‹ Notice biographique du Vicomte Emmanuel de RougeChapitre 26 sur 50 · Lettre du vicomte J. de Rougé, en date du 18 août · texte numérisé non relu

Lettre du vicomte J. de Rougé, en date du 18 août

comme égaré pendant tout l'hiver. Lorsqu'il en revint, les circonstances ne prêtaient guère à ce qu'on pût exécuter une bonne copie : un vent de khamstn violent soufflait depuis plusieurs jours, et c'est au milieu d'une tourmente de poussière et de sable que Rougé dut examiner ce monument et l'inscription d'Ouni\ Il n'hésita pas à le faire, et après avoir eu la joie de constater que toutes ses conjectures étaient exactes, il en copia les deux faces. Ce fut à peine s'il eut la force de conduire sa tâche jusqu'au bout. Les cinq mois passés en Egypte, dans un travail ininterrompu, l'avaient épuisé sans qu'il s'en doutât. Il avait, comme Champollion avant lui, mené sur le Nil une vie en partie double. Après qu'il avait peiné le jour entier au vent ou au soleil parmi les ruines, pour déchiffrer des inscriptions et transcrire en tout ou en partie celles qui lui semblaient présenter quelque intérêt, le soir, rentré au bateau, il ne se couchait pas qu'il n'eût revu son œuvre et qu'il n'eût jeté sur le papier les impressions qu'il avait ressenties en présence des originaux : si quelque point lui paraissait douteux, il le notait aussitôt pour le vérifier le jour suivant ou à la prochaine occasion. On s'use vite à ce métier, quand on le soutient de façon trop continue, et il n'était plus à l'âge où l'on se surmène sans en pâtir. Il l'avait constaté lui-même dès le milieu de son voyage, pendant son séjour â Assouân. « Si le climat d'Egypte est » excellent pendant les mois d'hiver, il n'en est pas moins » vrai qu'un travail intellectuel, trop assidu, y devient » bientôt très pénible et qu'il laisse souvent des traces fâ- » cheuses dans l'organisation. On n'y dépasse pas impu- » nément une certaine mesure »*; aussi avait-il pris dès lors la ferme résolution de ralentir l'effort, mais, sans cesse entraîné par l'attrait d'objets nouveaux, il avait toujours remis au lendemain de se reposer. De lendemain en lende-

1. E. de Rougé, Recherches sur les monuments, p. 117, note 1.

2. E. de Rougé, Rapport sur la mission accomplie en Egypte, p. 22-23.

main, il en était venu à ne plus pouvoir presque suivre ses idées, et la besogne accomplie sur une plage sans abri, ce jour de khamsin, acheva de le mettre bas. Son fils reconnut qu'il n'était que temps de l'emmener : il renonça à visiter le canal de Suez et il l'embarqua précipitamment à Alexandrie, le 27 mars, jour de Pâques. Contre toute attente, la traversée ne le rétablit pas : en rentrant à Paris, le repos, succédant au mouvement et aux tracas du voyage, détermina chez lui une réaction telle^ qu'il se refusa même à jeter un simple regard sur ses notes. D'après le conseil des médecins, son fils lui interdit tout effort d'esprit et l'emmena à la campagne. Le séjour de Bois-Dauphin et le calme absolu qu'il y goûta dissipèrent promptement cet état de lassitude morbide : après quelques jours, il put revenir à Paris et y reprendre sa double fonction de conseiller d'État et de professeur \ Il ne voulut pas qu'on eût même un semblant de raison de lui adresser le reproche de conserver, pour son usage exclusif, les documents, qu'il avait recueillis au cours d'une expédition dont les frais avaient été payés en partie par le Gouvernement français, et dont l'accomplissement lui avait été facilité par la bienveillance du Gouvernement égyptien. Il établit sommairement l'inventaire des richesses qu'il rapportait, et il le publia en y ajoutant la promesse formelle de tout livrer au public dans les délais les plus brefs. Le rapport préliininaire qu'il adressa au Ministre de l'Instruction publique, vers la fin d'avril 1864*, accusait six volumes d'inscriptions inédites

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