‹ Notice biographique du Vicomte Emmanuel de RougeChapitre 25 sur 50 · Lettre du vicomte J. de Rougé, en date du 18 août · texte numérisé non relu

Lettre du vicomte J. de Rougé, en date du 18 août

4. E. de Roagé, Rapport sur la mission accomplie en Egypte, p. 11.

» graphie de longues inscriptions inédites et se rapportant )) à l'iiistoire de ce temps, Il est impossible que l'étude » de ces documents ne jette pas un jour inattendu sur les )) populations primitives de l'Archipel, et peut-être sur les » races pélasgiques auxquelles semble avoir appartenu Tem- )) pire de la mer avant le développement de la puissance » phénicienne. )>

Il retrouva ces peuples de la Mer à Karnak, entre la Salle Hypostyle et le pylône de Thoutmôsis III, et il déblaya la longue inscription en soixante-sept lignes qui racontait la première attaque contre l'Egypte sous Ménéphtah\ Les journées passées à Karnak comptèrent parmi les meilleures de son séjour au Sald. Dès huit heures du matin, il était sur les lieux avec son fils, corrigeant sur place les inscriptions déjà publiées par ses prédécesseurs, ou copiant les plus importantes de celles qui avaient été ramenées à la lumière par les fouilles récentes. A midi, il ne retournait pas déjeuner au bateau, mais Mariette avait fait dresser les tentes dans un coin et Ton y apportait les plats tout préparés. Le repas fini, — et il durait quelques minutes à peine, — Rougé s'accordait à lui-même et accordait à ses compagnons une heure, non pas de sieste, mais de, repos. Il se faisait montrer les plaques de M. de Banville quand c'était possible, il demandait à son fils à quel endroit il en était de la t&che assignée la veille et il examinait les copies^ il parlait de ce qu'il avait fait lui-môme ou de ce qu'il avait vu et observé dans la matinée. Quand Mariette était là, il discutait avec lui des points d'histoire monumentale ou d'archéologie, et il réclamait des renseignements sur les fouilles des années précédentes. Mariette continuait à témoigner une gaieté exubérante, et plus que jamais Wescher lui fournissait obligeamment la matière de plaisanteries faciles. Un jour, Jacques de Rougé, passant au voisinage du petit temple

1. £. de Rongé, Rapport sur la mission accomplie en Êgypte,p. 18-19.

d'Apet, aperçut Mariette fort affairé autour d'une colonne et qui semblait y gratter quelque chose avec un clou. Il s'étonne, il s'approche, et il lit sur la pierre, en caractères grecs sans profondeur, une légende ainsi commencée : PIPOABOXIAHCen... ; « je fabrique, lui dit Mariette, un )) gfTO^^o pour Wescher i). C'était le temps où la Rigolboche dansait à Mabille des cancans célèbres, auxquels les princes de visite à Paris ne dédaignaient pas d'assister : Mariette achève son verbe OIHZG, verse de la poussière sur les caractères pour leur enlever leur aspect neuf, et va recommencer sur une autre partie des ruines. On juge de la joie générale lorsque, un soir, Wescher, rentrant dîner au bateau, raconta à table qu'il venait de copier à Karnak un nom de voyageur bien extraordinaire, Rigolbochidès. Ces facéties n'empêchaient pas Mariette de se rendre utile de toutes les manières : dès que la surveillance de ses propres travaux lui laissait quelque loisir, il allait s'asseoir à côté de Jacques de Rougé qu'il avait en grande affection, et il l'aidait à copier ses inscriptions. L'exploration se prolongea ainsi sans interruption pendant près de cinq semaines. Une seule fois, vers le milieu de ce temps, le fils réclama un jour de congé à son père pour aller tirer la caille avec Banville et il voulut l'emmener; mais Rougé refusa de venir et passa ce jour-là à bord du bateau pour classer ses notes'. A voir tant d'assiduités, on comprend mieux comment, glanant ça et là dans les parties encore mal connues de cet immense champ de ruines, il y recueillit en si peu de temps la substance de ces admirables Études sur les monuments du massif de Karnak qui ne parurent qu'après sa mort*.

Il aurait voulu y demeurer de longs mois, mais le temps pressait : il fallut s'arracher aux délices de Thèbes et partir

1. Lettre du vicomte J. de Rougé, en date du 15 septembre 1907.

2. Mélanges d'Archéologie èggp tienne et assyrienne^ t. I-II, p. 35-51, 66-74, 101-106, 128438, et t. III, p. 85-100.

pour le Caire dans la dernière quinzaine de février. Dendérah n'obtint qu'une visite dé quelques heures. Les derniers temples de style égyptien construits du temps des Romains n'attiraient guère Rougé; « ce n'est pas que l'étude n'en puisse » être profitable, mais leurs inscriptions rebutent Tarchéo- » logue par leur tracé confus et le mauvais style des carac- » tères qui sont d'ailleurs souvent effacés ou difficiles à » lire, parce qu'ils sont gravés en relief sur des blocs de » grès ». A Dendérah, pourtant, une des cryptes qui venait d'être découverte attira son attention, parce qu'il crut y reconnaître un des réduits « où peut-être s'accomplissaient » les épreuves des initiations. Il est certain que, malgré » l'état de dépendance où se trouvait alors le pays, on lit » sur diverses portes de ce souterrain la défense d'y laisser » pénétrer les profanes; les Asiatiques et les Grecs eux- » mêmes en sont exclus nominativement. Les représenta- )) tiens sont du reste analogues à celles qu'on voit dans les » autres parties du temple. » Il copia, sur une longueur de cinquante mètres, toutes les légendes qui accompagnaient ces tableaux, puis il reprit son triste voyage vers le nord'. On passa devant Bellianéh sans y stopper, mais on resta à Siout deux jours, le temps d'y examiner les hypogées et d'y copier les textes de Tefabi et de Hapizaoufi. « J'ai vu là, » raconte M. Jacques de Rougé, une sainte colère de Ma- » riette. Comme nous arrivions aux tombeaux, une dizaine » de fellahs étaient occupés à briser à coups de pioche les » admirables inscriptions qui les décorent : des ânes étaient » déjà chargés, à fextérieur, de ce magnifique calcaire, » destiné aux fours à chaux de Siout. Je crus que Mariette » allait avoir une attaque de haut mal ! D'un coup de pied, » il fait dégringoler un âne avec sa charge sur la pente, et, » à coups de bâton, il fait suivre le même chemin à leurs » propriétaires. Bientôt après, nous apercevons une colonne

1. E. de Rougé, Rapport sur la mission accomplie en Egypte, p. 21-22.

D d'individus qui sortait de la ville et qui se dirigeait vers les » tombeaux. Mariette, souriant, se pose, comme Napoléon, » sur un promontoire, et là il attend, avec calme cette fois, » l'arrivée de cette foule agitée, précédée par la police. Le » tableau change bientôt, lorsque les employés du Moudîr )) reconnaissent Mariette et que les plaignants sont au con- » traire arrêtés et emmenés à la ville : je n'ai rien vu de plus » drôle que leur mine déconfite. » M. de Rougé voulait retourner au temple d'Abydos, même seul, pour y examiner les portions que les ouvriers avaient dégagées depuis le mois de décembre, mais Mariette, à mesure qu'il redescendait vers le nord, perdait sa bonne humeur accoutumée, et il retombait peu à peu dans ses méfiances» sous l'influence des lettres venues de Paris. Il était las, malade, inquiet de certaines intrigues qui s'étaient nouées contre lui, au Caire, pendant son absence : il insista pour que l'on regagnât Boulak et son avis l'emporta*.

Il fallait remercier le vice-roi de son obligeance et achever l'exploration du Musée : en attendant laudience de congé, et tandis que son fils parcourait la ville qu'il n'avait pas vue à l'aller, Rougé compléta ses notes et copia quelques inscriptions nouvelles. Le vice-roi soutint jusqu'au bout vis-à-vis de lui son attitude d'amabilité souriante et lui souhaita un prompt retour en Egypte. La veille même de son départ, il eut une dernière joie : la stèle de Piankhi, sur laquelle il ne comptait plus, fut débarquée dans la cour du Musée et mise à sa disposition. On se rappelle qu'il avait demandé à Mariette de la faire venir à temps pour qu'il pût l'étudier pendant son séjour, et elle était parvenue à Boulak trois ou quatre jours avant qu'il débarquât luimême en Egypte, mais, on ne sait par quel malentendu, le bateau qui la portait n'avait pas été déchargé : il avait été réexpédié immédiatement à Bédréchéîn, où il était demeuré

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