‹ Notger de Liège et la civilisation au 10e siècleChapitre 3 sur 44 · PREFACE. VII · texte numérisé non relu

PREFACE. VII

ne commencent à tenir la plume que vers le XVI I'^ siècle, et qu'ils se bornent à reproduire, pour tout le moyen-àge, les légendes de Jean d'Outremeuse agrémentées de nouvelles erreurs, il s'ensuit que Henaux oppose d'ordinaire aux sources des compilations sans valeur, qu'il appelle en bloc les Chroniques de Liège, et auxquelles il accorde la foi qu'il refuse à un Anselme, à un Hocsem, à un Hemricourt.

On peut deviner ce que deviendra dans de pareilles mains l'histoire de Notger. Ce ne sera plus le roman amusant et à multiples facettes où Jean d'Outremeuse fait chatoyer toutes les couleurs de l'arc en ciel, ce sera le pédantesque factum à tendances politiques, brouillant les notions les plus claires, détournant de leur vrai sens les textes les plus limpides, jetant au hasard, avec une audace sans pareille, les affirmations les plus extravagantes, jonglant avec le vocabulaire technique de l'histoire sans le comprendre, et aboutissant à la plus monstrueuse caricature de la vérité historique. Au sortir de cette lecture, on peut se demander si, roman pour roman, il ne valait pas mieux s'en tenir à celui de Jean d'Outremeuse, qui avait au moins le mérite de n'être pas ennuyeux. J'aurais grossi singulièrement ce volume si j'avais dû entreprendre de réfuter pas à pas toutes les erreurs, contre-sens et contre-vérités qui fourmillent dans le livre de Henaux. On en jugera d'ailleurs par le spécimen suivant.

« Liège, écrit Henaux, était resté dans l'obédience de l'Empire. L'ambitieux Notger résolut de se soumettre la ville épiscopale (i).

fl) Pùur bien comprendro ce passage, il faut se rappeler que, d'après Henaux, la commune de Liège daterait de Tépoque d'Auguste, qu'elle jouissait dés lors de

Vlll PREFACE.

» Déjà l'évêque Éracle, en 969, en avait fait la tentative, mais les habitants y avaient répondu par une révolte. Ils avaient assailli et saccagé son manoir, et ils avaient fait coulera flots, dans la Meuse, tout le vin de ses celliers. Ils avaient ainsi forcé le prélat à respecter leurs lois et leurs usages.

» Notger s'en prit au Comte et au Vicomte, les protecteurs-nés de la Cité (1).

» En 987, il entra dans Liège à la tête de gens armés, et mit le feu au Châtelet de la Sauvenière, qui était la demeure du Vicomte.

» Il lui restait un rival en autorité, le Comte, qui exerçait la Juridiction militaire. C'était un Seigneur de noble extraction. Il résidait près de Liège, à Chèvremont, Burg florissant et renfermant un Palais qu'avaient habité les Princes Pippiniens, une Abbaye célèbres et deux Oratoires.

» Afin de s'emparer du château, l'Evêque eut recours à la ruse.

)) Il s'y achemina un matin (993), pour administrer le baptême au fils du Seigneur. Il était précédé d'une longue procession de moines encapuchonnés et psalmodiant, qui se transformèrent, arrivés dans la place, en gens d'armes ayant le casque en tête et

l'autonomie municipale, et quelle avait deux consuls qu'on retrouve au moycn-àgc sous le nom de maîtres. Henaux emprunte toutes ces rêveries aux publicistes du XVIIc siècle, qui les empruntaient eux-mêmes à un humaniste du XVIc, Hubert Thomas, et qui appuyaient sur elles les prétentions de la Cité au titre de Ville Libre impériale.

(1) Note de Henaux a Le principal acteur dans tout ceci, Notger, était Jik du dur. de Souabc ; il riait neveu tic Louix d'OiUrrmer et de l'oiipcrrur Otlon I, et cousin finiiinin d'Otton II, père d'Otton IlL En HOO, il avait été admis dans le chapitre de Saint-Lumbvrt et on s'était empressé de le revêtir de la dignité d'archidiacre de Campine, puis, en 972. de celle d'évêque n. Tout ce qui est souligné dans ce passage n'est qu'un tissu de fables empruntées à Jean d'Outremeuse.

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