‹ Notger de Liège et la civilisation au 10e siècleChapitre 26 sur 44 · L.V l'UIXCIPAUTK · texte numérisé non relu

L.V l'UIXCIPAUTK

à Fosse, à Malines et ailleurs encore. A Dinant, l'avoucrie était, depuis le XP siècle, aux mains dos seigneurs de Montaigu-llochefort (J). L'avoucrie de Fosse était attachée à la seigneurie de Morialnié (i2). Celle de Tongrcs était exercée depuis un temps immémorial par les comtes de Looz (3), et celle de Malines, par la puissante famille des seigneurs de Grimberghe (4). Malines est, au surplus, la seule ville où les avoués soient parvenus à gêner sérieusement le prince-évèque, et cela s'explique par la position excentrique de cette ville, séparée du reste de la principauté par le duché de Brabant. Partout ailleurs, les évèques surent tenir en bride l'ambition de leurs avoués, et Unirent par rester les seuls nuiîtres de leurs villes.

A côté des avoués locaux et siégeant, en quelque sorte, sous leur protection, nous devons mentionner aussi les tribunaux échevinaux. Cette institution plonge ses racines dans l'époque mérovingienne, et l'on sait que chaque tribunal avait pour ressort une subdivision du comté, la centène. Mais cette vieille organisation avait été détruite depuis longtemps, et les villes, se détachant de leur centaine, formèrent de bonne heure des circonscriptions judiciaires à elles seules. On ne sait quand Liège devint un de ces centres, et il serait téméraire de faire remonter l'origine de son tribunal à saint Hubert, qui, nous dit Anselme, donna un droit civil aux habitants de cette l)ourgade (o).

Il fallut d'abord que Charîemagne eût réorganisé le régime judiciaire des Francs et créé une magistrature à vie, il fallut ensuite que les villes eussent acquis une importance sulli-

(1) V. sur ravouei'ie de Dinant, Lainotle, Élude liiatorùiiic sur le comté de Rucliefort, Namur, 1883, pp. 303-308.

(2) Le plus ancien avoué connu de Fosse est Godescalc, Fussensis uppidi advocatus, en -H7G. DS.illL, t. I, (1881) p. 102. Après lui, je rencontre en 1211, Arnoul de Morialmé, probablement son fils (Uormans et Schoohnecsters, 1. 1, p. 167).

(3) Bormans et Sclioolineestcrs, t. I. p. 323.

(4) Ce n'est d'ailleurs ([n'en 12i-l que nous voyons le litre û'adrocatus MarjUni. ensis porté pour la première fois par un membre de cette famille, mais il n'est pas douteux qu'elle en ait exercé les fondions depuis un temps immémoi-ial. Cf. F. Van den Branden de Reeth, Recherches sur l'origine de la famille des Berthout, p. 84 du tiré à part {RICARD, coll. ;n-4<', t. XVII).

(5) Anselme, c. 10, p. 198.

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santé pour justifier la possession d'un tribunal exclusivement réservé ù leurs habitants. Et cette importance, Liège la possédait-elle avant que Notger eût transformé la bourgade en véritable ville ? Je pose la question, mais je n'y réponds point, parce que les éléments me font défaut pour la résoudre. Je me borne à attirer l'attention du lecteur sur ce fait que Liège possède de temps immémorial quatorze éclievins : c'est justement le double du chillre normal fixé par Cliarleniagne (1), le double aussi de celui des éclievins de toutes les bonnes villes du pays. Dans beaucoup de cas, ce chillre s'explique par l'unification judiciaire de deux territoires auparavant distincts (2). Si, comme tout nous porte à le ci'oire, il en a été de même à Liège, nous devrons faire remonter à la création du quartier de l'Ile la duplication du nombre des éclievins liégeois. En rattachant à la Cité ce quartier plein' d'avenir, et presque aussi grand qu'elle, Notger aura voulu lui donner, dans le tribunal urbain de même que dans la vie paroissiale, une place proportionnée à son importance future. Ce n'est là, à vrai dire, qu'une conjecture, et il sera fort difficile d'arriver à quelque certitude en cette matière, aussi longtemps que nos sources ne nous permettront pas de remonter plus haut que le commencement du XII*^ siècle. En ellet, les plus anciens membres du tribunal échevinal de Liège ne sont mentionnés qu'à la date de 1113(3). Une particularité qui vaut la peine d'être notée dans l'histoire de ce tribunal, c'est que, jusqu'en lo89, il ne posséda j)as de local à lui; son destroit (4), comme on disait, c'est-à-

(1) V. le Capitulaice de 803, c. 20, p. IIG.

(2) A St-Tronil, il y a quatorze éclievins parce qu'il y a deux seigneurs : Tabbé et l'évêque, qui établissent chacun sept éclievins. A Maestrichl, oii il y a deux seigneurs, le duc de BrabanI et l'cvcque de Liège, il y a deux éclievinages et deux niaïcurs. A Tournai, il y a quatorze éclievins, ceux de la cité cl ceux du iiuartier de Saint-Brice. On poui-rait multiplier ces exemples de cas où le nombre double représente, tantôt deux seigneurs, tantôt deux territoires. Je conviens d'ailleurs volontiers que l'on trouve plus d'une ville avec 14 éclievins sans qu'il y ait jamais eu dualité de territoire; ainsi par exemple Cambrai (Beinecke, p. •191).

(3) De Borman, Les éclievins de la souveraine justice de Liège, t. I, p. 2S.

(4) Destroit, venant de distrirtits, a eu successivement trois sens découlant l'un de l'autre. Il signille : 1" Le droit de contraindre CdistritujereJ exercé par une autorité judiciaire ; 2° le ressort territorial sur lequel elle exerce ce droit (d'où le

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tlirc le siège de sa juridiction, était établi sui' un caiplacement qui faisait partie des dépendances de la cathédrale de Saint- Lambert. C'était, dans les derniers temps, une maison située sur le marché actuel, et contiguë aux degrés qui menaient au chœur oriental du sanctuaire (i).

Il n'en était pas ainsi à l'époque de Notger. Le tribunal des échevins était alors situé au nord de la cathédrale, à l'endroit connu de temps immémorial sous le nom d'à la chaîne. Il touchait, par conséquent, à l'hospice, qui portait la même désignation topograpliique, et qui, lui aussi, à partir du XIII'' siècle, quitta cet emplacement primitif pour celui de la rue Gérardrie. Mais, en ce printemps de la vie civile liégeoise dont nous essayons de retracer l'aspect, l'hospice et le tribunal vécurent fraternellement côte à côte : la justice et la charité, selon le mot de l'Écî'iture, échangeaient le baiser de paix à l'ombre du même sanctuaire. Le souvenir de cette cohabitation familière s'est perpétué au cours des siècles : depuis longtemps, l'hospice Saint-Mathieu, établi à partir du XIII*' siècle rue Gérardrie, y avait emporté son vieux surnom d'à la chaîne, que les échevins de Liège continuaient de revenir parfois, obéissant à la vieille tradition, tenir leurs séances « à la chaîne en Gérardrie » (2).

Le destroit de Liège fat donc, dès son origine, l'hôte de la cathédrale : établi sur un sol qui dépendait d'elle, il semblait y plonger ses racines et al'irmer ainsi son caractère spécial (3). Il faut d'ailleurs ajouter que, de tout temps, ses relations topographiques avec le marché furent aussi nettement accusées qu'avec la cathédrale. En eiï'et, c'est au

wallon destroit) ; 3" le lieu où elle siège. Les historiens liégeois se sont longtemps amusés à interpréter le nom de destroit par l'ctroitesse du passage qui séparait ce local de la Violette ou luJtel-de-villc.

(1) C. de Borman, o. c, t. I, p. 20.

(2) Par exemple en 1310. V. Bormans et Sclioolmcesters, t. III, p. 107.

(3) Il en était de même à Cologne. « Der Sitz des stadtischcn Gerichtes befand sich auf dem Domhof, \\o die Gericlitssitzungen anfangs wohi nach aller Sille unter freiein Ilimmol, spâter in eincm bosondern Gebiiude slatt fandcn. » Lau, Enttvicklutig der l;o»iiiui)ialcn VerJ'tmsiimj und ]'rnvaltiiini der Stadt Kiiln, p. o. On peut se demander si, à Liège aussi, les échevins ne siégèrent pas en plein air à la chaîne, du moins pendant les premiers temps.

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côté nord de ceîle-ci que, comme nous l'avons vu, s'étendait le plus ancien marché de Liège, et il y a lieu de croire que le destroit le suivit le jour où, aux environs de 1100, le marché lut transféré à l'est de la catliédrale, à l'endroit qui! n'a cessé d'occuper depuis. Selon toute apparence, le perron, qui est l'antique emb'éînc de la vie publique de la Cité, surgissait déjà sur la place du Vieux Marché, en face du destroit. Ainsi, le Marché, le Destroit et le Perron sont nés à l'ombre de la cathédrale notgérienne et auront émigré du nord à l'est en môme temps que le régime municipal s'affermissait sur des bases plus larges. Il n'était pas inutile de mettre en lumière cette phase si antique et si profondément oubliée de leur dramatique liistoire.

Si maintenant nous abandonnons le terrain des institutions publiques pour nous enquérir de l'état des populations, nous constaterons un phénomène économique qui donne une assez bonne idée de leur prospérité. Le commerce déploie au X^ siècle une sérieuse vitalité dans la plupart des villes du pays. Nous voyons qu'il y a des marchés à Maestricht (1), à Yisé (2), à Dinant (3), à Fosse (4), et nous avons tout lieu de croire qu'il en existait à Liège et à Huy. Les caravanes de nos marchands sillonnaient toute la région mosane ; des sources nous montrent les lîutois passant à Florennes (o) et à Verdun (G), et il y avait, pour cette classe de voyageurs, un entrepôt à l'abbaye de Lobbes (7).

Un commerce très actif circulait sur la Meuse; les barques marchandes remontaient et descendaient ce beau ilcuve, faisant escale, si j'ose employer cette expression, dans les ])orts de Dinant, Nauiur, Huy, Liège, V'isé et enfin Maestricht, et y acquittant un droit de stationnement qui fut de

(1) Ti'indatio S. Eit'jenU dans AB, (. \\\, c. 10, p. Sfi.

(2) DO. //. p. 363.

(3) Trawslatio S. Eajcnii c. 23 dans Àl), f. III, pp. 4G-i7.

(4) M). IH, p. dOO.

(îj) Mirmtila sancti Gnirjnlji, c. 23, p. 794.

(6) Laurent, Gexta ppi.icupfiniin Virditncurinnu c. 3.').

(7) Charte d'Otbfirt, 1102, dans Vos, li, [i. 444 : Il aniodo, sii ut anliquihis, nocturna sive diurna diveitioiila conîmeanliuin negotiatoruiii cnin doposilione et impositione sarcinarum eornindein Laiiliiis habeatls.

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bonne heure cédé parles empereurs aux évcipTP? rie Liège (]). On remarquera la qualification de port attribuée à nos villes mosanes (2) : le mot à lui seul atteste l'importance qu'avait le commerce pour ces localités naissantes. Au surplus, le fleuve était le vrai chemin du trafic; tout le monde voyageait par eau, et l'on utilisait, pour la navigation, des rivières qui, de nos jours, ne portent [)lus la plus mince embarcation. La vieille route romaine de Bavai à Cologne, dont l'importance avait toujours été j)lus stratégique que commerciale, cessait peu à peu d'être employée, et le tronçon qui traverse la Heshaye commençait k prendre le nom significatii' de Chemin cert, qu'il a conservé dans le langage de ses riverains (3). Ainsi s'explique la prospérité des six villes mosanes que nous avons énumérées ci-dessus.

Le laconisme de nos sources ne nous permet pas d'assister de près à l'activité commerciale de ces villes; nous ne pouvons relever ici que quelques traits. Nous voyons qu'àDinant, au X'' siècle, il n'y a pas encore de pont et que néanmoins le marché se tient sur les deux rives du fleuve, morne au plus fort de l'hiver (4). A la foire annuelle de Visé, on vendait du bétail, des étofles, des habits et diverses espèces de métaux (o).

(1) Ce droit {rcditiis de sUitumc naviuin) est cédé à Notger par le diplôme de 980, et lui est confirmé par ceux de 98S et de 1000.

(5) Notamment à Iliiy en 8()2 (Halkin et Roland, Chartes de Stavelot-Malmedij, I, p. 85) à Dinant (8G2, texte cité; et au X» siècle, TramUitio sancti Eugenu, c. 2o, p. 46); cette dernière ville est aussi appelée emporium dans le Vita s. Uadalini, •12, p. 380 C. Chose remarquable! chez les Anglo-Saxons, on rencontre la même acception du mot part, mais plus accentuée encore : « Port ist weder Hafcn noch Thor, sondera Stadt », écrit K. Hegel, Stâdte iind Gilden, t. I, p. 37.

(3) C'est plus tard, au Xle siècle, que l'on commence à fréquenter une route nouvelle, celle qui va de Maestricht à Bruges par Louvain, Bruxelles et Gand, et qui met Cologne en rapports avec la mer. En -1088, l'auteur du Translatio S. Scrvatii, p. 92, ne connaît encore, comme on le voit par son exposé, que le tracé Bavai- Maestricht-Cologne ; une ligne Cologne-3Iaeslricht-Bruges ne semble pas exister pour lui.

(4) Translatio sanrii Eia/cnii, 1. c.

(o) Quidquid videlicet ex cocmptione animalium vel ex omni génère tam vestium

qnam fei'ri et inotallorum ;iossit provcnire, DO, II, p. 3Go; cf. Chr()7ucon

S. Lauretitii, c. 2G, p. 271, où l'un voit un moine de Saint-Laurent aller acheter des habits ad Viseti forum.

Maestricht possédait dès la première moitié du IX* siècle une nombreuse population de marchands (1).

Les Mosans ne se contentaient pas du trafic local; déjà ils s'étaient ouvert les marchés internationaux, et ils y faisaient quekjue fijçure. Au X^ siècle, nous rencontrons les commerçants de Liège, avec ceux de Huy et de Nivelles, sur le marché de Londres. S'embarquant je ne sais où, peutêtre à Damme, ils prenaient terre dans quelque ville du littoral sud-est de Tîle et gagnaient la grande cité de la Tamise à pied, ce qui leur permettait de faire certaines affaires en route et leur valait l'obligation de payer un double tonlieu (2). Pendant le cours du XP siècle, on retrouve dans File des gens de la Hesbaye et un marchand de Gembloux (3). Peu de temps après (1104), on signale, sur le marché de Coblence, les négociants de Liège, de Huy, de Namur et de Dinant, qui mettent en vente des pelleteries, des chaudrons et des bassins : c'est, comme on le voit, le commencement de la dinanderie (4). A la même date (1103), Liégeois et Hutois vendent sur le marché de Cologne de l'étain, de la laine, du lard, de l'onguent, de la toile et du drap (5).

La charte de Cologne où nous trouvons ces intéressantes particularités nous donne une assez vive image du mouvement du commerce mosan dans la grande cité rhénane. Parmi les Liégeois que leur trafic y appelle, les uns sont des capitalistes pouvant fréter eux-mêmes les bateaux sur lesquels ils transportent leurs marchandises, tandis que d'autres

(1) In vico (lui liodieqiie Trajectus vocatur cl- dislat ab Aquensi palatio octo circiter leugas, estque habitanliuin et praecipue iiegotiatorum inuKitudine frequcntissimiis. Eginliard, Translat. sa. Marcellini et Pétri, c. 81, dans Migne, P. L. t. 104, col. o87.

(2) Voici un extrail du droit, de Londres sous le roi Kllielrcd (978-lOlG), relatif aux tonlieux qui se payaient dans cette ville; on y lit :

Ilogge et Leodium et Nivella qui per terras ibant ostensioncm dabant et leloneuin (Hohlbanni, Ilanshchea Urkundenbitcli, t. I, p. \).

(3) Stepelinus, Miracula suncti Trudonis, II, 74, p. 827 ; Miracula S. Wicbcrti, p. 520.

(4) Ilulilbaum, Uansisches l'rlaindenbncli, t. I, p. 3.

(5) Hohibaum, 1. c; Jean d'Outrcnieuse, I. Y, p. 264.

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sont obligés de recourir à des vaisseaux <lc cotnmerce. A côté de ceux qui empruntent la voie lluviale, nous en rencontrons qui prennent la voie de terre et arrivent avec leurs chariots; d'autres encore, véritables prolétaires du monde commercial, chargent modestement toute leur maj'chandise sur le dos de leur monture.

Le vaste marché colonais n'absorbe d'ailleurs pas seul l'activité de nos Liégeois : il en est qui vont jusqu'au fond de la Saxe pour y acheter du cuivre, et qui paient un droit de transit en repassant par ('ologne (1). Souvent, les intérêts de leur commerce les fixaient pendant des années à l'étranger : tel ce marchand de Ilalmael qui s'établit en Angleterre et s'y maria, puis revint au pays natal (2), ou encore ce pelletier de Huy, fixé à Falaise en Normandie, dont la fille eut l'équivoque honneur de devenir la mère de Guillaume le Bàtai'd, dit le Conquérant (3).

Quant à la ville de Liège, la Meuse, véritable chemin qui marche, y faisait affluer les marchandises et les marchands (4). Nous connaissons le nom de l'un de ceux-ci, qui vivait en 1056 : il s'appelait Marianus, et c'est lui qui fournit le sac dans lequel furent rapportées d'Espagne les reliques de saint Jacques (5). Le commerce liégeois, qui n'avait cessé de s'étendre, atteignit, au seuil du XÎP siècle, un développement considérable : son organisation était assez forte pour qu'il j)ût entreprendre, et avec succès, de faire respecter ses droits sur le marché de Cologne. Pour donner jdIus de poids à leurs réclamations, les marchands liégeois et hutois les firent appuyer par leur prince-évêque, qui se trouvait alors à une réunion épiscopale dans la grande ville rhénane, et Otbert — car c'est lui — fut témoin de l'acte par lequel rarchevéque Frédéric donna pleine satisfaction aux gens de Liège et de

(1) Voii' le iliplùiiie cité, note.

(2) Charte deSaint-Troiul en 109o dans Piol, CnrinUdre de S.aint-Troml, 1. 1. p. 28.

(3) Albéric de Tfoisfontaines, p. 784, cf. G. Kiirtli, lienicr de lluti, dans DARn, 1903, p. 542.

(4) Variis nierciiim commeatibus habilis. Gozechin dans Mabiilon, Vetera Aiialecta, p. 438.

(o) Récit d'un contemporain leproduil par Gilles d'Orval, III, 7, p. 8G.

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Huy (1). Plusieurs do ceux-ci ont mis leur nom au bas du document, qui laisse entrevoir, si je ne me trompe, l'existence d'une gilde de marchands liégeois. Ce sont, outre Henri le maïeur, les marchands Mascelin, Godefroi, Lanfroi, liambert de Liège, Lambert de Huy et Baldéric.

Le patriciat urbain de Liège, représenté par les noms que je viens de citer, nous apparaît, au cours du Xi'' siècle, comme une véritable puissance financière. Les capitalistes de Liège prêtent do l'argent à de riches abbayes, comme Saint- Laurent (2) ou Saint-lîubert en Ardenne (13); le prince-évcque les appelle à signer ses actes (4) et seinble avoir appuyé sa politique sur cette classe opulente. Un contemporain l'accuse formellement de se 1 être attachée au moyen de libéralités et de promesses, j^our pouvoir mieux oppriruer les petits (5).

Ceci est significatif. L'opposition entre gi^ands et petits à la fin du XI*^ siècle et l'existence avérée de griefs populaires semblent insinuer qu'il y avait dès lors une certaine organisation communale à Liège. Peut-on la faire remonter jusqu'à l'époque de Notger? Il y aurait de la hardiesse à le soutenir, encore bien que nous en trouvions au XII'' siècle plus d'une trace. On a déjà fait remarquer la charte de li7o, par laquelle le comte de Looz accorde à sa ville neuve de Brusthem « la loi, le droit et la liberté de Liège, tels que par l'intermédiaire d'hommes de bien, nos fidèles, nous les avons appris des Liégeois eux-mêmes ». Cette charte atteste l'existence d'un droit spécial à l'usage des bourgeois de Liège, et ce droit, il y est déjà fait, allusion dans l'acte de 1107 par lequel l'empe-

(1) lluhlbauni, o. r., (. I, p. 3; Jean cl'Outrcnieuse, t. V, p. 2G-k Olbert se trouvait à Cologne, parait-ii, à l'occasion d'un concile provincial, en même temps que les autres suHragants de la métropole, comme on le voit par les termes de la duirle.

(2) CIn-nnicon Saurti Laiircntii, c. io, p. 277.

(3) C'irotiiciDi Smirli lluberti, c. 49, p. 594.

(4) Di|iIÙ!ne d'Olbeit (I09G) dans le Mexsaijcr des .sciences liist:>r!!jtics, 18i8, p. .381.

(o) Olberlus ir.terea nimis imiriodei'atus dominai ionis cxercendae, coepit Leodii civilia jura evellere, Icgcs majorum inutarc, consueludines annullare, ut-jue liberius compriincret iiiinurrs, (Ujj'rrrbnl c.riisprrave iutcr'nii majores, diiiiis etioiit et paiininsis ad cinisenticintitjn sHii ciiulni'tehdt puteiiliorcs. Clinmici'ii Suncti iliibcrli, c. 90, p. 628.

L\ PRIN'CIPAUTÉ. 210

reiir Henri V décide que quiconque a la qualité de marchand (incrcatoj' pnhUcus), relève de la juridiction scabinale. Nous ])Ouvons remonter une génération plus haut et constater que lorsqu'on fonda le tribunal de la [)aix, en 1082, les Liégeois furent exemptés de cette nouvelle juridiction (1), apparemment parce qu'ils étaient en possession d'un droit urbain qui donnait les mômes garanties. Nous voilà bien près de l'année !0(jG, en laquelle Huy, la seconde ville de la principauté, reçut sa charte d'alTranchissement.

Or, si, au milieu du XP siècle, nous trouvons à Huy une bourg'eoisie déjà organisée, à qui le prince accorde le précieux privilège de garder elle-même son château pendant les interrègnes, qui est assez riche pour player fort cher les droits qu'on lui concède, et assez respectable pour que le prince traite avec elle d'égal à égal, peut-on supposer crue la capitale du pays fût moins bien lotie ? Le seul fait que les Hutois ne sont tenus d'entrer en campagne pour le service du ])rince que huit jours après les Liégeois ne montre-t-il pas que la situation de ceux-ci est déjà réglée au point de vue de leurs devoirs militaires? Et comment croire que Liège, qui fut toujours le type d'organisation municipale sur lequel se modelèrent les autres villes de la principauté, n'eût point précédé celles-ci dans la voie de l'affranchissement (2) ? Dans

(1) Lcgein, jus et libertaleni Lcodienscm, sicut ;ib ipsis pi-udcntioribus Lcodii viiis pei' fratres nostros fidèles viros didiciiinis, Piot. Cartuktire de Saint-Trond, I. I, p. 123; Bormr.ns, Recueil dex Edits, etc., t. I, p. 22. Ce passag-e semble prouver que les dites libertés n'étaient pas encore mi.ses pai- écrit à cette époiiue, et le passage suivant vient à l'appui de cette manière de voir : Et si quid de jure Leodiensi in hàc chartà est praetermissum, quod postea possit adjicere, hoc bénigne coinedimus e'S habere. Toutefois, il n'en résulte pas encore la preuve que Liège iraurait pas eu alors de ciiarle de liberté, attendu que celle-ci ne devait [las contenir nécessairement tous les articles de son droit municipal.

(2) Je ne suis donc pas d'accord avec M. Pirenne, Histoire de Belgique, 2^ édition, t. I, p. 177, disant que » dans la principanlé de Liège, les villes secondaires telles ijue Dinant, Huy et St-Trond devancèrent la capitale dans la voie de lémancipafion politique. » Cette manière de voir s'explique par la disparition des archives de Liège; on s'est habitué à ne croire à la liberté de cette ville qu'à partir de la date oti elle est attestée par écrit. M. Pirenne ajoute, en parlant du droit concédé par Thcoduin aux Hutois de ne prendre les armes que huit jours après les Liégeois : « Ceci indique bien que la liberté de Huy a devancé celle de Liège. » H nie paraît que ce texte indique plutôt le contraire.

tous les cas, ses privilèges ne peuvent guère être postérieurs à ceux de Huy.

Si ces raisonnements sont fondés, ce serait dans la première moitié ou, du moins, vers le milieu du XP siècle que nous aurions à placer la naissance de la commune de Liège (1). Et le lecteur se convaincra facilement qu'une recherche de ce genre n'était pas hors de propos à la lin de ce chapitre consacré aux institutions du temps de Notger. En effet, Torigine de la constitution commumde liégeoise se rattacherait directement, d'après cela, à la clôture de la ville par les soins de ce prélat. Une enceinte muraillée était toujours, pour les agglomérations urbaines, la mère d'une paix spéciale, c'est-cà-dire d'un ordre public garanti par une protection plus efficace de la sécurité et par une douceur plus grande du régime légal (2).

Je m'arrête ici, craignant qu'on ne puisse me reprocher d'avoir abusé de la conjecture. Si c'était le cas, j'aurais droit à une certaine indulgence. Une étude sur le règne de

(1) .l'aiTÎve, bien que par un auti-e clicmin cl sans entente préalable, au niênie résultat (jue A. Wauters, qui écrit :

(( L'une des attributions que l'homme libre réclame en premier lieu, c'est le droit de s'armer pour la défense de ses foyers et de la patrie. Vers le milieu du XI'' siècle, nous voyons l'évêque de Liège, Wazon, (1043-1061) qui jouissait d'une haute réputation de sagesse et de loyauté, chercher un appui dans l'armement de ses sujets contre les révoltes dos princes voisins. La ville de Licr/e, dit un chroniqueur, farlijicc tnitant que le temps et la xittiatiim des lieu.r le permirent, fut mise à l'abri des atta(jues des ennemis; le prélat ordonna de remplir d'armes les maisons Unit des clercs que des laïques ; les citoyens furent plus d'une fois appelés sous les armes (Anselme). Alors sans doute fut fixé le délai dans lequel les Liégeois devaient rejoindre les troupes de l'évêque, comme on le rappelle dans la charte de Huy de l'an 1000; alors aussi, selon toute apparence, fut rédigé pour Liège un diplûme île liberté qui a péri, mais dont les dispositions paraissent avoir été reproduites partiellement dans celui qui fut accordé au\ habilants de Brusthem en 117o. Les libertés communales, Bruxelles-Paris, 1878, t. I, p. 282.

(2) « La construction d"une enceinte forliliéc ou le creusement d'un fossé autour de la ville va de pair avec Tocti-oi d'une paix spéciale pour le territoire urbain. » H. Pirenne, o. c. 21^ édition, t. J, p. 182. Cf. Keutgcn, Untersuchumien ïtber den l'rsprunij drr drutsehen Stadt:<erfassnn(j, p[). ol-02. K. Hegel, Die Entstehun;/ der deutsclien Stddtrwescns, p. HI, dit, à la vérité, que ce n'est pus la seule enceinte cmmurailléc qui fait la ville, et à cela personne ne contredit.

LA PRINCIPAUTE. jÎ21

Notger ne pouvait passer devant les multiples problèmes que soulève l'histoire des institutions du X^ siècle sans poser au moins quelques points d'interrogation. Ils seront, si l'on veut, des jalons indiquant aux chercheurs de l'avenir les endroits où il faudra creuser.

Il peut sembler étrange, ù première vue, que nous soyons beaucoup mieux renseignés, par nos ciironiqueurs ecclésiastiques, sur l'histoire du })rincs que sur celle de l'évêque. Gela s'explique. D'une part, on ne consignait par écrit que le souvenir d'événements éclatants et d'actions qui sollicitaient le regard; or, l'administration d'un diocèse est quelque chose de régulier et de tranquille qui ne iVap[)e guère l'attention. En second lieu, un évèque de cour, incessamment appelé auprès du roi, comme on l'a vu, et obligé souvent de le suivre dans des expéditions lointaines, devait être plus d'une fois empêché de remplir les fonctions de son ministère, qui consistaient à tenir les synodes annuels, à visiter son diocèse, à administrer le sacrement de confirmation, à enseigner son troupeau et à veiller à tous les besoins religieux. Pour ces deux raisons, il n'est nullement étonnant que nos sources, déjà si laconiques en ce qui concerne le gouvernement de la pi'incipauté, deviennent à peu près muettes lorsqu'il s'agit de l'organisation et de l'administration du diocèse. Nous sommes donc réduits à quelques mentions épisodiques trouvées, en général, dans des documents étrangers à l'histoire de Notger, dont nous tacherons de tirer tout ce qu'ils peuvent nous apprendre.

Le lecteur sait déjà quelle était l'étendue du vaste diocèse de Tongres ou de Liège. Une moitié en était comprise dans le domaine de la culture latine, où on parlait un idiome roman, tandis que l'autre plongeait dans ces régions sur

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lesquelles, de bonne heure, s'était répandu le flot de linvasion gcriiKinique. Si bien que deux bnu^ues se pai'ta|:çeaient le diocèse, qu'elles coupaient en deux parts presque égales : la septentrionale parlait le thiois ou néerlandais, la méridionale, un dialecte roman connu aujourd'hui sous le nom de wallon, sans compter des populations du sud-est (1), dont l'idiome se rapprochait du haut allemand.

Que les frontières de cet immense diocèse n'aient pas été partout également fixes, on ne s'en étonnera pas; ce qui surprend plutôt, c'est qu'elles n'aient pas fait l'objet de plus fréquentes contestations. Il s'en était produit une au A'P siècle avec l'archevêque de Reims, au sujet de la juridiction spirituelle de ^louzon, qui relevait de cette église métropolitaine, mais où l'évcque de Liège avait, sans doute par ignorance, procédé à des ordinations. Ce fut l'occasion d'une lettre des plus vives par laquelle saint Rémi reprochait à Falcon de Tongres cet acte d'usurpation (2).

Notger eut à s'occuper aussi d'une dilliculté de ce genre, et il la trancha d'une manière pacifique. Gomme nous l'avons déjà dit, du côté de l'est, le diocèse de Liège était contigu à l'archidiocèse de Cologne, et il englobait, entre la Meuse et le Rhin, un certain nombre de paroisses aujourd'hui comprises dans la Prusse Rhénane (3). Les plus septentrionales

(1) Equivalent à la pointe septentrionale du Grand-Duché de Luxembourg-.

(2) Voir la lettre de saint Henii dans Epistolar Aevi Mcrorinyici fMGllJ, p. llo. Plus tard, au XI^ siècle, il y aura un autre conflit, cette fois avec Cologne, au sujet de l'abbaye de Malmedy, unie à celle de Stavelot qui dépendait de Liège, mais rattachée elle-même au diocèse de Cologne. Mais la querelle fut surtout entre les deux abbayes, et la question des frontières diocésaines ne fut pas soulevée. V. le Triumphiis sanrti Rcmacli. Une qi'.erclie non moins retentissante, et contemporaine de Nolger, fut celle de rarchevêi[ue de Mayence et de l'évcque de Hildesheini au sujet de l'abbaye de Gandersheiin, que les deux diocèses se disputaient ; une enquête au sujet de leurs frontières donna des résultats incertains. V. Thangmar, Vita S. Bernwardi, c. 20, p. 768. Il faut lire, sur rindécision des frontières dans les diocèses nouveaux, un curieux passage d'Adam de Brème, lY, 33, p. 383.

(3) Est-il vrai, comme le croit Bintorim-Mooren, Die Erzdiikese lûHn lin Mhtclalter, Dûsscldo'rf, 1892, t. I, p. 49, suivi par Alberdingk-Thym, p. 481, qu'Aix-la- Chapelle ait appartenu au diocèsede Cologne jusqu'au XI*-' siècle? J'en doute beaucoup : il est peu probable que la ville du couronnement ait pu passer d'un diocèse à l'autre sans que la chose ait fait du bruit, et, surtout, sans que l'archevêque de

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se groupaient autour de Wassenberg, qui en était le centre et qui donnait son nom à une des ciirétientés de Tarcliidiocèse.

Dans une paroisse de cette chrétienté, nommée Gladbacli (1), Tarclievêque de Cologne Géron, celui-là même qui avait imposé les mains à Notger, avait bâti, en 974 ou 975, une abbaye de bénédictins. On ne sait pas au juste pourquoi il avait cru devoir fonder cette maison précisément au-delà des frontières de son diocèse, et il y a apparence que, de même que saint Remacle lorsqu'il édifia Malmedy, il ne connaissait pas exactement les confins de Liège et de Cologne. Gladbacli se trouva donc, dès l'origine, dans la dépendance temporelle de Cologne et sous la juiùdiction spirituelle de Liège : situation semblable à celle de plusieurs autres abbayes du diocèse ou du pays de Liège (2) et qui créait, tant au diocèse qu'aux abbayes elles-mêmes, de sérieuses difficultés. Gladbacli n'eut pas à se louer de cette dualité de maîtres. Son premier abbé, Sandrad, fut accusé à Cologne d'avoir plus de zèle pour le service de Liège que pour celui de la métropole, bien que, dit la chronique locale, il s'acquittât humblement de son devoir envers l'un et l'autre prélat. Finalement, il fut rappelé par l'archevêque Warin et ne put rentrer dans son monastère que grâce à la protection de l'impératrice Adélaïde. E verger, successeur de AVarin, ennuyé d'avoir à entretenir un monastère dans le diocèse d'autrui, imagina de transporter les moines de Gladbach à Saint- Cologne ait protesté. La seule preuve alléguée par Binlerini est (ju'en 887, Folcharius, abbé du Palais d'Aix-la-Chapelle, assista au synode de Cologne avec Nevelung d'Inda et Andolf de Werden (Ilartzlicini, II, f. 3CG) mais ce synode n'était-il pas provincial? Les arguments ajoutés par A. T. ne prouvent rien ou prouvent trop, car si le fait que les arclievêques de Cologne se sont employés pour Aix permettait de conclure qu'ils sont les diocésains, ceux de Maycnce et de Trêves pourraient, de ce chef, revendiquer le même titre. Dans tous les cas, à partir du XI'' siècle, Aix apparaît bien liégeois.

(d) Aujourd'hui Miinchen-Gladbach, ou, selon roi'thographe oflicielie, M. Gladbach.

(2) Ainsi Saint-Trond et Waulsort relevaient au spirituel de Liège et au temporel de Metz. Lobbes, par contre, relevait de Liège au temporel, et au spii-ituel de Cambrai.

Martin de Cologne; déjà il se disposait à l'aire emporter les reliques, lorsqu'il en fut détourné par une vision dans laquelle il crut voir apparaître saint Vitli. Alors, il se décida à restaurer l'abbaye, mais, en môme temps, il résolut d'en acquérir le domaine spirituel, et il ouvrit des négociations à ce sujet avec Notger. Les deux diocèses procédèrent à ce qu'on appellerait en langage. moderne une rectification de frontières : Liège céda à Cologne la juridiction religieuse sur Gladbacli et sur Reitli, Cologne donna à Liège les trois paroisses de Tegelen, de Lobberich et de Venlo. Cet accord l'ut conclu entre l'année 984 et le 11 juin 999, date de la mort d'Everger (1). Depuis lors, et jusqu'au morcellement des diocèses belges en loo9, les trois localités cédées à Notger fii*ent partie du diocèse de Liège, où nous les retrouvons dans l'archidiaconé de Campine, au doyenné de Wasscnberg (2).

Notger n'était pas seul à administrer son vaste diocèse. Dès les premiers temps, les évèques eurent un archidiacre avec qui ils partageaient la sollicitude de toutes les affaires matérielles : charité, discipline, gouvernement. A partir du IX® siècle, les fonctions archidiaconales subirent une modification profonde ; chaque évêque eut plusieurs archidiacres, et chaque archidiacre fut à la tête d'un ressort territorial déterminé (3). La subdivision des diocèses en archidiaconés

(1) Chronkon Gladbacense, c. 20 et 21, p. 77. Cf. Molaïuis, Natales Sanctorum BeUjii, 24 août ; Knippenbcrgh, Hintoria ccclesiastica ducatus Geldriae, p. 43; Fisen, pars I, p. 149. — Keuller, Gescliiedenis en besclin'jvinri van Venlo, p. 14 et Peeters, Clironolo(jische Deschrijvimj van Tetjelen {Piibl. de lu Soc. Iiist. et archéol. dans le duché de Limhotirg, t. XIII, p. 8), n'ajoutent rien aux renseignements de nos sources. Pour être complet, je crois devoir reproduire ces lignes de Binterim- Mooren, Die Erzdiôcese Kôln im Mittelalter, Dïisseldorf, 1892, t. I, p. 49 : « .Merkwùrdig ist es noch, dass die Sage Diilken im Kôlnischen zu einer Filiale von deni unter Liittich liegenden Birgeln niacht. »

(2) Venlo e( sa voisine Tegelen, à une demi-lieue au sud, font partie aujourd'hui de la province de Limbourg hollandais et du diocèse de Ruremondc (Habets, Gescliiedenis van liet bisdom Roermond, p. 408). Lobberich est une commune du cercle de Kempen, régence de Diisscldorf.

(3) Selon M. le chanoine Daris, I, p. 177, (jui, avec raison, ne croit pas à lacréali(in des archidiaconés de Liège en 799 par Léon III, la division serait antérieure à

22G CHAPITRE Xllt.

devient la règle à cette époque. La pluralité des archidiacres semble déjà établie en 813 (1); toutefois, ce n'est qu'à la lin du IX" siècle qu'on peut la prouver pour un diocèse déterminé : Hincmar de Reims avait au moins deux archidiacres et probablement davantage (2).

On a soutenu, il est vrai, que la division du diocèse de Liège en huit archidiaconés datait de 799, et qu'elle fut décidée par le pape Léon III, lors du voyage qu'il fit auprès de Charlemagne (3). Mais que n'ont pas fait nos chroniqueurs de ce voyage pontifical? Ils y ont rattaché, à peu près, tous les faits religieux imaginables (4). En réalité, c'est seulement au début du X^ siècle que nous voyons à Liège des archidiaconés territoriaux. Celui de Hainaut est cité en 903-920 (o), celui de Hesbaye en 980 (6), et ce sont les plus anciennes mentions. Deux archidiacres simultanés apparaissent pour la première fois dans nos textes en 901 : ce sont celui de Hesbaye, Bovon, et Gislebert, dont le ressort est inconnu (7). Enfin, en 1007, trois archidiacres signent à la fois un acte

l'époque de Charlemagne, « car le capitulaire de 779, dit-il, la suppose déjà généralement établie ». Le capitulaire d'Herstal en 779, c. 19, dit :

De mancipiis quae vendunt, ut in presePtiâ episcopi vel comitis sit, aut in itresentià archidiaconi aul centenarii aut in presentiâ vice domini aut judicis, comitis aut ante bene nota testimonia (Boretius, p. 31). Mais ce passage n'est pas assez explicite pour qu'on en puisse tirer argument.

(1) Concile de Châlons-sur-Saône, c. 4o, dans Sirmond, Concilia Galliae, t. II, p. 3 H,

(2) Mansi, XV, 497 et cf. Hinschius, t. Il, 489, note 3.

(3) Fisen, Historia Ecclesiae Leodietisis, pars I, 1. V, § 28, suivi par Van Espen, Jus ecclesiaaticum, pars I, tit. XII, cap. 1, § 23.

(4) V. dans BSAHL, t. XIII (1903) l'intéressante étude de M. l'abbé J. Paquay sur la Consécration de icijlisr de Tongres far le pajje Léon III en 804, oii il est l'ait bonne justice de la légende indiquée par le titre. La réfutation qu"un anonyme qui signe Robert d'Aluins a essayé de faire de ce travail dans une brochure intitulée Le pape Léon lU et la consécration de l'église de Notre-Dame à Tongres, Tongres, 1904, ne mérite pas l'honneur d'être lue.

(5) Translatio S. Eugenii, c. 7, dans Analecta Bollandiana, III, p. 34.

(0) Translatio S. Landoaldi, p. 004. Martene et Durand, A. C. II, 47-48. Encoi'e faut-il remarquer que les textes ne prononcent pas le nom de Hainaut ni de Hesbaye; ils montrent seulement, en parlant de localités situées dans ces contrées, qu'elles ont un archidiacre régional.

(7) Mart. et Dur. A. C. II, 47-48. L'authenticité de ce diplôme ne me semble pas établie.

de Notger : ce sont Oll)ert, Albold et Jean (1), mais no as ne savons pas à quel archidiaconé ils président.

Ces maigres renseignements ne nous permettent pas de dire avec certitude ni à quelle date remonte la division du diocèse en arcliidiaconés, ni combien il y en avait à l'époque de Notger. Nous pouvons admettre que l'organisation est du IX^ siècle, comme partout ailleurs. Quant au nombre, nous avons à cet égard des renseignements que je crois devoir, dans l'intérêt de la clarté, résumer dans le tableau suivant :

903-920. Plus d'un archidiacre et notamment Adalelm, archidiacre de Hainaut.

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