‹ Notice biographique du Vicomte Emmanuel de RougeChapitre 47 sur 50 · Reçue égypto logique, de 1885 à · texte numérisé non relu

Reçue égypto logique, de 1885 à

savantes, dont les tendances catholiques ou spiritualistes plaisaient à sa foi de chrétien. C'est ainsi que, le 12 février 1869, il traita devant la Société française de numismatique et (V archéologie la question suivante : Existait-il en Egypte des monuments rappelant Moïse et la sortie des Hébreux de la terre des Pharaons * ? Il indiquait le nom Aperiou que Chabas avait signale comme étant identique au nom Abari dos Hébreux, mais comme comprenant pour les Égyptiens d'autres familles sémitiques mêlées dans la Basse Egypte aux fils d'Israël, puis il invitait ses auditeurs à se méfier des découvertes à grand fracas qui se faisaient par intervalles dans ce domaine, telles que celles de Heath, dix-huit années auparavant, et récemment encore celles de Lauth. Le 14 avril suivant, c'est au Cercle catholique de Paris qu'il exposait ses idées sur la religion égyptienne, dont le fond était monothéiste, mais qui avait passé rapidement au polythéisme le plus étendu par l'association de la nature à son créateur". Xy^w^miX^^ Société d'ethnographie, qui venait de se fonder, il disserta de la Méthode à suiore en ethnographie, et des Rectifications à opérer dans le groupe appelé improprement sémitique. Il montra que l'hébreu était la langue des Cananéens avant larrivée chez eux d'Abraham et de ses descendants, et que, Canaan étant fils de Cham, comme les ancêtres des Phéniciens et les Éthiopiens, c'est en réalité avec des Chamites que l'on a fait le groupe dit sémitique, et de ce groupe linguistique bâtard on a constitué un groupe ethnographique. Il en conclut à la fausseté de la théorie de Renan, qui attribuait à des peuples si divers d'origine une communauté de tendances métaphysiques.

1. E. de Rougé, Moïse et les Hébreux, dans les Mémoires de la Société française de Numismatique et d'Archéologie, t. I, reproduit dans les Annales de Philosophie chrétienne, YV série, t. I, p. 165-173.

2. E. de Rougé, Conférence sur la religion des anciens Égyptiens, publiée dans les Annales de Philosophie chrétienne, V série, t. XX, 1869, p. 325-337.

d'où serait provenue par un développement naturel la croyance non révélée à un Être suprême et unique \

Cependant les années venaient et avec elles le besoin du repos. Cette vie en partie double de savant et d'homme politique, que Rougé menait depuis seize ans, lui pesait lourd depuis son retour d'Egypte, et il aspirait au moment où il pourrait échanger sa place au Conseil d'État contre un poste moins chargé de travail administratif. L'Empire, ébranlédans sa constitution autocratique par le réveil de l'esprit public en France, s'essayait à devenir libéral, et, afin de regagner l'autorité morale qu'il sentait lui échapper, il avait résolu d'introduire dans son Sénat des membres choisis parmi les classes instruites de la société, chez les savants, comme chez les littérateurs ou chez les artistes. Rougé figurait en bon rang parmi les élus : le décret le nommant avec les sénateurs nouveaux allait être signé, lorsque la guerre allemande éclata. Son fils cadet, Robert de Rougé, servait dans l'armée, et il courut à sa recherche pour lui remettre quelque argent et lui faire ses adieux. Quant il l'eut rejoint près de la frontière, il fut navré du désordre au milieu duquel il le trouva : les cartes nécessaires n'avaient été fournies à temps ni aux simples oflSciers ni aux États-majors des divisions, et on prit avec bonheur celle que Rougé avait apportée avec lui*. 11 revint de cette pointe aux camps avec des craintes que Tévénement ne justifia que trop : un mois . plus tard, l'Empire s'écroulait, entraînant avec lui non seulement Tespoir presque réalisé du Sénat, mais la place de conseiller d'État et le traitement qu'elle conférait. Rougé fit néanmoins comme beaucoup d'autres, qui ne voulurent pas désarmer sans un dernier effort pour ramener la fortune qui fuyait, et il appuya de toute ses forces le gouvernement de la Défense nationale. 11 avait été nommé maire de

1. Publié dans la Reçue etlinographique^ 1. 1, p. 10(>-113, et reproduite dans les Annales de Philosophie chrétienne, VI' série, t. I, p. 283-291.

2. Lettre du vicomte Jacques de Rougé en date du 18 août 1907.

Précigné, le 17 août 1865, quelques mois après la mort de son père, et, bien que ses fonctions l'obligeassent à de longues absences, il s'était occupé des affaires de sa commune avec la même conscience qu'il apportait à ses études, aidé en cela par son adjoint, notaire du voisinage ; chaque fois que, hors session du Conseil, une affaire importante réclamait sa présonce, il n'hésitait pas à quitter Paris et à venir la régler sur place. Il ne quitta pas un instant son poste pendant la durée de la guerre, et il y eut souvent fort à faire. Il semblait, au début des hostilités, que Précigné n'eût point à redouter de jamais subir le contact direct de Tennemi, et de fait, jusqu'au milieu de l'hiver, le maire n'eut de rapports qu'avec les autorités civiles et militaires françaises, surveillant la levée des recrues, pourvoyant aux réquisitions, soulageant de son mieux les misères de ses administrés. En janvier 1871, après la bataille du Mans, la situation s'empira soudain. Les Allemands avaient occupé Sablé qui est distant de dix kilomètres, et chaque jour, pendant à peu près quinze jours, ils poussèrent une pointe sur Précigné. Le 25 janvier, ils se rencontrèrent à l'entrée du bourg avec une patrouille française, et deux d'entre eux furent blessés, puis faits prisonniers : les autres tournèrent bride. Le lendemain, Rougé reçut une lettre de leur commandant, l'avertissant que, si pareille échauflourée se reproduisait, il en serait rendu responsable, emmené prisonnier et jugé. Le jour suivant, la fusillade éclata de nouveau. Les amis de Rougé le pressaient de s'enfuir : il refusa, donnant pour raison que des habitants notables du bourg pourraient être enlevés à sa place, et déclarant qu'il ne voulait pas que d'autres souffrissent quand il serait à l'abri. La chance voulut que l'armistice fût signé à Paris le lendemain 28, et l'affaire n'eut pas de suites\ La paix signée, il fallut reprendre le train ordinaire de

1. Lettre du vicomte Jacques de Rongé en date du 13 septembre 1907.

la vie : du moins, plus heureux que beaucoup d'autres, retrouva-t-il sa famille au complet autour de lui. Rentré à Paris peu de temps après la chute de la Commune, il s'était montré aussitôt aux séances de l'Académie, et il y avait revu tous ses vieux amis, mal remis encore des épreuves de la guerre, mais résolus à travailler de leur mieux pour procurer à brève échéance le relèvement de la patrie. La science l'avait consolé de ses misères pendant ce long hiver de deuil ; il avait consacré tous les moments que ses devoirs de maire lui laissaient à revoir ses notes de voyage et à en préparer la publication, ou à compléter l'interprétation de certains textes. Dix années auparavant^ les Maximes d'Ani avaient attiré son attention et il en avait cité un beau fragment dans sa Note sur les principaux résultats des fouilles exécutées en Egypte'. Aussitôt qu'il en vit le texte complet dans le volume de Papyrus égyptiens que Mariette venait de lancer, il l'attaqua avec emportement, et, l'ayant traduit en entier d'affilée, il présenta sa traduction à l'Académie des Inscriptions dans sa séance du 35 août*. La lecture matérielle offrait des difficultés, le texte n'était pas des plus clairs, et ce n'était là d'ailleurs qu'une première version qu'il se proposait de reprendre en sous-œuvre, à loisir, et de perfectionner pièce à pièce. Il était réservé à Chabas d'exécuter le projet qu'il avait caressé, mais ce premier essai avait mené si loin dans Tintelligence du morceau, que Chabas eut moins à corriger l'œuvre de son devancier qu'à donner les preuves à l'appui des sens indiqués par lui.

Cependant, le cumul n'existant plus depuis la suppression du Conseil d'État, le traitement du Collège de France

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