècleChapitre 25 sur 44 · LA PRINCIPAUTÉ · texte numérisé non relu

LA PRINCIPAUTÉ

assez modeste, et, comme dans plus d'une autre ville (''[)iscopale, elle était unie à l'ccolàtrie. Eu 1011, l'écolàtre ^^'azon Ibnctionne comme chancelier; en 1057, l'écolàtre Francon se donne aussi le titre de cancellariiis (1). Il faut descendre jusqu'en 1192 pour rencontrer les fonctions de chancelier distinctes de celles d'écolàtre, sans que toutefois elles prennent beaucoup d'ampleur. L'institution est donc loin d'avoir à Liège l'importance que nous lui trouvons, par exenqile, à Cambrai (2), où elle fut également réunie à l'écolàtrie, à Tournai, où elle était rattachée à l'oillce du chantre (o), et à Reims, où dès l'origine, elle subsista indépendante de toute autre fonction (4).

Après ce coup d'œil jeté sur les principaux officiers d'ordre central qui sont à la disposition du prince, il reste à voir encore quels sont ses agents locaux dans les villes.

A Liège, on le sait, les évoques avaient au VIP siècle, comme tous les immunistes, un juge privé dont la juridiction s'étendait sur la population de l'immunité (o). A une date inconnue, mais qui, selon toute probabilité, coïncide avec la naissance de la principauté ecclésiastique, ce juge privé fut remplacé par un avoué, à moins qu'il ne soit plus vrai de dire qu'il changea simplement de nom. En même temps, sa juridiction prit un autre caractère : c'était une juridiction publique et non plus privée et, de ce chef, il eut pour justiciables non plus seulement les gens dépendant de l'immunité, mais toute la population urbaine. L'avoué de Liège est resté

ccse de Lièye, YI, p. 182. J"ai trouvé dans le fonds de Neufmoustler, aux Archives de l'Élat à Liège, un original de l'évêque Alexandre I, entièrement prêt, sauf ([u'il n'est pas scellé : il est manifeste qu'il a clé confectionné par un moine de la maison et qu'une cause inconnue a empêché l'évêque d'y apposer son sceau.

(-1) Ego Wazo recognovi et scripsi, 1011. Charte de Baldôric II dans Wauters, La Belgique ancienne et iniidcrne. Canton de Tirleninnt, rommunes rurales, I, p. 100.

Ego Franco scolasticus recognovi (1000) BCRll, III, 2, p. 281.

Cf. Reusens, 1. c, pp. -181-182, qui n'a pu recueillir que de très rares passages sur la chancellerie liégeoise au moyen-ùge.

(2) Reusens, o. c. pp. -107-180.

(3) Id. 0. c. pp. 182-192.

(4) Id. 0. c. pp. -192-200.

(o) V. ci-dcs.sus, p. -126.

jusqu'aujourd'hui bien peu connu, au point que la plupart des Iiisloricns l'oiit confondu avec ravoué de Saint-Lambert. Cela s'explique. Au XIÎI" siècle, l'autorité de l'avoué de Liège n'est plus qu'un souvenir, et le maïeur dvi prince lui a succédé dans l'exercice de sa juridiction ; înais il garde son office, que le temps a rendu héréditaire, ainsi que les droits honorifiques ou pécuniaires y attachés, et il a soin de les faire attester par des records (1). Ge qui nous intéresse dans l'histoire de cet agent, c'est ctu'il est choisi, à l'origine, dans la catégorie modeste des ministériaiix, c'est-à-dire que le prince se trouve assez fort dans sa ville épiscopale pour ne x^as laisser tomber l'avouerie dans les mains dangereuses de quelque grand seigneur. Le plus ancien avoué de Liège dont le nom soit cité dans nos chartes est Meinerus, qui apparaît en 1030 avec la double désignation de judex et d'adçocatiis (2).

Dans les autres domaines possédés par l'église de Liège, c'est un avoué encore qui représente primitivement l'évêque. Il en est ainsi à Huy, où le plus ancien avoué connu, Wautier de Barse, est en fonction à la date de lOOG (3); c'est l'héritier, sans doute, de celui que Notger aura installé lorsque le comté lui échut (4). Il en est de même à Dinant,

(1) Ces records ont été publiés par Polain dans DLIL, i. III, pp. 297-304, puis, sous leurs dates respectives, par Bormans et Schoolnieesters, t. I et II.

(2) Le premier nom lui est donné par Rupert, Chron. S. Laurentii, c. 32, p. 273, le second par Renier de Saint-Laurent, Vita llefjinanli, c. 10, p. 374 et par Gilles ri'Orval dans Chapeaville, t. I, p. 272. Après Meinerus, nous rencontrons Wéry du Pré, qui a pour successeur son fils Thierry. Il est à remarquer que Wéry II, frère de Thierry, est investi des fonctions de sénéchal, autre office réservé aux ministériaux. Je ne puis développer ici ce que j'ai a dire sur la distinction entre l'avoué de Liège et l'avoué de Saint-Lambert ; cette distinction éclate dans une charte datant du pontificat d'Otbert et antérieure à 1117, où ces deux agents apparaissent côte à cote : Wilhelmus advocatus Leodii, Rcnenis advocatus Sancti Larnberti. BCRII. IX, p. lOC.

(3) LCIUi, lY^^ série, t. I. (1873), p. 93.

(4) Je crois devoir mettre le lecteur en garde contre une étude sur Vavmierie de Iliiy par M. F. Tihon, qui a paru dans les Annales du Cercle hutois des Sciences et des Dcaux-Arti, t. XI (1898). C'est une œuvre d'amateur, dénuée de foute valeur scientifique et oii, entre autres énormités, on lit cette assertion qu' « il est probable que les comtes de lluy furent ses premiers avoués. » On saura toutefois gré à M. Tihon d'avoir publié en tête de son mémoire quelques dorumcnls concernant l'avouerie de lUnj, dont Thistorien peut tirer parti.

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