‹ Notger de Liège et la civilisation au 10e siècleChapitre 27 sur 44 · Bovon, archidiacre de Hesbaye, Gislebert, archi · texte numérisé non relu

Bovon, archidiacre de Hesbaye, Gislebert, archi

diacre.

1007. Trois archidiacres : Otbert, Albold et Jean.

Encore trois archidiacres en 1026 : Bodon, Otbert,

Robert et en 1029 : Gobert, Jean, Lanzon. 1031. Cinq archidiacres : Geldrad, Lambert, Robert, Sic-

con, Wazon.

Encore cinq en 1030 : Gérard, Gobert, Jean, Rotfrid,

Robert.

1057. Six archidiacres :Bernier, Gérard, Godescalc, Gode-

zon, Gobert, Humbert.

1066. Sept archidiacres : Boson, Godescalc, Godescalc,

Godescalc, Gobert, Herman, Théoduin.

1178. Huit archidiacres : Albert, Baudouin, Berthold,

Brunon, Henri, Olton, Rodolphe, Thierry (2).

Cette progression si étonnamment régulière est-elle l'expression de la réalité et faut-il croire que les arcliidiaconés du diocèse de Liège sont allés en se multipliant dans l'ordre qu'on vient de voir? Je ne suis pas en état de répondre à cette question. Toutefois, je ferai remarquer qu'au dire d'un auteur du XIP siècle cité plus haut, il n'y avait que sept

(1) Hariulf, Chronique de Saiut-Ptiquicr, éd. Lot, p. 17o.

(2) V. de Marneffe, Table cliroiiolofjique des dignitaires du chapitre de Saint- Lambert de Liège {AHED, L XXV).

228 CilAPITRE xiii.

archidiacres au XP siècle (1). Ce témoignage confirmerait singulièrement les conclusions qu'on tirerait des données fournies par les dates de 106G et de 1178.

Les archidiaconés eux-mêmes étaient subdivisés en doyennés, c'est-à-dire en cii'conscriptions rurales dites chrétientés ou conciles, à la tête desquelles était un prêtre revêtu des fonctions de doyen. Le doyen était ce qu'il est encore aujourd'hui (2), et nous savons par une source du X'' siècle l'existence d'un doyen d'Entre-Sambre-et-Meuse, nommé Flodinus, dans la circonscription duquel se trouvait le monastère de Saint-Gérard de Brogne (3). Les trente doyennés liégeois qui existaient en 1559 ne remontent pas tous à l'époque de Notger, mais les plus anciens sont peut-être antérieurs à la subdivision des archidiaconés.

S'il est vrai, comme semble l'avoir établi récemment un ingénieux chercheur, que les ressorts des croix banales co'incident avec ceux des doyennés (4), alors l'antiquité de ceuxci apparaîtra dans tout son jour, car les croix banales sont elles-mêmes attestées dès le X^ et le XP siècle, non pas comme une invention de cette époque, mais comme une tradition remontant à une date immémoriale. Un épisode de l'histoire de Notger nous fournit l'occasion de considérer de plus près cette curieuse institution.

Les bancroix ou croix banales étaient des processions qui, tous les ans à la même date, amenaient au sanctuaire le plus ancien et le plus respecté de la région les populations des villages avoisinants, apportant leur redevance traditionnelle : une obole et un pain. Elles avaient un double caractère : celui d'un hommage rendu au saint dont elles visitaient le sanctuaire et celui d'une redevance régulière, dont le payement se faisait, selon l'esprit du temps, d'une manière collective et solennelle.

(1) De fundatione et liipsu mouasterii lobitnsis, c. 11, p. 552; le passage est reproduit ci-dessus, p. 207.

(2) Avec cette différence toutefois que le doyen n'était pas nécessairement le curé du chef-lieu de la chrétienté, mais qu'il était choisi indifféremment parmi les curés de toutes les paroisses de celle-ci.

(3) Translatio s. Eugenii ûâns Analecta Bollandiuna , t. III, c. n, p. 3G.

(4) V. le mémoire de M. l'abbé J. Paquay, Les antiques processions des croix banales à Tougres. Tongres 1903.

Comme la plupart des institutions dontrorij^ine se perd dans une antiquité reculée, elles eurent leur légende, qui avait la prétention d'expliquer leur origine : d'ordinaire, on racontait qu'un fléau de la nature, (inondation, sécheresse, épidémie, épizootie) avait été conjuré par l'institution de ces croix, et que les fidèles reconnaissants avaient voulu perpétuer le souvenir du miracle obtenu en le commémorant chaque année (1). Ces cérémonies, à la longue, parurent onéreuses à beaucoup de localités qui, sans vouloir se soustraire à la double obligation de la procession et de la redevance, préférèrent porter leurs hommages à des sanctuaires moins éloignés. De là, pour la plupart des monastères, l'occasion de fréquents conflits avec les populations (2). A Lobbes, le conflit éclata de bonne heure. Soixante-douze paroisses devaient apporter leurs redevances annuelles à l'abbaye le 23 avril, jour de la fête de saint Marc. Mais, trouvant sans doute l'itinéraire trop long, vingt-neuf d'entre elles préférèrent les

(1) Ainsi, à l'abbaye de Saint-Hubert, les bancroix auraient été imaginées en 837 pour conjurer des pluies diluviennes qui détruisaient les récoltes; l'empereur Louis le Débonnaire cl un synode diocésain auraient confirmé l'institution (V. Miracitla snncti lliiberti, II, 6, p. G7). A Ecliternacb, c'aurait été une épizootie qui, éclatant avec violence au XIV*; siècle, aurait décidé la population à invoquer le secours de saint Willibrord. A Luxembourg, les croix banales qui allaient tous les ans en procession à Trêves, chef-lieu du diocèse, auraient été instituées au X^ siècle à la suite d'une sécheresse désastreuse. A Lobbes même, au dire d'un écrit du Xlle siècle, on croyait que les bancroix de cette abbaye étaient destinées à tenir lieu des pèlerinages que les fidèles faisaient autrefois jusqu'à Rome, et que les papes auraient, par la suite, commués en processions à des sanctuaires anciens. V. le document publié par M. St. Bormans dans BCRH, II, 8, pp. 318 et suivantes.

(2) Ainsi à Saint-Hubert, cf. la Chronique de Saint-Hubert, c. 30, p. 380; et c. 123, p. 627. Les paroisses qui devaient ces processions ou croix banales à l'abbaye sont énumérées dans une bulle d'Innocent II datée du il avril 1139 (G. Kurth, Chartes de l'atfbaiie de Saint-Hubert, t. I, p. 107). A Saint-Trond, les paroisses voisines devaient apporter leur obole à l'abbaye dans l'octave de la Pentecùte, et, ce droit ayant été contesté à l'abbaye par l'église de Diest, l'évêque Albéron II le confirma en 1139 par un diplôme qui énumère les paroisses redevables de l'obole annuelle (Ch. Piot, Cartulaire de l'abbaye de Saint-Trond, t. I, p. 49). A Luxembourg, les croix banales qui allaient à Trêves se rendirent à partir de 1 128, avec l'approbation du pape Honorius II, à l'abbaye de Munster dans le faubourg de la première de ces villes. V. J. Wilhelm, La seiijneurie de Mïtnsler ou l'abbaye de Xotre-Dame de Luxembourg pendant les cinq premiers siècles de son existence, dans le programme de l'athénée de Luxembourg, 1904, pp. 14-13.

porter, les unes à l'abbaye de Nivelles, les autres à celle de Fosse, dont elles étaient plus rapprochées, frustrant ainsi Lobbes de l'honneur et du profit qui lui revenait. Folcuin s'en plaignit à Notger, qui examina sa revendication dans un synode épiscopal, et, l'ayant trouvée fondée, enjoignit aux paroisses récalcitrantes d'avoir à respecter désormais les droits de l'abbaye. L'évêque était venu en personne à Lobbes pour faire son enquête et tenir son synode, et c'est là que, le jour même de la fête de saint Marc, il promulgua son décret (1).

En examinant de près ce document, on constate que les paroisses récalcitrantes dont il y est question sont précisément, à deux près, celles qui composaient le doyenné de Fleurus en 1706 (2). C'est donc bien ce doyenné tout entier qui, vers 980, s'était avisé de renoncer au vasselage religieux de Lobbes, et, du coup, nous avons la preuve de son existence à cette date reculée, ainsi que de l'immutabilité de sa circonscription pendant sept siècles. La division paroissiale est ici un fait accompli, et il n'y sera presque plus touché par la suite (3). Tout nous autorise à croire que ce grand

(i) Le document a été publié, non sans lacunes et incorrections (ainsi Darmienses pour Darnuenses, fortitudine pour tortitiuUneJ , par M. le chanoine Vos, 0. c, t. I., p. 433, et, d'après lui, par Lejeune, o. c, p. 304. M. Vos a pris le texte dans un placard in-folio publié à Mons en 1706 sous ce titre : Institutio utipplicationum (jencralium qitae viihjo bancruces vocantur. M. Vos et son caudataire Lejeune intitulent à tort ce document Sentence d'cjccommunication etc., car la menace Csi qiiis deinceps hanc elemusynain ecclcsine (d> anti<iuis statutnm avertere viduerit, amitlieina sitj n"est qu'une formule de chancellerie et fait partie de ce qu'on appelle en diplomatique la sanction. Malgré les recherches que j'ai faites à Mons, je n'ai pu me procurer le placard de n06. Sur les bancroix de Lobbes, voir aussi le travail de M. F. Hachez, Le pèlennntje des croix à Valybaiie de Lobbes (Annales du Cercle archéolofjiqiie de Mons, t. II).

(2) V. VInstitutio Siipplicatiomtm dans Vos, 1. c.

(3) Voici, dans Tordre alphabétique, les noms des 29 paroisses reprises dans l'acte de 980 :

Baisy-ïhy (Daisius). Courcelles (Courcella).

Bidien (a). Dampremy fDampremiJ.

Buzel (Bosonis Vallisj. Fleurus (FlerosiitmJ.

Charleroi (Carnois). Frasnes-lez-Gosselies (Frnneisj.

(a) Dans Tacte de 1706, cotto localité porte le nom de Gulietia, et Vos, t. I, p. 300, l'interprète par Glatiny bous Eansart.

progrès de la vie religieuse, réalisé sous la puissante impulsion de Charlemagne (1), n'était pas limité au pays de la Sambre. On se tromperait toutefois si l'on croyait qu'il en était de même partout. Tandis que les régions fertiles voient de bonne heure leurs diverses agglomérations dotées d'un service paroissial, la plupart des villages des contrées pauvres, comme, par exemple, l'Ardenne, durent attendre beaucoup plus longtemps ce bienfait (i).

Nous voyons aussi fonctionner sous Notger une autre institution canonique, le synode diocésain. Issu du preshyteriiini de l'église primitive, le synode diocésain est, comme lui, un conseil épiscopal. On y promulgue les décisions des conciles provinciaux, en nu^me temps qu'il y est pourvu, par l'autorité épiscopale, à la solution des questions d'ordre religieux et à la répression des abus. Les canons prescrivaient à l'évèque deux synodes diocésains par an et en fixaient même la date (3). Nous avons indiqué plus haut que le caractère à la fois spirituel et temporel de l'autorité

Gilly (GislirJ. Mellet (Melens).

Gosselies (GocileaJ, Hontignies-le-Tilleiil (Montiniacus).

Ooiiy-lez-Piéton (Gaudiunis). MoiUignies-s/Sambre {item Montiniacus).

Heppignies {llepcniaj. Obaix (Otbaise).

Houtain-le-Val (Holtoini. Petit Piœulx lez-Nivelles (Ilodaraj,

Jumet (GimiaciisJ, Pont-à-Celles fCella).

Libei'chies (Librcceis) . Pioux flîliodimn).

Lodelinsart tOduin SartliJ. Thiméon (Tiimions).

Loupoigne CLuponium). Trazegnies {Trasineia)

Jlarchiennes (Martianis). Vies-Ville (Vêtus VillaJ faj.

Mai'cinelle (item Martianis).

(1) Imbart de la Tour, Les Paroisses rurales du IVe au AV^ siècle, p. 98.

(2) Je renvoie aux belles recherches de 31. .[. Brassinne sur les paroisses de l'ancien diocèse de Liège, parues dans BSAIIL, t, XII, (1900) cl XIV (1904). On y voit que le concile de Saint-Pieniacle, qui est représenté en 1904 par IT6 paroisses, n'en avait encore que 36 en i5S8 et seulement 15 au IX^ siècle.

(3) C'était le lo octobre et la 4^ semaine après Pâques. V. concile d'Auxerre

r)73-G03 c. G, p. iSO; cf. premier concile d'Orléans, c. 19, p. 7 et liinschius,

Das Kirclienreclit der Katholiken nnd Protestanten in Deutscliland, III, p. 384, note

3. Toutefois, nous voyons l'iric d'Augsbourg tenir un synode trois jours après

Rameaux, afin d'avoir autour de lui une plus grande foule pour solenniser le jeudi

saint. Vita Udalrici, c, 4, p. 392; cf. ibid. c. 19, p. 407.

(a) L'acte de 1706 contient la même liste, sauf Baiey-Thy et IIoiitain-le-Yal en moins et MarbaU en plus.

232 CHAPITRE XIÏI.

des évêques de Liège eut pour résultat de tranformer plus d'une fois leurs synodes diocésains en réunions mi-partie religieuses, uù-partie politiques, et que les trois Etats du pays sont sortis de ces assemblées (1). Mais nous n'avons à parler ici des synodes qu'au point de vue religieux. On en a tenu dans le diocèse de Liège longtemps avant Notger, et c'est dans un synode de l'évèque Etienne que fut autoi'isé le culte de saint Eugène, dont les reliques avaient été récemment transférées à l'abbaye de Saint-Gérard de Brogne (2). Notger lui-même a tenu plusieurs synodes; on vient de lire un résumé de celui de Lobbes, qui siégea en 980.

C'est la même année 980 que fut examinée, en synode, la délicate question des saints de Winterslioven. Si, comme c'est probable, cette affaire fut traitée le plus près possible du lieu d'où devaient venir les témoins, c'est à Liège ou à Tongres, et non à Lobbes, que l'assemblée aura siégé, et alors nous devons admettre qu'il y en a eu au moins deux pendant cette année 980. Et cela montre aussi que, lorsqu'il était dans son diocèse, Notger vaquait activement à ses fonctions épiscopales.

L'affaire des saints de Winterslioven était, en réalité, un procès de canonisation : on sait que, jusqu'à la fin du XP siècle, c'est l'autorité diocésaine qui prononçait la béatification des saints personnages et qui leur décernait les honneurs du culte public. Ce n'était pas, d'ailleurs, comme on vient de le voir, la première affaire de ce genre qui était portée devant un synode liégeois. Mais celle dont il s'agissait cette fois était plus importante et plus difficile.

Winterslioven, près de Tongres, était une terre qui appartenait à l'abbaye de Saint-Bavon de Gand, mais dont les comtes de Flandre s'étaient emparés et qu'ils avaient successivement donnée en fief à plusieurs vassaux. On y rendait un culte à des saints locaux dont l'évèque Eracle (939-974) avait ordonné l'élévation, à la prière de Lambert, alors possesseur du fief de Winterslioven. Cette cérémonie avait été accompagnée de plusieurs miracles qui, comme bien on

(4) V. ci-dessus, p. 202. (2) Ali. l. 111, c. 8, p. 3o.

pense, avaient joie un nouveau lusti'c sur la mémoire dos dits saints. Aussi, lorsqu'on 97(5, un diplôme d'Otton II eut remis l'abbaye de Saint-Bavon en possession de la terre de AVintershoven (1), les moines de Gaud voulurent-ils avoir chez eux de si précieuses reliques. Ils envoyèrent à Wintershoven une commission, qui procéda à TexlRunalion des corps saints et qui les transporta à Gand(2). C'était en 980. L'abbé AVomar pria Notger, avec qui il était lié d'amitié, de faire recueillir tout ce qu'il savait sur les reliques et d'écrire la vie des saints de Winterslioven. A cette supplique était joint un mémoire racontant la vie des saints d'après les renseignements recueillis sur place par la commission monastique, et dont la plupai't avaient été fournis par Sarabert, le curé du lieu. Kn voici la substance :

« Au YIP siècle, saint Amand, évèque régionnaire, était allé demander du renfort au pape saint Martin pour ses missions apostoliques. Le souverain pontife lui adjoignit l'archiprêtre Landoald et une dizaine de pieux personnages des deux sexes, parmi lesquels il y avait les diacres Amantius, Vinciane, sœur de Landoald et Adeltrude. Ils rejoignirent Amand dans le pays de Tongres. Peu de temps après, Amand fut appelé sur le siège épiscopal de cette ville, à la mort de saint Jean l'Agneau. Il ne l'occupa que trois ans et le quitta pour retourner à sa vie errante d'évangélisateur. Pendant les neuf années qui, dit-il, s'écoulèrent entre sa retraite et l'avènement de saint Remacle, le siège vacant fut administré par saint Landoald.

« Etabli dans le village de Winterslioven, près de Tongres, Landoald y devint le précepteur de saint Lambert qui, encore enfant, fit là ses deux premiers miracles. Le roi Gliildéric II, qui résidait alors à INIaestricht, envoyait tous les jours des vivres à la pieuse colonie. Adrien, le messager qui circulait du palais royal à la maison des saints, fut un jour assassiné en route, à Waltwilder, parcequ'on supposait qu'il

(1) Voir cet acte dans Sickcl, DO. II, p. 143.

(2) Le Vita s. Laudouldi, p. 41 U, prétend que l'empereur s'intéressa à la translation el ([ue le pape Jean l'autorisa; mais il ne reste aucun document qui nous permette de contrôler cette double atlirmation.

portait des trésors. Saint Lantloald mourut dans une bonne vieillesse, le 19 mars d'une année restée inconnue, et fut enterré à Wintcrshoven, dans l'église qu'il avait lui-même bâtie et dédiée à saint Pierre le 1'='^ décembre. Au VHP siècle, saint Floribert, évêque de Liège, fit la translation des reliques des saints, le 1" décembre, jour anniversaire de la dédicace de l'église. Leur culte se célébra dans le village jusqu à l'invasion des Normands, donc jusqu'en 882, que l'on réenterra leurs corps pour les soustraire à ces déprédateurs. A cette cérémonie, disait notre narrateur, assistèrent le vieillard Frangerus, alors maïeur de AVintershoven depuis neuf ans, et le prêtre Hildebrand, que j'ai moi-même enterré il y a quelques années. Il existait aussi une vie de ces saints, que j'ai vue; mais elle était écrite en caractères si anciens et tellement maculée de taches de cire, qu'elle a été bien peu lue : malheureusement, il y a un quart de siècle, lors de l'invasion des Hongrois (1), ce livre, grâce à l'incurie de ses gardiens, a péri dans un incendie ».

Notger déféra au désir de Womar. H commença par soumettre à son synode diocésain la question du culte des saints de Wintershoven. Un grand nombre de prêtres et de clercs vinrent déposer au sujet de leurs miracles, dont ils avaient été les témoins oculaires et auriculaires. A la suite de cette enquête, Hériger reçut mission d'écrire l'histoire de nos saints. Prenant pour base la déposition de Sarabert, s'aidant du mémoire de Womar et recueillant tout ce qui se disait dans le pays, il rédigea, sous le nom de Notger, une Vie de saint Landoald que l'évêque, sous la date du 19 juin 980, adressa à l'abbé de Saint-Bavon (2).

Tout n'était pas fini, cependant. Il ne manquait pas de gens qui ne voulaient rien croire de l'histoire racontée par Sarabert. Selon eux, loin d'être des corps saints, les prétendues reliques n'étaient que des ossements de malfaiteurs : au lieu de les élever sur les autels, on devait plutôt leur

(1) Donc en 954.

(2) Les détails que je viens de donner sur rhisloire du Vila s. Landoaldi sont extraits d'un Tramlntio s. Landoaldi qu'on trouve aux AA. SS., t. III de mars, pp. 39 et suivantes,

faire subir l'épreuve du feu. N'ayant pas réussi à persuader l'abbé de Saint-Bavon, les opposants s'adressèrent à son métropolitain, c'est-à-dire à l'arclicvcque de Reims. Ce fut l'occasion d'un nouveau synode tenu dans cette dernière ville, et qui réunit autour de l'arclicvcque sept de ses sufl'ragants. Saint-Bavon avait envoyé des délégués qui produisirent une relation de miracles faits par les saints de Wintershoven ainsi que la déposition écrite de plusieurs prêtres. L'assemblée se laissa convaincre par ces preuves, et, à la suite de cette séance, l'archcvcque autorisa formellement le culte des reliques. Les moines, pleins de joie, allèrent aussitôt trouver leur évoque diocésain, Liudulf de Noyon-Tournai, qui consentit à faire l'élévation des corps saints le 13 juin 982. Lorsque Liudulf arriva de Gand, avec une suite nombreuse, pour présider à cette cérémonie, les opposants, si je comprends bien le texte, firent auprès du jeune prélat une dernière tentative, qui ne fut pas plus heureuse que les précédentes. Les saints de AVintershoven prirent définitivement place sur les autels.

Que faut-il penser de cette curieuse histoire, et en particulier, de la résistance acharnée que rencontra, au X^ siècle, le culte des saints de Wintershoven ? Il y a lieu, à notre avis, de procéder comme dans la plupart des cas semblables, et de distinguer nettement entre le culte de nos saints et leur biographie (1). Le culte est antérieur à celle-ci : il est attesté dès le règne de Tévcque Eracle tout au moins. En autorisant l'élévation des reliques, Notger, de même que les évêques de la province ecclésiastique de Reims, se rendait sans doute à de bonnes raisons.

Il en est autrement de l'historicité du Vita Landoaldi. Ce document, qui émane tout entier du prêtre Sarabert, a tout l'air d'un petit roman pieux forgé par lui. Il cite des témoins, il est vrai, mais ces témoins sont morts. Il invoque un écrit, mais cet écrit n'existe plus (2). Tout se ramène

(1) C'est ce que n'a pas su faire M. Holtier-Egger dans son curieux mémoire intitulé : Zu den lleilUinKieHchicliten des Sankt Bavo Klosters (Historische Aiifsdtze dem Audenken an G. Waitz iicwidwet. 1887).

(2) V. une historielte semblable racontée par Hincmar, au sujol île la première Vie de saint Rémi de Reims, dans Sft.V, t. III, p. 2o!2.

donc, en dernière analyse, à son seul témoignage, et celui-ci est fort suspect. D'abord, le cadre du récit est d'une rare invraisemblance. Je ne parle pas ici de fautes grossières contre la chronologie, comme celle qui fait donner le siège de Tongres à saint Amand, promu en 646, par Dagobert I, mort en 638, ou qui lui fait adjoindre des auxiliaires, avant son épiscopat, par le pape saint Martin, qui ne monta sur le siège de saint Pierre qu'en 649. De telles erreurs n'effarouchaient guère l'ancienne critique : il restait toujours possible de sauver la réputation d'un document compromis en supposant que l'auteur s'était simplement trompé sur le nom du pape et du roi mis en cause. On ne peut pas en dire autant d'un saint Lambert enfant vers 650, puisqu'on le fait mourir en 696 après 40 ans d'épiscopat : cette fois, aucune erreur sur la personne n'étant admissible, on était en présence d'une fiction pure. Il en est de même de la prétendue vacance du siège de Tongres pendant neuf ans et de son administration temporaire par saint Landoald. On sait que saint Remacle succéda immédiatement à saint Amand, après la retraite de celui-ci eu 649 : le rôle attribué à saint Landoald était donc une nouvelle fable qui rendait le récit de plus en plus suspect.

On chercherait d'ailleurs vainement, dans l'histoire du haut moyen âge, un diocèse du nord de la Gaule confié par le pape à un administrateur apostolique, et il faudrait une autorité plus sérieuse que celle du 'Vita Landoaldi pour nous y faire croire. Ce n'est pas tout. On possédait à cette date deux Vies de saint Lambert, dont l'une avait pour auteur un contemporain : or, elles igmraient entièrement le séjour que le saint aurait fait dans sa jeunesse à Wintershoven, sous la direction de saint Landoald. Ce silence était d'autant plus remarquable, qu'il laissait dans l'ombre deux éclatants miracles faits par Lambert enfant, alors que, d'ordinaire, les vies des saints n'avaient d'autre but que de faire connaître les faits merveilleux de ce genre, et on n'a pas d'exemple qu'elles les aient tus sciemment.

L'analyse critique du récit n'était pas moins probante et en découvrait la singulière incohérence, Ktait-il possible d'ad-

mettre qu'après avoir l'ait le long- voyage de Rome en Belgique, pour pai'licipcr aux travaux apostoliques de saint Anuxnd, Landoald et ses compagnons se fussent retires dans une villégiature aux environs de la ville ôpiseopale, et que Landoald, en particulier, eût borné son activité à l'aire l'éducation d'un petit garçon? Enfin, celte administration du diocèse de Tongres, pendant neuf ans, par le précepteur de saint Lambert, n'est-elle pas elle-même suggérée tout simplement par le nom du personnage? Landwald signifie, en langue germanique, V administrateur du pays : de là à imaginer que Landoald avait eff'ectivement administré le diocèse de Liège, il n'y avait qu'un pas, et l'inspirateur du Vita Landoaldi ne s'est fait aucun scrupule de le franchir (1).

La critique du X^' siècle n'était pas assez développée pour se formaliser de pareils indices de supposition, et puis, les idées du temps n'admettaient guère que la critique se permît de pénétrer sur le terrain de l'hagiographie : élever le moindre doute au sujet d'un miracle , c'était de l'impiété (2). Bien plus : il suffisait d'agrémenter un écrit de quelques belles histoires de miracles pour désarmer ordinairement les plus incrédules et pour lui donner de l'autorité. Notger était de son temps, et, pas plus que ses contemporains, il ne paraît s'être ému des indices de supposition que contenait le récit de Sarabert. Nous nous bornons à en prendre acte, sans nous aviser de lui en faire un reproche (3).

(1) Je dois cependant avouer, poiu- rendre justice à Sarabert, que sur ce point il n'est pas absolument atlirmatif, et qu'il semble trahir ses propres hésitations dans ces lignes : Imcompertum est deinde, quanta temporis intercapedine plebs Trajectensium fueritusque ad b. Remaclum sine paslorali benedictione, nisi quod famâ ad nos usquc perferente accepimus, b. Landoalduni illic remansisse, et per novem annos vices pontilicis administrasse. Vita s. Landoaldi, p. 36 F.

(2) Dans la vie de sainte Berlinde, qui est précisément, bien qu'avec peu de probabilité, attribuée à notre Hériger (cf. G. Kurtli, Biographie nationale, t. IX, col. 231 article Hériger et S. Balau, p. 249), on raconte le trait suivant : Sainte Berlinde avait été enterrée dans un sarcophage en bois; sept ans après, quand on ouvrit sa tombe, le sarcophage était en pierre ! Une femme, qui ne voulait pas le croire, vint pour s"en assurer : elle fut saisie par le démon, et, pendant trois jours, elle resta comme morte en punition de son incrédulité. Vita s. Bcrlendis, c. 14, dans Mabillon, AA. SS. 0. S. B., t. III, i, p. 16.

(3) Pour les divers documents relatifs à l'histoire de saint Landoald, je renvoie

238 CHAPITRE km.

Nous aurons achevé de dire tout ce que nous savons de l'administration épiscopale de Notger, quand nous aurons fait connaître quelques fondations ecclésiastiques et quelques consécrations d'églises. Il ne sera pas reparlé ici, cela va sans dire, des sanctuaires qu'il bâtit ou consacra dans sa principauté, mais de ceux dont, en qualité d'évêque, il eut à s'occuper dans le reste de son diocèse. Et ici, nous avons tout d'abord à mentionner son rôle à Aix-la-Chapelle. Cette ville, la ville impériale comme elle aimait à s'appeler, faisait partie du diocèse de Liège (1), et l'on a déjà vu que ce n'est pas sans l'intervention de Notgcr que son église Notre-Dame avait reçu de l'empereur, en 972, le don de l'abbaye de Chèvremont (2). Lorsque le château de Chèvremont et avec lui son abbaye furent détruits en 906, ce fut naturellement Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle qui reprit possession de tous les biens de celle-ci. Elle avait jusqu'alors un chapitre de vingt chanoines; grâce à la dotation nouvelle, le nombre en fut doublé et porté à quarante (3). Malheureusement, il n'est resté dans

aux Acfa Sanctonnn. M. A. Patjuay, dans sa brochure intitulée De Ilcilhien van Wintersiioven, Tongres, 4897, se contente de reproduire les données tradilionnelles.

(d) Gilles d'Orval III, 5, p. 81.

(2) V. ci-dessus, p. 223, note 3.

(3) Voici le passage d'Anselme, c. 25, p. 203, pailant des trois églises du château de Chèvremont : In quarum unâ 12 presbiteri ad serviendum Dec erant deputati, ad quorum usus respiciebant de adjacentibus villis nonnuUae decimarum partes, et praeterea quorumdam ex integro agrorum ususfructus. Quae omnia cuni post ipsius oppidi excidiuni in suas suaeque ecclesiae utilitates posset retorsisse, quippe qui et antistes ejus dioeceseos foret, et in palatio Ottonis tercii adhuc pueri inter primos consiliarius esset, simul ut a loco suo invidiam facti transi'erret, maluit sedem regiara honorare his quae prius ad niemoratum oppidum erant appenditia. Unde et in oratorio sanclae Mai'iae, quod est Aquisgrani, quantus illic antea inerat numerus clericorum, tantumdem adauxit ibidem Dec servientium, sibi suaeque credens suflicere aecclesiae, si, etc.

D'autre part, Gilles d'Orval écrit, II, 57, p. Gl : Ipse (Otto III) et dominus Nogerus tutor ejus 28 canonicos partim de suis prediis partim de reditibus ecdesie Capremontis conslituit et addidit, quia in dicta Aquensi ecclesià, postquam vastata exstitit a Normannls, non erant nisi 42, et sic modo sunt in eâ 40 canonici, cum

sanctus Karohis qui eam l'undavit dicatur 20 clericos statuisse. J'ai tâché

de combiner ces deux témoig-nages.

t.V. DIOCÈSE. 230

l'iiistoire aucune trace des modilicalions qui curenl lieu, à cette occasion, dans le régime de celte collégiale, ni de l'intervention de Tévêque diocésain.

Par contre, nous avons une autre preuve de Tintérct porté par Notger à Téglise vénérable dont le dôme ombrageait la tombe de Gliarlemagne. C'est une bulle du pape Grégoire Y, en date du 8 février 997, accordant à ce sanctuaire le privilège d'être desservi par sept cardinaux prêtres et par sept cardinaux diacres. Les cardinaux prêtres étaient les seuls, avec l'archevêque de Cologne et l'évêque de Liège, à pouvoir oiïicier sur l'autel de la Sainte Vierge (1). Il n'y avait guère, de ce côté des Alpes, que Reims et Cologne qui fussent en possession du même honneur. Un artiste italien du nom de Jean fut chargé [)ar l'empereur de la décoration du sanctuaire et fut ensuite reconnnandé par lui à Notger, qui l'employa à orner les églises de Liège : (2) c'est un indice de plus de la collaboration de l'empereur et de l'évêque à Aix-la- Chapelle.

Cette collaboration, toutefois, n'eut pas pour objet, comme on la cru jusqu'à nos jours, la construction d'une église à la mémoire de saint Adalbert, leur ami commun. Qu'y avait-il de plus poétique et aussi de plus vraisemblable que l'histoire de l'érection de ce sanctuaire par les deux hommes qui professaient ensemble le culte d'une mémoire chérie et dont l'un, l'évêque, est connu pour avoir honoré cette mémoire en lui consacrant une de ses églises de Liège? Et pourtant, il faut renoncer à cette belle légende, car il est établi aujourd'hui que c'est Henri II et non Otton III qui a fondé l'église Saint- Adalbert à Aix-la-Chapelle (3). Notger, au surplus, a dû porter à l'initiative d'Henri II le même intérêt qu'il aurait porté à celle d'Otton III ; il a x^eut-être encouragé l'empereur dans

(1) Quix, Codex diplomaticus aquensis, I, 36; Miraeus-Foppens, III, 563.

(2) Sur le peintre Jean, \oir G. Kuitli, Le peintre Jean, DIAL, t. XXXIII (1903) cl cf. ci-dessous, ch. XV.

(3) Voir les deux diplômes d'Henri II, en date du 6 juillet lOOo et du mois de mai 1018, (Z>//. //, pp. 122 et SOo), auxquels il faut ajouter ceux du 7 juillet 1003 et du 13 août 1005, iDII. Il, pp. 124 et 127), et cf. P.. Pick, Hat Otto lU die St-Adalberti Kirclie in Aachen (jefjrundet? (Dans le recueil du même intitulé : Ans Auchens Verganijenheit. Aix-la-Chapelle, 1893).

son projet, et, sans doute aussi, il a consacré l'église quand elle fut achevée.

Deux autres églises du diocèse de Liège furent consacrées par Notger : ce sont celles de Florennes et de Waulsort. Sur la première, nous sommes assez bien renseignés. Elle avait été bâtie par Arnoul de Rumigny, seigneur du lieu (1), en l'honneur de saint Gengoul, dont les reliques y avaient été apportées de Gedinne (2). Cette consécration eut lieu en 1002 (3).

Nous connaissons moins l'activité épiscopale de Notger à Waulsort. L'évoque de Liège, qui était déjà venu à Waulsort consacrer l'abbé Thierry (4), y fut rappelé sous ce dernier pour consacrer l'église abbatiale, qui venait d'être rebâtie à la suite d'un incendie. A cette occasion, il prit quelques mesures liturgiques dont le chroniqueur nous entretient avec plus de détail. Sous l'abbé Forannan, l'abbaye célébrait le même jour, c'est-à-dire le 3 décembre, trois fêtes à la fois : celle de la dédicace de son église, celle de la déposition de saint Éloque, et celle de la translation du même saint. L'évêque de Liège décida que la fête de la déposition du saint continuerait d'être célébrée le jour traditionnel, c'est-à-dire le 3 décembre ; il porta celle de la translation au 8 octobre,

(1) Sur ce personnage, v. Roland, Histoire généalogique de ht maison de Itiimignij-Florciines dans Annales de la Société archéologique de Nnmttr, t. XIX (1891).

(2) V. Miracala S. Gcngulji auctore Gonzonc abbate Florinensi dans MGH., t. XV, p. 792.

(3) Albéric de Troisfontaines ad ann. 4002, p. 778 et Gilles d'Orval II, 59, p. 23, qui reproduisent une source commune oh Notger n'est pas cité. L'année n'est d'ailleurs fournie que par une conjecture d'Albéric, comme le fait remarquer Holder-Egger, 1. c. Au dire du Gesta ejrp. Cani.,111, 48, p. 470, Arnoul de Rumigny aurait laissé l'église inachevée, et ce serait son fils Gérard, évêque de Cambrai, qui l'aurait achevée et consacrée du consentement de Baldéric II, évôcjne de Liège. Mais ce témoignage ne saurait contrebalancer celui de Gonzon, qui écrivait à Florennes avant 40S0, et il paraît bien qu'il y a confusion dans les souvenirs du chroniqueur cambraisien. Il est inutile de réfuter Jean dOutremeuse, IV, p. 478, qui place la consécration en 4004.

(4) La chronologie de Waulsort est très embrouillée pour le X» siècle; elle no nous permet pas de dire si Notger a aussi consacré les abbés Immon et Forannan, prédécesseurs de Thierry. Cf. dom trsmer Berlière, Monasticon Belge, 4890, f. I, p. 40 et L. Lahaye, Étude sur l'abbaye de Waulsort, dans BSAHL, t. V (4889), p. 217 et suivantes.

LE DIOCESÏî.

et celle de la dédicace de l'église au 14 mai, qui est probablement le jour où il la consacra. Le chroniqueur de Waulsort se félicite de ces mesures, qui, dit-il, donnèrent à chacune de ces solennités l'éclat dont elles furent entourées depuis lors (1).

Là ne se borna pas l'intérêt que Nolger porta à l'abbaye de Waulsort. Il est permis de croire qu'il aura inspiré ou tout au moins encouragé les remarquables travaux qui y furent exécutés par l'abbé Érembert, et qui rappellent, dune manière instructive, ceux de l'abbé Folcuin à Lobbes (2). Les autres abbayes du diocèse ne laissèrent pas Notger indifférent. Bien que celle de Saint-ïrond relevât au temporel de l'évêché de Metz, elle était trop voisine de Liège et elle avait trop souvent besoin, dans ces temps troublés, de la protection de l'évèque diocésain pour que celui-ci se soit désintéressé de ses destinées (3). On le voit aussi en bons rapports avec l'abbé de Saint-Hubert (4), et on sait qu'il est parvenu à mettre Gembloux sous le patronage de Saint-Lambert (o). Des traditions un peu altérées, mais qui ont un fond liisto-

(1) Deinde quia res exigebat ut ararum consecrationes renovaronlur episcopali benediclione, très a beato Forannano sollemnes celebritates tertio nonarum decembrium sub unius diei observantiam conslitutae mutantur. Nam tempii consecratio pridie idus maii staluitur et depositio beati Eloquii in propriam diem relinquitur, et ejusdem franslalionis observanlia propler connuentiam populi, qui eo fempore quotannis congregabatur, sicut nunc observalur, octavo idus octobris ob tempol'alem aflluentiain prudeiitiuin consilio constituitur. Renovati igitur a domino Nociiero Leodiensium pontifice tribus sollemnibus cclebritatibus, honorein proprii cultus unaquaeque celebrilas per se reformata et dignitatem suae venerationis resumpsit sicque dierum istorum exullatio et devotionis ordinatio longo tempore permansit. (CItronicon Walciodorerise, c. 40, p. o24 et S4, p. 528). Cf. L. Labaye, Etude sur l'ubbaije de Waulsort, o. c, p. 233).

(2) CItronicon Walciodorense, c. 41-44, p. 824-523.

(3) Je n'ose toutefois pas reconnaître Notger dans Tévêque de Liège non nommé qui, au dire de la Chronique de Saint-Trond de l'abbé Rodolphe, I, 2, p. 230, protégea l'abbé Adélard contre l'évèque de Metz, Thierry II. La raison en est que Adélard fut abbé de 999 ou 1003 à 1034, et que Thierry II occupa le siège de Metz de ICOG à -1046. Cela nous forcerait à admettre que les débats de Thierry II avec Adélard eurent lieu dès les deux premières années de son règne, ce qui est fort peu probable.

(4) V. ci-dessus, p. 34.

(o) V. ci-dessus, p. 86.

24iJ CHAPITRE XIII.

rique, nous font connaître aussi sa présence à Saint-Gérard de Brogne, et la bienveillance dont il entoura celte maison religieuse. Mais nous sommes particulièrement bien renseignés sur ses relations avec l'abbaye de Thorn. Cette maison, située sur la rive gauche de la Meuse, entre Maeseyck et Ruremonde, fut fondée en 992 par Hilsuinde, femme du comte Ansfrid, avec le consentement de son époux. Elle la dota richement et, devenue veuve, elle s'y retira avec sa fille Benoîte, qui en devint la première abbesse (1). En qualité dévèque diocésain, Notger était appelé à approuver cette fondation, mais d'autres motifs encore le portaient à s'y intéresser (2). Ansfrid était son ami : ils avaient tous les deux servi les rois saxons, à la cour desquels ils s'étaient probablement rencontrés plus dune fois. C'est à la demande de l'évêque de Liège qu'en 98o, Otton III avait accordé à Ansfrid des avantages considérables en Frise et dans le Maesland (3). Notger obéissait donc autant aux suggestions de l'amitié qu'à la voix de son devoir pastoral en contribuant à cette importante fondation de la pieuse famille qui renonçait tout entière aux joies du monde pour

(1) Voir la charte de fondation de Hilsuinde dans J. Habets, De Archieven van het Kapittel der hoogadellijke rijksabdij Thorn, t. I, p. 6. L'éditeur, dans son introduction, pp. XII-XXXV, défend vigoureusement l'authenticité de ce diplôme, dont le protocole final seul serait altéré; sa démonstration m'a paru convaincante. Selon Hirsch, II, 330, n. 3, suivi par M. Vanderkindere, Formation territoriale, II, p. 121, l'acte serait, au contraire, eiu plumpes Machwerk.

(2) Je ne crois pas inutile de donner ici un aperçu des établissements monastiques existant dans le diocèse de Liège sous le ponfilicaf de Notger.

Abbayes d'hommes. Abbayes de femmes.

Stavelot. Nivelles.

Saint-Trond. Suesteren.

Saint-Hubert. Andenne.

Gembloux. Moustier-sur-Sambre.

Brogne. Aldencyck.

Celles. Thorn.

Malonne.

Malines.

Aulne.

Florennes.

LE DiocKsi:. 243

suivre, dans le clergé ou dans le cloître, les traces du divin Rédempteur (1).

L'abbaye de Thorn lui resta chère; il lui lit don des trois églises de Britte, de Ilemert et d'Avezate; plus tard, l'année qui précéda sa mort, il lui lit concéder par diplôme impérial les droits de tonlieu et de marché à Thorn, avec celui de juridiction (2). Dans l'intervalle entre ces deux donations, il eut l'occasion de témoigner dune manière plus éclatante la haute considération qu'il avait pour le comte Ansfrid; l'évèché d'Utrecht étant devenu vacant en 995, il décida l'empereur Otton III à confier ce siège à son ami (3).

Le reste de l'activité épiscopale de Notger échappe à notre connaissance, et son biographe ne nous en a rien dit. Nous n'essayerons pas de suppléer à son silence, et nous n'énumérerons pas ici des rubriques sous lesquelles nous serions obligés de laisser des blancs. Certes, ces lacunes de notre exposé sont pénibles. Avec quel intérêt, par exemple, on assisterait au travail de l'organisation paroissiale, qui dut être actif! Sous un pontificat si prospère, en un temps où le rajeunissement de la vie religieuse était si vif, où un mouvement universel faisait sortir de terre les églises neuves, sans doute aussi les paroisses durent se multiplier, et plus d'une se sera détachée sous Notger de son église-mère pour conqué-

(i) La fondation de Thorn nous est connue : 1° par le diplôme de Hilsuinde, sur lequel voir la note ci-dessus; 2» par le récit de Thietmar de Mersebourg, IV, 32; 30 par une notice de Gilles d'Orval, II, o3, p. GO, que Habets, p. XV, a le tort d'attribuer à Anselme, n'ayant consulté que l'édition vieillie de Chapeaville. Ces récits ne s'accordent pas complètement sur les circonstances de la fondation, mais leurs contradictions sont faciles à lever. Si Thietmar et Gilles d'Orval attribuent la fondation à Ansfrid et non à sa femme, cela prouve simplement qu'ils n'ont pas eu une connaissance exacte de l'affaire, et le diplôme de Hilsuinde, qui les contredit, semble emprunter à cette opposition une preuve d'authenticité de plus, car il est évident qu'un faussaire aurait eu soin de le rédiger en conformité avec les récits existants. Thietmar ajoute qu'Ansfrid donna le nouveau monastère à Saint-Lambert, ce qui est une inexactitude flagrante; Thorn resta toujours une abbaye impériale et ne dépendit jamais des évêques de Liège. D'après cela, il faut corriger Hirsch, Heinrich II, t. I, p. 330, qui reproduit le renseignement de Thietmar sans le contrôler.

(2) DH. Il, p. IGG ; Habets, 0. c. I, p. 7.

(3) Thietmar de Mersebourg, IV, 24, pp. 777-778,

244 CHAPITRE XIU.

rir une existence indépendante. Il est dit d'un évoque du X* siècle que dans un grand nombre de localités il vint au secours des populations trop éloignées de l'église, soit en y créant des paroisses nouvelles, soit en y bâtissant des chapelles (1). Gela est vrai, dans une mesure variable, et de notre évêque, et de tous les pontifes du X*^ siècle en Allemagne. Il faut savoir gré au biographe de nous avoir au moins laissé entrevoir Notger dans l'exercice du ministère de la parole. Ce ministère était en effet une des principales missions de l'évoque, et Fulbert de Chartres s'inspirait de la tradition quand il recommandait au roi Robert de ne point permettre d'élire un évèque incapable de prêcher (2). Les évêques du X^ siècle ne se sont pas dérobés à ce devoir. Nous voyons saint Brunon (3) et saint Héribert (4), à Cologne; saint Ulric, à Augsbourg (5) ; saint Adalbert, à Prague (6) ; saint Frédéric et Willigis, à Mayence ; saint Gérard , à Toul (7), haranguer leurs fidèles, et une des qualités épiscopales les plus vantées, c'est l'éloquence. Elle ne manqua pas à Notger. Un poëme écrit presque au lendemain de sa mort nous dit qu'il enseignait le peuple en langue vulgaire et le clergé en langue latine, nourrissant, à l'exemple de Tapôtre, les petits de lait et les grands d'aliments solides. Et il continue, faisant allusion, sans doute, à la vigueur oratoire du prélat : « Devant ce vaillant chevalier du Christ, les hérésies tombaient d'emblée. La fraude, les fausses doc-

(i) In plerisque parochiis misericorditer subveilit populo in difficultate longissimi ecclesiarum itmeris, sine parrochiis novis in divisione aliarum factis, sive capellis in eis constructis. Vita Metmverci, c. -ISG. p. d39.

(2) P. Fournier, Les Officialités au moi/en-ûge, Paris, 1880, p. VIII.

(3) Jam vero in praedicalione verbi Dei qualis quantusque fuerit, admi-

rari possumus, diflinire non possumus. Ruotgerus, c. 33, p. 267.

(4) Vita S. Heriberti, c. 9, p. 747.

(5) Vita S. Udalrici, c. 4 et 6, pp. 391-39S. Le même ouvrage, c. 24, p. 409, vante Adalbéron, neveu et successeur présomptif de cet évèque, comme étant in eloquentid dulcisotid cautus.

(G) Vulgari plebem, clerum sermonc latino

Erudit et satiat magnà dulcedine verbi.

Lac teneris praebens solidamque valentibus escam.

Dans le Vita Notgeri, c. 8.

(7) Vita s. Gerardi TiiUcmis, c. 4, p. 494.

trilles, l'orgueil des sectaires et leurs iiiveiûious, tout fuyait, tremblant de se voir démasqué par ce redoutable juge des mœurs. » Il n'y a là que quelques traits, mais ils sullisent pour nous intéresser.

J'ai d'ailleurs fait remarquer plus haut que Notgcr ne savait pas le roman ou Wallon (1), qui était parlé par une moitié de ses ouailles et notamment par la population de sa ville de Liège. Cela était fâcheux, sans doute, mais des inconvénients de ce genre étaient fi'équents dans la Lotharingie, qui était pourvue d'évêques par la cour d'Allemagne. C'est ainsi qu'à la môme époque, deux évéques de Cambrai, Bérenger et Theudon, ont ignoré le français et ont pu se considérer comme des étrangers dans leur cité épiscopale (2). Il faut ajouter que la plus grande partie du diocèse de Cambrai et une lionne moitié du diocèse de Liège parlaient l'idiome germanique. Cet idiome, à la vérité, se distinguait notablement du dialecte natal de Notger, et celui-ci aura dû faire des efforts pour se rendre intelligible à ses auditeurs thiois. Plus d'une fois, en l'écoutant, ils auront reconnu le Souabe à sa langue chuintante, tout en admirant son éloquence.

Est-il vrai que Notger ait contribué pour une large part à la diffusion de la fête des Trépassés, que l'abbé Odilon de Cluny venait de créer dans son monastère, et qui de là se répandit sur tout le monde chrétien? Gilles d'Orval nous dit qu'il l'introduisit dans son diocèse et voulut qu'elle y fût célébrée solennellement (3). Ce renseignement est sommaire

(1) C'est le nom d'origine allemande qu'on trouve dans la chronique de Rodolphe de Saint-Trond I, -1, p. 229 : Igitur primus Adelardus nativam linguam non habuit theutonicani, sed quam corrupte nominant romanam, theutonice walonicam.

(2) V. Gesta epp. Camerac, I, 80, p. 431 ; I, 99, p. 441.

Par contre, quand un évèque liégeois du IX^ siècle, Hartgar, est vanté par Sedu- Ijus (II, 1, 27, p. 167), comme ayant su les trois langues : Aurea iingua cluit triplici cui famine vocis c'est évidemment du latin, du thiois (flamand) et du roman (wallon) que veut parler le poète. Le même éloge est fait du pape Grégoire V (f 999) par un contemporain : Usus franciscâ, \'ulgari et voce latinà Insfituit populos eloquio triplici.

La langue ridijairc en question est ici l'italien.

(3) (Odilo) constituit per omnia monasteria sibi subjecla, ut sicut primo die no-

et tardif; toutefois, il serait téméraire de l'écarter pour cette seule raison, et tout indique que Gilles d'Orval parle ici d'après une source plus ancienne. C'est vers 998 que, selon Sigebert de Gembloux, Odilon institua la fête des morts (1); la chronologie ne s'oppose donc pas à ce que Notger ait pu s'y intéresser et la répandre. Et il fut certainement l'un des premiers qui accueillirent une solennité si touchante, autrement l'histoire n'aurait pas pris la peine de nous apprendre son initiative, puisqu'on sait que tous les diocèses, l'un après l'autre, consacrèrent par leur liturgie l'œuvre d'Odilon de Cluny. Cela suffit pour nous autoriser à revendiquer pour le diocèse de Liège, qui avait créé la fête de la Trinité et qui devait créer celle de la Fête-Dieu, l'honneur d'avoir été des premiers à répandre celle des Trépassés.

Ce qui vient d'être dit permet de croire que d'excellentes relations existaient entre Notger et les Clunisiens. Nous en avons une autre preuve. L'un des hommes les plus illustres de cette famille monastique, Richard de Saint-Vanne, qui a réformé plus d'un monastère du diocèse de Liège, professait

vembris sollempnitas omnium Sanctonim agitur, ita sequenti die memoria omnium in Christo quiescenlium ceiebretur. Qui ritus ad multas ecclesias transiens, fidelium defunctorum memoriam sollempnizari facit. Qucun consiietuiUnem etiam episcopus Christi Nothgents ad suam dyocesiam transluUt, eamque soUempniter fieri ordinavit. Gilles d'Orval, II, 53, p. 60, reproduisant Sigebert de Gembloux, a. 998, p. 333, à part la phrase soulignée qui est de lui.

(1) Cette date, donnée par Sigebert de Gembloux, Chronicon, p. 353 et par le frère André d'Anchin, est admis par Mabillon. Sackur, Die Cluniacenser , t. II. p. 473, conteste, mais sans raison probante, qu'elle soit de Sigebert et veut qu'elle repose sur une fausse interprétation du texte de cet auteur. On allègue, à la vérité, que le décret par lequel Odilon rendit la fête obligatoire pour toutes les maisons clunisiennes semble postérieur à la mort d'Henri II (1024) ; mais il s'en faut que ce décret lui-même soit nécessairement contemporain de l'institution de la fête. 0. Ringholz a prouvé qu'il se compose de deux parties, dont la première (jusqu'à Ergo qiuiliter) est antérieur tout au moins à 1009, puisqu'à cette année la Disciplina Farfensis, (jui la reproduit, existait déjà. Y. Ringholz. Die Einfùhruu'j des Allerseelentages durch den II. Odiio von Clunij dans Wissemchaftliche Studien nnd Mittheilimcjen ans dem Benediktiner Orden, II* année, 11^ volume, p. 23G-2oi. La discussion sur la date serait sans objet si l'on avait la preuve de l'existence d'une bulle de Sylvestre II, confirmant la fête (Oldoini, Vitae Bomamn-itin pontijicnm, I, p. 737), mais la preuve que Ringholz tire du Martyrologe Romain fqncni vilum postea unirersalis ecclesia recipiens comprobavitj est trop faible.

pour Notgcr une véritable vénération et îe considérait comme un saint (1). Gela étant, la tradition d'après laquelle l'abbé Odilon aurait fondé dans le diocèse de Liège cinq prieurés de son ordre (2) ne manque pas d'une certaine vraisemblance interne. En réalité toutefois, aucun de ces établissements n'est antérieur à la fin du XP siècle, et il faut bilTer de l'histoire de Notger toute la part qui lui est attribuée dans leur fondation (3).

Au dire d'Anselme, le pa[)e aurait eu pour Notger une si haute estime, qu'il l'aurait plus d'une fois chargé de trancher à sa place des différents entre évcques cisalpins (4). Nous ne savons à quels événements Anselme fait allusion, mais il est bien certain que son témoignage est ici de grande portée, et nous pouvons l'accueillir avec certitude, bien qu'il soit malheureusement trop vague à notre gré. Anselme n'a pu penser d'ailleurs qu'à Grégoire Y ou à Silvestre II (o). Notger les connaissait personnellement l'un et l'autre : on sait déjà ses relations avec ce dernier; quant à Grégoire V, sous le nom de Brunon qu'il avait porté dans le siècle, il avait appartenu avec Notger à la chapelle de l'empereur, et y avait probablement noué avec notre évèque des liens d'amitié. Notger fut deux fois en Italie pendant le pontificat de Grégoire V, la première en 996-997, la seconde de 997 jusqu'en 1000 et peut-être plus tard. Il eut donc l'occasion de revoir à plusieurs reprises son ancien ami. Avec Gerbert, ses relations avaient subi une crise lors du procès de celui-ci, mais, quand Gerbert fut devenu ioape, elles restèrent bonnes, sans

(1) Hugues de Flavigny, II, p. ,382.

(2) Gilles d'Orval, II, o3, p. GO. Jean d'Outremeuse, IV, p. I7.j, connaît la dale exacte de la fondation, comme il fallait s'y attendre; c'est l'an iOOO. Cf. Foullon, I, p. 201; Fisen, I, p. 130; Devaulx, II, p. 38.

(3) Il y a eu en réalité, dans le diocèse de Liège, six prieurés clunisiens, sur lesquels voyez .1. Halkin, Les prieurés clunisiens de l'ancien diocèse de Lièije, BSAHL, t. X (1896) pp. -133-293, et le même, Documents concernant le prieuré de St-Sérevin en Condroz de l'ordre de Chinii (BCKH, Y, t. 4).

(i) Anselme, c. 30. Cf. Histoire littéraire de la France, t. VII, p. 210.

(5) A la vérité, Jean XV a accordé une bulle à Notger à la demande de Théopliano, mais Notger était alors encore un inconnu pour le pape et il n'eut pas l'occasion de faire sa connaissance.

que rien nous montre que Notger aurait joui de la faveur spéciale du souverain pontife. C'est donc, très probablement, de Grégoire V qu'il faut entendre le renseignement d'Anselme.

Il nous reste, pour épuiser l'objet de ce chapitre, à faire mention encore de certains récits relevant de ce qu'on pourrait appeler l'histoii'e légendaire de Notger. Ces récits, qu'on rencontre pour la première fois dans Gilles d'Orval, sont d'ingénieuses amplifications de thèmes fournis par Sigebert de Gembloux. En 1006, d'après Gilles d'Orval, un été sec, suivi de neiges précoces et de grandes pluies d'automne, qui empêchèrent les semailles, avait produit une famine. Notger ordonna un jeune général et ses prières furent efficaces, car il plut du blé en Hesbaye, d'aucuns disent même des poissons. Ce ne fut pas la seule calamité de l'année. Il y eut un tremblement de terre; une comète apparut dans le ciel. Le 14 décembre, dans l'après-midi, on vit comme une grande torche ardente traverser le firmament et tomber sur la terre, après quoi apparut une espèce de dragon à la tête garnie d'une crête et aux pattes bleues. Mais tous les dangers ainsi pronostiqués fm^ent conjurés par les prières de Notger » (1).

(1) Voir ces légendes dans Gilles d'Orval, II, o9, p. 60, d"oii elles ont passé, probablement au XlVe ou au XVe siècle, dans la chronique interpolée de Saint-Laurent. Je crois utile de faire voir, ci-dessous, le rapport entre Gilles d'Orval et Sigebert de Gembloux : on pourra, en le constatant, se rendre compte de l'origine des éléments légendaires :

Gilles d"Orval, II, 53, p. 60. Sigebert, Chronicoii.

Temporibus ejus siccitas magna ver- 1006. Famés et mortalitas jam gravi-

nalis, unde et satio primitiva impedita et ter per totum orbem invaluit, ut tedio famés ingens secuta est. Fertur enim sepelientiiim vifi adliuc spiritiiin trahenetiam precibus ejus annonam pluisse de tes ubnierrntiir cinn iiwrtitis. celo in Hasbanio, alii etiam pisciculos parvos de celo pluisse ferebant. Postea nix de celo nimia decidit, ymber etiam continuus, qui autumpnalem sationem denegaret omnino. Episcopus vero Nothgerus, indicto communi jejunio, periculum imminens reppulit. Terre motus

quoque factus est permaximus, corne- '003. Cmnctcs hnrribiU sprcie Jhim-

lesque apparuit splendidissimus. Kono mas Inic iUuajUcjactaiis, in australi parte decimo kalendas januarii circa horam visitsest.

Outre les légendes populaires ou monastiques qui ont envahi la biographie de Notger, il nous l'aut aussi éliminer celles qui naissent aujourd'hui dans les sillons de l'érudition. La fameuse tradition des terreurs de l'an mil, si elle était fondée, créerait un inexplicable contraste entre les préoccupations d'avenir du grand civilisateur et les préjugés de son époque : il est inutile de dire qu'elle est une pure liction des érudits du XVIIP siècle et qu'elle reçoit du règne de Notger un éclatant démenti. L'intense activité déployée par lui et ses collaborateurs dans le double domaine religieux et civil pendant la génération qui précéda l'année fatidique est une des réfutations les plus péremptoires d'une croyance aujourd'hui démodée. Le seul récit que nous avons fait de cette carrière de prince et d'évcque exclut irrémissiblement de l'histoù'e les prétendues terreurs de l'an mil, et il n'y a pas lieu de nous en occuper davantage (1).

noiiam, lisso ccio, quasi facula ardens cum longo Iractu instar fiilguris illapsa est terris tanto splendore, ut non modo qni in agris erant set etiani in teetis, irrupto lumine, ferirentur. Qua eeli fissura sensim evanescente, intérim visa est figura quasi serpentis, capite quidem crescente, cum ceruleis pedibus. Que pericula oratione viri Dei sunt adnichilata.

On trouve des récits analogues, mais d'un caractère plus liistoi'iquc, dans la vie de saint Héribert de Cologne, contemporain de Notger, c. 7 et 8, pp. 74o-746. Gilles d'Orval, qui a certainement lu cet ouvrage, s'en est manifestement inspiré.

Alpert, De dirersitate tempnrum, I, 6 p. 704.

Post hinc triennium quam rex in solium regni sublimatus est (lOOo) commetes liorribili specie flammas hac illaque jactans, in anstrali parte coeli visus est. Sequenti anno (1006) famés et mortalitas gravissima per totum orbem factae sunt, ita ut in multis locis prae multitudine mortuorum et taedip sepelientium vivi adhuc spiritum trahentes, vi qua poterant renitentes, cum mortuis obruerentur.

La terrible famine de iOOG a laissé aussi des traces dans la chronique de Rodolphe de Saint-Trond, I, p. 229.

(1) C'est dom Plaine qui a le mérite d'avoir le premier attaqué la légende et de l'avoir anéantie dans son magistral article intitulé : Les Terreur.i de l'on mil {Revue des qucstifuis histniiqircs, janvier 1873). Après lui, M. Raoul Rozièrc a repris le sujet dans La Icçicnde des terreurs de l'an mil (Revue p(diti<iiie et littéraire, t. XXI (1878). y\. Rozière, qui a d'ailleurs le mérite d"avoir élucidé les origines de la

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