‹ Notice biographique du Vicomte Emmanuel de RougeChapitre 23 sur 50 · Voir plus haat, p. 25 de cette Notice biographique · texte numérisé non relu

Voir plus haat, p. 25 de cette Notice biographique

Ce n'étaient là, malgré tout, qu'excursions de demi-touristes; les investigations sérieuses commencèrent vraiment à la première cataracte. Philse, pourtant, fournit moins de butin archéologique qu'il n'offrit de sensations artistiques : Rougé s'y abandonna au charme de ce paysage étrange, que nul n'oubliera de ceux qui Tont vu dans sa verte splendeur avant que l'invasion des eaux ne l'eût détruit, mais il s'en remit à d'autres savants moins pressés parle temps, du soin de copier les inscriptions des templesV Les rochers de la cataracte et les quais d'Éléphantine le retinrent davantage. Les fragments de calendrier copiés jadis sur certains blocs antiques provenant d'un temple détruit, dont les débris avaient été employés à la construction du quai, semblaient promettre une date authentique pour le règne de Thoutmôsis III, si seulement on réussissait à les compléter. Huit jours de recherches n'aboutirent pas à la découverte des fragments nouveaux qui auraient donné la solution du problème, mais ils ne furent pas perdus pour la science : tandis que Wescher transcrivait les //ra^^/ grecs de Philse, les égyptologues de l'expédition copiaient sur les rochers de la cataracte une série d'inscriptions, gravées naguère par les Pharaons ou les particuliers qui franchissaient les rapides. Ce fut l'histoire du premier empire thébain qui profita surtout de leur aubaine : la famille des Sovkhotpore avait laissé des souvenirs nombreux qu'ils relevèrent et qui complétèrent sur quelques points de détail les renseignements déjà recueillis à Tanis*. A ce moment, la question s agita de savoir si l'on s'arrêterait là ou si l'on pousserait jusqu'à Ouadi-Halfah : il était dur de s'en aller sans voir Ibsamboul, et d'autre part était-il bien prudent de sacrifier deux semaines peut-être à cette excursion,

1. Lettre du vicomte J. de Rougé, en date du 18 août 1907; M. de Rougé se plut par la suite à parler dans ses cours du charme pittoresque de Philae.

2. E. de Rougé, Rapport sur la mission accomplie en Egypte^ p. 14.

lorsque Ton n'avait encore rien fait à Edfou ni à Thèbes? Les fouilles de Mariette n'avaient pas dépassé la cataracte, et, ajoute M. de Rougé, « nous avions pu d'ailleurs » nous convaincre par un premier aperçu, en remontant le » Nil, que les trois mois qui nous restaient avant les cha- » leurs ne suflSraient pas à terminer la partie la plus essen- » tielle de notre mission^ ». On se résigna à la sagesse et l'on rebroussa vers le nord, le cœur gros.

En approchant d'Edfou, on aperçut soudain un énorme drapeau allemand qui flottait sur l'une des tours du pylône. Mariette entra en fureur, car, s'il est permis aux étrangers d'arborer leurs couleurs nationales sur un bateau ou sur une tente qu'ils occupent, il leur est défendu de les hisser sur un édiiSce public ; comme il se pouvait pourtant que le voyageur eût agi par simple ignorance, il dépêcha vers lui les deux Rougé et Banville en éclaireurs. M. J. de Rougé trouva le coupable dans une des chambres du pylône, et, apprenant qu'il était élève de Lepsius et qu'il s'appelait Johannès Dûmichen, il lui déclina ses noms et qualités; la figure de Dûmichen s'éclaira lorsqu'il sut qu'il allait voir le célèbre égyptologue Emmanuel de Rougé. Mariette survint, les présentations furent faites, et la rencontre, qui avait menacé d'être vive, s'acheva de façon très courtoise. Diimichen, prévenu de l'incorrection qu'il avait commise sans s'en douter, retira son drapeau, et les relations demeurèrent cordiales de part et d'autre pendant les deux semaines que les Français passèrent à Edfou*. M. de Rougé ressentit une des fortes émotions de sa vie lorsqu'il se trouva en face de cet édifice admirable, « sorti entier et comme tout vi- » vaut des décombres qui l'avaient enseveli' »; revenu en France, chaque fois que dans ses cours il parlait de la topographie d'un tera[>le égyptien, c'est riinage d'Edfou qui se

1. E. de Rougé, Rapport sur la mission accomplie en Éfjt/pte, p. 22.

Page 1