‹ Notger de Liège et la civilisation au 10e siècleChapitre 31 sur 44 · VIE PRIVÉE ET MORT DE NOTGER · texte numérisé non relu

VIE PRIVÉE ET MORT DE NOTGER

Notger n'oublie pas ses autres églises; il est fort probable qu'à toutes il voulut laisser quelque libéralité, [»our que toutes se souvinssent de lui dans leurs prières. Du moins, nous savons qu'il avait fondé un anniversaire à Saint-Lambert, imputé sur des vignes et sur des terres à Fragnée (1), et un autre à Saint-Denis, exonéré par deux moulins situés sur le Torrent, un des canaux du bras de la Meuse approfondi par lui, dans les environs de l'église (2). Le jour de son anniversaire, on distribuait aux chanoines présents le vin et le blé de la fondation, ainsi que nous l'apprennent les obituaires de ces deux maisons.

Il mourut le 10 avril 1008, après trente-six ans d'épiscopat, et sa mort — est-il besoin de le dire? — fut un deuil public (3).

V. I. DCCC qui se lisent en rubrique à la lin du volume. De Crassier y voyait la (laie de l'ouvrage CVerhi Inrarnati \800) et imagina ensuite de lire : Quintn Leonis ou iJe année du ijontificat de Léon III. Dom Morin, consulté i)ar moi àccsujel, m'écrit que « le fameux sigle est tout simplement une indication stichométrique, et nous apprend le nombre de lignes contenues dans le IV": évangile. » (Cf. S. Berger, Histoire de la r«/f/fffc. p.366). Le même savant ajoute : <t Les prologues, sommaires, etc., attestent que le modèle, probablement le texte aussi, se rattachent à l'école de Tours. «

(1) IIII id. april.

Commemoratio domni Notgeri episcopi nos! ri, pro quo liabemus amam vini de Frangeis et duodccim modios speltae in granario nosli'o in dicto anniversario distribuendae. (Obituaire de Saint-Lambert, manuscrit sur parchemin du XlVe siècle, aux archives de l'État à Liège.)

(2) Aprilis.

un nonas.

Commemoratio Nogeri episcopi, qui dédit nobis duo molendina in Torrente quà die distribuentur III modii speltae inter praescntes, in vigiliis et in missà. Inde accipietur dimidia iibra cerae ad candelas. (Obituaire <le Saint-Denis, manuscrit sur parchemin du XllIe-XIVe siècle, aux Arcliivos de l'État, à Liège.)

(3) Cette date est absolument certaine. Elle est donnée par Sigebert de Gembloux, Chronic, p. 3oi; par Lambert le Petit, p. Giu; par les Annales de Hildesheim, p. 93, (que suivent les Annales de QncdUnbunj , p. 79 et VAnnalista Saxo, p. 658.)

Le seul Vita Xotrjeri, c. lO (dans Gilles d'Orval II, S8, p. 63) suivi par ,Iean d'Oulremeuse, IV, p. 133 donne la date de 1007, mais il faut remarquer que nous ne possédons cet ouvrage que dans la défectueuse transcription que Gilles d'Oi'val en a faite au XIII*^ siècle, et qu'il y a probablement ici une faute de copiste. En ellet, la date de 1008 est la seule ([ui concorde avec les 30 ans d'épiscopat donnés à Notger par le Vita Notgeri lui-même, c. lU, ainsi que par Anselme, c. 30, p. 200,

Ce nest pas seulement la ville de Liège, mais toute la nation qui voulut assister à ses funérailles. Elles furent longues et solennelles, et elles eurent lieu successivement dans toutes les églises rie Liège qu'il avait fondées, chacune voulant donner un dernier témoignage de reconnaissance et d'affection à son bienfaiteur en offrant pour lui le sacrifice divin. La funèbre cérémonie dura donc

cl par Ruperl de Saint-Laurent, c. 10, p. 2G6. Ces années, comme je l'ai établi plus haut, p. 43-44, commencent à courir à partir du 14 avril 972.

'Il est d'ailleurs certain que Notger vivait encore après le 10 avril 1007, puisque, le 4 juin 1007, il était intervenant dans un diplôme impérial pour Thorn (v. ci-dessus p. 112 et 243) et que Gilles d'Orval, qui le fait mourir le'/iO avril 1007, le monti'c participant, dans l'été de cette même année, à l'expédition de Henri II contre la Flandre. (Cf. Devaulx, t. II, p. 70 et Hii'sch, .hihrbùcher des deutsclicn Iteiclis UHter Heimicli H, t. II, p. 189.)

Toutefois, à Liège, oii toute l'historiographie est restée ensorcelée jusqu'à la fin du XIXe siècle par Gilles d'Orval et par Jean d'Outremcuse, on avait de bonne heure adopté, sur la foi de ces deux compilateurs, la fausse date de 1007; ainsi les chanoines de Saint-Jean en 1634, dans leur pétition à Ferdinand de Bavière (BIAL, t. II, p. 2u8); Fisen, I, p. io9; Foullon, I. p. 202; de Reiftenberg, C.lfiC, I, p. 99. Ce qui a entraîné la conviction de Foullon, d'ordinaire plus critique, c'est que, selon Jean d'Outremeuse, Notger est mort un jeudi-saint, et qu'en 1007 cette fête coïncidail. en effet, avec le 10 avril, jour unanimement admis. Mais comment Foullon n'a-t-ii pas vu que ce qu'il prend pour un témoignage n'est que le résultat d'un l'aisonnement de Jean d'Outremeuse qui, partant de la date du 10 avril 1007 comme acquise, a ouvert son comput et a constaté que ce jour co'incidait avec le jeudi-saint ? Cachet {BAIîB, XVIIP, p. 334) après avoir admis la bonne date de 1008, se laisse aussi troubler par Jean d'Oulremeu.se et se remet à hésiter.

Au surplus, les maîtres de l'érudition se sont depuis longtemps prononcés pour 1008; tels sont Mabillon, A)inale.s (). S. B., t. IV, p. 201; le Gallia Christiana, t. m, col. 848; VHistoire littéraire de la France, t. VII, p. 210; Hirsch, Jahrhucher des deutschen Beiclis nnter Ileinricli II, 1. C. A Liège même, Devaulx, I. c. Bouille, t. I. p. 78 et Daris, p. 312 les ont suivis.

La date du jour (10 avril) a donné lieu elle-même à des doutes. Cachet s'est demandé si ce jour ne correspond pas à celui de l'enterrement de Notger à Saint- Jean, !e([uel avait été précédé par des funérailles solennelles faites successivement à la cathédrale, à Sainte-Croix, à Saint-Martin et à Saint-Paul. D'après cela, il faudrait placer la mort de l'évêque au 0 avril, sinon un ou deux jours plus tôt encore. Mais ce scrupule est écarté par l'obituaire de Saint-Lambert, qui, incontestableluent, n'a point pris pour date celle de l'enterrement a Saint-Jean, et qui donne le IV des ides il'avril, c'est-à-dire le 10 de ce mois. Celte date, il est vrai, est contredite par celle du nécrologe de Saint-Denis (aux archives de l'État à Liège) qui donne le IV des noncs d'avril, mais tout semble lndi([uor (|uo mm. a été écrit pour id. par sui|c dune simple distraction de copiste.

VIE PUIVKK ET MOUT I)K XOTGER. 3i9

cinq jours entiers (1). Le corps, qui avait été préalahlement embaumé (2), l'ut transporté le premier jour à la cathédrale, le second à Sainte-Croix, le troisième à Saint-Martin, le quatrième à Saint-Denis, le cinquième à Saint-Jean-Evangéliste (3). Ensuite, les précieux restes furent déposés dans la tombe que Xotger avait choisie lui-même, à l'angle de la crypte de la chapelle Saint-Ililaire, c'est-à-dire au côté septentrional de l'octogone. Plus tard, au XIP ou au XIIP" siècle, on lui érigea un cénotaphe sous la tour, et ce monument fut renouvelé assez richement en 1366, La création de ce cénotaphe, comme il arrive souvent, fit oublier le tombeau véritable; de bonne heure on prit le cénotaphe pour le tombeau, et Jean d'Outremeuse, en propageant cette erreur, lui assura un crédit sans partage auprès des Liégeois. Aussi, lorsqu'en 1033 on voulut exhumer les restes de Notger, on fut surpris de ne pas les trouver dans le monument sous la tour. On s'avisa alors seulement de relire la vie de Xotger, et de fouiller à l'endroit où il avait été enterré en réalité. Mais, par une rare malechance, trompés par les documents altérés qu'ils consultèrent, les chanoines de Saint-Jean se persuadèrent que le tombeau se trouvait, non dans la chapelle de Saint-Hilaire, mais en dehors et à côté de celle-ci, et les fouilles qu'ils firent à cet endroit aboutirent à l'exhumation d'un squelette qui fut pris à tort pour celui de Xotger. On recueillit précieusement ces ossements d'un inconnu et

(1) « Quand un évêque mourait, son corps était promené dans plusieurs églises avant d'être déposé dans son tombeau, et, dans chacune d'elles, on récitait des prières pour le repos de son ànie. » De Cauiiiont, Courx d'antùiuitcs monumentales, Ge partie, p. 198. Cf. Vita s. Woljijamji, c. \V.), p. o i-i ; Vila s. Uuirhardi, c. 23, p. 84G. Il en était de même à la mort des souverains; ainsi le corps d'Otton III, apporté à Cologne, fut transporté à Saint-Sévei-in le lundi api'ès les Rameaux, le mardi à Saint-Pantaléon, le mercredi à .Saint-Géréon, le jeudi à la cathédrale; le vendredi, on prit le chemin d'Aix-la-Chapelle, où il fut inhumé le samedi. (V. Thietmar de Mersebourg, IV, 33, p. 783.) De même, le corps de Conrad II, revenant d'Utrecht, fut transporté dans- toutes les églises O'ionasteriaJ de Cologne, de Mayence et de Worms, au dire de Wipo, Vita Cliuonradi, c. 39, p. 27i.

(2) Au dire de Jean d'Outremeuse, 1. c.

(3) Vita Notfjeri, c. 10, et, d'après cet ouvrage, .lean d'Outremeuse, IV, p. 182 et Rupert, Chronic. s. Laurentii, c. iO, p. 2UU.

350 CHAPITRE XVlt.

on les conserva dans un cofTx'e dans la sacristie, où ils sont encore (1).

La terre continue donc, selon toute apparence, de garder les restes sacrés de riiomme qui, au même degré que suint Lambert, a été le fondateur de la ville de Liège. Enterrée de plus en plus profondément par Texliaussement progressif du sanctuaire de Saint-Jean, qui était au niveau du sol en Tan 1000 et auquel on accède aujourd'hui par huit mai'ches, la tombe de Notger n'a pas livré son secret et le fondateur de la principauté de Liège repose dans la paix inviolée de son sanctuaire de prédilection.

Notger laissa une mémoire entourée d'une vénération universelle.

Déjà ses contemporains professaient pour lui ce sentiment. Folcuin de Lobbes, à qui l'on ne j)eut pas reprocher l'adulation, regrette de ne pouvoir, parce qu'il est vivant, le louer selon ses mérites, et déclare qu'il est rempli de l'esprit de Dieu (2). Le meilleur éloge que l'auteur du Vita Balderici trouve à faire de son héros, c'est de dire qu'il marcha sur les traces de son prédécesseur, que la ville de Liège n'a pas mérité de posséder plus longtemps (3). Anselme, i,le chroniqueur laconique', si pressé d'arriver à son héros favori Wazon, s'arrête en passant devant la figure de Notger et lui rend un témoignage ému.

« Plein de mansuétude pour les pauvres et pour les gens de bien, terrible envers les riches et les factieux, digne à la fois d'admiration, de vénération et d'amour, il fut le patient précepteur des ignorants, le bâton des vieillards et l'éducateur de la jeunesse. Prudent, circonspect, discret, éloquent, il inspira la plus grande confiance aux papes et aux empe-

(-1) Sur lout ceci, voir, à l'appendice, la dissertation intitulée : Possédons-nous les restes de Notger '!

(2) Cujus animi dotes et virtutuin summam si pergam dicere, quoniiun adjuic superesl, adulari videbor. Unum pro certo dicenduni est, quod vir sit, in queni Spiritus Dei donum singulare contulit veritatis et fidei. Folcuin, c. 28, p. 70.

(3) Vita Balderici, c. 2, p. 72o et 18, p. 731. Notgerus episcopus, lotus ex sapientiâ virtutibusque compositus, qui pro suae nienlis industriâ, quâ plurimuiu claruit, omnem in se cleri vel civium atlisctum transfudit, quem urbs nostra diutius liabere non meruit.

VIE PRIVKK ET MORT DE NOTGEn.

reurs. Jamais il n'accorda la moindre place à rinacticjii et à la torpeur ni chez lui ni chez les autres, et il laissa des disciples digues de lui, parmi lesquels il sullit de nommer rincom[)arable Wazon » (l). "N'oilà, en substance, le langage d'Anselme. Sigcbert de Gendjloux, à son tour, paie à Notgei" un tribut d'admiration et de respect (2). Un poète liégeois du XP siècle célèbre son zèle pour la prédication de l'Evangile, son ardent amour de la justice, sa charité, son hospitalité (3). Le Vita Notgerl fait écho à tous ces éloges et les reproduit a son tour (4). L'auteur anonyme de la vie du })ienheureux Thierry de Saint-PIubcrt vante la sagesse et la piété de Notger (o). Les étrangers ne sont pas moins enthousiastes que les Liégeois : à Cambrai, à ^'erdun, dant tout llilmpire, on salue dans Téveque de Liège un des grands hommes de l'époque (6). Plusieurs écrivains le considèrent comme un saint et le proclament bienheureux (7). Il ne s'agit pas ici de quelque exagération de langage comme l'enthousiasme populaire s'en permet souvent. Nul, assurément, ne contestera le témoignage de Richard de Saint-Vanne, l'austère réformateur clunisien : il se connaissait en sainteté, et il ne prodiguait pas le qualilicatil". Or, Uichard raconte, en y ajoutant foi, la vision d'un de ses moines d'Arras qui, trois ans après la mort de Notger, l'avait vu dans le ciel (S).

(!) Anselme, c. 30, p. 206.

(2) Sapientià et nobilitate salis polIeb;i(. Sigeberl, Gc^ta abb. Gemblnr. c. 23. (3j L'hospitalité est une des vertus les plus souvent louées chez les évèques du X^

siècle. Y. le Vita s.'Udalrici, c. 3, p. 390 : llospitcs auleni cum ad eum devenissent, ti'ipudio et tantà hilaritate vultus et animi suscepti sunt et in omnibus procurali velut eis optime conveniebat, sciens in eis Christum se suscepissc, illo dicente : llospes fui, et suscepistis me.

(4) Vita Notger i, c. 8.

(3) Vita Theoderici Andarjinemis, c. 4, p. 39 : Notgci'O magnae sanctitatls el sapientiae viro.

(G) Gesta epp. Caineruc, III, ">, p. 4(>7; Vita s. Adulberti, c. 22, p. 391; Hugues de Flavigny.

(7) Nocherum sanctae memoriae episcopum. Gesta epp. Camerac, I. c. Virsanetae memoriae Notgerus. Piupert, Chronic. s. Laurentii, c. 7, p. 2(34. Et ci-dessus le Vita Theoderici Andarjinensis, I. c.

(8) Lettre circulaire du bienheureux Richard, rapportée par Hugues de Flavigny, II, p. 382 : In hoc refrigerii loco Notkerum recognovit episcopum.

îio2 CHAPITRE XVII.

Ce jugement d'un contemporain est resté celui de la postérité. C'est celui de Gilles d'Orval qui, reproduisant textuellement dans ses chroniques le récit d'Anselme, y intercale, à l'endroit où le nom de Notger est ramené, le titre de bienheureux (1). C'est celui de Jean d'Outremeuse, qui, au KIY*" siècle, lui réserve le qualificatif de saint à diverses reprises (2). Au XV*' siècle, le Magnum Ghvonicon Belgicwn est le fidèle écho de la même tradition (3). Au XYP, Placentius proteste contre l'injustice quil y aurait à refuser à Notger le titre de saint (4), et un biographe qui écrivait en lo66, Quercentius, tout en reconnaissant qu'il ne figure pas au bréviaire de Saint -Jean parmi les bienheureux, déclare qu'il mérite pleinement ce titre que lui avaient attribué les âges passés (5). Au XVIP siècle, Saussoy l'inscrit dans son Martyrologe (6). Fisen est persuadé de sa sainteté (7). Foullon revendique pour lui le titre de bienheureux et exprime l'espoir qu'on pourra un jour le vénérer sur les autels, ajoutant que c'est là le souhait de tout le monde (8).

(4) Anselme, c. 23, p. 203 : Substitutus est Eraclio quadragesimus sestiis Nolkenis.

Gilles d'Orval, II, 50, p. 57 : SubstUulus est Eraclio quadragesimus sexlus boaliis Notkei'us.

(2) Jean d'Outremeuse, IV, pp. l'il, 142, 144, 151, 153, et passiin.

(3) Sanclus Nothgerus. Dans Pistorius-Struve, licruiu Gerinanicanim Scripfnrcs, t. 111, Uatisbonne 1720, p. 90.

(4) At mlhi nou videtur verisimile, quod aliquot historiae satis indecore perhibent, tantum antistitem propterea demeruisse nomen sanctitatis quia arcem Caprimontanam, ut diximus, dolo et tecbnis usurpavit. Placentius, article Notger.

(5) Quercentius, Vie de Notger, injine. V. sur cet ouvrage l'appendice I.

(6) A. Saussoy, Martyrolofjiwn Gallicanum, Paris 1G37. t. I, pp. 200-202 : Miraculis etiam, quae sanctitatis indicia erant, plurimis etiulsit. Ferunt anatheniatis ab co spiculû perçusses, ob induratam proterviam poenasetiam temporales divinà ultione luisse. Ipsum vero tempore tamis annonam de coelo precibus impetrasse. Oratione suâ maxima avertisse pericula : multa vero a Dec bénéficia piâ eftlagitatione gregi suc conciliasse.

Le titre de saint est encore donné à Notger, au dire de Fisen, Flores, 1. c, par Arnold Wion dans son Ligninn Vitae et son Martijrohxjhtvt Denedictinwii ; par Tli. Ferrarius dans sa Nova topographia et par Canisius dans son Martyrologium.

(7) Fisen, Floi-es eccle.tiae Leodiensis, p. 209.

(8) Foullon, I, p. 203 : L'I, si Pontil'ex maxinuis aliquando annuerit, solemnibus

Ali" rr.ni':i: i;t :\i()in' ni". .N(>'i(;i:it. 'X'ù\

11 n"v a pas de voix iliscordaiilc clans le témoipfnaçfe ([lia huit siècles ont rendu à ce grand houinie.

Mais c'est surtout à Saiut-Jean-l''vangéliste (jue son souvenir est resté eu Ijénétliclion. Dès ré[)oqiie la j>lus reculée*, la vénération des chanoines do celte église pour le saint fondateur a trouvé une expression aussi naïve que touchante. On peut voir encoi'e atijourd'hui, sur l;i couvertui'e de i'évangéliaire de Notger, conscirvé i)ar cette collégiale, l'auréole dont une main pieuse a voulu orner sa tète en entaillant après coup la surfocc de l'ivoire où il est représenté. Tous les ans, on lisait sa vie au réfectoire le jour de son anniversaire, connue on aurait fait i)oui- un bienheureux. Lorsqu'on crut avoir retrouvé ses ossements, le chapitre pria le princeévéque Ferdinand de nommer une commission en vue d'introduire son procès de canonisation. Nous avons conservé le texte de la pétilion du cha[>ilre, qui est datée du 28 août UuVi. Le prince agréa cette demande, qu'il a[)oslilla dès le 30 août, cl le nonce Carafa ordonna une enquête, dont nous ne connaissons pas les phases ni les résultats (1). Les archives de Saint-Jean-l']vang'''liste, soigneusement com- ])ul.sées par moi, ne m'ont fourni à ce sujet aucun renseignement (2).

lionoribus colaninr exuviae pracsiilis Vivil ac vigel hortipriiip illius apiid

omnes jiicumiissima recortlatio, beatum Nolgenun vulgo appellanles, vovento.'^qiic ut sanclum libero ore iiivocaniii a stiniino Pontldce acccilat auctoiilas. CF. Mr-lail. Histoire de Ut fille et cliiistcuK de Uni/, l.it'gr, Hii I. p. (J.'j.

(l) Voir rappendice V.

(5) Certains écrivains semblent cmire ciiu', sans la ]é,^ent]e lie (llièvromont, Xolger aurait été canonisé. Foullon, I, liM), le |)remier, a ma connaissant e, ([ui l'(ii-iimle celle manièi'e île voie, ne l'énonce (pie (Tune manière va.i^ue. Parlant île la mort (lu sire de Cliévrenionl, il ajoute : l'.vori'in ciiui iiifauliilo relit ttnn tlesilitisxr, ithiue ol'slitisse, fjiKDniîiii.s niuticii \iirtjeri iii ttiranmi Jttsta rejerretur, fiibiilu ext tib ip.io Pl(tcentii) explosa. Mais Placentiiis est loin d'être si cal(''gori(pic; il se borne à dire (lue Notger ne mérite pas de perdre le nom de saint à cause de riiisloire de Clièvremont : At mihi nott vitletiir verisintilc iiutitl aUipiot liisttiritie sutis ititlecorr perliibent, tantitm tinlistitein pruptereti tleiiternixse iiinitiu stiurtittitis, t/iiitt tirtcin Ciipriiiionteni fut di.cimus). tUilu et teclinis nsuriKiiit. On le voit, il n'est pas iniestion là de canonisation, mais simplem'^nt du jugement de l'bistoire. Tout cela n'a pas empêclié V. Henaiix, Histoire dit piii/s de Liège, t. I, p. lOS, d'écfii'e ces lignes :

3o4 CIIAPIÏUE XMÙ

Le l'ayonnement de lu gi-aiide mémoire de Notger devait cependant connalLi'c une éclipse : ce fut la calaniiteuse époque du XYIII*^ siècle. A cette date, on voit sallaiblir partout, jusqu'au sein du clergé, le sens religieux et le respect du passé. Croirait-on qu'à Saint-Jean, dans ce sanctuaire de la mémoire de Notger, on poussa si loin le mépris des traditions de la maison, qu'on ne craignit pas d'aliéner le plus précieux trésor que possédait encore cette église : je veux dire son évangéliaire, le livre doublement saint que ses mains avaient feuilleté tous les jours, et entre les pages duquel il semblait que son souvenir dût vivre avec une éternelle fraîcheur (1)?

La reconstruction de l'église, en 1759, ne contribua pas peu, de son côté, à oblitérer le souvenir de Notger et à refroidir la ferveur pour sa mémoire. Le niveau de l'église fut exhaussé ; l'emplacement supposé de son tombeau n'en garda plus aucune trace, le cénotaphe sous la tour disparut, la statue de Notger qui le surmontait alla rejoindre dans la sacristie le coffre qui contenait ses ossements supposés. Il ne restait plus qu'à profaner ceux-ci, et les révolutionnaires s'acquittèrent de celte tâche, moins barbares en cela que les prétendus historiens qui, de nos jours, ont souillé la gloire du grand homiiie par l'exploitation d'une inepte légende. C'est à peine si, en l'an de grâce 1904, il y a dans le pays de Liège une école où Notger soit connu autrement que par l'histoire apocryphe du stratagème de Chèvremont. La ville qui lui doit tout, selon le vers fameux, ne lui a pas même érigé une statue. Ce qui indignait Bovy en 1838 ÇÈ) et de Gerlache en 1843 (3) est encore vrai. Le modeste monu-

« Le clergé liégeois, en 1G30 fsicj, supplia le pape de proclamer la sainteté de K(AgerCsicJ; après examen (sic), celte demande l'iil rejclée. La justice de l'Église fut, en ce jour, d'accord avec celle de l'Histoire. »

Je ne me sens pas le courage de plaindre l'Eglise d'avoir manqué cette uniijue occasion de mériter les compliments d'un historien aussi exact.

(1) Y. ci-dessus, p. 346.

(2) Bovy, Promenades historiettes dans le pays de Lièi/c, t. II (183!)), p. 20.

(3) <c Notger n'a pas de monument dans la ville qui lui doit huit. « Do Gerluclir, Histoire de Liège, 3^ édition (1870), p. iS.

VIE l'HlVÉE ET MOUT DE XOTGEU. 3oO

mont que lui a ilressé on l8i).'J, dans les cloîtres de Suint- Jean, le clianoine Meyers, ancien curé de la paroisse, n'est pas fait pour payer la dette de la postérité.

Je voudrais me persuader que j'ai élevé à ce grand homme un monument [)lus durable. Je n'ai pas la présomption de le croire dclinitiC, mais, tel qu'il est, j'espère qu'il pourra servir de point de départ aux travaux des historiens futurs.

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